{"id":195346,"date":"2025-08-08T15:50:28","date_gmt":"2025-08-08T13:50:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=195346"},"modified":"2025-08-08T15:50:37","modified_gmt":"2025-08-08T13:50:37","slug":"rectoverso-12-annees-lycee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-12-annees-lycee\/","title":{"rendered":"#rectoverso #12 | Ann\u00e9es lyc\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>1971 \u2013 La photo de classe<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On a l\u2019impression qu\u2019on les a empil\u00e9s, comme dans une pyramide humaine\u00a0: un rang de dix en bas, et seulement sept en haut, dont les quatre gar\u00e7ons. Les filles portent toutes une blouse blanche, m\u00eame si, au premier rang, une rebelle a laiss\u00e9 la sienne largement ouverte sur son pull \u00e0 col roul\u00e9 noir. Les gar\u00e7ons, eux, sont d\u00e9gag\u00e9s de cette obligation, ils posent en pulls \u00e0 cols roul\u00e9s ou en polos \u00e0 manches longues, bien ferm\u00e9s au col\u00a0; l\u2019un d\u2019eux, visiblement le plus coquet, porte une chemise blanche, dont les pointes du col d\u00e9passent de ce qui semble \u00eatre un shetland. <br>Une haie de r\u00e9sineux, peut-\u00eatre des tuyas, sert de toile de fond \u00e0 cette photographie de groupe. Le premier rang est assis sur des chaises \u00e0 armature de m\u00e9tal typiques du mobilier scolaire. Le second rang est debout, on aper\u00e7oit quelques pieds derri\u00e8re les pieds de chaises, et on a juch\u00e9 les troisi\u00e8me et quatri\u00e8me rangs sur des bancs. Tous les visages sont bien visibles et identifiables. <br>La photographie est imprim\u00e9e sur un papier glac\u00e9 cartonn\u00e9. En bas figurent en petites capitales \u00e9l\u00e9gantes, au centre le nom du lyc\u00e9e, \u00e0 droite le nom de la classe, 2<sup>nde<\/sup> AB1, et \u00e0 gauche l\u2019ann\u00e9e scolaire, 1970-1971. Mais le verso ne comporte aucune indication permettant de retrouver les noms des \u00e9l\u00e8ves. <br>La moiti\u00e9 des filles porte des pantalons, signe que le clich\u00e9 a d\u00fb \u00eatre pris \u00e0 l\u2019automne, ou \u00e0 la fin de l\u2019hiver. Les autres ont sorti leurs belles chaussures pour l\u2019occasion et mis une jupe, peut-\u00eatre une jupe pliss\u00e9e \u00e9cossaise, la mini-jupe \u00e0 la mode en cette ann\u00e9e 1971. Leurs genoux sont largement d\u00e9couverts, 1968 est pass\u00e9 par l\u00e0. Trois portent des chaussettes montantes jusqu\u2019au genou. Effet de mode l\u00e0 aussi\u00a0? certainement, car il y a longtemps que les filles mettent des collants. Beaucoup ont les cheveux longs et on devine aux \u00e9pis dans leur coiffure que d\u2019autres ont d\u00e9cid\u00e9 de les laisser pousser\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>2011 \u2013 Annie<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Annie cherche \u00e0 se retrouver parmi tous ces visages. La photographie \u00e9tait au fond d\u2019un carton, avec ses carnets de notes du lyc\u00e9e, soigneusement couverts, en bleu pour la sixi\u00e8me, vert pour la cinqui\u00e8me, rouge en quatri\u00e8me et jaune en troisi\u00e8me. Sa m\u00e8re avait donc gard\u00e9 tout \u00e7a\u00a0? il y avait aussi ces petits papiers qu\u2019on remettait pli\u00e9s et ferm\u00e9s \u00e0 l\u2019issue des visites m\u00e9dicales aux \u00e9l\u00e8ves pour qu\u2019ils les transmettent aux parents, et que bien s\u00fbr on se d\u00e9p\u00eachait de d\u00e9cacheter avant de rentrer \u00e0 la maison, ils \u00e9taient \u00e0 peine coll\u00e9s\u2026 il fallait aller aux toilettes remplir un petit flacon de pipi, revenir attendre en culotte et maillot le long du mur, en file indienne que ce soit son tour de pr\u00e9senter le flacon \u00e0 l\u2019infirmi\u00e8re. Elle y trempait de petites languettes de carton et observait la r\u00e9action, le b\u00e2tonnet se teintait, ou pas, Annie ne se souvient plus bien\u00a0; pendant ce temps-l\u00e0, elle frissonnait\u2026 <br>Dans les cartons qui s\u2019entassaient chez sa m\u00e8re et qu\u2019il a fallu d\u00e9m\u00e9nager d\u2019urgence apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s, Annie a retrouv\u00e9 le parfum de ces ann\u00e9es lyc\u00e9e, l\u2019odeur de craie et de poussi\u00e8re, de bois mouill\u00e9 des parquets, m\u00eal\u00e9e \u00e0 celle plus forte, chimique, de la colle en tube, qui d\u00e9bordait toujours avant qu\u2019on ait eu le temps de reboucher, et dont elle se barbouillait les doigts alors qu\u2019elle s\u2019ennuyait en quatri\u00e8me pendant ces traductions interminables de la <em>Guerre des Gaules<\/em>. \u00c7a faisait en s\u00e9chant de petites peaux sur la pulpe des doigts, qu\u2019elle jouait \u00e0 d\u00e9coller. <br>Alors cette photo\u2026 ce n\u2019est pas si loin, la seconde, c\u2019\u00e9tait hier\u2026 non, si elle compte bien, \u00e7a fait, ce n\u2019est pas possible, si si, \u00e7a fait quarante ans\u00a0! et pourtant, elle ne s\u2019est pas senti vieillir. C\u2019est elle, l\u00e0, celle qui est bien au centre du clich\u00e9\u00a0? elle sourit, les dents en avant\u00a0! mais quelle godiche\u00a0! bon, elle n\u2019est pas la seule. Elles ont l\u2019air fin, avec leurs blouses. Sauf, comment s\u2019appelait-elle d\u00e9j\u00e0 celle-l\u00e0\u00a0? Bidault oui, Marie-Quelque-chose, la plus d\u00e9lur\u00e9e de la classe, qui a fait expr\u00e8s de se mettre au premier rang avec sa blouse tout ouverte. Voici Marie-Anne, au troisi\u00e8me rang, la deuxi\u00e8me \u00e0 partir de la droite, avec sa tignasse boucl\u00e9e dont aucun peigne ne venait \u00e0 bout. Et \u00e0 c\u00f4t\u00e9, Dani\u00e8le, toujours chic, fine, \u00e9l\u00e9gante. Ses deux meilleures amies, elles \u00e9taient ins\u00e9parables, jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re ann\u00e9e de fac. Ensuite\u2026 elles se sont perdues de vue. Marie-Anne s\u2019est mari\u00e9e et a suivi son mari \u00e0 Bordeaux. Dani\u00e8le est all\u00e9e \u00e9tudier \u00e0 Paris. Ce serait bien de se revoir toutes les trois\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>2013 &#8211; Dani\u00e8le, Annie et Anne-Marie<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vive internet\u00a0! gr\u00e2ce aux sites du genre <em>copainsdautrefois<\/em>, Annie a retrouv\u00e9 ses amies de lyc\u00e9e. Dani\u00e8le est revenue ici, \u00e0 A***\u00a0; elle est aujourd\u2019hui \u2013 le croirez-vous\u00a0?! \u2013 proviseure de leur ancien lyc\u00e9e\u00a0! C\u2019est ainsi qu\u2019un jour de juin, en d\u00e9but de soir\u00e9e, elles se sont retrouv\u00e9es dans le bureau de Madame la Proviseure\u00a0! Dani\u00e8le avait ressorti des archives listes de classes et photos. Le lyc\u00e9e n\u2019avait pas de <em>book<\/em> \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, mais la directrice de l\u2019\u00e9poque, et peut-\u00eatre son adjointe, celle qu\u2019il fallait appeler \u00ab\u00a0Madame le Censeur\u00a0\u00bb (certains mauvais esprits se faisaient une joie de prononcer \u00ab\u00a0m\u00e2me l\u2019ascenseur\u00a0\u00bb), les avaient rang\u00e9es, class\u00e9es et annot\u00e9es. <br>Les trois amies ont pass\u00e9 la soir\u00e9e \u00e0 se rappeler les noms, les anecdotes\u2026 Et les gar\u00e7ons de la classe, Alain, Herv\u00e9, Gilles et Fran\u00e7ois\u00a0! Ils formaient une sorte de clan, tu te souviens Dani\u00e8le, tu les avais surnomm\u00e9s les quatre mousquetaires. <br>Et les profs\u00a0! vous vous souvenez, les filles, de celle qu\u2019on d\u00e9testait, cette vieille bique de prof de musique\u00a0? Heureusement, il y en avait aussi des jeunes, super, qu\u2019on aimait bien comme Mademoiselle, comment s\u2019appelait-elle\u00a0? celle qui zozotait un peu, qui nous a fait lire <em>Le Rouge et le Noir<\/em>, qui disait \u00ab\u00a0Zulien Sorel\u00a0\u00bb\u00a0? <br>et il y avait des <em>hommes\u00a0<\/em>! des profs nomm\u00e9s depuis que le lyc\u00e9e \u00e9tait devenu mixte apr\u00e8s 68. Un vieux grincheux de prof de maths. Oui, celui qui nous disait, en reniflant avec m\u00e9pris qu\u2019on ne pouvait pas comprendre, puisqu\u2019on \u00e9tait des filles. Il ne s\u2019adressait qu\u2019aux gar\u00e7ons, qui n\u2019y comprenaient rien, ou pas grand-chose, alors que Dani\u00e8le et Marie-Anne, elles, avaient d\u00e9j\u00e0 r\u00e9solu l\u2019\u00e9quation. Pauvre type, \u00e0 vous d\u00e9go\u00fbter des maths\u00a0! et l\u2019autre, le Ravaillac, comme l\u2019appelait Alain, qui ne pouvait pas le sentir. Oui, mais \u00e7a c\u2019\u00e9tait quand il \u00e9tait en premi\u00e8re\u2026 <br>Dani\u00e8le interrompt les filles, il faut y aller\u00a0! elle doit fermer le lyc\u00e9e, et la r\u00e9servation au restaurant est pour 20 heures. Elles auront l\u2019occasion de reparler de tout \u00e7a une autre fois\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>2013 \u2013 Dani\u00e8le<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ravaillac\u00a0! qui ne s\u2019appelait pas Ravaillac mais\u2026 Dani\u00e8le n\u2019est plus certaine du nom. \u00c7a ressemblait \u00e0 Ravaillac, forc\u00e9ment. Mais oui\u00a0! Rancillac\u2026 \u00e7a lui revient, le nom et cette histoire\u00a0avec une fille du lyc\u00e9e. Une qui \u00e9tait avec elle en seconde. Sur la photo de classe, c\u2019est celle est assise au premier rang, l\u00e0 au milieu, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Marie-Agn\u00e8s Bidault et qui a, comme elle, d\u00e9boutonn\u00e9 sa blouse, mais pas enti\u00e8rement. Elle n\u2019aura pas os\u00e9, c\u2019\u00e9tait une fille plut\u00f4t sage. Sa jupe courte remonte bien au-dessus des genoux, mais elle a crois\u00e9 les mains sur ses cuisses et donne l\u2019impression de vouloir cacher ses jambes sous la chaise. Sauf que ses chaussures \u00e0 grosses boucles attirent l\u2019\u0153il. Assise l\u00e9g\u00e8rement de biais, Elle ne semble pas tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise, un peu godiche, les cheveux h\u00e9riss\u00e9s d\u2019\u00e9pis comme si elle voulait les laisser pousser. <br>Elle ne faisait pas partie de leur petite bande et n\u2019est pas pass\u00e9e en premi\u00e8re dans la m\u00eame classe. Peut-\u00eatre r\u00e9orient\u00e9e en G, comme Alain, le dandy des quatre mousquetaires. Il faut v\u00e9rifier \u00e7a. Voyons d\u2019abord les photos des classes de premi\u00e8re. Voil\u00e0, c\u2019est \u00e7a, sur celle de la premi\u00e8re G2, elle est au troisi\u00e8me rang, la deuxi\u00e8me \u00e0 partir de la droite. Elle a chang\u00e9,\u00a0grandi; plus fine, mieux coiff\u00e9e, elle regarde l\u2019objectif avec un demi sourire myst\u00e9rieux. Elle para\u00eet diff\u00e9rente des autres, comme si elle cachait un secret. Mais que regarde-t-elle\u00a0? est-ce l\u2019objectif\u00a0? ou bien quelqu&rsquo;un qui se tient derri\u00e8re\u00a0? Dani\u00e8le se souvient maintenant tr\u00e8s bien de cette histoire. En recherchant la photo, elle a aussi retrouv\u00e9 des dossiers qu\u2019a laiss\u00e9 la directrice d\u2019alors. Cette fille, B\u00e9atrice L***, \u00e9tait dans la classe de fran\u00e7ais de Philippe Rancillac, que les \u00e9l\u00e8ves avaient surnomm\u00e9, sans doute en raison de ses mani\u00e8res tranchantes, Ravaillac. Ils couchaient ensemble, chose inimaginable dans ce lyc\u00e9e qui se voulait encore, en 1971, un \u00ab\u00a0lyc\u00e9e d\u2019\u00e9tat de jeunes filles\u00a0\u00bb.\u00a0 C\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 lui que s\u2019adresse le regard et ce demi-sourire de B\u00e9atrice.<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9atrice\u2026 Dani\u00e8le se souvient\u2026 On l\u2019appelait B\u00e9a, en seconde. Elle la connaissait mal, elle ne faisait pas partie de la bande. Elle \u00e9tait sortie avec Alain un temps. \u00c7a n\u2019avait pas dur\u00e9 tr\u00e8s longtemps, Alain avait racont\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait vraiment trop r\u00e9serv\u00e9e. Il avait tenu des propos beaucoup plus crus, en fait. Alain, il voulait coucher. \u00c7a ne devait pas \u00eatre le genre de B\u00e9a, qui \u00e9tait vierge. \u00c7\u2019avait donc \u00e9t\u00e9 un vrai choc, quand on avait appris que cette fille r\u00e9serv\u00e9e, de l\u2019eau qui dort en quelque sorte, sortait avec son prof. <br>Il y avait surtout eu cette histoire du car scolaire. Le lendemain matin, le lyc\u00e9e tout entier \u00e9tait en effervescence. Des \u00e9l\u00e8ves qui avaient assist\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne avaient racont\u00e9 comment Ravaillac avait poursuivi en voiture le car que prenait B\u00e9a pour rentrer chez elle le soir apr\u00e8s les cours. Il l\u2019avait forc\u00e9 \u00e0 s\u2019arr\u00eater, en avait fait descendre B\u00e9a et l\u2019avait emmen\u00e9e dans sa voiture. \u00a0Une sc\u00e8ne digne d\u2019un film. Il \u00e9tait comme fou, r\u00e9p\u00e9taient les t\u00e9moins, trop contents d\u2019avoir une histoire pareille \u00e0 raconter. Leur r\u00e9cit s\u2019\u00e9tait r\u00e9pandu dans le lyc\u00e9e comme une tra\u00een\u00e9e de poudre. Dans les couloirs, pendant les cours, \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9 de dix heures, on ne parlait plus que de cette histoire. On regardait B\u00e9a, revenue au lyc\u00e9e comme si de rien n\u2019\u00e9tait, comme une b\u00eate curieuse. Alain, qui \u00e9tait pr\u00e9sent dans la classe, avait racont\u00e9 \u00e0 la cantine qu\u2019une surveillante \u00e9tait venue chercher cette fille pendant le cours de maths en fin de matin\u00e9e pour l\u2019emmener chez la directrice. Elle avait sans doute \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e, car on ne l\u2019avait plus revue au lyc\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Les papiers retrouv\u00e9s dans les archives de l\u2019\u00e9tablissement ne donnent pas beaucoup d\u2019informations. On sait juste, gr\u00e2ce \u00e0 des doubles imprim\u00e9s sur papier pelure jaune, que Philippe Rancillac a \u00e9t\u00e9 mis en cong\u00e9 de maladie fin avril 1972, puis qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 au rectorat d\u00e9but mai, pour compara\u00eetre devant une commission. La convocation ne pr\u00e9cise pas s\u2019il s\u2019agit d\u2019une commission de discipline. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre un entretien afin de clarifier la situation. L\u2019issue n\u2019en aura pas \u00e9t\u00e9 favorable pour l\u2019enseignant, puisqu\u2019arrive, fin mai, un avis de suspension. Dani\u00e8le a aussi retrouv\u00e9, dat\u00e9 d\u2019ao\u00fbt, l\u2019arr\u00eat\u00e9 de nomination de Mlle H***, professeur agr\u00e9g\u00e9 de lettres modernes,&nbsp;sur le poste qu\u2019il occupait; c\u2019est donc que Philippe Rancillac a \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9, peut-\u00eatre mut\u00e9. Mais les archives ne livrent pas d\u2019autres informations. Aucune trace de B\u00e9atrice L*** . Il ne semble pas qu\u2019il y ait eu un conseil de discipline. La directrice aura probablement convoqu\u00e9 la famille, qui aura accept\u00e9 de retirer leur fille du lyc\u00e9e. Aucune trace non plus des lettres de la directrice, dont il devait pourtant exister des doubles, puisqu\u2019elle \u00e9crivait \u00e0 sa hi\u00e9rarchie. Elle les aura probablement emport\u00e9es avec elle quand elle a pris sa retraite l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Dani\u00e8le a cherch\u00e9 dans les photos de classe des ann\u00e9es 70 \u00e0 72. Mais Rancillac n\u2019appara\u00eet sur aucune photo de classe, alors que g\u00e9n\u00e9ralement le professeur posait avec ses \u00e9l\u00e8ves. Il avait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 depuis peu dans ce lyc\u00e9e. <br>Elle a juste retrouv\u00e9 une coupure de journal. Un tr\u00e8s court article publi\u00e9 en mars 72 dans la presse locale, <em>Le Progr\u00e8s du Centre<\/em>, rend compte de la repr\u00e9sentation par le club th\u00e9\u00e2tre de la pi\u00e8ce de Marivaux, <em>La Double inconstance<\/em>. Philippe Rancillac y est nomm\u00e9 comme l\u2019animateur du club. Le correspondant n\u2019a cit\u00e9 que les pr\u00e9noms des quatre premiers r\u00f4les de la pi\u00e8ce\u00a0: \u00ab\u00a0les jeunes mais d\u00e9j\u00e0 talentueux Alain et B\u00e9a, Herv\u00e9 et Martine, entour\u00e9s de leurs camarades et dirig\u00e9s par leur professeur, M. Rancillac, nous ont fait go\u00fbter au d\u00e9licieux marivaudage de cette pi\u00e8ce\u2026\u00bb, peut-on y lire. L\u2019article est illustr\u00e9 d\u2019une photographie en noir et blanc, qui occupe plus de place que l\u2019article lui-m\u00eame, photo prise, c\u2019est ce qu\u2019indique la l\u00e9gende, apr\u00e8s la repr\u00e9sentation. On y voit un groupe d\u2019adolescents joyeux, tout sourires et visiblement lib\u00e9r\u00e9s du stress de la repr\u00e9sentation, qui saluent des deux mains photographe et journaliste. B\u00e9a est \u00e0 droite, un peu en retrait. Elle sourit. Derri\u00e8re elle \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, le seul adulte, Philippe Rancillac, a pos\u00e9 paternellement ses mains sur les \u00e9paules des deux jeunes adolescents qui se tiennent devant lui et font le signe de la victoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien dans cette photo n\u2019indique un lien particulier entre Philippe et B\u00e9a. Ces deux-l\u00e0 ont disparu du lyc\u00e9e et de la ville. Dani\u00e8le ne se rappelle pas les avoir jamais revus. D\u2019eux, il ne reste que quelques souvenirs lointains et trois photographies.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre leur histoire d\u2019amour a-t-elle commenc\u00e9 avec Marivaux&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1971 \u2013 La photo de classe On a l\u2019impression qu\u2019on les a empil\u00e9s, comme dans une pyramide humaine\u00a0: un rang de dix en bas, et seulement sept en haut, dont les quatre gar\u00e7ons. Les filles portent toutes une blouse blanche, m\u00eame si, au premier rang, une rebelle a laiss\u00e9 la sienne largement ouverte sur son pull \u00e0 col roul\u00e9 noir. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-12-annees-lycee\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #12 | Ann\u00e9es lyc\u00e9e<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":701,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7721],"tags":[],"class_list":["post-195346","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-12-helene-gaudy-les-peut-etre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195346","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/701"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=195346"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195346\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":195350,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195346\/revisions\/195350"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=195346"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=195346"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=195346"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}