{"id":192993,"date":"2025-07-26T17:12:41","date_gmt":"2025-07-26T15:12:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=192993"},"modified":"2025-07-26T17:12:41","modified_gmt":"2025-07-26T15:12:41","slug":"rectoverso-09-ici-la-bas-et-si-loin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-09-ici-la-bas-et-si-loin\/","title":{"rendered":"#rectoverso #09 | ici, l\u00e0-bas et si loin"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u00e0. Assise sur une chaise l\u00e9g\u00e8re avec accoudoirs, dire fauteuil serait sans doute erron\u00e9, une tasse de caf\u00e9 entre les doigts. Dans la v\u00e9randa. Face au dehors qui continue de vivre sur la rue, la voie ferr\u00e9e, l\u2019autoroute, le ciel. Au c\u0153ur des pruniers et des bouleaux, \u00e0 regarder les oiseaux, leurs all\u00e9es et venues entre les branches. Entre les dehors et les dedans. L\u00e0 pour rien. Pour le temps qui passe et la tasse de caf\u00e9 chaud sur la peau. Lentement le laisser couler entre les l\u00e8vres, savourer ce caf\u00e9 du milieu de la matin\u00e9e, sans autre plaisir que celui-l\u00e0&nbsp;: le moment de l\u2019arr\u00eat dans le cours du jour avec un caf\u00e9. Pas de livre \u00e0 proximit\u00e9. Juste l\u2019horizon d\u2019une vie qui continue au-dehors&nbsp;: entre le foisonnement de feuilles, une \u00e9chapp\u00e9e ovale o\u00f9 voir le lointain. Se satisfaire de l\u2019instant. Bien assise dans la chaise de pacotille mais confortable, o\u00f9 caler dos et bras. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, un minuscule fauteuil en bois \u00e0 l\u2019assise de paille, achet\u00e9 dans une brocante il y a trois ans. Pour ses petites-filles. Pour l\u2019une, il faut rajouter un coussin car la paille pique, quant \u00e0 la seconde elle s\u2019y laisse tomber avec volupt\u00e9. Ce matin le fauteuil est vide. Mais les imaginer, l\u2019une ou l\u2019autre assise l\u00e0, la vie en elle qui poursuit sa destin\u00e9e. Esp\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>On la nomme la petite pi\u00e8ce, depuis toujours. Enfin depuis un avant moi. La pi\u00e8ce o\u00f9 se tenait l\u2019arri\u00e8re-grand-m\u00e8re avec son carreau de dentelli\u00e8re, le petit gu\u00e9ridon o\u00f9 poser la lampe&nbsp;: une boule remplie d\u2019eau pour concentrer la lumi\u00e8re d\u2019une source lumineuse vers l\u2019ouvrage en travail. Et le cliquetis des fuseaux. Et les pans de dentelle qui se d\u00e9roulaient. Et les pens\u00e9es qui ne se disaient pas. Et la tranche de pain de seigle tout frais sorti des fours de la boulangerie, o\u00f9 s\u2019\u00e9talait une bonne couche de beurre. La tranche de plaisir du samedi soir. Au milieu des questions de la vie. La pi\u00e8ce des femmes&nbsp;: Tout y \u00e9tait petit&nbsp;: l\u2019espace, la fen\u00eatre, les deux chaises tr\u00e8s basses en paille, les mod\u00e8les en carton de dentelles \u00e0 r\u00e9aliser, le gu\u00e9ridon. Rien d\u2019autre dans cette petite pi\u00e8ce. La vie du soir apr\u00e8s les travaux du quotidien dans la ferme. Penser alors&#8230; peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond du jardin, une petite cabane blottie dans un coin du verger \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur une table, simple, recouverte de journaux, de papiers, de vieilles lettres, de manuscrits, de livres, de porte-plumes et de bouteilles d\u2019encre, un fauteuil tr\u00e8s bas, \u00e0 moiti\u00e9 effondr\u00e9 o\u00f9 elle aimait \u00e0 se tenir avec sur ses genoux une planche en sapin avec un encrier incorpor\u00e9. Sur la planche, un grand cahier de papier ordinaire recouvert d\u2019un papier de couleur. L\u00e0 o\u00f9 se terrer comme une ermite. Un lieu d&rsquo;\u00e9criture, de qui\u00e9tude dans cette mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la vie domestique tant par rigueur, pr\u00e9caution, d\u00e9sir de se replier sur soi, et tenter de mettre \u00e0 jour le plus la plus intime r\u00e9v\u00e9lation. Par la fen\u00eatre, la vue s\u2019\u00e9tendait sur les pelouses, les collines et au loin, sur les falaises des South Downs. Sur sa table de travail, un plateau pos\u00e9 avec une th\u00e9i\u00e8re emplie et une part de g\u00e2teau que sa s\u0153ur avait apport\u00e9 la veille. Elle en triturait des morceaux, les \u00e9miettait dans sa tasse, se donnant l\u2019illusion qu\u2019elle mangeait. Mais elle n\u2019aurait su dire quel go\u00fbt avait ce g\u00e2teau. Feindre de se nourrir. Ce qui \u00e9tait important c\u2019\u00e9tait d\u2019\u00e9crire, enfonc\u00e9e dans le fauteuil o\u00f9 nul autre n\u2019aurait pu s\u2019asseoir. \u00c0 caresser par intermittence le velours de l\u2019accoudoir. Imaginer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u00e0. Assise sur une chaise l\u00e9g\u00e8re avec accoudoirs, dire fauteuil serait sans doute erron\u00e9, une tasse de caf\u00e9 entre les doigts. Dans la v\u00e9randa. Face au dehors qui continue de vivre sur la rue, la voie ferr\u00e9e, l\u2019autoroute, le ciel. Au c\u0153ur des pruniers et des bouleaux, \u00e0 regarder les oiseaux, leurs all\u00e9es et venues entre les branches. Entre les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-09-ici-la-bas-et-si-loin\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #09 | ici, l\u00e0-bas et si loin<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":75,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7669],"tags":[],"class_list":["post-192993","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-09-gertrude-stein-la-robe-le-flan-le-couloir"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192993","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/75"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=192993"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192993\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":192994,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192993\/revisions\/192994"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=192993"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=192993"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=192993"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}