{"id":194875,"date":"2025-08-09T21:40:23","date_gmt":"2025-08-09T19:40:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=194875"},"modified":"2025-08-10T10:22:44","modified_gmt":"2025-08-10T08:22:44","slug":"rectoverso-12-patchwork-textuel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-12-patchwork-textuel\/","title":{"rendered":"#rectoverso #12 | patchwork textuel"},"content":{"rendered":"\n<p><em>strate 2<\/em><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je vais maintenant faire une d\u00e9claration. Je ne sais pas si elle entre dans la cat\u00e9gorie des d\u00e9clarations des autres. Mais qu&rsquo;elle entre dans la leur ou non, elle entre \u00e9videmment dans une certaine cat\u00e9gorie. Donc, \u00e0 cet \u00e9gard, ce n&rsquo;est pas diff\u00e9rent de leurs d\u00e9clarations. Cependant, laissez-moi essayer de formuler la mienne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il y a un commencement. Il y a un commencement qui n&rsquo;est pas encore commenc\u00e9. Il y a un commencement qui n&rsquo;est pas encore commenc\u00e9. Il y a l&rsquo;\u00eatre. Il y a le non-\u00eatre. Il y a un commencement qui n&rsquo;est pas encore commenc\u00e9. Il y a un commencement qui n&rsquo;est pas encore commenc\u00e9. Soudain, il y a l&rsquo;\u00eatre et le non-\u00eatre. Mais entre cet \u00eatre et ce non-\u00eatre, je ne sais pas vraiment lequel est l&rsquo;\u00eatre et lequel est le non-\u00eatre. Je viens de dire quelque chose. Mais je ne sais pas si ce que j&rsquo;ai dit a vraiment dit quelque chose ou si cela n&rsquo;a rien dit.<\/em>\u00a0\u00bb             <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>                                                           Tchouang-tseu, Chapitre Deux, traduit de l&rsquo;anglais.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce passage me suit depuis six ans. Avec ce texte, quelque chose de mon exp\u00e9rience que je ne pouvais articuler retrouvait le lit de la rivi\u00e8re. Des morceaux de visages confondus, effray\u00e9s ou souriant de fa\u00e7on complices me viennent. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;abandon, le bois mort, le souffle. <\/p>\n\n\n\n<p>Y penser n&rsquo;est jamais lui rendre justice. Le lire s&rsquo;en rapproche, \u00e0 condition de p\u00e9n\u00e9trer le labyrinthe jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement, selon ses forces du moment, selon l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la projection du th\u00e9\u00e2tre int\u00e9rieur. Toujours ce rappel qu&rsquo;en lecture, on plait \u00e0 se faire peur et \u00e0 l&rsquo;oublier, en produisant des images plus ou moins connues, plus ou moins effrayantes et \u00e0 en responsabiliser l&rsquo;auteur de nous avoir invit\u00e9 \u00e0 produire, \u00e0 imaginer selon des r\u00e8gles qui sont les siennes mais des forces qui sont les n\u00f4tres. Ainsi la lecture de Tchouang-Tseu oscille entre l&rsquo;ennui, le comique et le tragique. Il y a dans l&rsquo;acclimatation au n\u00e9ant, derri\u00e8re la pens\u00e9e conceptuelle, un d\u00e9liement possible \u00e0 observer.<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate <\/em>1<\/p>\n\n\n\n<p><em>La premi\u00e8re chose \u00e0 observer<\/em> est-elle une observation? Observation dans le sens o\u00f9 est impliqu\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9part une conscience r\u00e9flexive, consciente de sa difficult\u00e9 croissante \u00e0 l&rsquo;existence. Un je-ne-sais-quoi incommensurable r\u00e9siste \u00e0 notre satisfaction autant qu&rsquo;\u00e0 notre plaisir. Nos plaisirs deviennent insatisfaisants &#8211; m\u00eame en redoublant la quantit\u00e9. La recherche de satisfaction se confond avec celle du plaisir, et par frottement, peut elle-m\u00eame \u00eatre soup\u00e7onn\u00e9e d&rsquo;\u00eatre elle-m\u00eame illusoire. Le jeu commun de la satisfaction agr\u00e9\u00e9e est fauss\u00e9 et son transformation politique est un cri du coeur path\u00e9tique et n\u00e9cessaire mais que l&rsquo;on souhaiterais \u00e9vitable. <\/p>\n\n\n\n<p>La nature de la r\u00e9sistance est \u00e0 inconnue, ind\u00e9finissable et objet d&rsquo;obsession, de tentatives intellectuelles. Plusieurs approches sont possibles. La cause introuvable doit tout de m\u00eame \u00eatre nomm\u00e9e provisoirement. Le ph\u00e9nom\u00e8ne coupe les fils nous reliant \u00e0 la quotidiennet\u00e9 pour faire de notre existence une chose amorphe dont les actions anciennes, d\u00e9sarticul\u00e9es, denatur\u00e9es ext\u00e9nuent. \u00c0 la spontan\u00e9it\u00e9 des autres, la relation aux choses s&rsquo;apparente ce soir \u00e0 un face \u00e0 face avec un mur d&rsquo;eau sombre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon regard se perd \u00e0 deux m\u00e8tres dans les foug\u00e8res \u00e9clair\u00e9es par la lumi\u00e8re de la porte vitr\u00e9e derri\u00e8re moi. La maison en construction de D***** de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du petit chemin forestier. Je pisse dans le foss\u00e9. Les toilettes ne sont pas encore branch\u00e9es. Le sont-elles aujourd&rsquo;hui &#8211; cinq ann\u00e9es plus tard? Je suppose que tout y est branch\u00e9, que le logement est habitable, accueillant, investi par un couple chaleureux, aimant et plein de bonne volont\u00e9. Il y a des moments de l&rsquo;histoire d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration o\u00f9 un contingent de sa population sans aide ou soutien, vacille un peu, valse de mani\u00e8re excentrique comme des toupis et s&rsquo;\u00e9tendent au sol pour ne pas se relever. L&rsquo;entreprise n&rsquo;y peut rien, l&rsquo;Etat ne peut rien, les communaut\u00e9s ne peuvent rien. Si la famille ne peut rien; le jeune meurt. De quelles mani\u00e8res et \u00e0 quelle conditions survit-on? Et que ram\u00e8nent les survivants aux bons vivants? Puisque m\u00eame si la famille peut, et surtout si la famille peut, elle met fin aux illusions de communaut\u00e9, d&rsquo;Etat, de quelque chose d&rsquo;universel, l&rsquo;amiti\u00e9, l&rsquo;amour, la fraternit\u00e9 d\u00e9sormais frapp\u00e9 du sceau du raisonnable. Culture et contre-culture ne sont que deux faces d&rsquo;un m\u00eame lifestyle \u00e0 cette \u00e9gard. L&rsquo;au-del\u00e0 de la famille et de l&rsquo;entreprise (parfois deux noms pour la m\u00eame chose) est ferm\u00e9 pour les uns, illusoire pour les autres. Ce soir, la mort r\u00f4de, mon \u00e2me est putrifi\u00e9 par endroit mais j&rsquo;en refuse la souffrance, je m&rsquo;illusionne sur mes capacit\u00e9s. J&rsquo;esp\u00e8re encore de mon prochain.<\/p>\n\n\n\n<p><em><em>strate 2<\/em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a le froid et l&rsquo;incertitude qui de concert font fr\u00e9mir le corps et l&rsquo;esprit. Il y a le fr\u00e9missement des membres sous le textile. Il y a les chemises de laine lourde et les t-shirts en coton. Il y a les tremblements et la pilo\u00e9rection. Il y a le frisson de la prise de conscience par soi de ce que l&rsquo;on vit.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a des silences que l&rsquo;on tient pr\u00e8s de soi. \u00c0 l&rsquo;\u00e9coute de signes incertains. Il y a des silences que le bruit avoisinant ne peuvent couvrir, que l&rsquo;agitation ne saura assaillir. Il a du n\u00e9ant qui permet la pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>Reconnaitre que l&rsquo;on est n\u00e9 dans le camp des vaincus \u00e0 la naissance. L&rsquo;est-on tous?  Sans illusion de revanche ou de vengeance, sans aucun ressentiment. Une histoire n&rsquo;est pas une destin\u00e9e.  <\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 3<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je me d\u00e9barrasse d&rsquo;une partie cons\u00e9quente de mes livres&#8230; Cinq cent livres que je d\u00e9cide de c\u00e9der, certains que je red\u00e9couvre, je les d\u00e9place selon une g\u00e9om\u00e9trie variable dont le centre est une petite \u00e9tag\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon lit. Faite de quatres planches maintenue par des tenons \u00e0 peine d\u00e9grossis, elle peut soutenir une cinquantaine de livres. Mine o\u00f9 pioche mon index. Etal de boucher, mon regard transperce les tranches pour atteindre le souvenir de la lecture. Je pense souvent au commentaire de Joubert sur Locke rapport\u00e9 par Roger Munier. <em>\u00ab\u00a0Locke dit que \u00ab\u00a0les maximes n&rsquo;\u00e9clairent pas\u00a0\u00bb. &#8212; Non, mais elles guident, elles dirigent, elles sauvent aveugl\u00e9ments.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Quand ma biblioth\u00e8que est-elle devenue une placard \u00e0 m\u00e9dicament, un m\u00e9ta-grimoire, une trousse de secours spirituelle ? Peut-\u00eatre dans le passage d&rsquo;un usage du livre pour le soin de l&rsquo;\u00eatre et non de la pens\u00e9e. Par la fragmentation des phrases, cela est certain.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir. Un petit livre d&rsquo;Eric Geoffrey sur le soufisme que j&rsquo;ouvre une fois, deux fois, trois fois chanceux&#8230; Une phrase \u00e0 m\u00e9diter. \u00ab\u00a0<em>Mourez avant de mourir<\/em>\u00a0\u00bb dit le Proph\u00e8te. La Voie comme un <em>d\u00e9capage lent et implacable<\/em> de la conscience.<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 1<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pisser en ext\u00e9rieur lors d&rsquo;une soir\u00e9e alcolis\u00e9e permet de jauger de son \u00e9tat d&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9. La sensation du froid, les quelques pas pris en ext\u00e9rieur, l&rsquo;acclimatation \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9, la crainte, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;agitation interne puis ce silence incomplet, cette pouss\u00e9e douce du vent sur les flancs, \u00e0 peine assez pour faire valser l&rsquo;urine. <\/p>\n\n\n\n<p>Je red\u00e9couvre l&rsquo;exp\u00e9rience de la continuit\u00e9 de la perte de sens et la rencontre du r\u00e9el vide, libre, d\u00e9sormais punitif. Toujours l\u00e0. Il me faut croitre dans des territoires inconnus. Soudain, le besoin irr\u00e9pressible d&rsquo;observer le monde pour se prot\u00e9ger de ses mouvements les plus brusques, pour se lover dans ses mouvements, \u00e9viter sa violence, se bercer dans son sac et resac d\u00e9vastateur pour certains autres de ma g\u00e9n\u00e9ration&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>Livr\u00e9 \u00e0 un grand monde vide de sens o\u00f9 toutes les valeurs et les v\u00e9rit\u00e9s s\u2019\u00e9rodent face \u00e0 une distribution du pouvoir stable, g\u00e9n\u00e9rationnelle. La peur de ce grand vide qu\u2019\u00e9tait le monde am\u00e8ne aussi un second sentiment plus violent celui du ressentiment, absent ou adouci par l&rsquo;alcool ce soir et par le repos auquel invite ce moment de solitude. Que faire de la violence dont les autres se d\u00e9sh\u00e9ritent? Comment pacifier notre besoin de justice pour laisser croitrent ceux de l&rsquo;existence?<\/p>\n\n\n\n<p>La petit maison en construction de D***** o\u00f9 il se r\u00e9fugie du monde universitaire et profesionnelle et y \u00ab\u00a0devenir fou\u00a0\u00bb selon ses dires&#8230; J\u2019y viens quelques fois dans le mois pour une soir\u00e9e. Il est la derni\u00e8re personne de mon entourage avec qui je bois. Une bouteille de rouge \u00e0 deux usuellement. Quelques livres. Quelques films et sons. Apr\u00e8s les nouvelles de la semaine et les r\u00e9flexions sans r\u00e9ponses, je lui lirais tel ou tel passage d&rsquo;un penseur \u00e0 la mode. Si les lectures sont comprises, il ne peut pousser plus loin la r\u00e9flexion que dans un cadre intellectuel et normatif qu&rsquo;il s&rsquo;autorise. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous tenons compagnie mais nous ne pouvons pas nous aider. Nous partageons notre mis\u00e8re \u00e0 deux. Il se pense n\u00e9 trop tard, je me pense n\u00e9 trop t\u00f4t. Tout deux par optimisme et l\u00e2chet\u00e9. Pourtant une langue particuli\u00e8re se d\u00e9veloppe entre nous, faites de r\u00e9f\u00e9rences philosophiques, de n\u00e9ologismes, de classifications pseudo-critiques (toute spontan\u00e9it\u00e9, m\u00eame souhait\u00e9e, deviendra un \u00ab\u00a0<em>vitalisme bourgeois<\/em>\u00ab\u00a0).<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019arrose toujours les plantes en comprenant que je cherche une analogie entre le sens de la vie et le mouvement de foug\u00e8res dans le vent et la lente r\u00e9alisation que cette opposition entre moi et le mouvement naturel du monde sera un travail de longue haleine devant lequel je suis \u00e0 bo\u00fbt de force ce soir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 3<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9couverte du vide. Les premi\u00e8res fois que je perdis pied et le go\u00fbt. Je voulus me battre contre, oublier, me fondre dans la masse, dans la communion. Comme Eugen Althager dans le roman de Jean Amery; flottant dans le vide; livrant \u00ab&nbsp;<em>contre la libert\u00e9 une lutte sans merci. Chaque heure gagn\u00e9e sur elle \u00e9tait une victoire. Et les heures s\u2019enlisaient une \u00e0 une, sans rime ni raison, mais non sans dignit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/em> Des jours <em>\u00ab\u00a0clairs et durs<\/em>\u00a0\u00bb&nbsp;. Sans cesse revenir \u00e0 cette duret\u00e9. \u00c0 cette b\u00e9ance. Ou plut\u00f4t ces b\u00e9ances, ces vides o\u00f9 l\u2019on s\u2019attendrait \u00e0 une fluidit\u00e9, du solide, du sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Devenir humain\u2026 Descendre dans ce que j\u2019imagine \u00eatre une vieille cave\u2026 Et lorsque l\u2019on est au sol\u2026 Lorsque Job est \u00e0 terre, ses amis viennent le suspecter d&rsquo;\u00eatre la cause de son malheur. Cela arrangerait ses amis qu&rsquo;une th\u00e9orie du monde juste existe. Comme un promesse de silence et d&rsquo;ordre, d&rsquo;apprentissage et renoncements n\u00e9cessaires et une hi\u00e9rarchie des savoirs. <\/p>\n\n\n\n<p>Comme un kal\u00e9idoscope, les multiples dimensions dans lesquels ses \u00e9l\u00e9ments se retrouvent, se chassent l\u2019une et l\u2019autre dans la m\u00e9moire tout en formant un tout. Un petit tout qui est une vie se d\u00e9clinant selon les r\u00e8gles d\u2019un cas, se conjuguant. Renoncer et accepter sans bloquer le long et lent tirage qui cr\u00e8ve l\u2019\u00eatre. Voil\u00e0 qui est un saut dans le fatalisme. Ne pas faire obstacle \u00e0 la vulgarit\u00e9, \u00e0 la \u00ab\u00a0violence de la b\u00eatise\u00a0\u00bb. R\u00e9sister au \u00ab\u00a0cynisme de l\u2019intelligence\u00a0\u00bb et \u00e0 ses aveuglements complices\u2026 <em>\u00ab\u00a0Aveugl\u00e9s par la croyance en leur victoire finale, ils se d\u00e9lectaient de la certitude incompr\u00e9hensible de leur propre sup\u00e9riorit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em> Encore Amery.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fatigue me prend que l\u2019arabica \u00e0 port\u00e9e de main ne saurait secouer. L\u2019inspiration me quitte au moment o\u00f9 l\u2019on aurait pu arriver \u00e0 une nouvelle destination. Une avanc\u00e9e dans la brume. Apr\u00e8s la cave et la chute, voici le mar\u00e9cage brumeux et son atmosph\u00e8re de danger.<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 2<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, je suis revenu dans mon petit village. Tant de choses ont chang\u00e9s en cinq ans. Il fallait que quelque chose de pourrissant s\u00e8che, s&rsquo;effritte et d&rsquo;autres choses, plus ch\u00e8res, calcinent \u00e0 la lumi\u00e8re du jour. Je vis l&rsquo;envers de la popularit\u00e9 que j&rsquo;avais cherch\u00e9 \u00e0 atteindre avec de nombreux groupes d&rsquo;amis. Etranger partout, lors des grands passages de la vie des autres, j&rsquo;en fus oubli\u00e9. Certains penserent que le suicide \u00e9tait attendus d&rsquo;eux, d&rsquo;autres comme moi; la fuite suffisait.<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 3<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>page brune, noire ou blanche, cadre noir, extr\u00eame platitude, des lignes de lettres et de blancs, des espaces blancs pour moi, peut-\u00eatre noirs pour le lecteur, les diff\u00e9rentes pages publiques, les lignes entrecoup\u00e9es d\u2019imagination, pas un mot plus haut que l\u2019autre sur ces lignes, des mots simples, vides, sans virtuosit\u00e9, polis.<\/p>\n\n\n\n<p><em>n\u00e9ant ni\u00e9 souhait\u00e9, \u00e9crire ce tapotement, le pauvre murmure, pr\u00e9sent, suaire illisible et disgracieux d\u2019agonie, path\u00e9tique petit moteur verbeux, adoptant le physique de victime. Imaginer, trouver, se lover dans ce creux pour en partir, cri sans son, lettres sans lecteur, code demandant sa r\u00e9tribution sociale, lieu de l\u2019humiliation journali\u00e8re, ne rien \u00eatre, jouir de son inexistence temporaire. L\u00e0 aussi, exprimer les outils et acculer la chance \u00e0 l\u2019apparition.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 2<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs mois apr\u00e8s cette soir\u00e9e, je re\u00e7ois un mail titr\u00e9 \u00ab\u00a0J&rsquo;ai ri\u00a0\u00bb de D*****. Un lien comme corps du texte. La vid\u00e9o a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e de YouTube lorsque je le retrouve. Qu&rsquo;avait-elle pu \u00eatre? Comme une d\u00e9ferlante, la pens\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 de grandir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de son regard. Cette complicit\u00e9 qui faisait de toute spontan\u00e9it\u00e9 une r\u00e9sonance, de toute cr\u00e9ativit\u00e9 un d\u00e9j\u00e0 vu, de l&rsquo;amiti\u00e9 un \u00e9teau morale. Fuir, trahir, grandir : synonymes. Et pourtant ai-je ri plus avec quelqu&rsquo;un qu&rsquo;avec lui? Dr\u00f4le de r\u00e9flexion qui tire \u00e0 elle les souvenirs des moments o\u00f9 deux corps, deux \u00e2mes, s&rsquo;accordent pour rirent aussi r\u00e9guli\u00e8rement que possible selon des raisons et des motivations souterraines.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me pliais en deux, en quatre. Inoffensif. Je reniais \u00e0 m&rsquo;engager sur mon chemin.<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 3<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je suis les travaux de Terrence Blake depuis sept ou huit ans. Continuellement \u00e9tonn\u00e9 par sa capacit\u00e9 de lecture et de travail. Il est le lecteur de philosophie id\u00e9al de nombreux philosophe. Sa capacit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se philosophique est des plus int\u00e9ressante. Sur son blog, je trouve son post de blog de juillet. Nous jouons cette ann\u00e9e tout deux avec les math\u00e8mes lacaniens. Si je tente de conceptualiser\/ mathemiser le developpement du non-sens comme \u00e9tape n\u00e9cessaire \u00e0 partir d&rsquo;une conscience collective se divisant, il le fait \u00e0 partir d&rsquo;un processus intellectuel. Deux \u00e9tapes me parlent. Celle de la crise symbolique et celle de la double crise. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>S(\u023a)<\/strong> \u2014 Crise symbolique versus double impasse\u202f: reconnaissance de l\u2019incompl\u00e9tude du syst\u00e8me (\u023a)<\/p>\n\n\n\n<p> <strong>$(\u023a)<\/strong> \u2014 Double crise et destitution subjective\u202f: reconnaissance de l\u2019incompl\u00e9tude du syst\u00e8me (\u023a)<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que c&rsquo;est cela que je comprend comme \u00e9tant la cause de cette crise existentielle? Ce passage d&rsquo;une conceptualisation du monde compl\u00e8te, jusqu&rsquo;\u00e0 sa confirmation par les \u00e9v\u00e8nements de vie ( ruptures ). Comment la confirmation d&rsquo;un syst\u00e8me de pens\u00e9e par le r\u00e9el rendait n\u00e9cessaire la fascination devant l&rsquo;effroyable et impossible l&rsquo;action n\u00e9cessaire d&rsquo;ouverture. Cette pens\u00e9e qui cherche la clef de l&rsquo;existence dans le mouvement et l&rsquo;immobilit\u00e9 des foug\u00e8res en pleine montagne, o\u00f9 retombe-t-elle?<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 2<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je me r\u00e9veille et regarde l&rsquo;heure. \u00c0 ce stade de la nuit, seuls les jeunes gens sortant de boites de nuit et cherchant un lieu o\u00f9 coucher ensemble viendront. Autrement, tout est calme. Je sors fumer une cigarette et je pense aux autres r\u00e9ceptionnistes de nuit que j&rsquo;ai connu. Ceux qui \u00e9taient anti-sociaux, ceux qui \u00e9taient exclus pour des raisons raciales, de genre ou de type, ceux qui \u00e9taient rejet\u00e9s dans la nuit pour les besoins de l&rsquo;organisation. Pour moi et ces inconnus, une intimit\u00e9 \u00e9merge pour avoir travers\u00e9 les affres de la nuit, la peur du vide et du destin, le sentiment de l\u2019absurde puis la joie des aurores. La nuit se l\u00e8ve et l&rsquo;esprit se met \u00e0 penser \u00e0 la journ\u00e9e \u00e0 venir avec d\u00e9lice. Activit\u00e9 artistique, associative ou sportive, travaux manuels, rencontres familiales ou amicales, achats, ventes, d\u00e9placements ; bref c&rsquo;est le retour \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9changes signifiants qu&rsquo;annonce l&rsquo;aube. Le livreur de journaux passe sur son petit scooter d\u00e9poser les journaux. Premier contact avec un inconnu familier depuis une dizaine d&rsquo;heure. La journ\u00e9e serait toujours moins ambitieuse que celles des cadres et professionnel.le.s. Nos journ\u00e9es doivent \u00eatre arrach\u00e9s \u00e0 la fatigue. Cette caution de sommeil que l&rsquo;on doit \u00e0 la journ\u00e9e \u00e0 venir. Il lui faudra payer son d\u00fb apr\u00e8s cela nous pourrons saisir la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rappelle toujours de cette homme, entre deux \u00e2ges, habill\u00e9 \u00e0 la mode des <em>hipsters<\/em>, circa 2015, une barbe de quelques jours, un sweat capuche violet, des lunettes blanches, une casquette de trucker \u00e0 filet&#8230; Je me rappelle qu&rsquo;il voulait parler &#8230; Il m&rsquo;expliqua \u00eatre DJ, o\u00f9 plutot qu&rsquo;il \u00e9tait un DJ et je ne saurais dire tant d&rsquo;ann\u00e9es plus tard pour quelle raison il avait l&rsquo;impression d&rsquo;avoir tout perdu mais les quelques instants que l&rsquo;on \u00e9chang\u00e8rent me fire penser que ce serait ses derniers&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p> Avait-il perdu son logement? Je le revu quelques temps plus tard ( jours? semaines?) marcher le long de la route qui allait de H.-W. vers C. avec le m\u00eame air sombre. Je parierais pour qu&rsquo;il se soit suicid\u00e9. Peut-\u00eatre en effet, mis-t-il fin \u00e0 ses jours? Comment l&rsquo;aurait-il fait? Pas une arme. Peut-\u00eatre en se pendant comme C***** et le p\u00e8re de A***** dans sa mis\u00e8re, peut-\u00eatre en se droguant&#8230; Peut-\u00eatre en sautant sur des rails au moment du passage d&rsquo;un train comme la femme qui travaillait au th\u00e9\u00e2tre, peut-\u00eatre en crashant son v\u00e9hicule contre un mur comme P*****&#8230; Et pourtant, je le vois plut\u00f4t \u00eatre enferm\u00e9 en unit\u00e9 de soin. <\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait rest\u00e9 jeune homme trop longtemps. Peut-\u00eatre sentait-il tout son \u00eatre se r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant. Peut-\u00eatre qu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9ception, il fallait qu&rsquo;il parle, qu&rsquo;il puisse raccrocher des phrases pour avoir une identit\u00e9&#8230; Le monde de la nuit ne permet pas \u00e0 ses rejetons de se pr\u00e9parer \u00e0 la lumi\u00e8re froide du conventionnel. L&rsquo;argent circule entre les deux mais les investissements dans un monde ne se valorise pas facillement dans l&rsquo;autre. Peut-\u00eatre s&rsquo;y est-il investi pleinement \u00e0 ses risques et p\u00e9rils?<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 3<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je re\u00e7ois par la poste ce matin le livre de Bernard McGinn \u00ab\u00a0The Essential Readings of Christian Mysticism\u00a0\u00bb. Je me retrouve dans ces lignes de son introduction : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0<em>Parler de la pr\u00e9sence de Dieu est au fond une autre strat\u00e9gie pour parler de l&rsquo;indicible &#8212; et pourquoi de nombreux mystiques ont lutt\u00e9 avec le paradoxe que Dieu est trouv\u00e9 dans l&rsquo;absence et la n\u00e9gation plus que dans la pr\u00e9sence, au moins comme on l&rsquo;a con\u00e7oit et l&rsquo;exp\u00e9rimente habituellement.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>En \u00e9crivant je repense \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience physique de l&rsquo;isolement. Comment dire autrement que cela enflamme le corps tout entier ? Comment parler de quelque chose que les mots de douleurs dans les os et les articulations dans tout le corps ne peut enti\u00e8rement resitu\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 2<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne saurais dire si c&rsquo;\u00e9tait par r\u00e9flexe que je m&rsquo;\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 ou si, au contraire, l&rsquo;habitude m&rsquo;incitant \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence, j&rsquo;aurais continu\u00e9. Le fait est que pour continuer mon chemin, je traverserai son passage. Arriv\u00e9 \u00e0 une br\u00e8che dans le champ de ma\u00efs faite pour le tracteur, je ne pouvais passer sans regarder dans sa direction. Je m&rsquo;immobilisa, saisissant l&rsquo;instant, m&rsquo;enfon\u00e7ant dans son image, cherchant \u00e0 ajuster mon regard au sien. Nos regards s&rsquo;\u00e9lan\u00e7aient sur vingtaine de m\u00e8tres pour se rencontrer. Je ne saurais dire ce que vois une biche. C&rsquo;est l\u00e0 une hypoth\u00e8se d&rsquo;artiste. Moi, j&rsquo;atteignais sa croupe, sa t\u00eate, ses jambes fines. Je voyais ses oreilles remont\u00e9es mais je n&rsquo;aurais pu dire si elles cachaient des cornes. Le fait est que je les cherchais, les imaginais. Mon regard se perdait dans un flou \u00e0 fur et \u00e0 mesure que je regardais, je me concentrais. Le fait est que je sentais une transe me prendre rapidement par les yeux puis la t\u00eate et ensuite le buste et le bout des doigts. L&rsquo;animal \u00e9tait aussi immobile. Qui de nous deux s&rsquo;immobilisa en premier? J&rsquo;avais vu sa croupe entrer dans le champ de ma\u00efs sans en deviner le point d&rsquo;entr\u00e9e. Le fait est que lorsque j&rsquo;ai vu l&rsquo;animal, il \u00e9tait retourn\u00e9 vers moi et me regardait. Il \u00e9tait immobile et je m&rsquo;immobilisa par la suite. \u00c0 force de fixer ce point et le perdre et le refixer, mon corps s&rsquo;arrangea pour \u00eatre plus stable &#8211; except\u00e9 mes jambes que j&rsquo;avais gel\u00e9 rapidement. Mais elles \u00e9taient proches l&rsquo;une de l&rsquo;autre et je craignais de les bouger. L&rsquo;animal me regardait et avan\u00e7ait. Le fait que j&rsquo;avais l&rsquo;impression d&rsquo;acqu\u00e9rir un pouvoir m&rsquo;induisait \u00e0 plus d&rsquo;immobilit\u00e9 et \u00e0 un transe plus profonde. La vision \u00e9troite \u00e9tait encourag\u00e9e par le longueur du couloir de ma\u00efs. Le champ \u00e9tait long&#8230; tr\u00e8s long&#8230; Et calme&#8230; tr\u00e8s calme. Je voyais tr\u00e8s large et tr\u00e8s flou. Je perdais mes rep\u00e8res spatiaux et temporels. Comme une jumelle qu&rsquo;on ajuste, mon regard alternait rapidement entre la vision proche et lointaine. Sans pouvoir se poser sur autre chose quelques instants que ce losange brun\u00e2tre aux yeux sombres. \u00c0 la p\u00e9riph\u00e9rie, les reflets des feuilles vert d&rsquo;eau s&rsquo;agitaient en griffant le champ bouteille. Encore un pas&#8230; Combien de temps passe dans ces moments l\u00e0? Une minute, on se regarde. Deux minutes, elle avance. Trois minutes&#8230; Je r\u00e9ajuste mon corps pour \u00eatre \u00e0 l&rsquo;aise. Ma cage thoracique s&rsquo;ouvre, mes \u00e9paules d\u00e9priment et mes scapulas se rapprochent. Mes doigts se rel\u00e2chent et picotent. Mon poing s&rsquo;ouvre. Quatre minutes&#8230; Un bruit \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re me fait tourner la t\u00eate pour le rep\u00e9rer comme \u00e9tant plus haut&#8230; Un pic vert tapote contre le tronc de l&rsquo;arbre. Autrement, les moteurs au loin. Cinq minutes passent&#8230; La biche se d\u00e9tourne de moi fait quelques pas, puis se retourne&#8230; Puis continue de marcher puis se retourne. Le fait que je suis toujours immobile lui provoque une attention plus grande et n&rsquo;incite pas \u00e0 la fuite. Je regarde encore &#8211; je m&rsquo;y perd dans mon regard. Elle revient et fait quelques pas en avant. Doucement. Je m&rsquo;en fous presque&#8230; Mais un part de moi esp\u00e8re qu&rsquo;en attendant assez longtemps, elle viendrait me voir de plus pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait que j&rsquo;avais \u00e9cout\u00e9 John parl\u00e9 de l&rsquo;id\u00e9alisme allemand dans la soir\u00e9e m\u2019influen\u00e7a \u00e0 penser \u00e0 cette exp\u00e9rience en terme de rencontre avec l&rsquo;Absolu. \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;absolu vient nous chercher et nous avons ensuite \u00e0 tenter de l&rsquo;expliquer avec les mots de notre culture.<\/em>\u00a0\u00bb Je pense \u00e0 M*****. Le fait que mon affaire se passait mal me revenait souvent dans les moments de calme ou de lucidit\u00e9. Comme si les mouvements d&rsquo;un \u00eatre pouvait m&rsquo;expliquer ceux d&rsquo;un autre. Comme si le fait que les mots de nos courriels s\u2019\u00e9miettaient en lettres r\u00e9utilisables, polis, g\u00e9n\u00e9riques rendaient toute \u00e9criture secondaire \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience innommable de l&rsquo;absence. Parfois gr\u00e2ce, parfois honte, certains soirs scandaleuse, cette absence. Tout se passait par fascination et violence&#8230; Craintive, curieuse, elle passe du temps \u00e0 me regarder. Reste que le fait qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9loigne, la biche. Elle sort du couloir et entre dans le champs de ma\u00efs. J&rsquo;attends qu&rsquo;elle ressorte la t\u00eate du couloir. Non, pas cette fois-ci. La vie continue. Je marche quelques pas sans nostalgie ou d\u00e9ception. L&rsquo;exp\u00e9rience est faite.<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 3<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Alors que j&rsquo;\u00e9cris dans mon journal, des petits insectes attir\u00e9s par lumi\u00e8re entrent par la fen\u00eatre&#8230; Je leur pr\u00eate attention quand ils, ces minuscules moucherons, se posent sur mon lit ou lorsqu&rsquo;un papillon de nuit se pose sur mon \u00e9cran&#8230; Je me diverti puisque je ne sais o\u00f9 je vais ce soir. Les mots viennent mais sans vision. J&rsquo;attend un signe. Une voie dans laquelle m&rsquo;enfoncer. Je me demande s&rsquo;il ne me faudra pas y aller par pure volont\u00e9. Sans gr\u00e2ce. Un bourdonnement de gu\u00eape. Elle tourne autour de la lampe murale puis se pose sur la tranche inf\u00e9rieure de l&rsquo;abat-jour et se nettoie. Je ne souhaite ni la d\u00e9placer avec une verre et une carte postale, ni m&rsquo;endormir sous elle. Ma tol\u00e9rance se limite aux papillons de nuits, moucherons, araign\u00e9es, mouches et quelques moustiques. <\/p>\n\n\n\n<p>Cherchant \u00e0 agir avec le moindre effort, j&rsquo;allume une bougie que je pose sous la lampe que j&rsquo;\u00e9teinds. La gu\u00e8pe, au bo\u00fbt de quelques instants, tourne autour de la bougie, fait un premier tour et se pose sur le mur, puis sur le verre, puis \u00e0 nouveau sur le mur. A ce moment-l\u00e0, la flamme fait danser un horizon sur le mur et \u00e0 un petit r\u00e9servoir de cire parfum\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>A peine un bruit, puis voila la gu\u00e8pe, immobile. <\/p>\n\n\n\n<p>Un instant, que j&rsquo;aurais pu loup\u00e9 et que malgr\u00e9 mon attention, je n&rsquo;ai pu imaginer.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est retourn\u00e9e, les ailes, la t\u00eate et le corps coul\u00e9s sous la cire parfum\u00e9e. Le dard sortant de sous la surface, comme si il y avait  quelque chose \u00e0 piquer, l\u00e0 sous la m\u00e8che&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>Je pense aux jeux de Spinoza, organisant des combats d&rsquo;araign\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p>Je pense \u00e0 Sun Tzu : travailler \u00e0 ne pas se mettre en danger, attirer l&rsquo;autre \u00e0 aller o\u00f9 on souhaite qu&rsquo;il aille. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute, \u00e9viter le combat, modifier l&rsquo;environnement pour parvenir \u00e0 ses fins.<\/p>\n\n\n\n<p><em>strate 1<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le d\u00e9sespoir et le soulagement, je l\u00e8ve le voile et je m&rsquo;abandonne avec ferveur en refermant ma braguette :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Oui, \u00e0 ce qui vient. Oui \u00e0 l&rsquo;informe. Oui \u00e0 ce qui sort, ce qui se perd. Oui, \u00e0 la d\u00e9ception n\u00e9cessaire. Oui \u00e0 la trahison. Oui au m\u00e9pris. Oui \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence. Oui aux erreurs. Oui \u00e0 l&rsquo;incertitude que cr\u00e9e les premiers succ\u00e8s. Oui aux aventures qu&rsquo;impliquent les d\u00e9cisions. Oui \u00e0 la vigilance. Oui aux signes. Oui \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute. Oui \u00e0 l&rsquo;attention. Oui \u00e0 l&rsquo;oraison. Oui \u00e0 la raison. Oui aux changements d&rsquo;id\u00e9es. Oui \u00e0 ce qui fend, ce qui rompt, ce qui diff\u00e9rencie. Oui \u00e0 la recherche incertaine du levier. Oui \u00e0 la fatigue. Oui \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement. Oui \u00e0 la col\u00e8re. Oui \u00e0 la frustration. Oui \u00e0 la r\u00e9solution. Oui aux r\u00e9solutions. Oui \u00e0 toutes les r\u00e9solutions faillies devenues terreaux des r\u00e9solutions actuelles. Oui \u00e0 ce qui deviendra de moi. Oui \u00e0 ce que deviendra de mon corps et de mon esprit. Oui \u00e0 la forme. Oui \u00e0 la peur de la mort. Oui \u00e0 la d\u00e9formation des formes actuelles. Oui \u00e0 l&rsquo;abandon. Oui \u00e0 ce qui \u00e9tait et ce qui l&rsquo;a form\u00e9. Oui \u00e0 ce qui avait \u00e9t\u00e9 et ce qui a suivi. Oui \u00e0 ce qui \u00e9tait sorti et r\u00e9apparait. Oui \u00e0 H\u00e9raclite. Oui aux renoncements. Oui \u00e0 la libert\u00e9 qui permet la trahison. Oui \u00e0 la distance. Oui \u00e0 l&rsquo;humilit\u00e9. Oui \u00e0 l&rsquo;impassibilit\u00e9. Oui \u00e0 l&rsquo;essai. Oui \u00e0 la surprise et l&rsquo;incompr\u00e9hension. Oui aux d\u00e9cisions sures. Oui \u00e0 l&rsquo;oubli. Oui \u00e0 un aveuglement n\u00e9cessaire. Oui \u00e0 la sympathie. Oui aux innervations que les affects silonnent dans notre \u00eatre. Oui aux nuages. Oui aux bois. Oui aux rivi\u00e8res. Oui \u00e0 l&rsquo;assise. Oui \u00e0 non.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>strate 2 \u00ab\u00a0Je vais maintenant faire une d\u00e9claration. Je ne sais pas si elle entre dans la cat\u00e9gorie des d\u00e9clarations des autres. Mais qu&rsquo;elle entre dans la leur ou non, elle entre \u00e9videmment dans une certaine cat\u00e9gorie. Donc, \u00e0 cet \u00e9gard, ce n&rsquo;est pas diff\u00e9rent de leurs d\u00e9clarations. Cependant, laissez-moi essayer de formuler la mienne. Il y a un commencement. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-12-patchwork-textuel\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #12 | patchwork textuel<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":688,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7721,1],"tags":[],"class_list":["post-194875","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-12-helene-gaudy-les-peut-etre","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194875","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/688"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=194875"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194875\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":195565,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194875\/revisions\/195565"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=194875"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=194875"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=194875"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}