{"id":193907,"date":"2025-07-31T20:08:57","date_gmt":"2025-07-31T18:08:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=193907"},"modified":"2025-07-31T20:08:58","modified_gmt":"2025-07-31T18:08:58","slug":"rectoverso-10-des-honteuses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-10-des-honteuses\/","title":{"rendered":"#rectoverso #10 des honteuses"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"468\" height=\"731\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-19.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-193911\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-19.png 468w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-19-269x420.png 269w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Frederic Bazille \/ The fisherman&rsquo;s net.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Avant m\u00eame d\u2019en avoir quitt\u00e9 le parvis de la gare, je suis tomb\u00e9 sur la grande affiche de la r\u00e9trospective Salvi. Le bonhomme \u00e9tait mort, forc\u00e9ment. Toujours \u00e9tonn\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u00e0, je me laisse faire par la pente de la rue Jeanne d\u2019Arc. Il n\u2019y a pas \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir pour descendre. Personne ne m\u2019attend. J\u2019ai vaguement l\u2019id\u00e9e d\u2019aller voir la Seine. Sur le moment, c\u2019est le seul bon souvenir qui me reste de mes trois ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes dans cette ville. Je n\u2019aime pas le pass\u00e9. Je ne suis pas nostalgique. J\u2019aime le pr\u00e9sent. Lui seul est en couleurs. En arrivant \u00e0 la hauteur du square, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frein\u00e9 net. Il est devenu\u2026 translucide. Au point de laisser voir le Mus\u00e9e des Beaux-Arts de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>h\u00eatre rouge fatigu\u00e9, vieux, plus rien \u00e0 faire que de l\u2019art avec. Il fallait le voir allong\u00e9 contre la barri\u00e8re symbolique du plan d\u2019eau. Un corps, plus grand couch\u00e9 que debout.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je suis entr\u00e9 au Mus\u00e9e. Pourquoi pas&nbsp;? C\u2019est ce qu\u2019on fait dans une journ\u00e9e de cong\u00e9. Mais surtout, la nudit\u00e9 du square appelle vers l\u2019\u00e9difice. Le mot \u00ab&nbsp;vortex&nbsp;\u00bb me vient en traversant ce qui reste du petit parc. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, un morceau du <em>D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9<\/em> de Bloy (je ne cite pas de m\u00e9moire, j\u2019ai d\u00fb chercher ensuite parce qu\u2019il tournait autour de mes l\u00e8vres comme une brume)&nbsp;: <em>Hier soir, un millionnaire cr\u00e9tin, qui ne secourut jamais personne, a perdu mille louis au cercle, au moment m\u00eame o\u00f9 quarante pauvres filles que cet argent eut sauv\u00e9es tombaient de faim dans l\u2019irr\u00e9m\u00e9diable vortex du putanat.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Une double blague claironnait le secret des Polichinelles du square, tous ses messieurs qui, pour rien au monde, n\u2019auraient quitt\u00e9 leur \u00e9pouse ou tra\u00een\u00e9 sur les quais, o\u00f9 \u00e7a tapait dans le dur, mais qui assouvissaient leurs penchants dans ce cadre \u00ab&nbsp;Proustien&nbsp;\u00bb. La premi\u00e8re c\u2019est qu\u2019on avait rebaptis\u00e9 le Jardin Solf\u00e9rino, \u00ab&nbsp;Square&nbsp;\u00bb pour satisfaire \u00e0 la mani\u00e8re anglaise, et c\u2019\u00e9tait devenu un synonyme de sodomie en moins de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour le dire. L\u2019autre, c\u2019\u00e9tait qu\u2019on avait troqu\u00e9 le nom initial de la victoire militaire de Solf\u00e9rino contre celui d\u2019un maire du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et les mauvais esprits s\u2019accordaient \u00e0 conclure qu\u2019aux vues de la fr\u00e9quentation nocturnes des notables de la ville et de leur f\u00e2cheuse tendance \u00e0 la fuite en d\u00e9bandade, c\u2019\u00e9tait \u00e0-propos.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je me retourne en h\u00e9sitant, en haut des marches du Mus\u00e9e. Le <em>charme commun<\/em> qui faisait l\u2019angle est fig\u00e9 en nature morte et un vestige du colossal h\u00eatre rouge g\u00eet dans l\u2019herbe rase sur lequel on a grav\u00e9 <em>Providence<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>des honteuses. La nuit les hommes qui se cherchent se trouvent. Plus ou moins, mais l\u2019ombre aide autant que la crudit\u00e9 des r\u00e9verb\u00e8res qui encadrent strictement le square. Tous ces petits arrangements sous l\u2019\u0153il min\u00e9ral et bien compr\u00e9hensif de Jean Revel, qui \u00e9crivait la nuit en cachette. La police n\u2019est jamais loin, c\u2019est une impression puissante. Pourtant, c\u2019est une petite vieille \u00e0 petit chien qui a trouv\u00e9 Thomas au matin dans un buisson d\u2019\u00e9glantines en bordure de l\u2019all\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une salle pleine de croquis et d\u2019esquisses d\u2019un seul et unique mod\u00e8le. Le gardien retire la clef de la porte monumentale et me la tend. Elle fait bien trente centim\u00e8tres de long et p\u00e8se son poids. Remettez -l\u00e0 en place quand vous en aurez fini, me dit-il en s\u2019\u00e9loignant, comme si cela allait de soi de confier une salle au premier venu. La journ\u00e9e repasse devant mes yeux. J\u2019aurais d\u00fb manger quelque chose (\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p><em>des enfants jouant \u00e0 chat ou \u00e0 cache-cache dans la confidence d\u2019un cygne \u00e0 demeure dans le petit bassin. \u00c0 l\u2019heure de midi, les filles du Palais de justice mangent l\u00e0, pour ne pas \u00e9garer leurs secrets et leur argent dans les restaurants \u00e0 touristes de la place du Vieux-March\u00e9, ou pire dans les gargotes fr\u00e9quent\u00e9es par les avocats. Pendant les grands proc\u00e8s, il y a toujours quelqu\u2019un de la famille de la victime ou de l\u2019accus\u00e9 pour venir pleurer sur un banc, d\u2019angoisse ou de rage.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La clef tourne \u00e0 vide. Une femme qui passe l\u00e0 avec une liasse de papiers me l\u00e2che&nbsp;: elle n\u2019ouvre pas la porte. Pourquoi me l\u2019a-t-on donn\u00e9e, alors&nbsp;? Elle me demande de confirmer mon identit\u00e9. Je redis apr\u00e8s elle mes nom et pr\u00e9noms. Nous devions vous la donner, ne la donner qu\u2019\u00e0 vous. Mais pourquoi, puisqu\u2019elle n\u2019ouvre pas la porte&nbsp;? C\u2019est vous qui voyez. Et je reste, clef en main, avec l\u2019\u00e9cho comique de cette phrase tandis qu\u2019elle dispara\u00eet \u00e0 ma vue, ses talons tournant \u00e0 la galerie de fen\u00eatres qui donnent sur le square.<\/p>\n\n\n\n<p><em> faisait l\u2019effet d\u2019un fumeur pensif. Une statue de plus \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Maupassant. Jamais de carnet. Il soulevait lentement son chapeau au passage de coll\u00e8gues ou de connaissances de sa g\u00e9n\u00e9ration, mais aux \u00e9l\u00e8ves Christian Salvi n\u2019accordait qu\u2019un regard. Pas de salut ni de discours. Simplement\u00a0: je vous vois, passez votre chemin, entrez au Mus\u00e9e ou filez \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant m\u00eame d\u2019en avoir quitt\u00e9 le parvis de la gare, je suis tomb\u00e9 sur la grande affiche de la r\u00e9trospective Salvi. Le bonhomme \u00e9tait mort, forc\u00e9ment. Toujours \u00e9tonn\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u00e0, je me laisse faire par la pente de la rue Jeanne d\u2019Arc. Il n\u2019y a pas \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir pour descendre. Personne ne m\u2019attend. 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