{"id":193878,"date":"2025-07-31T16:29:30","date_gmt":"2025-07-31T14:29:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=193878"},"modified":"2025-08-01T09:04:11","modified_gmt":"2025-08-01T07:04:11","slug":"10-recto-verso-i-seul-un-square-dans-puebla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/10-recto-verso-i-seul-un-square-dans-puebla\/","title":{"rendered":"#rectoverso #10 | seul un square dans Puebla"},"content":{"rendered":"\n<p>Elle marche dans la ville, seule dans Puebla. Au centre il y a le Zocalo, grande place am\u00e9nag\u00e9e, anim\u00e9e d\u2019o\u00f9 partent les rues parall\u00e8les quadrillant la grosse ville mexicaine, puis lorsqu\u2019on s\u2019en \u00e9loigne un peu, en passant pr\u00e8s de la poste, on arrive pr\u00e8s d\u2019un petit square sans charme ni particularit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle arrive pr\u00e9s de ce square, call\u00e9 \u00e0 l\u2019angle de deux rues bruyantes \u00e0 sens unique, o\u00f9 le trafic automobile constant fait qu\u2019on ne le voit pas. Le son des klaxons des voitures, des bus et des camions le masque. Elle marche, elle regarde, elle le voit, elle ne connait pas le nom de ce square. Il n\u2019en a peut-\u00eatre pas.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00a0le souvenir de ce square est flou <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>restent en m\u00e9moire quelques images<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On ne le voit pas, on ne le remarque pas ce square discret. Il se porte mal, ne poss\u00e8de aucun bosquet odorant ou massif fleuri, et semble survivre ici, entre des maisons \u00e0 deux \u00e9tages comme souvent dans les rues de ce quartier. Elle n\u2019a jamais vu quelqu\u2019un entrer, se reposer sur un banc, jamais vu quelqu\u2019un observer les ombres sombres sur le sol des arbres ou les troncs hauts et tordus &#8211; ce doit \u00eatre des pins parasol dont les branches fines se balancent lorsque le vent souffle -. Elle se dit que ce square unique ressemble \u00e0 tant d\u2019autres. Elle repense au roman \u00e9ponyme de Marguerite Duras, \u00e0 l\u2019inconnu qu\u2019elle pourrait rencontrer, \u00e0 l\u2019\u00e9criture du d\u00e9sir, \u00e0 d\u2019autres d\u2019endroits vides comme ce square o\u00f9 il y a trop de vide pour que quelque chose d\u2019important puisse s\u2019y vivre ou l\u2019inverse. Seules de petites choses pourraient surgir ici, se dit-elle. Et encore surgir est un mot trop fort, advenir par inadvertance serait plus juste. Du presque rien dans ce square presque vide, presque inexistant. Personne ne remarque les presque. Ils ne sont pas encore arriv\u00e9s l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>mais que voit-on quand on voit&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et elle qu\u2019est-ce qui l\u2019oblige \u00e0 vouloir voir, la contraint \u00e0 repenser obstin\u00e9ment \u00e0 un square si banal, si loin de l\u2019attrait de l\u2019animation urbaine, de la sensualit\u00e9 des corps, des voix chantantes, des couleurs criardes des murs peints, des cimeti\u00e8res si vivants de cette ville&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>m\u00e9moire du contraste entre la vitalit\u00e9 de la ville et ce square si d\u00e9pourvu de tout<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>images gris\u00e9es d\u2019un espace vacant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>espace \u00e0 remplir de quelque chose&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>de quoi&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 se rendait-elle lorsqu\u2019elle passait devant ce square chaque jour&nbsp;? Comment s\u2019\u00e9tait install\u00e9e cette id\u00e9e fixe pour ce square&nbsp;? Qu\u2019en attendait-elle&nbsp;? Qu\u2019attendait-elle dans et de cette grosse ville mexicaine, \u00e0 tourner autour de cet endroit perdu de la ville&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce square, elle n\u2019a jamais vu quelqu\u2019un entrer. Encore moins se reposer. On ne se repose pas \u00e0 Puebla. Elle n\u2019a jamais vu quelqu\u2019un dans ce square, pas m\u00eame un chien y pisser, un chat le traverser, un \u00e9cureuil sauter d\u2019une branche \u00e0 l\u2019autre. A qui, \u00e0 quoi servait il dans cette ville trop nerveuse pour imaginer cesser de s\u2019activer, o\u00f9 aucun parent ne laisserait un enfant jouer seul dans un square, m\u00eame un enfant de pauvres. Il ne ressemble en rien \u00e0 un jardin agr\u00e9able, ombrag\u00e9, o\u00f9 se tenir \u00e0 l\u2019abri du soleil, o\u00f9 causer avec un ami ou manger un fruit juteux ou encore faire une rencontre par hasard. Sans doute un terrain abandonn\u00e9 qui a fini par devenir un espace public, ce square moche.<\/p>\n\n\n\n<p><em>souvenir pr\u00e9cis de ces quelques arbres hauts aux troncs \u00e9troits&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>entre deux maisons color\u00e9es&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>de chaque c\u00f4t\u00e9 de l\u2019intersection de rues&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>rupture d\u2019horizontalit\u00e9 retenant le regard&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si on ne le remarque pas le jour, ce square la nuit a peut-\u00eatre une autre vie. Une vie \u00e0 lui, personnelle. Dans Puebla d\u00e8s le jour tomb\u00e9, tout se m\u00e9tamorphose, les violences arrivent, montent d\u2019un cran ou deux, elle le sait, moi aussi. Ne plus marcher la nuit sur les trottoirs, ne plus de sortir se balader dans les rues, ne plus d\u2019aller au square. Je n\u2019ai pas \u00e9crit qu\u2019elle y entrait le jour, je ne sais pas si elle y entre, s\u2019assoit sur un banc, attend quelqu\u2019un qu\u2019elle connait ou esp\u00e8re une rencontre avec un inconnu ou que quelque chose s\u2019y passe, m\u00eame si elle ne sait pas plus que moi ce que cela pourrait \u00eatre, attendre que quelque chose se passe, se passe pour elle, en elle, que quelque chose puisse compter, changer un tout petit peu sa vie ou du moins modifier un peu sa perception des choses, d\u2019elle-m\u00eame, de la ville\u2026 Je me demande ce qui fait qu\u2019elle s\u2019est concentr\u00e9e sur ce square, qu\u2019elle l\u2019a remarqu\u00e9, s\u2019y est attach\u00e9e. \u00c0 lui et pas un autre, comme \u00e0 un amour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>aimer cet espace vide au milieu de Puebla<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>avoir besoin d\u2019un souvenir impr\u00e9cis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>o\u00f9 tout pourrait arriver<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>pouvoir ajouter \u00e0 un endroit visit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>l\u2019imaginaire ce qu\u2019il aurait pu \u00eatre, de ce qu\u2019il fut ou sera<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et comment en finir avec ce square, avec cette histoire de square \u00e0 Puebla, avec cette femme polaris\u00e9e sur cet endroit sans int\u00e9r\u00eat, cette femme qui erre dans les rues et en elle-m\u00eame, et comment en finir avec ses craintes de ne pas voir, la peur de voir, de trop voir ou pas assez bien voir, et ce bien n\u2019a rien \u00e0 faire l\u00e0, ou encore cette femme et son attraction incontournable pour l\u2019extr\u00eame banalit\u00e9 comme seule possibilit\u00e9. Il faudrait pouvoir en finir avec ce square et le reste, il faudrait aller encore une fois voir ce square, pour rien, pour une derni\u00e8re fois, pour le voir ensemble elle et moi, l\u00e0 on serait l\u00e0 \u00e0 tenter d\u2019en sortir, comme d\u2019un amour impossible. Ce serait d\u00e9j\u00e0 \u00e7a.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle marche dans la ville, seule dans Puebla. 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