{"id":193197,"date":"2025-07-24T09:11:00","date_gmt":"2025-07-24T07:11:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=193197"},"modified":"2025-07-28T14:42:38","modified_gmt":"2025-07-28T12:42:38","slug":"recto-verso-08-sur-le-boulevard-un-nez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-08-sur-le-boulevard-un-nez\/","title":{"rendered":"#rectoverso #08 | sur le boulevard, un nez"},"content":{"rendered":"\n<p>On se dit tout en gardant des secrets juste un peu : Oui, forc\u00e9. Ne faire qu\u2019un corps en restant deux. \u00c9changer. Partager. Batailler. Je combats ma paresse pour \u00eatre \u00e0 sa hauteur : livres de g\u00e9ologie, Atlas , j\u2019apprends m\u00eame la morphologie des baleines \u2013 au d\u00e9but je me force . Nous partageons mon go\u00fbt pour la po\u00e9sie en buvant du blanc celui qui sert pour la cuisine en bas du Frigidaire : On dit r\u00e9frig\u00e9rateur, Frigidaire c&rsquo;est la marque \u2013 tu me dis parfois des trucs dont je me fiche \u00e9perdument\u2013, du blanc qu\u2019on rallonge d\u2019eau, en douce. Baudelaire. Rimbaud. Verlaine : tu ne comprends pas enfin si, disons que \u00e7a ne te touche pas tu m&rsquo;expliques. Pr\u00e9vert et Cohen.. tu comprends : Suzanne&#8230; c\u2019est un beau pr\u00e9nom tu ne trouves pas? Tu es Suzanne. Je choisis Georges ou bien Janis. Nous \u00e9coutons chanter des femmes rebelles. Ferr\u00e9 en boucle. Mahler et Grieg pour pleurer. Nos parents s\u2019habituent \u00e0 avoir deux enfants en alternance. Nos Jeans ont des d\u00e9chirures que nous brodons de coton perl\u00e9, dans le tien j\u2019entre \u00e0 peine, je m\u2019allonge pour tirer la fermeture \u00e9clair ; je te pr\u00eate mon blouson sans manches, tu me passes ton boa : cette \u00e9charpe de laine hirsute multicolore ; Il t&rsquo;arrive souvent de te mettre en robe, je n&rsquo;aime que les pantalons. J&rsquo;envie tes os qui saillent, ta poitrine plate ; je bande mes seins, je m\u2019affame, toi tu manges tout ce qui te passe sous le nez sans prendre un gramme : ton nez justement, le mien retrouss\u00e9 t\u2019obs\u00e8de. Regarde ma bosse, mais regarde : je me d\u00e9becte. Un jour tu seras toi : Pas \u00e7a. Sur les quais nous marchons dans nos capes d\u2019invisibilit\u00e9; la nuit nous avons tous les \u00e2ges du monde, quinze en vrai. A deux semaines d\u2019\u00e9cart nous f\u00eatons nos anniversaire, en juin. Tu m\u2019offres ce bracelet afghan\u2026 <em>Et connaissant mon c\u0153ur elle n\u2019avait gard\u00e9 que ses bijoux sonores dont le riche attirail<\/em>.., et puis un jour il faut partir. Ce poste inattendu loin, pour ta m\u00e8re. Les lettres, les cartes durent une ann\u00e9e puis le courrier s\u2019effiloche&#8230; Il pleut, Mars me ronge; depuis toujours il semble que j\u2019attends juin. J\u2019ach\u00e8te des pommes en face du cin\u00e9ma. Ce film de 1974, il repasse au Louxor, je l\u2019avais vu \u00e0 l\u2019\u00e9poque . Je croque dans la pomme jaune, tavel\u00e9e (les mains se tachent avec le temps : elle avait de tr\u00e8s belles mains couvertes de taches, elle portait des gants ajour\u00e9s) ; combien de temps survit une pomme dans le noir d\u2019une cave. Sous le m\u00e9tro a\u00e9rien il y a des crieurs de cigarettes ; je me souviens du marchand de journaux qui me saluait le matin ; chez Tati j\u2019achetais des collants de couleur, \u00e7a file vite un collant : est-ce qu&rsquo;avec un peu de vernis \u00e0 ongle on peut aussi arr\u00eater le temps ; en 1968 sous le m\u00e9tro a\u00e9rien \u00e7a br\u00fblait, j\u2019avais neuf ans, j\u2019ai v\u00e9cu par-l\u00e0 jusqu\u2019\u00e0 mes dix sept ans\u2026\u00a0\u00bbDominique ! \u00a0\u00bb C\u2019est ta voix que j\u2019entends. Je me retourne. Il y a cette femme presque trop grande aux cheveux bruns, tr\u00e8s belle. C\u2019est ta voix. Ta blondeur me revient dans ce visage qui n\u2019est pas toi,- est-ce la bosse sur le nez qui n\u2019est plus l\u00e0- : Vertige d\u2019une voix. La derni\u00e8re fois tu venais de muer, il y avait un peu de duvet au-dessus de ta l\u00e8vre : Oui Camille . c\u2019est moi<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que je pensais \u00e0 elle en marchant sur ce boulevard. Elle avait cette fa\u00e7on de marcher vite en parlant fort: Quand tu n&rsquo;es pas \u00e0 l&rsquo;aise dans ton corps soit tu te planques soit tu en rajoutes. Pour \u00e9carter les dragueurs elle braillait sans s&rsquo;arr\u00eater en faisant de grands gestes dans une langue invent\u00e9e qui sonnait russe, \u2013 c&rsquo;est elle qui m&rsquo;a fait lire L&rsquo;Idiot \u00e0 quinze ans \u2013; elle disait regarde ma face de pomme de terre, \u00e7a me vient de mon c\u00f4t\u00e9 russe. J&rsquo;aimais ses pommettes hautes, son nez court retrouss\u00e9, le piquant de ses yeux tr\u00e8s noirs. Elle d\u00e9testait son corps, moi mon nez. Il y a cette femme menue aux cheveux courts dans une robe rouge avec un ventre tr\u00e8s avanc\u00e9 qui croque une pomme, et ce nez de profil, et ce bracelet \u00e0 son poignet en contre-jour sur le boulevard. Il y a que presque vingt ans nous s\u00e9parent et que tu es l\u00e0. <br>&nbsp;<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted has-small-font-size\">tentative de ramener la 05 (une amiti\u00e9 ) vers la 08 <\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On se dit tout en gardant des secrets juste un peu : Oui, forc\u00e9. Ne faire qu\u2019un corps en restant deux. \u00c9changer. Partager. Batailler. Je combats ma paresse pour \u00eatre \u00e0 sa hauteur : livres de g\u00e9ologie, Atlas , j\u2019apprends m\u00eame la morphologie des baleines \u2013 au d\u00e9but je me force . 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