{"id":198799,"date":"2025-09-19T11:13:38","date_gmt":"2025-09-19T09:13:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=198799"},"modified":"2026-01-20T08:57:54","modified_gmt":"2026-01-20T07:57:54","slug":"histoires-01-perec-histoires-possible-de-lhistoire-laissee-en-plan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoires-01-perec-histoires-possible-de-lhistoire-laissee-en-plan\/","title":{"rendered":"#histoires # 01 Perec | Histoires possibles de l&rsquo;histoire laiss\u00e9e en plan"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\">Histoire d&rsquo;un point qu&rsquo;on ne peut pas fixer<br>Histoire de la premi\u00e8re image qui se d\u00e9place ou se d\u00e9forme au gr\u00e9 de l\u2019histoire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\">Histoire du film de mariage \u00e0 dix-huit images par secondes; et la mari\u00e9e rit et on voit toutes ses dents m\u00eame ses gencives<br>Histoires de celles et ceux qui ont les gencives d\u00e9couvertes et ou les yeux plut\u00f4t enfonc\u00e9s <br>Histoire d\u2019images saccad\u00e9es qui donnent un air burlesque \u00e0 ce qui ne l&rsquo;est peut-\u00eatre pas ( saccad\u00e9es comme les bras d&rsquo;un b\u00e9b\u00e9 qui bat des bras) <br><br>Histoire de photographies et de leur lien suppos\u00e9 avec l&rsquo;histoire<br>Histoires d&rsquo;images retouch\u00e9es et coloris\u00e9es comme point de rencontre entre deux personnages<br><br>Histoire de la maison de bois<br>Histoire de celle de droite et de celle de gauche dans l&rsquo;image ( en prenant l&rsquo;histoire \u00e0 rebours); celle de gauche a une couverture sur les \u00e9paules: on dirait une indienne; l&rsquo;autre porte un ch\u00e2le pour cacher son ventre <br>Histoire du chien entre les deux qui sauva l&rsquo;enfant<br>Histoire de l&rsquo;enfant qui faillit \u00eatre aval\u00e9 par le serpent<br>Histoire de blanc comme : champ de coton. Et de r\u00eaver qu&rsquo;il neige<br><br>Histoire d&rsquo;une travers\u00e9e <br>Histoire d&rsquo;un quai \u00e0 l&rsquo;aube et on voit des mains agiter des mouchoirs<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\">Histoire du capitaine qui avait le mal de mer sur terre comme en mer<br>Histoire de celle qui avait le pied marin comme on a la couleur absolue et qui portait un enfant sous sa robe <br>Histoire de la fanfare d\u00e9risoire et des ballons de f\u00eates sur le quai<br>Histoire de celle qui aurait une croix dans le dos<br>Histoire de qui avait un nom \u00e0 coucher dehors et supprima des lettres \u00e0 son nom pour dormir \u00e0 l\u2019abri<br>Histoire de corps perdus en mer avec ou sans naufrage&nbsp;: parce qu\u2019il arriva que l\u2019on saute juste pour ne pas avoir \u00e0 revenir en arri\u00e8re <br>Histoire de Jonas dans le Livre; la m\u00eame dans la t\u00eate de quelqu\u2019un qui l&rsquo;a oubli\u00e9e, la m\u00eame encore racont\u00e9e sur un bateau \u00e0 un enfant qui ne peut pas dormir<strong><br><\/strong><br>Histoire de la statue qui tenait un flambeau ou un glaive dans sa main, suivant comment on raconte l&rsquo;histoire, et de, comment des oiseaux d\u00e9f\u00e9quaient sur son nez <br><br>Histoire de visages d\u00e9figur\u00e9s par l&rsquo;histoire<br><br>Histoire d&rsquo;\u00eatre chez soi partout nulle part<br>Histoire de tranch\u00e9es et d\u2019un photographe qui d\u00e9place son tr\u00e9pied dans une for\u00eat puis dans une guerre de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la mer <br><br><strong>Histoire de celle qui buvait du p\u00e9trole et parlait aux \u00e9toiles et qui serait malgr\u00e9 elle \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;histoire de l&rsquo;histoire laiss\u00e9e en plan <br><\/strong><br>Histoire de A qui avait fui par le train et posait pour les peintres <br>Histoire de B qui voulait \u00eatre peintre et avait fui par le mariage<br>Histoire de S qui avait troqu\u00e9 sa hache contre un tr\u00e9pied<br>Histoire du p\u00e8re qui n&rsquo;avait qu&rsquo;une hache et de la m\u00e8re qui portait ses enfants pendus \u00e0 sa robe comme des breloques<br><br>Histoire de Daisy Bell parce qu&rsquo;il y aura toujours un cheval dans l&rsquo;histoire<br><br>Histoire de ce visage qui remonterait d\u2019une cuve et se rappellerait \u00e0 l\u2019histoire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\">Histoire de l\u2019atelier du jardin transform\u00e9 en laboratoire <br>Histoire de la grange et des sacs de grains cousus ensembles <br>Histoire d\u2019une route de campagne dans un pays lointain et la vieille jument qui tire le chargement s\u2019appelle Daisy&nbsp;: Oh Daisy Old Daisy Bell<br><br>Histoire des lettres dessin\u00e9es qui travers\u00e8rent l\u2019atlantique<br>Histoires de photographies prises au Congo par celui qu&rsquo;on croyait mort en tombant d&rsquo;un \u00e9chafaudage<br><br>Histoires de peaux<br>histoires de peaux noires et de peaux rouges <br>Histoire de B. qui avait la peau blanche si on la compare \u00e0 d\u2019autres<br><br>Histoires de visages &nbsp;<br>Histoire de t\u00eates couvertes de bandages<br>Histoire du chapeau de paille de B <br>Histoire de fruits pendus avec leurs chapeaux <br><br>Histoire de dessiner tout ce qu\u2019on voit <br>Histoire de dessiner m\u00eame sur des feuilles macul\u00e9es de sang<strong> <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\">Histoire de l&rsquo;ent\u00eatement de B<br><br>Histoires de dessins qui attestent<br>Histoires de photographies qui auront brul\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:18px\">Histoire des trous de l&rsquo;histoire sans quoi il n\u2019y aurait pas d\u2019histoire<br>Histoire de noms oubli\u00e9s ; suppos\u00e9s ; d\u00e9form\u00e9s ou invent\u00e9s<br>Histoire des noms chang\u00e9s pour la beaut\u00e9 de la langue<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Voix d\u2019un quai&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">V 1&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Dans le nid poussi\u00e9reux des cheveux savamment tress\u00e9s, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du cr\u00e2ne un tout petit p\u00e9cule de vie&nbsp;: ce pouls qui bat&nbsp;; il faudrait qu\u2019elle se retourne alors je puiserai \u00e0 la source des yeux ce que le dos d\u00e9j\u00e0 me murmure&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">V2&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;C\u2019est la sixi\u00e8me croix de la file, et si jeune cette fois, et fille encore, \u00e7a se voyait \u00e0 la couleur de la peau et m\u00eame en se frottant le sang, \u00e7a se voyait&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">V 3&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Est-ce qu\u2019on peut porter autant de couches les unes au-dessus des autres. On voit qu\u2019elle est venue avec tout ce rien sur elle et c\u2019est encore bagage trop lourd pour rien&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">V4&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Qui a dit qu\u2019on laissait passer les morts&nbsp;: vas, prends ta place, tu seras la premi\u00e8re au royaume et laisse nous vivre encore un peu&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>quelques unes, quelques uns<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La grande \u00e0 baluchon fleuri, rouge aux l\u00e8vres et robe incarnat. Lobes perc\u00e9s d\u2019or et paille dans le chignon : faut pas lui en conter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Celle qui penche sur sa gauche, ce doit \u00eatre un talon qui cloche. Grise aux cheveux ; grise au manteau; maigre aux seins. Avec ce petit sur les bras et deux autres accroch\u00e9s \u00e0 ses poches&nbsp;: pourrait \u00eatre la m\u00e8re de la m\u00e8re. Mais o\u00f9 est la m\u00e8re&nbsp;? Fait bloc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est promis on ne dit pas le nom qu\u2019elle porte enroul\u00e9 au poignet comme un bandage. Fichu \u00e0 trous, visage d\u2019absente. Sur le bout de sa langue qui fraye le bonheur des dents, comme une exclamation sourde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De travers le b\u00e9ret, juste un peu. Il faut casser la sym\u00e9trie pour assoir la silhouette. La veste ne cache pas le rajout aux manches, ni le raccommod\u00e9. Un gilet. Une chemise presque blanche : beau comme \u00e0 la noce. Apr\u00e8s seulement on voit le pied, la grosse chaussure comme un sabot. Fier de l\u2019\u00eatre&nbsp;: Quoi&nbsp;? Parti si loin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lui adoss\u00e9, poings serr\u00e9s, sa m\u00e8che trop longue coll\u00e9e au front : effil\u00e9e, fuligineuse, et bien peign\u00e9e. C\u2019est tout dedans&nbsp;: tenaill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qui a deux traits de craie au dos et tout son rien, couches sur couches, sur elle. Coiffure savamment tress\u00e9e, en torsades claires \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du cr\u00e2ne, pouls qui bat sous les cheveux \u00e0 la naissance du cou ; petit p\u00e9cule de vie \u00e0 noyer demain. A d\u00e9j\u00e0 choisi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019homme accroupi, pantalon aux genoux, qui se gratte les poux du corps. Bonnet de grosse laine et barbe taill\u00e9e au couteau : pas s\u00fbr qu\u2019il soit pas fou.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019enfant mou en vareuse de marin avec son b\u00e2chi \u00e0 pompon comme \u00e0 guignol : gogol, avorton. Sa grosse t\u00eate, trop grosse. Ses petits cris d\u2019oiseau : Vois quelque chose&nbsp;qu\u2019on ne voit pas c\u2019est s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les jumelles \u00e0 rubans&nbsp;: m\u00eames rubans, m\u00eames robes, m\u00eames froufrous, m\u00eames couleurs. M\u00eames bleus aux tibias. M\u00eame grain de beaut\u00e9, l\u00e0 pr\u00e8s du nez, juste sous l\u2019\u0153il&nbsp;; m\u00eame p\u00e2leur ; m\u00eames nattes jusqu\u2019aux reins&nbsp;; m\u00eames mains. M\u00eames poup\u00e9es dans la main, m\u00eames chiffons, m\u00eames cheveux de laine, m\u00eames yeux en boutons. M\u00eame obstination \u00e0 ne pas voir que l\u2019une crache dans son mouchoir, des caillots noirs et l\u2019autre pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pourquoi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi avec celle-l\u00e0 j\u2019ai senti tout de suite que \u00e7a ne collerait pas. Qui a dit que quand \u00e7a te sort du corps \u00e7a va tout seul : mensonge. Les autres je les sentais comme la chair de ma chair, elle pas. Rien. Pourquoi. Et pourquoi pas. Mais j\u2019ai fait mon devoir et comme les autres elle a grandi, et comme les autres elle n\u2019a manqu\u00e9 de rien. Toi tu as le sens du devoir, elle a dit me tendant les deux qui lui avaient pouss\u00e9, tu leur seras un abri mieux que moi. Alors j\u2019ai fait mon devoir : Parce que tu le fais toujours elle a dit, ne cherche pas plus loin, il n\u2019y a pas de pourquoi, et elle est partie.&nbsp;<br>Pourquoi j\u2019ai ce pied comme un sabot. Disent : c\u2019est \u00e0 cause que ta ma m\u00e8re a couch\u00e9 avec le cheval. Moi je pense que c\u2019est \u00e0 cause que la mort est entr\u00e9e dans la maison quand elle \u00e9tait grosse c\u2019est pour \u00e7a peut-\u00eatre que je ne suis pas fini. Quand j\u2019avance il y a ce bruit ferr\u00e9 coll\u00e9 \u00e0 mon soulier : c\u2019est comme un signal. Quand ils sont venus nous chercher, je suis rest\u00e9. Moi je voulais y aller au feu&nbsp;: autant crever au champ d\u2019honneur. Non pas toi, m&rsquo;ont dit il y a ton bruit et ton pied comme un sabot : y\u2019en a bien des chevaux l\u00e0-bas, j&rsquo;ai dit&nbsp;: un moins pour un plus, prenez-moi. Mais non. Trop bancal. Sans appel. Et je suis rest\u00e9 \u00e0 b\u00eacher avec elles :&nbsp; ta dr\u00f4le de chaussure et ton dr\u00f4le de bruit disaient. Et m\u2019ont regard\u00e9 l\u00e0 b\u00eachant, plus haut, entre mes jambes&nbsp;: cette bosse comme une promesse, ont dit : c\u2019est que ta m\u00e8re aura couch\u00e9 avec le cheval.&nbsp;<br>Il y en a chez qui on voit tout de suite que \u00e7a n\u2019ira pas plus loin&nbsp;: pourquoi. Un geste, une inflexion&nbsp;; c\u2019est dans les yeux ou quoi. Pour elle j\u2018ai vu tout de suite. Mais pourquoi elle est partie, pourquoi si jeune, pourquoi si seule, \u00e7a je ne sais pas.&nbsp;<br>Il manque toujours une pi\u00e8ce, une lettre, un mot, je compte et je recompte, j\u2019avais pourtant veill\u00e9 \u00e0 ne rien oublier, j\u2019avais pens\u00e9 \u00e0 me souvenir mais toujours quelque chose \u00e9chappe, pourquoi.&nbsp;<br>Pourquoi je n\u2019ai pas jet\u00e9 tout \u00e7a avant, le vieux sac avec sa vieille vie dedans, tout ce barda de rien&nbsp;: parce que j\u2019avais promis que m\u00eame en effigie il y serait un jour du c\u00f4t\u00e9 de la chance&nbsp;: tu crois&nbsp;?&nbsp;<br>Pourquoi elle va partir et moi pas. Pourquoi si tout est pareil elle et moi, il y a ce trou pour elle, l\u00e0 devant, et pour moi pas.&nbsp;<br>Pourquoi la grande statue ne regarde que moi et l\u00e8ve le bras et je ne vois rien au-dessus de son bras qu\u2019un nuage tout rond.&nbsp;<br>Pourquoi \u00e7a ne ressemble pas \u00e0 l&rsquo;image. Est-ce qu&rsquo;ils nous ont menti&nbsp;: Pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pourquoi&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi avec celle-l\u00e0 j\u2019ai senti tout de suite que \u00e7a ne collerait pas. Qui a dit que quand \u00e7a te sort du corps \u00e7a va tout seul : mensonge. Les autres je les sentais comme la chair de ma chair, elle pas. Rien. Pourquoi. Et pourquoi pas. Mais j\u2019ai fait mon devoir et comme les autres elle a grandi, et comme les autres elle n\u2019a manqu\u00e9 de rien. Toi tu as le sens du devoir, elle a dit me tendant les deux qui lui avaient pouss\u00e9, tu leur seras un abri mieux que moi. Alors j\u2019ai fait mon devoir : Parce que tu le fais toujours, elle a dit. Ne cherche pas plus loin, il n\u2019y a pas de pourquoi, et elle est partie. \u2028<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi j\u2019ai ce pied comme un sabot. Disent : c\u2019est \u00e0 cause que sa ma m\u00e8re a couch\u00e9 avec le cheval. Moi je pense que c\u2019est \u00e0 cause que la mort est entr\u00e9e dans la maison quand elle \u00e9tait grosse, c\u2019est pour \u00e7a peut-\u00eatre que je ne suis pas fini. Quand j\u2019avance il y a ce bruit ferr\u00e9 coll\u00e9 \u00e0 mon soulier, c\u2019est comme un signal. Moi je voulais aller au feu&nbsp;avec les autres : autant crever au champ d\u2019honneur. Pas toi, ont dit : y a ce bruit et ton pied comme un sabot : tu resteras aux champs avec les femmes \u2013 au champ du d\u00e9shonneur. Y a bien des chevaux l\u00e0-bas aussi, j&rsquo;ai dit, prenez-moi&nbsp;: un moins pour un plus. Trop bancal. Sans appel. Suis rest\u00e9 \u00e0 b\u00eacher avec elles :&nbsp; ta dr\u00f4le de chaussure, disaient. Et me regardaient l\u00e0 b\u00eachant, et plus haut encore, entre les jambes&nbsp;: ta bosse comme une promesse, disaient : c\u2019est que ta m\u00e8re aura couch\u00e9 avec le cheval. Pourquoi. \u2028<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y en a chez qui on voit tout de suite que \u00e7a n\u2019ira pas plus loin. Un geste, une inflexion&nbsp;; c\u2019est dans les yeux ou quoi. Pour elle j\u2018ai vu tout de suite. Mais pourquoi elle est partie, pourquoi si jeune, pourquoi si seule, \u00e7a je ne sais pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il manque toujours une pi\u00e8ce, une lettre, un mot, je compte et je recompte, j\u2019avais pourtant veill\u00e9 \u00e0 ne rien oublier, j\u2019avais pens\u00e9 \u00e0 me souvenir mais toujours quelque chose \u00e9chappe, pourquoi. \u2028<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi je n\u2019ai pas jet\u00e9 tout \u00e7a avant, le vieux sac avec sa vieille vie dedans, tout ce barda de rien&nbsp;: parce que j\u2019avais promis que m\u00eame en effigie il y serait un jour du c\u00f4t\u00e9 de la chance&nbsp;: tu crois&nbsp;?\u2028<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi elle va partir et moi pas. Pourquoi si tout est pareil elle et moi, il y a ce trou pour elle, l\u00e0 devant, et pour moi pas. \u2028<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi la grande statue ne regarde que moi et l\u00e8ve le bras et je ne vois rien au-dessus de son bras qu\u2019un nuage tout rond. \u2028<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi \u00e7a ne ressemble pas \u00e0 l&rsquo;image. Est-ce qu&rsquo;ils nous ont menti&nbsp;: Pourquoi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Revenant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Revenant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\">J\u2019arrive. Cette fois je ne suis pas seul ; elle, je l\u2019ai laiss\u00e9e au bord du champ avec sa malle, je lui ai dit d\u2019attendre mon signal. Je marche vers la maison, comme revenant du bois avec ma hache\u00a0; plus sale qu\u2019hier : raboteux, cahotant. Il doit \u00eatre midi, je marche sous ce soleil de braise, c\u2019est une br\u00fblure\u00a0qu\u2019on n\u2019oublie pas. Je me souviens que l\u00e0-bas j\u2019avais froid\u00a0: depuis combien de temps \u00e9tais-je parti ? Je me suis d\u2019abord arr\u00eat\u00e9\u00a0au milieu du chemin, j\u2019ai fait un tour sur moi-m\u00eame, lentement, pour embrasser le paysage : les cotons, les ma\u00efs ; elle qui attend mon signal assise sur sa malle avec son carnet et son chapeau de paille qui lui mange la figure ; la jument et la grange\u00a0; la maison, la petite terrasse et l\u2019arbre\u00a0: l\u2019ombre de l\u2019orme \u00e9tendue au-dessus de la maison on dirait une grande patte d\u2019ourse\u00a0\u2013 \u00a0ces histoires qu\u2019on se faisait avant\u00a0: et si, et si, et si l\u2019arbre \u00e9tait\u2026\u2013\u00a0; la citerne et l\u2019\u00e9chelle\u00a0; le baquet et le drap sur le fil, durci par le soleil . Neuf cent douze jours\u00a0? ce n\u2019est pas moi qui ai compt\u00e9\u00a0\u2013est-ce que le chien est mort\u2013\u00a0; cette poussi\u00e8re ; ces champs qui se d\u00e9font, ce duvet blanc qui colle \u00e0 la sueur et cette orni\u00e8re de craie\u00a0: oui, c\u2019est bien d\u2019ici que je viens. J\u2019arrive. L\u2019arbre est l\u00e0, debout, \u00e0 sa place\u00a0: l\u00e0-bas, toutes les nuits dans mon r\u00eave, l\u2019orme br\u00fblait, il avait deux grands yeux\u00a0: la scl\u00e8re tr\u00e8s blanche des yeux\u00a0de l\u2019orme \u2013 on dit que celle des nouveaux n\u00e9s est bleue\u2013 et ce regard qui s\u2019enfon\u00e7ait ; le r\u00eave me poursuit.\u00a0L\u00e0-bas au champ d\u2019honneur\u00a0il n\u2019y avait pas d\u2019arbre, rien que de la terre visqueuse \u00e0 fleur de peau. J\u2019arrive. Les cordes de la balan\u00e7oire on dirait deux bras maigres sans mains\u00a0: qui viendra s\u2019y balancer maintenant qu\u2019il n\u2019y a plus de planche ? L\u2019arbre et les cordes de la balan\u00e7oire, le fil avec le drap ; la citerne et l\u2019\u00e9chelle renvers\u00e9e. La petite terrasse avec la gamelle du chien\u00a0et le mobile de plume au seuil de la porte entrouverte\u00a0: je l\u2019imagine\u00a0derri\u00e8re la porte pr\u00e9parant ses onguents, ajustant ses prodiges. Avant de gravir les marches de la terrasse et d\u2019aller pousser la porte il faudrait prendre une photographie ; une image, comme au jour du d\u00e9part\u00a0:\u00a0la maison et l\u2019arbre,\u00a0elle, dans sa robe bleue avec ses nattes tombant sur les \u00e9paules, avec le chien\u00a0\u00e0 ses pieds nus, chauss\u00e9e de terre comme une esclave. Ce jour-l\u00e0 il pleuvait, le soleil brillait, j\u2019avais pens\u00e9\u00a0: \u00e0 vitesse lente, la pluie dans la lumi\u00e8re\u00a0; et j\u2019\u00e9tais parti sans me retourner. J\u2019arrive. Tout est sec. Est-ce moi qui avance avec ce sac sous ce soleil de midi : moi\u00a0revenant\u00a0? Si je suis mort\u00a0? Elle aura demand\u00e9 au vent, aux nuages : se confiant \u00e0 la couleur du ciel, au vol d\u2019un oiseau\u00a0; elle aura lu dans les os de cette charogne ou dans cette fleur pouss\u00e9e de travers : il y a des signes qui ne trompent pas. Est-ce qu\u2019elle a devin\u00e9\u00a0? Que se passerait-il si maintenant, \u00e0 l\u2019instant de franchir le seuil, si m\u2019apparaissant, elle me voyait ?\u00a0J\u2019entends le chien \u00e0 pr\u00e9sent, le clappement de ses griffes contre le plancher, son chant \u00e0 elle aussi je l\u2019entends. Elle me prendra dans la continuit\u00e9 du jour, tel que je suis ; il y aura sur la table un pain encore chaud. Pas de question\u00a0: dis\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\"><strong>Voyage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;C\u2019est au Havre une aube glaciale. Dans la brume la ville fond. Sur le quai les mains oscillent, lentes. Tous ces corps qui se penchent ils pourraient basculer dans l\u2019eau noire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Regarde ! Par ici, regarde !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aux mains r\u00e9pondent d\u2019autres mains, ou rien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le bateau appareille&nbsp;; \u00e0 reculons nous perdons le rivage. Le grand chenal s\u2019ouvre au jour&nbsp;; l\u2019oc\u00e9an se d\u00e9plie de sa nuit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Premiers miles.&nbsp;Tant \u00e0 regarder. Pourtant rien que de l\u2019eau. Rien que du ciel. Plages d\u2019eau. \u00c9cume. Sillons. Boucles. Tourbillons. Mais poissons volants. Mammif\u00e8res turbulents fr\u00f4lant la grande coque rouge. Tous ces oiseaux le bec grev\u00e9&nbsp;de proies scintillantes&nbsp;; ces \u00e9toiles comme le poing, et la lune ronde, r\u00e9fl\u00e9chies dans l\u2019eau noire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il y eut ce&nbsp;ciel anthracite&nbsp;; ces assombrissements \u00e9lectriques noir clair&nbsp;; ces incarnats&nbsp;; ces roses. Des creux noirs. Des murs d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;L\u2019eau frappe le pont du navire ; on se rue aux garde-corps, on se redresse exsangue. Chancelant on s\u2019accroche&nbsp;o\u00f9 on peut, un corps entraine un autre corps ; un groupe valdingue&nbsp;: c\u2019est comme au cin\u00e9ma mais cette fois, en couleur avec du son : on entend les cris, m\u00eame des rires. Puis tout redevient calme. Plat. Bleu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Impression de lenteur, \u00e0 croire qu\u2019on n\u2019avance plus.&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;On se tient sur le pont. Assis. Couch\u00e9. Debout. Odeur de sueur, de maille rinc\u00e9e, de lait, de lange&nbsp;; de rance&nbsp;; de moisissure&nbsp;; de bois cir\u00e9, de fer iod\u00e9, de soufre. Mais parfum de violette ; ce flacon dans les doigts d\u2019une fille pleine de cheveux&nbsp;\u2013 ciel en miniature avec nuages sur les biseaux du verre\u2013, sa chevelure longuement bross\u00e9e&nbsp;: sillage de fleur et de poudre de riz.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et l\u2019odeur de caf\u00e9 br\u00fbl\u00e9, de tabac, d\u2019alcool, de soupe&nbsp;:&nbsp;brouet de t\u00eates, \u00e9paissi de f\u00e9cule et de lard, par les escaliers du pont inf\u00e9rieur. L\u2019air est brutal, coupant, gel\u00e9&nbsp;; soudain lourd, chaud, \u00e9pais.&nbsp;Ne voir que le brillant des yeux, les phalanges rougies portant \u00e0 la bouche le liquide brulant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tout se tait. Tout rugit&nbsp;: nos langues d\u00e9multipli\u00e9es, essouffl\u00e9es, bavardes, murmurantes. Chants \u00e9corn\u00e9s de brume et d\u2019embruns. Guitare, violon. Stridences d\u2019harmonica. Un rouquin apeur\u00e9, pas si jeune, cherche sa clarinette, on dirait un gosse qui court apr\u00e8s sa m\u00e8re&nbsp;: quel temps de pose pour ses taches de rousseur&nbsp;? Le grand avec sa figure rapi\u00e9c\u00e9e qui agite un archet : Beker ?&nbsp;Baker. Oui. Boulanger, le violon, c\u2019est son hobby ; un autre bat la mesure avec sa casquette&nbsp;: celle-l\u00e0 qui plonge dans sa gamelle de soupe, She pecks&nbsp;, son nez tape comme un bec au fond de la gamelle&nbsp;: c\u2019est qui&nbsp;?&nbsp;elle voit quoi dans son r\u00eave ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Un homme dort dans le boucan, un livre ouvert sur la poitrine. Un canot d\u00e9b\u00e2ch\u00e9 sert de chambre clandestine, r\u00e2les et chemises cul par-dessus t\u00eate, des corps se prennent. On a vu des hommes se battre. On a vu des femmes se battre. On a vu des hommes et des femmes se cracher au visage, d\u2019autres se tendre la main : ici on ne partage pas que les coups.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une voix minuscule sort d\u2019un amas de laine, c\u2019est une berceuse remont\u00e9e de l\u2019\u00e9t\u00e9 des for\u00eats&nbsp;:&nbsp;<em>La robe de Laine d\u2019H\u00e9l\u00e8ne\u2026&nbsp;<\/em>enfouie dans ses ch\u00e2les elle chante pour sa poup\u00e9e de chiffon.&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ces enfants qu\u2019on affame : bouillies, biscuits, tout est rationn\u00e9, m\u00eame le lait aux mamelles&nbsp;; leurs yeux couleur de papier lessiv\u00e9.&nbsp;On les occupe comme on peut. On joue aux osselets&nbsp;; \u00e0 la courte paille&nbsp;; aux cartes&nbsp;; m\u00eame \u00e0&nbsp;la marelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le capitaine est un homme d\u2019un autre temps qui joue aux \u00e9checs et chique&nbsp;; des bottes, une redingote : on s\u2019\u00e9tonne qu\u2019il ait encore deux jambes, une chienne plut\u00f4t qu\u2019un cacato\u00e8s bavard&nbsp;: on a lu trop de livres.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Celui-l\u00e0 qui vante sa camelote s\u2019il est de Paris&nbsp;?&nbsp;Une gitane aux cernes violettes vend de l\u2019avenir \u00e0 qui mieux mieux&nbsp;: le russe en bras de chemise, il jouerait m\u00eame sa langue aux d\u00e9s. Le polonais qui&nbsp;baladait son nouveau-n\u00e9 comme un troph\u00e9e, il est o\u00f9&nbsp;? on ne l\u2019a plus revu&nbsp;; la moustache, blonde, \u00e9paisse, drue&nbsp;:&nbsp;c\u2019\u00e9tait son premier-n\u00e9, s\u00fbr qu\u2019il \u00e9tait fier : on ne sait pas&nbsp;: on d\u00e9bat. Les deux en habits verts, on les dirait de sortie \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, leur chic interloque, des Italiens&nbsp;; leurs doigts soud\u00e9s&nbsp;\u2013&nbsp;Amore, Amore\u2013, leur lune de miel migrante \u00e0 vous fendre le c\u0153ur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ici on coud. On&nbsp;brode. On tousse \u00e0 s\u2019arracher le sang mais on se tricote des histoires ; on s\u2019arrange d\u2019autres vies.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Palabres, palabres, tout est bon pour tenir la distance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Diversions : imaginer ou compter sur ses doigts. Elle a combien de boutons \u00e0 sa robe la fille qui ronge un ma\u00efs&nbsp;? Devant l\u2019enfant mou en vareuse de marin avec un b\u00e2chi&nbsp;\u00e0&nbsp;pompon on se pince&nbsp;avant de faire son v\u0153u.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;On peut toujours contempler la mer. Fumer. Dormir. Tenir un journal ou croquer tout ce&nbsp;qu\u2019on voit. Si on \u00e9crit une lettre on pense qu\u2019elle ne partira pas, on \u00e9crit quand m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une beaut\u00e9 arrange ses nattes en couronne, elle y glisse&nbsp;des fleurs de papier pour faire joli. Pantalon aux genoux il se gratte les poux du corps ; bonnet de grosse laine et barbe taill\u00e9e au couteau pour cacher les blessures au visage : pas s\u00fbr qu\u2019il ne soit pas fou.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Celle qui penche sur sa gauche, ce doit \u00eatre le talon qui cloche. Les&nbsp;trois l\u00e0-bas, l\u2019approche de la terre les affole, virevoltent et piaillent, crient&nbsp;: Terre&nbsp;!&nbsp;Terre ! puis se cachent derri\u00e8re leurs doigts en \u00e9ventail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Patience. Encore, un jour et une nuit de roulis.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;\u00c0&nbsp;l\u2019aube les mouettes. L\u2019\u00eele qui s\u2019approche on pourrait&nbsp;la rejoindre \u00e0 la nage. D\u00e9j\u00e0 on se range en file, on veut \u00eatre dans les premiers ; les enfants appr\u00eat\u00e9s, port\u00e9s comme des bagages tombent de sommeil&nbsp;\u2013 quelques-uns \u00e9taient morts pendant la travers\u00e9e&nbsp;: empaquet\u00e9s et jet\u00e9s \u00e0 la baille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les peaux blafardes prennent des couleurs&nbsp;: il&nbsp;suffit de se piquer le bout du doigt puis de se frotter les joues et les l\u00e8vres.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Accoster dans la brume, la m\u00eame qu\u2019au Havre : d\u00e9parts, arriv\u00e9es, tout pareil : le m\u00eame rien partout. Se dire qu\u2019apr\u00e8s il va faire beau, prendre patience.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une mouette. Une autre&nbsp;: vigies batailleuses&nbsp;; becs&nbsp;; plumes.&nbsp;J\u2019en n\u2019avais pas vu d\u2019aussi pr\u00e8s,&nbsp;dit quelqu\u2019un. On br\u00eale les passerelles au quai&nbsp;: Parait qu\u2019en Am\u00e9rique les oiseaux de mer mangent la chair humaine, elle avance son pied nu : que tu foulerais un jour la terre d\u2019Am\u00e9rique, tu y crois&nbsp;? Esther&nbsp;! Hannah&nbsp;! Deborah&nbsp;!&nbsp; La robe noire juponn\u00e9e de la m\u00e8re comme une gravure&nbsp;ancienne, ses bandeaux pommad\u00e9s, sa boite de g\u00e2teaux secs \u2013 \u00e0 la cannelle, avec un soup\u00e7on de poivre \u2013 : menue monnaie qui s\u2019\u00e9miette. Disent que l\u00e0 -bas tout se vend&nbsp;; m\u00eame ses g\u00e2teaux amers, elle finira par les vendre.&nbsp;Le grand \u00e0 casquette, sa casquette on dirait une brioche qui n\u2019aurait pas lev\u00e9&nbsp;: est-ce qu\u2019il a une dent contre elle&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Visages chiffonn\u00e9s, cils br\u00fbl\u00e9s, silhouettes gris poussi\u00e8re ; visages qui n\u2019en reviennent d\u2019\u00eatre l\u00e0. On sourit. On l\u2019a appris sur le bateau&nbsp;ce beau sourire d\u2019Am\u00e9rique : sourire d\u2019affiche en trois couleurs.&nbsp;Sourire, se tenir droit, c\u2019est la r\u00e8gle. Les \u00e9dent\u00e9s perdent des points&nbsp;: on tire sur ses vert\u00e8bres, on gagne en centim\u00e8tres ce qu\u2019on a perdu en mastication&nbsp;; on ouvre grand les yeux.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Maintenant, La Statue, on voit&nbsp;la bien&nbsp;; elle plus verte que dans le r\u00eave o\u00f9&nbsp;elle tenait serr\u00e9 dans son poing une \u00e9p\u00e9e. Son flambeau nous \u00e9claire&nbsp;: Elle va mettre le feu au ciel, dit quelqu\u2019un.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;On glisse du pont \u00e0 l\u2019Ile. L\u2019Eden est une plateforme ballott\u00e9e par une eau grasse. On avance vers un b\u00e2timent immense blanc et rouge&nbsp;: l\u2019arche du porche, la mosa\u00efque des fen\u00eatres.&nbsp;\u00c0 l\u2019appel des porte-voix chacun croit reconna\u00eetre son nom&nbsp;; des mains se l\u00e8vent : on tire une photographie de sa poche ; on sort quelques billets ; elle ouvre sa boite en fer et propose un biscuit. Une voix r\u00e9clame le silence&nbsp;\u2013 les mots ont tant de langues, on ne se comprend plus.&nbsp;En noir avec des manchettes blanches, des hommes \u00e9crivent sur des registres, des manchettes si blanches qu\u2019on ne voit plus que les bras qui \u00e9crivent.&nbsp;\u00c0 l\u2019envers, lire : trachoma, scurvy, smallpox, syphilis, tuberculosis, measles, scabies\u2026&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pench\u00e9 sur un volume \u00e9pais comme une Bible il enregistre les noms et&nbsp;il attribue des num\u00e9ros.&nbsp;Un garde en uniforme trace une croix au dos d\u2019une qui devra repartir&nbsp;: sa robe qui traine, son ch\u00e2le \u00e0 grandes fleurs jaunes, son sac informe, il la repousse : You have to leave. You understand&nbsp;!&nbsp;You have to\u2026<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;God bless America&nbsp;!&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sur l\u2019Ile aux mouettes le cri des becs couvre la litanie des larmes.&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;On s\u2019embarque&nbsp;sur un petit vapeur&nbsp;; des ballons flottent comme des amers volants&nbsp;: est-ce l\u2019accord\u00e9on qui fait tanguer le pont&nbsp;?&nbsp;La ville l\u00e0-bas, elle aussi on dirait qu\u2019elle tangue. On fr\u00f4le la statue :&nbsp;Si&nbsp;la t\u00eate \u00e0 trois m\u00e8tres de haut, combien mesure le nez&nbsp;?&nbsp;\u00c0 ses pieds les chaines bris\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;On voit des tours de toutes tailles qui semblent sans attaches&nbsp;: comme un grand jeu de quilles anguleuses dress\u00e9 entre le ciel et l\u2019eau. On voit des grues aux seuil des entrep\u00f4ts, des containers voler au bout des chaines.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette fois on est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;; on est mont\u00e9 dans une voiture pour rejoindre la gare, le chauffeur parlait Fran\u00e7ais&nbsp;: c\u2019est logique puisqu\u2019il venait de France, de Lure pour \u00eatre exact.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sous la grande horloge de la gare ils sont assis en travers de leurs malles, leurs t\u00eates penchent comme s\u2019ils dormaient. Des porteurs halent les bagages et forment des murets&nbsp;de valises,&nbsp;ajour\u00e9s et tremblants. Des chevaux d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s arrim\u00e9s aux charrettes mangent la poussi\u00e8re. La chaleur est brutale. Tout semble fig\u00e9 dans l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019air n\u2019\u00e9taient ces cris arrach\u00e9s aux becs sales. Le ciel est d\u2019un bleu informe et fade. Quelqu\u2019un d\u00e9plie un journal grand comme une carte de navigation&nbsp;; dans leurs robes d\u2019\u00e9t\u00e9 elles agitent un \u00e9ventail de fortune : une revue, un chapeau, des gants. Il y a des fillettes immobiles dans des robes de f\u00eate. Il y a des passants v\u00eatus de noir, ils passent. Une femme court apr\u00e8s un enfant que la vue d\u2019un marchand ambulant happe&nbsp;\u00e0 l\u2019autre bout du trottoir, elle le rattrape par le bras. Il veut le cheval, la carabine, les bonbons ! \u00ab&nbsp;If you want something ask it nicely&nbsp;\u00bb. Un vendeur de glace \u00e9crit Hazelnut and Chocolate sur l\u2019ardoise de sa voiture couleur cr\u00e8me pendant qu\u2019un gar\u00e7on lustre des souliers noirs et blancs. Des voyageurs s\u2019engouffrent sous le porche \u00e9norme de la gare. M\u00e9tro, taxis, tramway, voiture \u00e0 cheval, camions de livraisons, pi\u00e9tons. Il est midi, tout s\u2019acc\u00e9l\u00e8re.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le snack de la gare est \u00e0 quelques pas sur la gauche du grand hall. Dans la salle briquet\u00e9e peinte en blanc l\u2019odeur de graisse br\u00fbl\u00e9e soul\u00e8ve le c\u0153ur. Ici on peut manger \u00e0 toute heure, des pains gav\u00e9s d\u2019oignons et de viande rabougrie, du chou cru plong\u00e9 dans la cr\u00e8me, mais aussi du porc au caramel, de la soupe aux pois \u00e9paisse comme une pur\u00e9e, des pommes de terre grill\u00e9es tr\u00e8s sucr\u00e9es. Derri\u00e8re le bar une serveuse glisse des saucisses dans la longueur de demi-pains noy\u00e9s de cr\u00e8me. On voit passer des glaces qui s\u2019effondrent dans leurs coupes de verre, des tartes meringu\u00e9es couvertes de bonbons, des pintes d\u00e9bordant de mousse, des sirops jaunes et roses avec des pailles g\u00e9antes. Quelques fumeurs boivent un caf\u00e9 transparent dans des tasses de verres. Les serveuses se pressent de d\u00e9barrasser les tables. Le prochain coup de feu est \u00e0 15h pour le train de Boston. Une omelette s\u2019\u00e9tale, froide sur une assiette de verre\u2026<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;On a cherch\u00e9 la voie, on remonte&nbsp;le quai ; on s\u2019installe dans le dernier wagon : dans le sens contraire de la marche, une banquette de bois, cot\u00e9 fen\u00eatre. Des immeubles \u00e0&nbsp;quatre&nbsp;\u00e9tages effacent les buildings. Des maisons blanches avec leurs yeux de verre, elles passent. Puis se sont des constructions de bois ou d\u2019autres qui semblent provisoires sous leurs toits de t\u00f4le.&nbsp;&nbsp;On voit des bois, des champs, un petit un lac o\u00f9&nbsp;sautent des enfants. Une \u00e9olienne asth\u00e9nique surplombe leur baignade. L\u2019air est si lourd ; si on pouvait comme eux entrer dans l\u2019eau&nbsp;?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;D\u2019abord le train s\u2019arr\u00eate toutes les heures&nbsp;; ballots et volailles encag\u00e9es remplacent valises et sacs de cuir&nbsp;; une odeur de plume, de foin, d\u2019herbe coup\u00e9e se m\u00eale \u00e0 l\u2019\u00e2cret\u00e9 des corps. On ne devra plus s\u2019arr\u00eater avant l\u2019aube. Mais le train freine en pleine campagne. Un orage est annonc\u00e9. On passera la nuit dans un hangar \u00e0 ma\u00efs de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la voie ferr\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et mes b\u00eates ? l\u2019homme a des yeux enfonc\u00e9s et un chapeau qu\u2019il faudrait rempailler,&nbsp;ses poulets piaulent en frottant leurs plumes aux barreaux de la cage.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Des flasques tourn\u00e8rent, un alcool&nbsp;\u00e2pre couleur de terre. Des ma\u00efs grillaient sur la braise. Des patates grises de cendre saut\u00e8rent br\u00fblantes de mains en mains. Chants et danses s\u2019improvis\u00e8rent. L\u2019alcool soudait notre colonie de hasard. On dansa. Les b\u00eates s\u2019endormaient dans leurs cages, cailloux de plumes, tr\u00e9sors de vie et de douleur ; les pas frappant la terre, les crachats de l\u2019harmonica, les gr\u00ealons qui martelaient le toit, rien ne semblait les atteindre.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;On s\u2019\u00e9veilla d\u2019un caf\u00e9 amer br\u00fblant. L\u2019un, sortit de l\u2019alcool en rampant ; un autre souffla dans son harmonica&nbsp;: s\u2019il accrocherait un air de f\u00eate \u00e0 ce retour du jour&nbsp;? Une femme agrafa son corsage en repoussant sa poitrine qui se d\u00e9jouait du r\u00e9duis de la robe, puis mal fagot\u00e9e elle se recoiffa devant un petit miroir qu\u2019elle avait pos\u00e9 devant elle dans la paille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;On avait les reins cuits, la langue s\u00e8che, les cheveux en bataille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dehors le ciel avait blanchi ; des flaques lapaient la terre, reste d\u2019orage o\u00f9&nbsp;s\u2019embouait le pas.&nbsp;Le ciel avait fauch\u00e9 les champs et les jardins. Une femme en tablier \u00e9tendait son linge entre les branches d\u2019un arbre d\u2019o\u00f9&nbsp;neigeaient les fleurs. Cinq enfants sortirent de la maison en courant, ils saut\u00e8rent dans le baquet du linge \u2013 ce drap qui gouttait fut leur voile&nbsp;; ils embarqu\u00e8rent&nbsp;: avaient-ils, eux aussi, un jour travers\u00e9 l\u2019oc\u00e9an.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Deux heures plus tard on traverse une ville.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le train ralentit. On roule maintenant au pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Des colonnades, des balancelles sur les terrasses. Fleurs pendues aux fen\u00eatres. On arrose une terrasse&nbsp;; on cloue les planches d\u2019un toit. Une \u00e9glise s\u2019habille de bois de la base au sommet, m\u00eame la croix. Dans leurs robes de cotonnade elles vont, portant leurs paniers de fruits. Puis le train fr\u00f4le de maigres b\u00eates sans attelage. On devine des abris pos\u00e9s \u00e0 nu sur la terre dure. Des enfants jouent dans la poussi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;On longe un groupe d\u2019hommes et de femmes en haillons align\u00e9 au rebord caillouteux du remblai. Tout est soudainement noir. Tous les visages. Toute la peau.&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;Les derni\u00e8res heures sont les plus longues, un cheval mort obstrue la voie&nbsp;; on descend, le temps de repousser le corps. Le soleil est br\u00fblant.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Enfin, nous approchons du terminal, les voyageurs ne tiennent plus sur leurs si\u00e8ges&nbsp;: jeux de cartes \u00e9puis\u00e9s ; flasques vides.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;L\u2019odeur des corps surpasse celle des b\u00eates.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\">\u00a0\u00a0\u00a0Dans le carnet de Blanche on peut voir un portrait de l\u2019homme aux poulets\u00a0: assis de trois quarts il a du sang sur la joue et ses b\u00eates autours de lui, toutes diff\u00e9rentes et toutes indiff\u00e9rentes\u00a0: Kroom, Copo, Queen, Skat, Moka. \u00c0 chacune il avait donn\u00e9 un nom.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c0 se siffler sur la route&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 comme elle est, portant ses histoires d\u2019avant-hier,&nbsp;<br>en robe blanche,&nbsp;aube cachant ses trous&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, voil\u00e0 comme elle est, prenant des noms : Blanche mettons,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">et d\u2019autres encore<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non voil\u00e0 comme elle est : recommenc\u00e9e, inattendue,&nbsp;tombant d\u2019une phrase, s\u2019\u00e9chouant<br>Caillou<br>puis voix&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9cume et fum\u00e9e de ballast,&nbsp;<br>orni\u00e8re et champs de coton<br>Jument, chienne, m\u00e8re<br>Clou et marteau<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Usant des mots : chantante<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non, voil\u00e0 comme elle est, balbutiante, \u00e9crasant&nbsp;ses couleurs&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Broyant, broyant<br>Non, non voil\u00e0 comme elle est, billes ouvertes, \u00e9carquill\u00e9e, brodant ses choses,&nbsp;et se pr\u00e9cipitant&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Imp\u00e9tueuse<br>\u00c9cartel\u00e9e, s\u00fbrement<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Approximative, tatillonne&nbsp;: les deux&nbsp;: oui&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non voil\u00e0 comme elle est arrivant \u00e0&nbsp;mains nues, s\u2019amalgamant&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">et s\u2019inventant \u00e0 mesure<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Se r\u00eavant : polyglotte, in\u00e9puisable&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Exil\u00e9e, bille en t\u00eate&nbsp;; pr\u00e9somptueuse, tellurique, peut-\u00eatre&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Op\u00e9ratique et se voulant de chambre&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non, voil\u00e0 comme elle est, pleine de cris et de feu,&nbsp;\u00e0 cheval sur des mondes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cheval sur des tombes,&nbsp;de fureurs, travers\u00e9e&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non, non : impromptue, maladroite&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 comme elle est, \u00e0 cours d\u2019Histoire, jamais d\u2019histoires<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Approximative, irr\u00e9fl\u00e9chie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9vidant ses l\u00e9gendes,&nbsp;jouant comme une enfant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 comme elle est ce jour-l\u00e0&nbsp;: au jour le jour, n\u2019est-ce pas&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme elle est&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u2019\u00e9tant pas&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas encore&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Devenant&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et d\u2019un pas de c\u00f4t\u00e9 et de plus loin revenue&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu es s\u00e9rieuse ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 comme elle est&nbsp;: \u00e0 la place de, se m\u00e9langeant \u00e0, se prenant pour<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sans archives ou trop peu&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 d\u00e9faut, imaginant<br>Cherchant ses mots&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tatillonne sans rep\u00e8res, avan\u00e7ant \u00e0 l\u2019oreille&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 t\u00e2tons :&nbsp;Allez, Hue!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 comme elle est : attisant les images&nbsp;mais pissant sur les braises<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bavarde mutique&nbsp;: chantant vrai-faux&nbsp;<br>Usurpant les visages<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Se jouant aux d\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Perdant sa langue&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Italique, haletante<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Racontant ; essayant ; t\u00e2tonnant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 comme elle est sur sa route de craie, avec ses roses de poussi\u00e8re,&nbsp;<br>ses champs, son cheval fou, ses peurs du noir<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non, voil\u00e0 comme elle est<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faisant feu de l\u2019oubli<br>Comme si seulement<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec des riens comptant pour tout&nbsp;<br>\u00c0&nbsp;rebours&nbsp;<br>Intempestive<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Vues de mains<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Vues de mains<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une trentaine d\u2019hommes en uniforme, se tient de part et d\u2019autre de l\u2019all\u00e9e, pour la plupart am\u00e9ricains comme le mari\u00e9. La main de l\u2019op\u00e9rateur entraine la manivelle&nbsp;: saccade d\u2019images acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es . C\u2019est \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9glise une haie d\u2019honneur; les mains se l\u00e8vent. Ralentir&nbsp;: zoomer. Ne plus voir que les mains, diff\u00e9rentes et semblables dans ce geste qui les assemble. Peut-on apprendre les douleurs, connaitre les d\u00e9sirs, \u00e9prouver les joies, de quelqu\u2019un \u00e0 seule vue de ses mains&nbsp;\u2013 enfant, il lui faisait les marionnettes \u00e0 mains nues, de grandes ombres animales fauchaient le mur de la chambre , des oiseaux, un loup, elle regardait ses mains et elle voyait la mort. Mains c\u00e9r\u00e9monieuses, propres comme des mains neuves : plus de terre, de cendre, ni de sang, seulement les cicatrices ind\u00e9l\u00e9biles. Celle-ci amput\u00e9e de ses doigts est&nbsp;comme un poing dress\u00e9, on pourrait croire qu\u2019elle crie. C\u2019est la fin de la guerre, on compte et on recompte ses mains, ses doigts ; on ne compte plus ses fils. Tant de mains perdues&nbsp;; de corps d\u00e9vast\u00e9s ; tant de veuves, de larmes, de filles \u00e0 jamais filles. Applaudissez&nbsp;ou, \u00e0 d\u00e9faut, tapez des pieds car ici on se marie. Quelques-mains jettent des p\u00e9tales ; on pense aux \u00e2mes mortes.&nbsp;Le regard se d\u00e9porte,&nbsp;va \u00e0 la couronne d\u2019oranger, plonge, sous les fleurs, vers le visage intact : un ravissement. Les mains applaudissent. Le sourire s\u2019\u00e9vase d\u00e9voilant les gencives ; les dents un peu trop courtes peut-\u00eatre&nbsp;?&nbsp;&nbsp;\u00c0 deux reprises, la mari\u00e9e d\u00e9ploie sa main en \u00e9ventail, sa presque trop longue main pour sa morphologie d\u2019enfant, si elle fait signe : \u00e0 qui&nbsp;: \u00e0 quoi.&nbsp;&nbsp;La dentelle d\u2019un gant dissimule les train\u00e9es de couleurs sur les doigts et sous les ongles : ce matin \u00e0 l\u2019aube elle dessinait&nbsp;encore. Un dessin. Un autre. La main ne doit pas s\u2019engourdir. Jamais. Surtout pas un jour de noce. L\u2019autre main tient distraitement le bouquet qu\u2019elle lancera. Sous la robe \u00e9largie \u00e0 la taille, sous le plastron convexe, il y a deux embryons de mains, en sommeil.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dernier qu\u2019il photographie n\u2019a plus de mains, juste deux moignons envelopp\u00e9s de gaze ; un obus l\u2019a fauch\u00e9 lui arrachant les deux d\u2019un coup. Le chirurgien a amput\u00e9 au milieu des avant-bras, taill\u00e9 plus court le radius droit&nbsp;; l\u2019asym\u00e9trie donne au buste un air pench\u00e9. Call\u00e9 dans le fauteuil il fume une cigarette tenue par une pince coinc\u00e9e dans le bandage du moignon&nbsp;: on trouve des trucs, souvent il faut d\u00e9ployer des tr\u00e9sors d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 pour reproduire de simples gestes,&nbsp;subterfuge attrape-gogo&nbsp;: avant hier, il a mis le feu au matelas. \u00c9crire n\u2019est pas \u00e0 l\u2019ordre du jour, pas encore&nbsp;: par jeu il a command\u00e9 une main de papier. Comment d\u00e9crire ses mains perdues, celles qu\u2019il vit en r\u00eave&nbsp;: ren\u00e9es, int\u00e8gres, actives et sans pourquoi : privil\u00e8ge des songes de ranimer le perdu. Encore faut-il dormir. Mains fant\u00f4mes \u00e0 larges paumes&nbsp;: les doigts courts, velus sur les m\u00e9tacarpiens, puis moins sur les premi\u00e8res phalanges&nbsp;; et cette cicatrice qu\u2019il ch\u00e9rissait, gage des d\u00e9fis de l\u2019enfance, pari relev\u00e9 de se percer la main de part en part&nbsp;: quand on jouait au bras de fer, aux osselets, quand on s\u2019accrochait aux branches\u2026 de bonnes mains, bonnes \u00e0 d\u00e9biter du bois, bonnes \u00e0 d\u00e9lier&nbsp;des&nbsp;lettres, comme \u00e0 d\u00e9nouer des rubans de linge. Des mains fortes et d\u00e9licates&nbsp;: virtuoses&nbsp;. Il jouait de la clarinette, une passion et un gagne-pain&nbsp;:&nbsp;&nbsp;ses doigts volaient. Marie, ou Louise le regardait&nbsp;: transfiguration des mains qui jouent&nbsp;; m\u00e9tamorphose des mains qui aiment. Dextre, il l\u2019\u00e9tait de la gauche comme de la droite&nbsp;: privil\u00e8ge des musiciens et parfois des amants. Dans le laboratoire revoyant les images rapport\u00e9es de la guerre, il pense \u00e0 ce gar\u00e7on qui avait su, sans mains, ni doigts, se faire sauter la cervelle avec une arme de poing&nbsp;: myst\u00e8re disparu avec lui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les jours il frappe. Le soir de pr\u00e9f\u00e9rence. C\u2019est r\u00e9gl\u00e9 comme une horloge. Si elle est tourn\u00e9e il lui demande simplement de se retourner, il ne crie pas, sa voix intime, sans forcer. C\u2019est souvent \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-repas,&nbsp;comme un rituel digestif&nbsp;. Il ne boit pas. Il agit. Il a de grandes responsabilit\u00e9s et de grandes mains&nbsp;; il manie des hommes. Maintenant elle lui fait face, elle est dos \u00e0 la table, ou \u00e0 l\u2019\u00e9vier, elle tient une tasse ou un plat. Elle est petite, disons qu\u2019elle lui arrive \u00e0 la poitrine. Il n\u2019a besoin ni de se hisser, ni de se pencher pour l\u2019atteindre ; s\u2019il l\u00e8ve sa main,&nbsp;haut, en arri\u00e8re, c\u2019est pour l\u2019\u00e9lan et pour la majest\u00e9 du geste&nbsp;:&nbsp;&nbsp;penser \u00e0 la main du seigneur \u2013 la troisi\u00e8me main, c\u2019est celle de Dieu ou celle du diable&nbsp;? Il prend son temps, assoit l\u2019image&nbsp;: sa main se suspend \u2013on dirait qu\u2019elle cherche la lumi\u00e8re\u2013,&nbsp;&nbsp;la m\u00eame qui donne et caresse. Il frappe toujours avec la droite. La main est large, plate, les doigts serr\u00e9s, et il y a le renflement des bagues&nbsp;:&nbsp;&nbsp;\u00e0 l\u2019index, au majeur, \u00e0 l\u2019annulaire&nbsp;\u2013des anneaux \u00e9pais, souvenirs de ses voyages, de l\u2019argent martel\u00e9\u2013, elles blessent m\u00eame la main qui bat&nbsp;; il a des ecchymoses autour des bagues&nbsp;: ses phalanges ont doubl\u00e9 \u00e0 force. La r\u00e9p\u00e9tition des mouvements imprime aux mains une histoire. La vie. Il dit qu\u2019on apprend de quelqu\u2019un en regardant ses mains. Les rouges et boursouffl\u00e9es de la m\u00e8re qui lavait d\u00e8s l\u2019aube&nbsp;; les frott\u00e9es \u00e0 la sciure et la graisse des m\u00e9canos avec leur r\u00e9seaux de lignes noires&nbsp;; les blanches exsangues des filles qui montent&nbsp;; celles forg\u00e9es aux \u00e0-coups de la hache qui ne se d\u00e9plient plus\u2026 C\u2019est \u00e9trange, quand sa main droite se meut, la gauche s\u2019anime aussi, elle tremble, on dirait qu\u2019elle s\u2019impatiente, qu\u2019elle veut participer, le bras glisse en arri\u00e8re, la paume s\u2019\u00e9largit, comme l\u2019autre&nbsp;: main jumelle ou mim\u00e9tique qui s\u2019appr\u00eate \u00e0&nbsp;relayer l\u2019autre. Et puis il frappe.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire d&rsquo;un point qu&rsquo;on ne peut pas fixerHistoire de la premi\u00e8re image qui se d\u00e9place ou se d\u00e9forme au gr\u00e9 de l\u2019histoire Histoire du film de mariage \u00e0 dix-huit images par secondes; et la mari\u00e9e rit et on voit toutes ses dents m\u00eame ses gencivesHistoires de celles et ceux qui ont les gencives d\u00e9couvertes et ou les yeux plut\u00f4t enfonc\u00e9s <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoires-01-perec-histoires-possible-de-lhistoire-laissee-en-plan\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#histoires # 01 Perec | Histoires possibles de l&rsquo;histoire laiss\u00e9e en plan<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7812,7813,1],"tags":[4426,323,482,1702,3689,860],"class_list":["post-198799","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-histoire-01-perec-liste-depuis-carte","category-atelier","tag-aube","tag-image","tag-photographie","tag-quai","tag-traversee","tag-visage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/198799","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=198799"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/198799\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":204518,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/198799\/revisions\/204518"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=198799"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=198799"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=198799"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}