{"id":195803,"date":"2025-08-11T13:51:39","date_gmt":"2025-08-11T11:51:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=195803"},"modified":"2025-08-12T08:14:34","modified_gmt":"2025-08-12T06:14:34","slug":"rectoverso-12-les-grenats","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-12-les-grenats\/","title":{"rendered":"#rectoverso #12 | Les grenats"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>1980.<\/strong> Quelle dr\u00f4le de frimousse\u00a0! Chevelure boucl\u00e9e abondante lourde bien que mouill\u00e9e descendant en cascade sur ses \u00e9paules \u00e0 la Maria Schneider. Ce regard aux yeux noirs qui le regarde droitement comme seuls savent regarder les b\u00e9b\u00e9s. Sans insistance particuli\u00e8re, mais tranquillement et longuement. C&rsquo;est cela qui la rend \u00e9trange. Elle fixe son interlocuteur sans la moindre g\u00eane ni provocation. A son cou, un collier de grenats plut\u00f4t vieillot pour une personne si jeune avec ses trois petites pierres de grenats de chaque c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une plus grosse, toutes serties de mani\u00e8re \u00e0 repr\u00e9senter des fleurs. Sept fleurs. Bijou incongru. Dans sa main gauche, \u00e0 hauteur de visage, un fruit \u00e0 moiti\u00e9 mang\u00e9. <br><br><strong>1984.<\/strong> C&rsquo;est le plein \u00e9t\u00e9, la ville \u00e9touffe. Les rues sont d\u00e9sertes, la chaleur envahit les moindres recoins et pour \u00e9viter de tourner en rond jusqu&rsquo;au soir o\u00f9 ils doivent assister \u00e0 une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre en C\u00e9vennes, ils d\u00e9cident de partir d\u00e8s maintenant se rafra\u00eechir dans la nature. Ils feront la sieste dans l&rsquo;herbe se disent-ils. Elle enfile une robe blanche tr\u00e8s simple et attache son collier de grenats. Ils roulent sans encombre, ils sont d&rsquo;humeur l\u00e9g\u00e8re et d\u00e9cident de s&rsquo;arr\u00eater -ils ont le temps- car il rep\u00e8re un coin d\u00e9sert\u00e9 o\u00f9 se baigner. Ils descendent le petit raidillon en s&rsquo;accrochant aux branches. Joyeusement, elle enl\u00e8ve sa robe. Les oiseaux ne la regardent pas. Elle met un pied dans l&rsquo;eau, un autre. L&rsquo;eau de la rivi\u00e8re glac\u00e9e la surprend. Elle sautille, cherche un appui sur les roches. Un de ses yeux est \u00e0 demi cach\u00e9 par une boucle de ses cheveux. Il lui tend une p\u00eache juteuse. Elle mord dedans. C&rsquo;est \u00e0 ce moment l\u00e0 qu&rsquo;il la vise dans l&rsquo;objectif. La photo est en plan am\u00e9ricain, son format n&rsquo;est pas standard 20X17 et son fond est flou. Ce pourrait \u00eatre aussi bien des v\u00e9g\u00e9taux qu&rsquo;une tenture froiss\u00e9e et dress\u00e9e l\u00e0 pour une sophistication de l&rsquo;instant. Rien n&rsquo;est d\u00e9voil\u00e9 du lieu o\u00f9 le clich\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pris sinon qu&rsquo;il y a sans doute une rivi\u00e8re quelque part. On pourrait l&rsquo;imaginer si l&rsquo;on entendait un genre de frilelis d&rsquo;eau.<br><br><strong>2020<\/strong>. Je l&rsquo;ai cherch\u00e9e. Longtemps. Elle mit un pied dans l&rsquo;eau, puis un autre. La rivi\u00e8re glac\u00e9e les enserra. Elle ne les vit plus nettement. Scintillaient les cailloux de diff\u00e9rentes tailles. Ils semblaient marbr\u00e9s et l&rsquo;eau sur eux devenait mousseuse, bulles de savon joyeuse. Elle d\u00e9couvrit ses nouveaux pieds. Ils s&rsquo;\u00e9taient \u00e9tir\u00e9s, plus grands sur la longueur sur la largeur. Mouvants, ils apparaissaient et disparaissaient constamment. Elle se pencha pour les toucher, \u00eatre s\u00fbre de les reconna\u00eetre dans leur forme d&rsquo;avant. Il y avait de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 dans ce jeu de cache-cache. Les roches, les cailloux aussi flottaient dans cet espace \u00e9nigmatique. Les taches vertes, brunes se c\u00f4toyaient et toutes, elles se tordaient de rire, brouillant tout \u00e0 coup toute sensation nouvellement ressentie. D\u00e9luge de gouttes musicales. Sans plus attendre, ravie, elle d\u00e9cida d\u2019accompagner son corps plus avant et en s&rsquo;approchant sur la pointe des pieds comme un cabri dans ce trembl\u00e9, elle mouilla ses mollets puis ses cuisses dans l&rsquo;\u00e9claboussement impromptu du petit courant. Elle vit des arbres dans l&rsquo;eau, elle vit la montagne dans l&rsquo;eau. Toute convuls\u00e9e. Le paysage se retournait, de haut en bas il glissait jusqu&rsquo;\u00e0 vouloir l&rsquo;engloutir. Elle perdit pied alors que la lumi\u00e8re bondissait sur le collier de grenats. O\u00f9 est-elle \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0?<br><br><br><br><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Codicille : tentative de r\u00e9\u00e9criture \u00e0 partir de la 10 <\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1980. Quelle dr\u00f4le de frimousse\u00a0! Chevelure boucl\u00e9e abondante lourde bien que mouill\u00e9e descendant en cascade sur ses \u00e9paules \u00e0 la Maria Schneider. Ce regard aux yeux noirs qui le regarde droitement comme seuls savent regarder les b\u00e9b\u00e9s. Sans insistance particuli\u00e8re, mais tranquillement et longuement. C&rsquo;est cela qui la rend \u00e9trange. 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