{"id":194247,"date":"2025-08-02T16:26:13","date_gmt":"2025-08-02T14:26:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=194247"},"modified":"2025-08-04T08:11:12","modified_gmt":"2025-08-04T06:11:12","slug":"rectoverso11-i-en-train","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso11-i-en-train\/","title":{"rendered":"#rectoverso #11 | en train"},"content":{"rendered":"\n<p>Les fen\u00eatres des trains, comme les yeux des mouches, voient tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019\u00e9crirai rien sur les b\u00e9b\u00e9s qui chougnent, pleurent, crient dans les trains.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment font les personnes de plus d\u2019un m\u00e8tre quatre-vingt-cinq pour s\u2019assoir dans un TGV en France&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Tuer celle qui m\u00e2che son sandwich au thon mayonnaise en ouvrant la bouche comme un hippopotame qui baille. Envie de lui offrir un \u0153uf dur pour qu\u2019elle s\u2019\u00e9touffe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qui n\u2019a jamais cr\u00e9er d\u2019association entre les rails de chemin de fer et les films de cow-boys sur la conqu\u00eate de l\u2019ouest am\u00e9ricain, o\u00f9 les indiens sur leurs magnifiques alezans attaquent les riches blancs&nbsp;\u00e0 la sortie du tunnel ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours pluvieux, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des fen\u00eatres, les multiples gouttelettes glissent, deviennent horizontales, s\u2019affinent, se subdivisent puis disparaissent. C\u2019est assez beau et \u00e7a peut, somme toute, devenir addictif.<\/p>\n\n\n\n<p>Se lancer le d\u00e9fi de r\u00e9ussir \u00e0 persuader, en deux heures trente de trajet, de vous suivre dans votre marche \u00e0 travers le Haut Vercors votre voisine qui partait pour un s\u00e9jour \u00e0 Mimizan plage. Et lui avouer au moment o\u00f9 vous l\u2019avez suffisamment s\u00e9duite pour qu\u2019elle vous suive, que c\u2019\u00e9tait un pari.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Certains portent des casques mais s\u2019ils r\u00e8glent leurs \u00e9couteurs fort, on profite tous d\u2019un concert de m\u00e9tal \u00e0 sept heures du matin. De plus si le m\u00e9talleux en question poss\u00e8de de nombreux piercings, l\u2019impression qu\u2019\u00e0 chaque mouvement qu\u2019il accomplit un gardien de prison passe dans le couloir avec ses cl\u00e9s \u00e0 la taille. Non je ne suis pas compl\u00e9tement intol\u00e9rante.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a les parents qui ont des enfants sages qui s\u2019endorment d\u00e8s que le train quitte la gare, \u00e0 croire qu\u2019ils leur ont donn\u00e9 une dose de sirop soporifique au caramel pour avoir la paix durant les heures de trajet. Ce sera facile pour le couple de passer des heures tranquilles \u00e0 lire ou feuilleter des magazines, call\u00e9 sur un si\u00e8ge inconfortable et exigu. Confort auditif incontestablement partag\u00e9 par les tous autres passagers.<\/p>\n\n\n\n<p>Voyager des heures dans un train silencieux permet de se concentrer, de prendre des notes sur un projet litt\u00e9raire ou travailler sur autre chose de s\u00e9rieux, ou d\u2019observer derri\u00e8re la vitre filer les vaches, courir les nuages, se d\u00e9former les arbres et se pencher les clochers, patiner les tracteurs. A se croire peintre surr\u00e9aliste ou fumeur de haschich. La deuxi\u00e8me \u00e9ventualit\u00e9 \u00e9tant plus d\u2019actualit\u00e9 en 2025.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi y a-t-il toujours une personne dans un train qui raconte sa vie \u00e0 son voisin, initialement un(e) inconnu(e) et qui poliment \u00e9coute, et l\u2019ensemble du voisinage proche doit se mettre des \u00e9couteurs sur les oreilles pour ne pas \u00e9couter, pour d\u2019\u00e9chapper au r\u00e9cit des p\u00e9rip\u00e9ties de cet(te) inconnu(e) dont il n\u2019a rien \u00e0 faire, voire m\u00eame qui l\u2019insupporte et qui est de moins en moins un(e) inconnu(e) car il (ou elle) va aux fils des heures parler de plus en plus sur ses probl\u00e8mes de sant\u00e9, de couple, de travail, etc. etc.&nbsp;&nbsp;cet(te) inconnu(e)&nbsp;&nbsp;l\u2019insupporte d\u2019autant plus s\u2019il a besoin de ce temps pour travailler \u00e0 un compte-rendu d\u2019une r\u00e9union professionnelle attendu \u00e0 son arriv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les passagers (la SNCF nous appelle les usagers, mais je ne suis pas membre du personnel de la SNCF), qui arrivent au dernier moment sont particuli\u00e8rement p\u00e9nibles pour les autres (je m\u2019abstiendrais d\u2019\u00e9voquer ceux et celles qui se trompent de voiture et le constatent lorsque d\u2019autres personnes arrivent pour s\u2019asseoir l\u00e0 o\u00f9 leurs si\u00e8ges sont occup\u00e9s) car ils ne savent pas o\u00f9 d\u00e9poser leurs bagages volumineux, et c\u2019est normal car il n\u2019y a (sauf peut-\u00eatre en premi\u00e8re classe, mais je ne fr\u00e9quente pas la premi\u00e8re classe) suffisamment d\u2019espaces pour que chacun puisse poser, disposer ses bagages sans g\u00eaner le passage des autres. Donc ceux qui arrivent juste avant le d\u00e9part posent o\u00f9 ils peuvent (dans les couloirs) leurs valises, sacs \u00e0 dos\u2026 Ce qui ne manque pas d\u2019entraver la circulation des passagers dans les coins pour t\u00e9l\u00e9phoner ou ont besoin d\u2019aller aux toilettes (ferm\u00e9es un jour sur deux).<\/p>\n\n\n\n<p>Au cr\u00e9puscule suivre du regard, depuis un fauteuil avec repose-t\u00eate \u00e0 bonne hauteur d\u2019un train, les feux arri\u00e8re (d\u2019un beau rouge vermillon) d\u2019une voiture qui roule r\u00e9guli\u00e8rement sur une petite route en lacet, qui parcourt un paysage \u00e0 peine visible, comporte une dose de plaisir certain et d\u2019incitation \u00e0 la r\u00eaverie, parfois m\u00eame \u00e0 divaguer jusqu\u2019\u00e0 se questionner sur ce qu\u2019on pourrait tirer de cette image (qui elle-m\u00eame renvoie quelquefois \u00e0 une sc\u00e8ne de film, un policier turc peut-\u00eatre, dont \u00e9videmment on ne se souvient ni le titre, ni l\u2019histoire, seulement cette s\u00e9quence longue mais particuli\u00e8rement r\u00e9ussie sur le plan esth\u00e9tique). Et m\u00eame si le pr\u00e9sent imm\u00e9diat de cette image ou le souvenir d\u2019une sc\u00e8ne vue n\u2019est pas utilisable pour produire quelque chose, pour \u00e9crire un texte, pas int\u00e9grable \u00e0 un projet visuel en cours, on peut toujours tirer un certain plaisir gratuit \u00e0 regarder cette voiture rouler, avec une attention flottante comme celle d\u2019un(e) psychanalyste qui entend les mots dits et les non-dits lors d\u2019une s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019endormir doucement dans un train, avec l\u2019impression d\u2019\u00eatre berc\u00e9 d\u00e9licatement, le sentiment qu\u2019il ne peut rien arriver de grave, de dramatique allong\u00e9 sur cette couchette, qui ressemble \u00e0 un grand cocon, m\u00eame si \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e on ne sera pas un papillon, se sentir s\u00e9curis\u00e9 dans ce lit spartiate o\u00f9 on ne dormira qu\u2019une seule et unique fois, \u00eatre en transit mais en confiance, \u00eatre entre deux gares, deux villes, entre deux moments de sa vie. Dormir profond\u00e9ment et faire le plein de r\u00eaves d\u00e9cousus comme les r\u00eaves r\u00e9ussis le sont, m\u00eame si \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e (qui sera brutale, comme le sont les arriv\u00e9es au petit jour, trop t\u00f4t) on ne se souviendra que de quelques brides de ces r\u00eaves et encore si c\u2019est un jour de chance. Baver un peu sur l\u2019oreiller \u00e0 la taie de coton propre et douce pour se l\u2019approprier le temps de la nuit ou comme une preuve d\u2019abandon et laisser une fine trace d\u2019ADN de cette nuit particuli\u00e8re. Se sentir dans une parenth\u00e8se (positive) de sa vie, parce qu\u2019\u00eatre nulle part vraiment, m\u00eame si le GPS du t\u00e9l\u00e9phone portable sait parfaitement rep\u00e9rer l\u2019endroit pr\u00e9cis \u00e0 un instant T o\u00f9 est le train, o\u00f9 est ce corps allong\u00e9, endormi, en arr\u00eat d\u2019activit\u00e9 physique mais pas psychique. \u00catre ce corps un peu ballot\u00e9, d\u00e9pendant d\u2019un conducteur de train, lui avoir d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 sans le connaitre, sans y penser la responsabilit\u00e9 d\u2019arriver \u00e0 bon port, au bon moment, au bon endroit. S\u2019endormir en confiance sans y penser, comme les petits enfants s\u2019endorment dans des bras protecteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>1. En train<\/p>\n\n\n\n<p>2. Solitude<\/p>\n\n\n\n<p>3. Lumi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>4. Le quotidien<\/p>\n\n\n\n<p>5. La qualit\u00e9 d\u2019impression d\u2019un livre<\/p>\n\n\n\n<p>6. Fleurs dans un vase<\/p>\n\n\n\n<p>7. Les livres<\/p>\n\n\n\n<p>8. Les tissus<\/p>\n\n\n\n<p>9. Le probl\u00e8me des bagages<\/p>\n\n\n\n<p>10. Les petites choses<\/p>\n\n\n\n<p>11. Le manque<\/p>\n\n\n\n<p>12. Les images r\u00e9tiniennes<\/p>\n\n\n\n<p>13. Trouver son coin dans une maison<\/p>\n\n\n\n<p>14. Objets sensuels<\/p>\n\n\n\n<p>15. La pr\u00e9cision imparfaite des mots<\/p>\n\n\n\n<p>16. Cimeti\u00e8res&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>17. Les biblioth\u00e8ques<\/p>\n\n\n\n<p>18. Etre amoureux<\/p>\n\n\n\n<p>19. Le sommeil<\/p>\n\n\n\n<p>20. Sentier des cr\u00eates<\/p>\n\n\n\n<p>21. La question des cl\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>22. L\u2019antipathie<\/p>\n\n\n\n<p>23. Le cin\u00e9ma<\/p>\n\n\n\n<p>24. Jolies rencontres<\/p>\n\n\n\n<p>25. Cartes et plans<\/p>\n\n\n\n<p>26.Le lendemain matin<\/p>\n\n\n\n<p>27. L\u2019attente<\/p>\n\n\n\n<p>28. Ce que je trouve particuli\u00e8rement beau<\/p>\n\n\n\n<p>29. Boire du th\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>30. Le silence<\/p>\n\n\n\n<p>31. Les chats<\/p>\n\n\n\n<p>32. Pr\u00eater attention<\/p>\n\n\n\n<p>33. Le dilemme du tri<\/p>\n\n\n\n<p>34. Ceux qui gueulent au lieu de parler<\/p>\n\n\n\n<p>35. L\u2019odeur des boulangeries<\/p>\n\n\n\n<p>36. Etre en mouvement<\/p>\n\n\n\n<p>37. La libellule comme motif<\/p>\n\n\n\n<p>38. Les tenues des femmes rom<\/p>\n\n\n\n<p>39. Les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9o<\/p>\n\n\n\n<p>40. L\u2019exil<\/p>\n\n\n\n<p>41. La perte de l\u2019\u00e9merveillement&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>42. L\u2019angoisse&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>43. Les voix rocailleuses<\/p>\n\n\n\n<p>44. Eplucher des l\u00e9gumes<\/p>\n\n\n\n<p>45. Le massage<\/p>\n\n\n\n<p>46. Allumer du feu<\/p>\n\n\n\n<p>47. Maladies psychiques<\/p>\n\n\n\n<p>48. L\u2019\u00e9coute<\/p>\n\n\n\n<p>49. Le parfum de la peau<\/p>\n\n\n\n<p>50. R\u00e9cup\u00e9rer de la nourriture<\/p>\n\n\n\n<p>51. Les nuages dans le ciel<\/p>\n\n\n\n<p>52. Les natures mortes<\/p>\n\n\n\n<p>53. La notion de bon moment<\/p>\n\n\n\n<p>54. Le chocolat noir<\/p>\n\n\n\n<p>55. Le besoin de consolation<\/p>\n\n\n\n<p>56. Le point de vue<\/p>\n\n\n\n<p>57. Le chant gr\u00e9gorien<\/p>\n\n\n\n<p>58. La peur de la pauvret\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>59. Marcher<\/p>\n\n\n\n<p>60. Les c\u00e9ramiques<\/p>\n\n\n\n<p>61. Les voisins proches<\/p>\n\n\n\n<p>62. La finesse<\/p>\n\n\n\n<p>63. L\u2019absence<\/p>\n\n\n\n<p>64. Le land Art<\/p>\n\n\n\n<p>65. Corps<\/p>\n\n\n\n<p>66. Arbres caducs<\/p>\n\n\n\n<p>67. L\u2019angoisse du vide<\/p>\n\n\n\n<p>68. Les coquelicots<\/p>\n\n\n\n<p>69. Rater<\/p>\n\n\n\n<p>70. La voix suraig\u00fce des petites filles<\/p>\n\n\n\n<p>71. D\u00e9sirer<\/p>\n\n\n\n<p>72. D\u00e9sapprendre<\/p>\n\n\n\n<p>73. Les listes<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les fen\u00eatres des trains, comme les yeux des mouches, voient tout. Je n\u2019\u00e9crirai rien sur les b\u00e9b\u00e9s qui chougnent, pleurent, crient dans les trains. 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