{"id":198325,"date":"2025-09-06T12:01:51","date_gmt":"2025-09-06T10:01:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=198325"},"modified":"2025-09-07T08:28:57","modified_gmt":"2025-09-07T06:28:57","slug":"rectoversopslecrire-ce-poeme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoversopslecrire-ce-poeme\/","title":{"rendered":"#rectoverso #PS | l\u2019\u00e9crire, ce po\u00e8me"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Pour \u00e9crire ce post-scriptum, je suis partie du texte #10 dans lequel j'ai ins\u00e9r\u00e9 des fragments \u00e9crits par ailleurs \u00e0 partir de notations de couleurs relev\u00e9es dans mes lectures depuis un an. Contrairement aux <em>forces<\/em> de Laura Vasquez o\u00f9 les po\u00e8mes se disent, ici ils s'\u00e9crivent selon le proc\u00e9d\u00e9 adopt\u00e9 par Mathieu Belezi dans <em>Cantique du chaos<\/em>.<\/pre>\n\n\n\n<p>Le vide du lit au matin est propice quand \u00e0 travers les lattes du volet la lumi\u00e8re p\u00e2le perce et que le jour cro\u00eet. Les rayons encore obliques saisissent le nord, \u00e7a ne dure pas dans la saison, c\u2019est tr\u00e8s court le corps face \u00e0 la vitre et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire<\/p>\n\n\n\n<p><em>l\u2019\u00e9t\u00e9 vermillon est trop chaud trop lourd \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0trop<\/em><br><em>le soleil n\u2019est que menace avec ses dagues rougeoyantes \u00e0 blanc<\/em><br><em>on aimerait le rose l\u00e9ger du papier toilette<\/em><br><em>ou les points coquelicot apr\u00e8s des jours de pluie battante<\/em><br><em>le soleil n\u2019est plus ce rond vermeil offert \u00e0 la nature\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 il est c\u0153ur malade<\/em><br><em>on dirait que le sang d\u2019une bataille a empourpr\u00e9 la plaine \u00a0\u00a0\u00e9clabouss\u00e9 la roche<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>ensuite j\u2019ai attendu mais rien d\u2019autre ne s\u2019est\u00a0 \u00e9crit. Et je ne suis plus s\u00fbre soudain de la fiabilit\u00e9 du volet une fois ouvert. Il emporte avec lui ce qui forme paysage. J\u2019arr\u00eate d\u2019\u00e9crire. La frondaison s\u2019est \u00e9toff\u00e9e depuis, ramass\u00e9e, raccourcissant les troncs, fron\u00e7ant le c\u0153ur des arbres, jaunissant d\u00e9j\u00e0 les feuilles int\u00e9rieures au plein de l\u2019\u00e9t\u00e9 dans l\u2019ombre. Les m\u00fbres noires tachent l\u2019herbe verte, tachent les pieds idem si vous veniez \u00e0 les fouler sous les m\u00fbriers, tachant la terrasse au-del\u00e0 de sa bordure, tachant le carrelage qu\u2019il faudra essuyer. J\u2019ai fini par trouver une suite aux fragments qui attendent depuis plusieurs jours un d\u00e9veloppement mais lequel\u00a0? me disais-je\u00a0? et plus j\u2019y pensais moins je trouvais d\u2019issue. Alors j\u2019ai recommenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire<\/p>\n\n\n\n<p><em>les engins agricoles avalent la poussi\u00e8re pour la recracher aussit\u00f4t sur le chemin<\/em><br><em>exprimant de toutes parts leur col\u00e8re de t\u00f4le et de ferraille peintes<\/em><br><em>le coin des yeux encrass\u00e9s de terre et de cendres<\/em><br><em>le monde flamme br\u00fble \u00e0 la surface de mes paupi\u00e8res<\/em><br><em>les sommets rosissent puis d\u00e9foncent le ciel papier buvard<\/em><br><em>tout saigne tandis que l\u2019ombre s\u2019affale comme un chien sur son tapis\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>et je n\u2019ai pas pos\u00e9 de point. Avoir occult\u00e9 le fait du jus rouge sur le sol en ayant omis de tailler les arbres \u00e0 la sortie de l\u2019hiver ne se rappelant plus que le ciel r\u00e9tr\u00e9cirait au fur et \u00e0 mesure que l\u2019\u00e9t\u00e9 avancerait jusqu\u2019\u00e0 tout engloutir avec l\u2019ombre pr\u00e9coce et l\u2019\u0153il ne perce plus le feuillage trop \u00e9pais. &nbsp;Une pierre s\u2019allonge noircie elle-aussi&nbsp; par le jus des fruits. Personne n\u2019a envie de s\u2019y asseoir craignant se tacher craignant mouches et insectes craignant mammif\u00e8res fructivores. La pierre monolithe et plate ne tient plus son r\u00f4le de banc. J\u2019ai repris mon cahier dans lequel je continue \u00e0 accumuler toutes sortes de fragments qui ne seront jamais lus que par moi-m\u00eame, j\u2019ai envie d\u2019\u00e9crire mais quoi<\/p>\n\n\n\n<p><em>une faible ligne jaune monte \u00e0 l\u2019est<\/em><br><em>puis un flot de lumi\u00e8re se d\u00e9verse dans un \u00e9tincellement de gen\u00eats illuminant la campagne recouverte par endroits de sa terne fourrure de paille<\/em><br><em>les m\u00fbriers platanes ont encore leurs feuilles d\u2019un jaune tranchant sur le ciel vif<\/em><br><em>au sol les grandes feuilles de figuiers d\u00e9coup\u00e9es s\u2019entassent jaunes et molles<\/em><br><em>fragment\u00e9 par les feuilles des arbres le soleil de fin d\u2019\u00e9t\u00e9 dessine sur l\u2019herbe rase et jaune des formes bougeant sans cesse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>un sphinx colibri s\u2019attarde sur les derniers \u0153illets d\u2019Inde et les premiers chrysanth\u00e8mes dor\u00e9s<\/em><br><em>les tiges et les feuilles de tomate sont jaunes et racornies<\/em><br><em>les conif\u00e8res jaunes de s\u00e9cheresse s\u2019\u00e9tirent en flamm\u00e8ches fam\u00e9liques et fan\u00e9es<\/em><br><em>le chaume \u00e9met une faible lueur jaune et craque sous les pieds<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>je marche d\u2019un pas lourd sur l\u2019herbe s\u00e8che et jaune je marche sur des kilom\u00e8tres d\u2019herbes jaunies je marche sous un vent safran\u00e9<\/em><br><em>crachant un nuage soufr\u00e9 comme un fusil sa poudre<\/em><br><em>\u00e0 perte de vue mon regard se pose sur les champs dess\u00e9ch\u00e9s de ma\u00efs secs et les tournesols grill\u00e9s<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>en fin d\u2019apr\u00e8s-midi le jaune se meut en un \u00e9pais plancher poussi\u00e9reux \u00e0 la senteur piquante de carvi que des touffes d\u2019herbes jaunes cr\u00e8vent<\/em><br><em>c\u00e0 et l\u00e0<\/em><br><em>la lumi\u00e8re du soleil transforme la poussi\u00e8re de la plaine en or impur<\/em><br><em>le soleil d\u00e9cline avec une insoutenable lenteur vers l\u2019ouest et passant par la petite fen\u00eatre trace un carr\u00e9 de lumi\u00e8re jaune sur la porte close<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tout l\u2019\u00e9t\u00e9 l\u2019\u0153il va chercher la lumi\u00e8re \u00e0 qui l\u2019aura perdue trop t\u00f4t. Si on se place au bon endroit du lit pour regarder par la fen\u00eatre on imagine une belle composition de ch\u00e8vrefeuille et d\u2019ipom\u00e9es. Personne ne veut voir la mort sous le houx en cendres r\u00e9pandues. Il para\u00eet d\u2019ailleurs que \u00e7a ne lui a pas port\u00e9 chance c\u2019est ce qu\u2019on lui a dit inutile de s\u2019en approcher m\u00eame ind\u00e9cis le contour se perd, il suffit de regarder ailleurs. De temps en temps un oiseau des oiseaux un vol d\u2019\u00e9tourneaux des hirondelles plus ou moins haut dans le ciel. Une vieille po\u00eale suspendue \u00e0 mi-hauteur d\u2019une cha\u00eene pend \u00e0 une branche, recouverte d\u2019un couvercle de casserole. Un poids de tisserand maintient droite la suspension. Des tiges s\u00e8chent de tournesols croisent un toit de leurs t\u00eates pleines et r\u00eaches. Une m\u00e9sange deux m\u00e9sanges piquent une graine dans la mangeoire et puis s\u2019en vont. Un pinson s\u2019installe.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne voit plus rien quand le volet se ferme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour \u00e9crire ce post-scriptum, je suis partie du texte #10 dans lequel j&rsquo;ai ins\u00e9r\u00e9 des fragments \u00e9crits par ailleurs \u00e0 partir de notations de couleurs relev\u00e9es dans mes lectures depuis un an. Contrairement aux forces de Laura Vasquez o\u00f9 les po\u00e8mes se disent, ici ils s&rsquo;\u00e9crivent selon le proc\u00e9d\u00e9 adopt\u00e9 par Mathieu Belezi dans Cantique du chaos. Le vide du <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoversopslecrire-ce-poeme\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #PS | l\u2019\u00e9crire, ce po\u00e8me<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":160,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7791],"tags":[],"class_list":["post-198325","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-ps-laura-vazquez-recto-verso-le-cycle-ete-2025"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/198325","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/160"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=198325"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/198325\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":198373,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/198325\/revisions\/198373"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=198325"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=198325"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=198325"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}