{"id":192721,"date":"2025-07-25T11:47:04","date_gmt":"2025-07-25T09:47:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=192721"},"modified":"2025-07-25T12:25:59","modified_gmt":"2025-07-25T10:25:59","slug":"rectoverso-08-les-ames-soeurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-08-les-ames-soeurs\/","title":{"rendered":"#rectoverso #08 | les \u00e2mes soeurs"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a bien longtemps que je ne t&rsquo;ai pas regard\u00e9 ainsi. Te voir bouger, te lever, marcher est devenu pour moi quelque chose d&rsquo;\u00e9trange. Et pourtant on se conna\u00eet depuis tellement longtemps et j&rsquo;ai gard\u00e9 un souvenir, certes un peu confus de notre premi\u00e8re rencontre, de nos premiers moments pass\u00e9s ensemble. Mais depuis nous nous sommes jamais quitt\u00e9s. On a fait un sacr\u00e9 bout de chemin ensemble. On rigolait bien, un rien nous amusait, la vie nous paraissait insouciante, on ne s&rsquo;inqui\u00e9tait pas du lendemain, tout cela nous paraissait facile. Les enfants sont vites arriv\u00e9s&#8230;Il y en a eu trois \u00e0 d\u00e9lai rapproch\u00e9&#8230;Impatience d&rsquo;en avoir rapidement pour notre plus grand bonheur ou par obligation sociale, pour faire comme les autres, pour les allocs et les tarifs r\u00e9duits pour les familles nombreuses&#8230;Je ne l&rsquo;ai jamais su. Tu ne me l&rsquo;a jamais dit&#8230;Moi j&rsquo;ai ador\u00e9 avoir des enfants de toi et si c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 refaire, je pense que j&rsquo;accepterai d&rsquo;en avoir d&rsquo;autres, si je le pouvais. La maison est vite devenue trop petite pour loger tout le monde. On a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 pour un pavillon de banlieue achet\u00e9 \u00e0 credit sur 25 ans, avec des traites \u00e9lev\u00e9es qui engloutissaient une partie de ton salaire. D\u00e8s que j&rsquo;ai pu, j&rsquo;ai trouv\u00e9 un travail d&#8217;employ\u00e9e comptable dans une manufacture d&rsquo;\u00e9crous pr\u00e8s du Centre P\u00e9nitentiaire de Fresnes&#8230;Toi tu as pris un travail d&rsquo;agent de piste de nuit dans un a\u00e9roport parisien. La nuit \u00e7a paie mieux et puis c&rsquo;\u00e9tait une mani\u00e8re de vivre ton go\u00fbt du voyage par procuration. Moi je suis plut\u00f4t une pantouflarde. Il aurait suffi de mettre les enfants en pension chez la belle-m\u00e8re et partir tous les deux, enfin seuls, vers un pays exotique du bout du monde. Non je pr\u00e9f\u00e9rais mon pavillon de banlieue, ressemblant \u00e0 tant d&rsquo;autres, avec jardin millim\u00e9tr\u00e9 et voisin mitoyen. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le grand luxe mais je m&rsquo;y sentais bien. Toi tu n&rsquo;en profitais pas tellement&#8230;tu dormais le jour&#8230;les enfants \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole ou chez la nounou, moi au bureau. Tu \u00e9tais peinard et quand tu \u00e9tais en repos, tu allais chez tes potes. Faire quoi? je ne l&rsquo;ai jamais su. On a commenc\u00e9 \u00e0 moins se voir&#8230;Juste un peu le soir avant de partir \u00e0 ton travail et le matin pour le petit-d\u00e9je\u00fbner. Tu rentres&#8230;je pars.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne nous parlons gu\u00e8re&#8230;voire plus du tout. On s&rsquo;est tout dit? je ne sais pas et d&rsquo;ailleurs avons nous parl\u00e9 de l&rsquo;essentiel ou simplement bavard\u00e9 de choses et d&rsquo;autres, de banalit\u00e9s de la vie quotidienne, des enfants, de la vie ch\u00e8re, des tracas de la vie quotidienne. Je te vois aujourd&rsquo;hui, au d\u00e9but de l&rsquo;automne de ta vie, encore pleine de vigueur malgr\u00e9 l&rsquo;alourdissement de tes traits, tu est toujours sublime. Pourtant, j&rsquo;ai de moins en moins envie de passer du temps avec toi&#8230;.non je n&rsquo;ai pas de ma\u00eetresse rassure toi&#8230;Pas vraiment eu la t\u00eate \u00e0 \u00e7a apr\u00e8s toutes ces nuits de dur labeur.. D&rsquo;ailleurs je ne t&rsquo;ai jamais demand\u00e9 si tu avais d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 du r\u00e9confort dans les bras d&rsquo;autres hommes&#8230;Je l&rsquo;aurais certainement mal pris moi qui m&rsquo;usait la sant\u00e9 pour nous donner une vie plus confortable. J&rsquo;ai appris \u00e0 moins te voir durant toutes ces ann\u00e9es. Nous ne faisions que de nous croiser. On \u00e9changeait \u00e0 peine deux mots. On a perdu ce qui nous liait surtout apr\u00e8s le d\u00e9part des enfants. Nous sommes devenus \u00e9trangers dans notre propre demeure. Je me suis \u00e9panoui au  travail, aupr\u00e8s de mes coll\u00e8gues. La t\u00e2che \u00e9tait rude, mais on passait de bons moments. Je ne les oublierai jamais. Ces bons moments sont ils plus importants que ceux que nous avons partag\u00e9? Je ne sais pas, je ne sais plus. Maintenant toi et moi sommes \u00e0 la retraite. On a que du temps de libre&#8230;plus de travail nous permettant de nous \u00e9chapper de la routine et de l&rsquo;ennui quotidien. Je dois r\u00e9apprendre \u00e0 vivre le jour et toi apprendre \u00e0 ne plus rien faire. Pourrons-nous renouer un dialogue, le reprendre l\u00e0 o\u00f9 on l&rsquo;a interrompu. On se conna\u00eet trop bien pour parler inutilement. Alors que dire? ce silence me g\u00eane&#8230;m&rsquo;angoisse. Et toi?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a bien longtemps que je ne t&rsquo;ai pas regard\u00e9 ainsi. Te voir bouger, te lever, marcher est devenu pour moi quelque chose d&rsquo;\u00e9trange. 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