{"id":193307,"date":"2025-07-28T17:26:46","date_gmt":"2025-07-28T15:26:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=193307"},"modified":"2026-04-25T10:27:20","modified_gmt":"2026-04-25T08:27:20","slug":"rectoverso-09-cendres-gratin-trous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-09-cendres-gratin-trous\/","title":{"rendered":"#rectoverso #09 | Cendres, gratin, trous"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\">RECTO<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette chambre, en hiver, je d\u00e9fais les livres, page par page. Ma valise, sur le lit, remplie de ceux que l&rsquo;on s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 jeter au pilon. Je les sors un par un, le les range en piles selon l\u2019aspect de leur couverture. Le cuir, je m&rsquo;en d\u00e9barrasse. Je s\u00e9pare les couvertures rigides et les couvertures souples. Les pages sont m\u00e9ticuleusement tri\u00e9es selon leur \u00e9paisseur, leur grain. La pi\u00e8ce n&rsquo;est pas organis\u00e9e pour ce travail, alors on s&rsquo;y perd un peu, parfois. \u00c0 partir de tout cela, je cr\u00e9e de nouveaux livres : le livre des pages 1, le livre des pages 2 etc. Le dernier n&rsquo;a qu&rsquo;une seule page.<\/p>\n\n\n\n<p>La fum\u00e9e qui p\u00e8se sur la chambre provient du b\u00e2ton d&rsquo;encens, cal\u00e9 dans son socle. Je l&rsquo;allume en arrivant, avant de s\u00e9parer la premi\u00e8re page de son livre. L&rsquo;odeur des colles est impr\u00e9visible, toutes se m\u00e9langent et provoquent un effet de malaise, voire de naus\u00e9e. Le socle est couvert de cendres durcies car je ne le nettoie que lorsque la tablette sur laquelle celui-ci est pos\u00e9 est lui-m\u00eame couvert de cendres. Je ne supporte que les odeurs douces, donc forc\u00e9ment un peu cher pour \u00e9viter de tomber sur des variantes qui piquent la gorge. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 de br\u00fbler par erreur quelques coins de pages, je les ai jet\u00e9s me disant que c&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre l&rsquo;occasion de r\u00e9inventer une autre \u00e9criture, des textes o\u00f9 il manquerait pr\u00e9cis\u00e9ment ces pages, emp\u00eachant ainsi d\u00e9finitivement la reconstitution de l&rsquo;ouvrage original.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la chaise je laisse toujours un vieux pull trou\u00e9, ce n&rsquo;est jamais le m\u00eame, mais il faut qu&rsquo;il y ait des trous. Cela imprime dans sa chair \u00e0 la fois l&rsquo;usage et son abandon. Je ne le mets qu&rsquo;en hiver, je n&rsquo;aime pas porter des pulls, sauf qu&rsquo;il n&rsquo;y a que \u00e7a que je supporte de porter sur le dos au-dessus de mes t-shirts. La transition entre l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;automne est difficile, entre l\u2019automne et l\u2019hiver une torture. Il ne me reste que deux pulls noirs, les autres sont moches. Je dois bien faire avec. Je les porterai tant qu&rsquo;il y aura plus de pull que de trou. Concept du pull gruy\u00e8re. C&rsquo;est amusant mais on ira pas tr\u00e8s loin avec \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">VERSO<\/p>\n\n\n\n<p>La chambre est l&rsquo;espace chambre de l&rsquo;\u00e9tudiant, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;absorption de nourriture, de livres, d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de frustration. Quand on entre, l&rsquo;armoire est \u00e0 gauche et derri\u00e8re la cuisine. C&rsquo;est aussi un espace-peine. J&rsquo;ai longtemps fait le r\u00eave r\u00e9current que cet appartement \u00e9tait toujours \u00e0 moi et que je venais m&rsquo;y r\u00e9fugier de temps en temps. Avec le recul je n&rsquo;arrive pas \u00e0 savoir si j&rsquo;y ai \u00e9t\u00e9 heureux ou non. Comme si je n&rsquo;en avais conserv\u00e9 que les images et rien d&rsquo;autre, alors que, pourtant, on raconte que les souvenirs sont associ\u00e9s aux \u00e9motions. Pour moi \u00e7a ne fonctionne pas. Et puis le lit \u00e0 droite et encore derri\u00e8re un vague emplacement pour les bouteilles d&rsquo;eau et de lait . Entre la porte et le lit, j&rsquo;oubliais, le bureau et le piano. Pas un hasard, sans doute comme \u00e7a me sorte de l&rsquo;esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;odeur un m\u00e9lange de ce qui vient de la salle de bain et de ce qui vient de la cuisine. Une crois\u00e9e des chemins dans un espace d&rsquo;appel dix-sept m\u00e8tres . Et puis la couverture verte que j&rsquo;ai longtemps gard\u00e9e. Impossible de me rappeler ce que j&rsquo;en ai fait mais c&rsquo;\u00e9tait sans doute la partie la plus visible de mon appartement celle dont les images restent. Verte avec peut-\u00eatre un peu de bleu, mais c&rsquo;est vague. Elle \u00e9tait ce qui me reliait encore \u00e0 cette vie d&rsquo;avant. Est-ce que les liens sont aussi insignifiants que les couvertures. C&rsquo;est chaud, comme un refuge, mais parfois trop, br\u00fblant, calcinant ce qu&rsquo;il reste de joie pour en faire une p\u00e2te dure, plus reconnaissable comme telle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les odeurs celle du poisson le go\u00fbt et la texture des gratins de poissons, l&rsquo;impression de manger de l&rsquo;aluminium. Tout existe dans l&rsquo;aluminium et peut-\u00eatre est-ce que pour cette raison que les souvenirs ne passent pas certaines barri\u00e8res. Le matin, le lit sans poisson et l&rsquo;esp\u00e8ce de garniture \u00e9trange, tr\u00e8s sal\u00e9e que l&rsquo;on finit avec du pain et du beurre. Une terreur pour le corps et des souvenirs d&rsquo;attaque de panique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RECTO Dans cette chambre, en hiver, je d\u00e9fais les livres, page par page. Ma valise, sur le lit, remplie de ceux que l&rsquo;on s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 jeter au pilon. Je les sors un par un, le les range en piles selon l\u2019aspect de leur couverture. 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