{"id":195571,"date":"2025-08-10T12:13:13","date_gmt":"2025-08-10T10:13:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=195571"},"modified":"2025-08-11T08:19:34","modified_gmt":"2025-08-11T06:19:34","slug":"venus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/venus\/","title":{"rendered":"#rectoverso #12 | V\u00e9nus"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>C&rsquo;est elle<\/strong> ! <\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est une femme nue. Une tr\u00e8s belle femme, jeune, blonde \u2014  du fameux blond v\u00e9nitien \u2014 \u00e0 la chair lisse et lumineuse. Dans sa main droite, elle tient un bouquet : difficile \u00e0 identifier\u2026 Des fleurs ? Peut-\u00eatre\u2026 Mais elles semblent s\u00e8ches, presque comme des feuilles fan\u00e9es. Elle est allong\u00e9e sur deux matelas rouges, recouverte d\u2019un drap blanc qui se froisse autour d\u2019elle. Son bras droit s\u2019appuie sur deux gros oreillers ; sa main gauche repose sur son bas-ventre. \u00c0 ses pieds, un petit chien dort. Elle porte un bracelet au poignet droit et une bague \u00e0 l\u2019annulaire gauche. Son buste et son visage se d\u00e9tachent sur un fond sombre : un lourd rideau de velours vert qui recouvre en partie une surface noire plane, comme ces \u00e9crans de photographe qui absorbent la lumi\u00e8re et sculptent les formes. La partie basse du corps, elle, se d\u00e9coupe sur une sc\u00e8ne diff\u00e9rente : deux petites silhouettes f\u00e9minines \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan \u00e9loign\u00e9es, comme au fond d\u2019une pi\u00e8ce, pr\u00e8s d\u2019un coffre. L\u2019une, agenouill\u00e9e, fouille \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ; l\u2019autre, de profil, porte sur l\u2019\u00e9paule une \u00e9paisse \u00e9toffe, peut-\u00eatre un \u00e9dredon. Au-dessus d\u2019elles, une fen\u00eatre ouverte sur un jardin et sur le rebord de la fen\u00eatre, une jardini\u00e8re noire accueille un arbuste rond. Le sol, jusqu\u2019aux deux matelas au premier plan, est pav\u00e9 de larges dalles color\u00e9es. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Qui est la petite fille \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan ?<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Je t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 B. \u2014 on parle peinture, regard, paysage\u2026 comment un tableau change notre perception du monde. Une fois qu\u2019on l\u2019a vu, c\u2019est fini, on ne peut plus voir la chose autrement. B. dit : \u00ab Moi, je ne peux plus regarder un parapluie sans penser \u00e0 Francis Bacon. \u00bb. Je note aussi un autre ph\u00e9nom\u00e8ne : ce n\u2019est pas seulement la peinture, c\u2019est aussi le commentaire de l&rsquo;image qui aiguise le regard. Les mots, en racontant ce qu\u2019on voit, finissent par d\u00e9signer ce qu\u2019on ne voit pas. Ils r\u00e9v\u00e8lent l\u2019invisible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite \u00e0 cette conversation, il m\u2019envoie par mail trois tableaux. Dont celui-l\u00e0 (<em>cit\u00e9 plus bas)<\/em>. Et pose une question : <em>\u00ab Qui est la petite fille \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan ? Et que cherche-t-elle ? \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019enqu\u00eate est lanc\u00e9e. Je commence par Wikip\u00e9dia \u2014Ensuite, <em>Connaissance des arts<\/em>. Et je finis sur France Culture, \u00e9videmment, avec Daniel Arasse dans <em>Histoires de peintures<\/em>. C\u2019est un \u201c<em>grand tableau<\/em>\u201d \u2014 un monument de l\u2019histoire de l\u2019art. Il a fait couler beaucoup d\u2019encre, des critiques mais aussi des artistes s\u2019en sont empar\u00e9s. Les interpr\u00e9tations ? Sc\u00e8ne d\u2019excitation \u00e9rotique, \u00e9nigme, sc\u00e8ne de masturbation, moment charni\u00e8re dans le nu occidental, premi\u00e8re composition frontale qui annonce la modernit\u00e9. (<em>voir les sources <em>plus bas<\/em><\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La \u201cpetite fille\u201d de B. n\u2019est pas une petite fille. C\u2019est une servante. Elle para\u00eet minuscule \u00e0 cause de la construction m\u00eame du tableau. Les deux plans \u2014 le plan du nu au premier plan et l\u2019espace du fond \u2014 n\u2019ont pas vraiment de lien perspectif. La femme nue, elle, repose dans un espace qui n\u2019existe pas dans la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est un espace purement pictural. (dixit Daniel Arrasse). C&rsquo;est frappant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La figure principale, on la conna\u00eet bien dans la peinture occidentale : c&rsquo;est la femme \u00e0 poil ! jeune, blonde, magnifique, allong\u00e9e sur ses matelas rouges. Elle nous regarde avec cette douce tranquilit\u00e9 des femmes conscientes de leur beaut\u00e9 et qui l\u2019offrent au regard, non pour \u00eatre prises (quoique) mais pour \u00eatre regard\u00e9es. Mais les deux petites, l\u00e0-bas, au fond. Servantes ? Tr\u00e8s jeunes filles ? \u00c0 l\u2019\u00e9poque, \u00e7a se confond souvent. Ma grand-m\u00e8re, \u00e0 quatorze ans, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u201cplac\u00e9e\u201d dans une famille bourgeoise. Quatorze ans, c\u2019est jeune\u2026 Celle qui fouille dans le coffre : elle nous tourne le dos.Alors oui, elle cherche un tissu, un v\u00eatement\u2026 mais il y a l\u00e0 un petit air frondeur \u00e0 nous montrer son posterieur. Comme si ces deux-l\u00e0 s\u2019appr\u00eataient \u00e0 se d\u00e9guiser, \u00e0 monter un petit spectacle, pendant que l\u2019a\u00een\u00e9e \u2014 ou la m\u00e8re \u2014 se pr\u00e9lasse et offre sa beaut\u00e9 au spectateur.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Jouer \u00e0 la dame<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes en vacances de Printemps, dans la grande maison de campagne des parents de Sabine. C\u2019est une maison ancienne avec des plafonds hauts, des escaliers qui craquent, et des greniers o\u00f9 flotte une odeur de linge et de poussi\u00e8re. Il y a la grande s\u0153ur, Olympe. Officiellement, elle pr\u00e9pare son bac. En r\u00e9alit\u00e9, elle passe ses journ\u00e9es dehors, au bord de la piscine, allong\u00e9e sur une serviette, le corps luisant d\u2019huile de coco. Elle est belle. Sa peau a la couleur du miel. Parfois, elle se l\u00e8ve, laisse glisser son corps dans l\u2019eau avec une nonchalance \u00e9tudi\u00e9e, et ressort, la peau parsem\u00e9e de fines gouttes qui scintillent au soleil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais ici, il n\u2019y a personne pour l\u2019admirer. Personne, sauf nous deux \u2014 les gamines\u2014 et la m\u00e8re de Sabine, affair\u00e9e au jardin, \u00e0 la cuisine, ou dans son atelier. Aucun homme dans la maison. Sophie s\u2019ennuie, de ne pas pouvoir mesurer son nouveau pouvoir de s\u00e9duction dans un regard masculin. Avec Sabine, nous inventons nos jeux. Nous explorons les pi\u00e8ces, ouvrons les portes, montons au grenier. Un jour, nous tombons sur de grands coffres pleins de v\u00eatements anciens : robes de soie, ch\u00e2les lourds, dentelles jaunies. De quoi jouer <em>\u00e0 la dame<\/em>. C&rsquo;est peut \u00eatre <em>la femme \u00e0 venir<\/em> qu&rsquo;on cherche dans le coffre. Sophie nous regarde nous pavaner dans nos costumes trop grands, puis, repart vers son transat, laissant derri\u00e8re elle cette odeur de coco. Nous nous amusons \u00e0 jouer notre f\u00e9minit\u00e9 en devenir. Elle s\u2019ennuie de n\u2019avoir personne \u00e0 s\u00e9duire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quel est le tableau ?<\/strong> <em>La V\u00e9nus d\u2019Urbin<\/em>&nbsp;de Titien<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"540\" height=\"374\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-195572\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image1.jpeg 540w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image1-420x291.jpeg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">France Culture : <a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/une-histoire-de\/de-manet-a-titien-9547447\">https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/une-histoire-de\/de-manet-a-titien-9547447<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Wikipedia <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/V%C3%A9nus_d%27Urbin\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/V%C3%A9nus_d%27Urbin<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est elle ! C\u2019est une femme nue. Une tr\u00e8s belle femme, jeune, blonde \u2014 du fameux blond v\u00e9nitien \u2014 \u00e0 la chair lisse et lumineuse. Dans sa main droite, elle tient un bouquet : difficile \u00e0 identifier\u2026 Des fleurs ? Peut-\u00eatre\u2026 Mais elles semblent s\u00e8ches, presque comme des feuilles fan\u00e9es. Elle est allong\u00e9e sur deux matelas rouges, recouverte d\u2019un drap <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/venus\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #12 | V\u00e9nus<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":281,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7721,1],"tags":[],"class_list":["post-195571","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-12-helene-gaudy-les-peut-etre","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195571","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/281"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=195571"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195571\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":195730,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195571\/revisions\/195730"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=195571"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=195571"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=195571"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}