{"id":195626,"date":"2025-08-10T19:42:36","date_gmt":"2025-08-10T17:42:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=195626"},"modified":"2025-08-10T19:43:32","modified_gmt":"2025-08-10T17:43:32","slug":"rectoverso-12-par-ou-debarquer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-12-par-ou-debarquer\/","title":{"rendered":"#rectoverso #12 | Par o\u00f9 d\u00e9barquer\u2009?"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_4778-1024x768.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-195629\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_4778-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_4778-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_4778-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_4778-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_4778-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Recto<br>Le soleil diminue \u00e0 vue d\u2019\u0153il dans cet instantan\u00e9 de lumi\u00e8re de septembre. Des burins se heurtent en sourdine. L\u2019homme lutte. Il s\u2019essuie le front avec un mouchoir bien propre. L\u2019effort musculaire du corps en avant presse ses mains sur le timon d\u2019une petite charrette. Il pousse ses jambes loin en arri\u00e8re vers les quatre roues, tire des courroies en bretelle sur ses \u00e9paules. R\u00e2le qui claque. La tension des sangles\u2009; le ch\u00e2ssis alourdi sur ses essieux. Il porte un pantalon noir, une chemise claire. Sa moustache fournie rel\u00e8ve ses yeux gris cach\u00e9s sous une casquette plate. M\u00e9tal qui racle. Derri\u00e8re lui, un cube de pierre blanch\u00e2tre le d\u00e9passe en hauteur. La charge d\u00e9pos\u00e9e \u00e9crase le fond de la caisse\u2009; les roues tournent avec lenteur sur le chemin blanc, en soupirs brefs. Les essieux peinent du manque de graisse, enray\u00e9 de poudres de craie. Une femme en fichu se tient les hanches, arr\u00eat\u00e9e, un panier \u00e0 ses sabots. Elle frotte son \u0153il gauche larmoyant. Elle est vo\u00fbt\u00e9e. Il n\u2019est pas onze heures. Elle revient des jardins ouvriers. Toux qui ren\u00e2cle. Betteraves savoureuses, cardons et scorson\u00e8res souill\u00e9s de terre. Une poign\u00e9e de figues bien juteuses. Elle tend la bouteille de vin de soif vers l\u2019ouvrier b\u00eate de somme. Il ne se plaint pas. Expiration rauque. Il remerciera la vieille plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Verso<br>Longtemps, j\u2019errais ici comme je flottais enfant dans la barque lente \u2014 seaux et cannes \u00e0 p\u00eache \u2014 rassur\u00e9 par cet homme en face, ses mains au bout des rames, moi en \u00e9quilibre sur son regard qui ne sait pas nager\u2009; et lui qui tient sa bont\u00e9, captive de la carcasse d\u2019une vie de labeurs. Lui, sa casquette plate sur la t\u00eate n\u2019est pas mon grand-p\u00e8re. Ce cours d\u2019eau ami paisible nous camoufle d\u2019effluves poissonneux. Glougloutements fugaces. L\u2019instantan\u00e9 de l\u2019envol silencieux\u2009; le h\u00e9ron se d\u00e9livre des flots.<br>Charri\u00e9 par les eaux qui m\u2019ont pouss\u00e9 jusqu\u2019ici \u00e0 ma naissance, je devais revenir caresser ce morceau oubli\u00e9 de mon paysage, je me sentais, et je me sens encore d\u00e9muni devant ce port d\u2019attache vide du d\u00e9but de mon histoire. Celui-ci n\u2019est m\u00eame pas un port. Au fond de la vall\u00e9e coule un large ruisseau.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Aujourd\u2019hui, je foule ce tron\u00e7on de route d\u00e9saffect\u00e9e avec une attention flottante qui d\u00e9roule ses kilom\u00e8tres sans effort d\u2019une randonn\u00e9e plane. \u00c0 quelques enjamb\u00e9es, des chemins me s\u00e9parent de ces structures \u00e0 angles droits enfonc\u00e9es dans la paroi de calcaire tendre incrust\u00e9 de minuscules coquilles fossiles. Des surfaces sculpt\u00e9es peut-\u00eatre. L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une cit\u00e9 troglodyte. Je me rapproche de murs \u00e9vid\u00e9s et, soudain, je refais surface, mon visage dans les courants d\u2019\u00e9cume fra\u00eeche surgie des profondeurs des entr\u00e9es noires visibles depuis la route. Ici mes pas ; rondeur de l\u2019\u00e9cho \u2013 Ah! Oh\u00e9\u2026 il y a quelqu\u2019un ? \u2013 Peut-\u00eatre des hommes lourds \u00e0 cou de taureau coiff\u00e9s de b\u00e9ret ont tra\u00een\u00e9 ces blocs de pierre oubli\u00e9s, lentement. De leurs doigts forts, ils ont tir\u00e9 ces sillons sur le flanc plat des blocs de pierre. Je les vois tra\u00eener l\u2019argile \u00e0 chacun de leurs pas \u00e0 peiner \u00e0 extraire leurs charpentes du vide en se dessillant les yeux vers la lumi\u00e8re hors des fosses des labyrinthes souterrains. Ils brandissent des tiges de fer, plates d\u2019un c\u00f4t\u00e9, pour extraire, pour faire levier.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">J\u2019ai suivi ces traces qui n\u2019en \u00e9taient pas, loin du parcours balis\u00e9, un jour d\u2019\u00e9t\u00e9. Le hasard a jou\u00e9 son r\u00f4le. Un hasard de rencontres. Aussi, il est difficile de m\u2019en souvenir, mais je m\u2019inqui\u00e9tais de franchir le seuil froid de ces monuments anonymes. Et c\u2019est plus tard, en croisant le visage fugitif d\u2019un r\u00e9fugi\u00e9 climatique, ses bras raides de jerricans d\u2019eau du ruisseau, qu\u2019aux abords de ces cachettes des carri\u00e8res, toute la dimension habit\u00e9e des lieux a surgi de ces pierres d\u00e9shabill\u00e9es. La sc\u00e8ne est muette. Plus proche de lui, une seconde rencontre soudaine. J\u2019entends tout. Chaque bruit se d\u00e9tache comme en pleine nuit. Je retiens mon souffle \u00e0 la surprise de transpirer une peur intense. La rapidit\u00e9 de son corps, ses mouvements furtifs de t\u00eate, sombre casquette, toute l\u2019\u00e9nergie mobilis\u00e9e \u00e0 soustraire au regard ses gestes de survie me font craindre pour la mienne. Il est moi demain, surpris. Il est moi avec un visage effac\u00e9 de ses souvenirs. Il est moi avec des yeux nus. Il est moi sans expression, soustrait \u00e0 la mort partout autour de lui. Il est moi d\u00e9nud\u00e9, ruisselant du ruisseau derri\u00e8re les arbres, le dos courb\u00e9, les feuilles, les pieds sur les racines. Il est moi dangereux et vuln\u00e9rable. Je le sais, l\u2019endroit l\u2019a prot\u00e9g\u00e9. Il s\u2019est en all\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">\u00c0 son d\u00e9part, la promenade est douce. Les alentours des monuments endormis ne troublent pas la foul\u00e9e des joggeurs en leggings gainants. Je n\u2019ai jamais entendu un enfant surprendre son parent de ses pourquoi \u2014 l\u2019entr\u00e9e de la maison des ogres et des sorci\u00e8res \u00e7a fait un peu peur \u2014 sur le parcours ombrag\u00e9. Pourtant des g\u00e9ants circulent\u2009; un viaduc bourdonne \u00e0 moyenne fr\u00e9quence. Ondulations du tablier. En contrebas du chemin, les gazouillis des ronciers, un champ tout en longueur \u00e9tire ses rangs de ma\u00efs contre une parcelle bois\u00e9e. Les mamans en pleine conversation roulent les poussettes toujours un peu plus loin vers les enclos des ch\u00e8vres. Les v\u00e9los passent \u00e0 vive allure, \u00e9vitent les enfants, fr\u00f4lent les joggeurs. Des retrait\u00e9s baladent des poussettes. On s\u2019attable au mobilier urbain. Rien ne se passe. Tout droit sur le trac\u00e9 de la route, les cubes d\u2019une architecture r\u00e9tro-brutaliste peinent \u00e0 s\u2019inscrire dans le paysage. La buxeraie qui coiffe toutes les collines calcaires n\u2019\u00e9veille aucun int\u00e9r\u00eat. Des indices \u00e9tonnants de collisions. Les promeneurs se rejoignent, certains disent bonjour, d\u2019autres s\u2019\u00e9loignent sous leurs \u00e9couteurs blancs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RectoLe soleil diminue \u00e0 vue d\u2019\u0153il dans cet instantan\u00e9 de lumi\u00e8re de septembre. Des burins se heurtent en sourdine. L\u2019homme lutte. Il s\u2019essuie le front avec un mouchoir bien propre. L\u2019effort musculaire du corps en avant presse ses mains sur le timon d\u2019une petite charrette. 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