{"id":197787,"date":"2025-08-27T22:09:16","date_gmt":"2025-08-27T20:09:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=197787"},"modified":"2025-08-29T07:35:15","modified_gmt":"2025-08-29T05:35:15","slug":"rectoverso12-le-tableau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso12-le-tableau\/","title":{"rendered":"#rectoverso #12 | Le tableau"},"content":{"rendered":"\n<p>Coup de c\u0153ur. Un tableau au milieu d\u2019une exposition h\u00e9t\u00e9roclite \u00e0 Vienne, dont je me rappelle \u00e0 peine. Mais le tableau, oui. Les couleurs, oui. Le sujet aussi. Du vert frais, de l\u2019orange, du bleu en strates, du violet. Et des traits noirs qui encadrent, soulignent, finissent en palmiers dans le vent sur le c\u00f4t\u00e9 droit de l\u2019image. Le violet avec l\u2019orange, l\u2019orange avec le vert, Et le noir qui ponctue. Un paysage de mer du Sud. Le soleil couleur orange insistant r\u00e9chauffe, la strate violette apaise. Le nom du peintre&nbsp;: Emil Nolde. Jamais entendu parler. Mais pour l\u2019instant, le tableau me suffit.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis le temps passe. Une exposition au mus\u00e9e Fabre \u00e0 Montpellier va me rappeler cette rencontre. Une exposition sp\u00e9ciale d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Emil Nolde. J\u2019y retrouve mon coup de c\u0153ur. Je d\u00e9couvre en m\u00eame temps des tableaux pleins de couleurs, de mouvements, de tourments. Des ciels d\u2019orage, des nuages rouges, des mers agit\u00e9es violettes, des vagues d\u00e9ferlantes. Ces peintures me parlent, me font vibrer, ces paysages en feu, ces coquelicots rouges pleins de vie m\u2019\u00e9meuvent, et je suis enchant\u00e9e et surprise, c\u2019est la premi\u00e8re fois que je vois autant de couleurs puissantes tourner et danser dans des toiles\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et je vais \u00e0 la rencontre d\u2019Emil Nolde\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en 1867 \u00e0 Nolde, \u00e0 la fronti\u00e8re entre l\u2019Allemagne et le Danemark, dans le Nord, un pays plat, gris, tourment\u00e9 par vents et pluies, pays froid, dur, inamical. D\u2019une famille d\u2019agriculteurs, il ressent tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019envie de dessiner, de peindre. Malgr\u00e9 l\u2019opposition de son p\u00e8re, il part en apprentissage \u00e0 Munich, Karlsruhe, Dresde, Berlin. Il se singularise par une peinture farouche, impressionn\u00e9 par Van Gogh. Sa th\u00e9matique campagnarde, son traitement des couleurs vives et en p\u00e2te \u00e9paisse provoquent l\u2019enthousiasme des jeunes artistes, il adh\u00e8re au groupe \u00ab&nbsp;die Br\u00fccke&nbsp;\u00bb, mais le quitte rapidement. Il peint des sujets religieux, des marines et des fleurs, \u00e0 la limite de l\u2019abstraction, est attir\u00e9 par l\u2019art primitif apr\u00e8s un s\u00e9jour en 1913 dans les \u00eeles du Pacifique et peint des masques et des statues s\u2019inspirant de ces arts exotiques.\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont ses marines aux couleurs insens\u00e9es qui m\u2019ont chamboul\u00e9e, boulevers\u00e9e. J\u2019ai voulu les copier, j\u2019ai voulu m\u2019inspirer de ces aquarelles qui ressemblent aux peintures \u00e0 l\u2019huile, avec des couleurs fortes, d\u00e9structurant l\u2019image, mais insufflant une vie ardente\u2026J\u2019y ai trouv\u00e9 une jouissance surprenante, m\u00eame si le r\u00e9sultat n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 la hauteur de l\u2019original. Qu\u2019importe\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>En cherchant plus d\u2019informations, j\u2019ai trouv\u00e9 un roman de Siegfried Lenz&nbsp;: \u00ab&nbsp;La le\u00e7on d\u2019allemand&nbsp;\u00bb qui retrace un \u00e9pisode de la vie du peintre adulte, dans les ann\u00e9es 1940-45, alors qu\u2019il est revenu dans son pays, \u00e0 Seeb\u00fcll, retrouvant le paysage plat et tourment\u00e9 qu\u2019il aime tant. Dans ces ann\u00e9es particuli\u00e8rement difficiles, o\u00f9 il \u00e9tait probl\u00e9matique de trouver sa place, de s\u2019exprimer, de prendre parti, Nolde semble avoir pench\u00e9 pour le pouvoir en place. Selon les r\u00e9cits, ses motivations \u00e9taient plus ou moins politiques, parfois les artistes \u00e9taient des \u00ab&nbsp;&nbsp;Mitl\u00e4ufer&nbsp;\u00bb, des sympathisants pour sauver leurs \u0153uvres. Peut-on s\u00e9parer l\u2019artiste de l\u2019homme, aimer l\u2019un, condamner l\u2019autre&nbsp;? La question reste ouverte\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 son adh\u00e9sion au pouvoir en place, Nolde a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 parmi&nbsp;\u00ab&nbsp;les artistes d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s&nbsp;\u00bb dont les \u0153uvres \u00e9taient interdites, au m\u00eame titre que la plupart des artistes qualifi\u00e9s d\u2019expressionnistes. Il est alors frapp\u00e9 d\u2019une interdiction totale de peindre et ses \u0153uvres expos\u00e9es sont d\u00e9truites. Mais, un artiste peut-il arr\u00eater sur ordre de cr\u00e9er&nbsp;? Il continue \u00e0 travailler clandestinement en peignant des aquarelles sur papier de r\u00e9cup\u00e9ration\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la guerre, Nolde r\u00e9ussit \u00e0 trouver une reconnaissance internationale, il est consacr\u00e9 de son vivant comme l\u2019un des artistes les plus importants de son temps. R\u00e9sistance, exigence, audace, r\u00e9solution, il ne doute pas de sa voie jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1956.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9couvert un homme dur, ent\u00eat\u00e9, reli\u00e9 \u00e0 sa terre et \u00e0 son climat rude, mais Siegfried Lenz le d\u00e9crit comme attentif aux gens, aux enfants, s\u2019inscrivant dans la vie du village et en opposition au pouvoir en place. Je n\u2019ai pas pu appr\u00e9hender l\u2019homme autrement que par ses messages\u00a0li\u00e9s \u00e0 sa peinture:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026La gamme des couleurs et une toile vierge blanche me semblaient une lutte mutuelle, et seulement quand le tableau \u00e9tait vraiment r\u00e9ussi, la toile, les couleurs et moi-m\u00eame \u00e9tions heureux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026Vois-tu des lignes, des formes, des plats ou des couleurs\u00a0? Je pensais que la forme devait \u00eatre saisie avec la raison, la couleur avec les sens, et les plats conduisaient vers l\u2019architectural\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026Le jaune peut peindre le bonheur ou la douleur. Il y a le rouge du feu, le rouge du sang et le rouge des roses. Il y a du bleu argent\u00e9, du bleu ciel et du bleu d\u2019orage\u2026Les r\u00eaves ne sont-ils pas comme des sons, et les sons comme des couleurs, et les couleurs comme de la musique&nbsp;? Les couleurs sont mes notes, avec lesquelles je forme des accords et des sons en harmonie ou en contraste\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces mots, dans ces phrases, je me retrouve \u00e0 l\u2019unisson avec le peintre qui vit les sensations, les dit, les peint\u2026Je comprends pourquoi j\u2019aime ses paysages, ses fleurs, ses couleurs, ses ciels et ses mers\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et j\u2019aimerais savoir \u00e9crire comme Nolde sait peindre\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Coup de c\u0153ur. Un tableau au milieu d\u2019une exposition h\u00e9t\u00e9roclite \u00e0 Vienne, dont je me rappelle \u00e0 peine. Mais le tableau, oui. Les couleurs, oui. Le sujet aussi. Du vert frais, de l\u2019orange, du bleu en strates, du violet. Et des traits noirs qui encadrent, soulignent, finissent en palmiers dans le vent sur le c\u00f4t\u00e9 droit de l\u2019image. Le violet <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso12-le-tableau\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #12 | Le tableau<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":122,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7721],"tags":[2330,1163,7780,2800,1877],"class_list":["post-197787","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-12-helene-gaudy-les-peut-etre","tag-couleurs","tag-histoire","tag-impact","tag-paysages","tag-peinture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197787","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/122"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=197787"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197787\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":197814,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197787\/revisions\/197814"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=197787"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=197787"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=197787"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}