{"id":196382,"date":"2025-08-15T09:29:11","date_gmt":"2025-08-15T07:29:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=196382"},"modified":"2025-08-15T09:29:12","modified_gmt":"2025-08-15T07:29:12","slug":"recto-verso-12-9-rue-de-leglise-traquer-la-disparition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-12-9-rue-de-leglise-traquer-la-disparition\/","title":{"rendered":"# recto-verso #12 | 9, rue de l&rsquo;\u00e9glise (traquer la disparition)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"461\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/photo_plan-1024x461.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-196385\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/photo_plan-1024x461.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/photo_plan-420x189.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/photo_plan-768x346.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/photo_plan-1536x691.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/photo_plan.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><em>10.08.25 | \u00e9criture nomade encore, alors manque le mat\u00e9riau &#8211; les photos, les plans de la maison &#8211; &nbsp;&nbsp;alors j\u2019esquisse pour tenir le rythme, et il faudra reprendre. Et puis je me rends compte que le texte est en partie \u00e9crit. La proposition 12 rebondit sur la proposition 5, naturellement. Il y a m\u00eame un \u00ab&nbsp;peut-\u00eatre&nbsp;\u00bb, d\u00e9j\u00e0, dans la 5.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>14.08.25 | le mat\u00e9riau est l\u00e0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>strate 1 | les photographies et le plan (la vieille maison)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019existe pas de photographies de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019ancienne maison. Seules subsistent les photographies de la fa\u00e7ade. La vieille maison a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9truite au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 pour laisser place \u00e0 la nouvelle, construite en lieu et place de l\u2019ancienne. La vieille maison est la seule \u00e0 avoir connu les maris et p\u00e8res. Elle a compl\u00e8tement disparu. Il ne reste plus que les photographies. Et la m\u00e9moire pour reconstituer l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les photographies, la fa\u00e7ade de l\u2019ancienne maison est le d\u00e9cor des photos de famille. Dans l\u2019album une petite dizaine de photos en noir et blanc. &nbsp;Des bouts de fa\u00e7ades \u2013 la fen\u00eatre de la m\u00e8re, un bout du perron, de la balustrade et de l\u2019escalier qui m\u00e8ne \u00e0 la porte d\u2019entr\u00e9e de la fille &#8211; et devant, la famille, par bouts aussi, qui pose devant l\u2019appareil photo des oncles de Nantes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une de ces photos est tr\u00e8s troublante. La m\u00e8re et la fille posent devant la fen\u00eatre. La m\u00e8re est debout derri\u00e8re sa fille, chignon relev\u00e9e, d\u00e9j\u00e0, robe noire imprim\u00e9es de toutes petites fleurs blanches \u2013 elle est deux fois veuve -, esquisse d\u2019un sourire sur son visage grave de vie v\u00e9cue. Elle pose ses deux mains sur le dos de la chaise o\u00f9 se tient sa fille, assise, son dernier n\u00e9 sur ses genoux. Elle a quarante ans d\u00e9j\u00e0. Le mari et p\u00e8re est l\u00e0, \u00e0 gauche de la photo, adoss\u00e9 contre le mur, le visage mang\u00e9 d\u2019ombre. On distingue la cigarette \u00e0 sa bouche. Le bras gauche sort du cadre. On dirait un fant\u00f4me. Six ans plus tard, il mourra dans les cales d\u2019un bateau dans l\u2019usine o\u00f9 il travaillait. Dans la vieille maison, ne restera plus que la m\u00e8re, et la fille, et le gar\u00e7on de six ans. Elles ne se quitteront plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour restituer la m\u00e9moire de la vieille maison et approcher les vies v\u00e9cues et disparues, il faut donc interroger et faire dessiner le plan de l\u2019ancienne maison, faire ressurgir sur une feuille A4, l\u2019agencement des pi\u00e8ces, l\u2019exigu\u00eft\u00e9 de l\u2019espace, l\u2019impossible intimit\u00e9, et observer comment la disparition des hommes, les uns apr\u00e8s les autres, et le d\u00e9part progressif des quatre filles, celles du second mariage, reconfigurent les lieux, \u00e0 mesure. Jusqu\u2019\u00e0 destruction de l\u2019ancienne maison et la construction de la nouvelle. Jusqu\u2019\u00e0 les laisser \u00e0 deux, la m\u00e8re et la fille, la toute premi\u00e8re des cinq, la fille unique du premier mari. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>strate 2 | la m\u00e8re et la fille (la maison neuve)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>9, rue de l\u2019Eglise. Elles sont deux \u00e0 l\u2019habiter. Une m\u00e8re et sa fille, trois fois veuves et huit fois m\u00e8res \u00e0 elles deux, l\u2019une arri\u00e8re-grand-m\u00e8re d\u00e9j\u00e0, l\u2019autre grand-m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Maison de cr\u00e9pi blanc. Une porte-fen\u00eatre \u00e0 quatre vantaux voil\u00e9s par des rideaux blancs que la main \u00e2g\u00e9e de la fille vient soulever furtivement. Pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la maison, un perron de ciment prot\u00e9g\u00e9 par une balustrade noire. Au niveau de la rue, un \u00e9tage plus bas, sous le perron, quelques marches descendent sur l\u2019entr\u00e9e obscure et fraiche d\u2019une cave. A gauche de ces marches, sous le perron, une sorte de recoin sombre propice aux conciliabules.&nbsp; A droite de la maison, l\u2019\u00e9chappatoire d\u2019une ruelle.<\/p>\n\n\n\n<p>La nouvelle maison est un monde de femmes. La m\u00e8re et la fille.<\/p>\n\n\n\n<p>En face de la maison, une imposante b\u00e2tisse \u00e0 deux \u00e9tages, grise, fait de l\u2019ombre \u00e0 tout ce bout de rue : l\u2019ancien \u00e9tablissement scolaire Notre-Dame, agrandi et r\u00e9nov\u00e9 dans les ann\u00e9es 60, \u00e9cole priv\u00e9e catholique avec son pr\u00e9au et la cour de r\u00e9cr\u00e9ation. Plus bas, le b\u00e2timent abrite aussi la grande salle paroissiale, plus haut, dans une autre grande b\u00e2tisse, la maison des s\u0153urs, sur deux \u00e9tages \u00e0 hautes fen\u00eatres. La m\u00e8re y a travaill\u00e9 comme cantini\u00e8re. L\u2019ensemble fait une sorte de grand L disproportionn\u00e9. Tout en bas de la rue, l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>strate 3 | la maison, trente ans plus tard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019ext\u00e9rieur, la maison n\u2019a pas boug\u00e9&nbsp;: le perron, les escaliers, la porte-fen\u00eatre \u2013 les rideaux m\u00eames ressemblent \u00e0 ceux d\u2019alors -, la porte de ce qui \u00e9tait la cave, le recoin sous le perron. De l\u2019int\u00e9rieur, la maison porte une tout autre histoire, d\u2019autres visages, d\u2019autres corps. La main rid\u00e9e qui soul\u00e8ve le rideau pour guetter les passants a disparu.&nbsp; La m\u00e8re et la fille n\u2019y habitent plus. Elles reposent toutes les deux au cimeti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, la grande b\u00e2tisse face \u00e0 la maison, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue a \u00e9t\u00e9 ras\u00e9e. Avant la d\u00e9molition, dans un article du journal local, le maire parle d\u2019une \u00ab&nbsp;verrue&nbsp;\u00bb dont il faut se d\u00e9barrasser. Il brigue alors pour sa commune le label \u00ab&nbsp;Petite cit\u00e9 de caract\u00e8re&nbsp;\u00bb. Seule l\u2019ancienne maison des s\u0153urs a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9e. Convertie en logements sociaux \u00e0 l\u2019\u00e9tage. Banque et commerces au rez-de-chauss\u00e9e. A la place de l\u2019\u00e9cole et de la salle paroissiale, une vaste esplanade&nbsp;: des parkings am\u00e9nag\u00e9s, des bancs, des parterres de v\u00e9g\u00e9tation et de fleurs, et en contrebas, une grande halle \u00e0 la charpente en bois et au toit de tuiles, ouverte sur le paysage de coteaux en contrebas. On aper\u00e7oit m\u00eame le cimeti\u00e8re sur l\u2019autre versant. Et pour d\u00e9limiter ces diff\u00e9rents espaces, des murets de pierres plates qui ressemblent \u00e0 des lauzes. Plus de trottoirs. La rue a \u00e9t\u00e9 partiellement pav\u00e9e. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La maison est rendue au ciel, au soleil et au paysage. De quoi respirer et dissoudre l\u2019angoisse, d\u2019\u00e9largir les horizons. Peut-\u00eatre. Elles n\u2019auront pas connu la trou\u00e9e lumineuse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>10.08.25 | \u00e9criture nomade encore, alors manque le mat\u00e9riau &#8211; les photos, les plans de la maison &#8211; &nbsp;&nbsp;alors j\u2019esquisse pour tenir le rythme, et il faudra reprendre. Et puis je me rends compte que le texte est en partie \u00e9crit. La proposition 12 rebondit sur la proposition 5, naturellement. 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