{"id":195182,"date":"2025-08-08T11:45:00","date_gmt":"2025-08-08T09:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=195182"},"modified":"2025-08-09T15:02:02","modified_gmt":"2025-08-09T13:02:02","slug":"recto-verso-11-les-fantomes-de-michele","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-11-les-fantomes-de-michele\/","title":{"rendered":"#rectoverso #12 | les fant\u00f4mes de Mich\u00e8le"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">je crois que les deux tentatives d'approcher la consigne 12 ( fragments de Blanche) ont \u00e9t\u00e9 construites sur un d\u00e9tournement. Il existe une photographie dont le contenu est rest\u00e9 longtemps obscur puis  s'est \u00e9clair\u00e9 de noir. Ce sont des hommes, \u2013une femme peut-\u00eatre, il y a, on dirait une t\u00eate coiff\u00e9e d'un foulard\u2013, sur cinq rangs comme une photo d'\u00e9cole; des visages avec des trous. 1945, en mai est la date probable de la prise de vue<\/pre>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Referm\u00e9e il y a vingt ans elle n\u2019aura plus jamais \u00e9t\u00e9 ouverte<br><br>Fin d\u2019apr\u00e8s-midi. La maison donne sur un jardin qui donne sur d\u2019autres jardins qui donnent sur une route qui monte vers une carri\u00e8re et descend vers le village \u00e0 trois kilom\u00e8tres\u00a0; en descendant on passe devant le cimeti\u00e8re ; la derni\u00e8re boulangerie vient de fermer, on prend le pain au petit Casino, \u00ab\u00a0Chez Jean\u00a0\u00bb on boit le caf\u00e9; la poire; \u00e0 l\u2019ouverture de la chasse les tables se couvrent de verres et de fum\u00e9e, ici, dedans comme dehors, hiver comme \u00e9t\u00e9, on fume <br><br>C\u2019est sa fille qui est partie<br><br>Un ruban adh\u00e9sif entoure la valise. Les fermoirs ont rouill\u00e9; il faudra sans doute les faire sauter avec un tournevis ou qui sait quoi. Avec une lame il incise l\u2019adh\u00e9sif puis il actionne le m\u00e9canisme du fermoir\u00a0; en appuyant fort avec ses pouces ils sautent. Je ne crois pas qu\u2019il sourit , ni rien. Rien ne se lit sur sa figure. Avant de faire basculer le couvercle il se tourne vers la fen\u00eatre, un milan vole, il dit, regardez il vient de loin. Sa fen\u00eatre donne \u00e0 l\u2019ouest\u00a0; la lumi\u00e8re de six heures est encore forte, elle marque le tomb\u00e9 des paupi\u00e8res et celui des bajoues. Le sale du col. Le vieux du pull. Le trou \u00e0 l\u2019\u00e9paule<br><br>Je crois qu\u2019il diff\u00e8re le moment d\u2019ouvrir la valise, ce moment qui sent l\u2019humidit\u00e9 de cave et couvre la pulpe des doigts de poussi\u00e8re noire : Ce sont ses affaires, il dit. Celle de sa fille je comprends<br><br>1999<br>\u00c0 l\u2019envers du couvercle un motif en gris vert blanc, on dirait un pochoir, jeu de points et de virgules, des cerises et leurs queues rang\u00e9es t\u00eate b\u00eache mais pas que, je tente d&rsquo;en saisir le rythme cependant, c\u2019est l\u2019autre partie de la valise qui attire le regard\u00a0: pochettes superpos\u00e9s, chemises transparentes plus ou moins pleines, certaines bomb\u00e9es, quelques-unes de couleur, des carnets \u2013 est-ce que j\u2019invente l&rsquo;insecte, un rongeur de papiers : mirage de grouillement \u2013, cartes, lettres\u00a0; copies\u00a0; photographies. Une poche de coton blanc avec des boutons nacr\u00e9s, des babioles bleues et roses de naissance, rubans, qu\u2019on chipe dans la boite de couture pour se faire un tr\u00e9sor aux jeux. Sinon le ventre de la valise est terne On sait que cette valise rest\u00e9e ferm\u00e9e dans le sous-sol de la maison conserve des affaires qui ont appartenu \u00e0 sa fille. Il ne prononce pas de pr\u00e9nom. Ni Mich\u00e8le. Ni. rien. Jamais<br><br>1999<br>Je crois que Michelle est le pr\u00e9nom. Je crois que c&rsquo;est elle qui sourit sur l\u2019image, la premi\u00e8re qu\u2019il me tend: deux filles d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es font un signe de la main, elles portent des shorts, cheveux tress\u00e9s; elles ont un air de ressemblance, je crois que Mich\u00e8le est celle de gauche : la plus grande en jambes. Beaucoup d\u2019enveloppes d\u00e9cachet\u00e9es sont adress\u00e9es \u00e0 Mich\u00e8le. Au dos de certaines photographies on lit le pr\u00e9nom Mich\u00e8le ; parfois c&rsquo;est Marie, ou Jeanne, parfois il y a une date. Sur celles qui portent au dos Mich\u00e8le, c&rsquo;est le m\u00eame visage, la m\u00eame longueur de jambes, en plusieurs \u00e2ges le m\u00eame regard. Ils pourraient \u00eatre bleus les yeux de Mich\u00e8le. M\u00eame dans les couleurs les d\u00e9tails se lisent mal. Il faudrait une loupe ou un compte fil. Peut-\u00eatre que Mich\u00e8le est partie un matin \u00e0 pieds, sans dire quoi, avec un sac \u00e0 dos; elle faisait de la randonn\u00e9e une image l\u2019atteste\u00a0: Mont Canigou \u00e9t\u00e9 1972. Une autre de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1973. Une autre encore de l&rsquo;hiver 74, o\u00f9 il neige. Dans le regard de Mich\u00e8le il y a de l\u2019\u00e9lan et de la m\u00e9lancolie mais ce ne sont que des photographies, un instant d\u2019invisible, un leurre d\u2019arr\u00eat sur image. Mich\u00e8le a-t-elle voulu explorer le monde? Mich\u00e8le a-t-elle disparu. Et si Mich\u00e8le n&rsquo;existait qu&rsquo;au dos des images. ll me tend une autre photographie <br><br>1974<br>Une adolescente en jupe mi longue et blouson fauve, cheveux d\u00e9faits, il y a des lueurs rouges dans la jupe et dans les cheveux. Elle marche. C\u2019est une photographie prise dans un mouvement. Ce n\u2019est plus la campagne. Une ville. Un kiosque \u00e0 journaux sur la gauche; des gens. Les immeubles autour sont blancs, flous\u00a0: les bords de l\u2019image, rogn\u00e9s par la lumi\u00e8re trop vive. C\u2019est une rue fr\u00e9quent\u00e9e de Paris. C&rsquo;est Mich\u00e8le qui marche dans une rue. Elle est partie \u00e0 l\u2019aube en car avec les autres, c\u2019est un voyage scolaire. Mich\u00e8le \u00e0 quinze ans elle va au lyc\u00e9e \u00e0 vingt kilom\u00e8tres de la maison familiale. C\u2019est une journ\u00e9e \u00e0 Paris\u00a0: une visite du Louvre et la d\u00e9couverte des monuments anciens; pique-nique sur les quais\u00a0et comme promis Le quartier Latin\u00a0: quartier libre, deux heures. Mich\u00e8le entre chez Gibert, elle ach\u00e8te un livre. Je crois que ce livre est \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9part de Mich\u00e8le plus tard. Je crois que ce jour-l\u00e0 Mich\u00e8le prend une d\u00e9cision\u00a0; je le vois \u00e0 sa fa\u00e7on de marcher. Comme elle avance et regarde l\u2019objectif, c&rsquo;est avec un Instamatic-Kodak que la photographie est prise; c\u2019est Madeleine Janson qui la prend. Au retour vers une heure du matin, rien n&rsquo;est plus pareil. Apr\u00e8s je vois Mich\u00e8le lire et relire des pages, sa chambre est au premier \u00e9tage elle s&rsquo;est allong\u00e9e tout habill\u00e9e sur le lit, elle s&rsquo;\u00e9claire avec une torche <br><br>Madeleine Janson, un nom au dos d\u2019une enveloppe adress\u00e9e \u00e0 Mich\u00e8le<br><br>1999<br>Je lui demande si je peux garder, l\u2019enveloppe, la lettre et la photographie de Paris : Prenez-tout. Prenez la valise; il me dit que tout peut-\u00eatre jet\u00e9 \u00e0 pr\u00e9sent, puis il va \u00e0 la fen\u00eatre; il me tourne le dos. On entend le bruit d\u2019un tracteur. Je regarde en bas la route, par-dessus les fleurs. Sur le buffet en sortant je remarque une photographie avec un autre visage, on dirait Mich\u00e8le. Apr\u00e8s je marche jusqu&rsquo;au cimeti\u00e8re<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>je crois que les deux tentatives d&rsquo;approcher la consigne 12 ( fragments de Blanche) ont \u00e9t\u00e9 construites sur un d\u00e9tournement. 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Ce sont des hommes, \u2013une femme peut-\u00eatre, il y a, on dirait une t\u00eate coiff\u00e9e d&rsquo;un foulard\u2013, sur cinq rangs comme une photo d&rsquo;\u00e9cole; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-11-les-fantomes-de-michele\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #12 | les fant\u00f4mes de Mich\u00e8le<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7721,1],"tags":[1566,2202,482,1712,860],"class_list":["post-195182","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-12-helene-gaudy-les-peut-etre","category-atelier","tag-cimetiere","tag-livre","tag-photographie","tag-valise","tag-visage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195182","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=195182"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195182\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":195471,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195182\/revisions\/195471"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=195182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=195182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=195182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}