{"id":199195,"date":"2025-09-26T13:29:06","date_gmt":"2025-09-26T11:29:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=199195"},"modified":"2025-09-26T17:29:40","modified_gmt":"2025-09-26T15:29:40","slug":"histoire-02-une-venitienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-02-une-venitienne\/","title":{"rendered":"#histoire #02 | Une v\u00e9nitienne"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un journaliste<\/strong>\u00a0: J\u2019arpente le campo San Zanipolo depuis quelques jours. Je ne sais pas trop comment aborder mon reportage. Pour l\u2019instant je m\u2019immerge dans le quartier. Je me perds dans les ruelles autour du campo San Zanipolo comme disent les v\u00e9nitiens. J\u2019ai tent\u00e9 d\u2019interroger des commer\u00e7ants et je leur ai demand\u00e9 s\u2019ils ont entendu parler de Liliana Magrini. Des regards vides, des haussements d\u2019\u00e9paules, des hochements de t\u00eates n\u00e9gatifs ont \u00e9t\u00e9 les seules r\u00e9ponses \u00e0 ma question. Alors je d\u00e9ambule, je m\u2019impr\u00e8gne des lieux qu\u2019elle a arpent\u00e9s entre la calle della Testa o\u00f9 je pense qu\u2019elle a habit\u00e9 et ce campo tout proche qu\u2019elle aimait tant. Je vais m\u2019asseoir sur la terrasse de Rosa Salva et je l\u2019imagine traversant le lieu, faisant claquer ses talons sur les dalles de pierre. Je ferme les yeux, je l\u2019entends, je la vois.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un homme assis, lisant sur les marches du canal longeant le campo San Zanipolo<\/strong>: Ce livre est fascinant. La narratrice me donne une image de Venise disparue d\u00e9sormais. Elle \u00e9voque les m\u00e9tiers d\u2019autrefois avec tendresse, le r\u00e9mouleur par exemple. Elle donne \u00e0 voir ce que je ne sais pas voir. Ce livre est envo\u00fbtant et je m\u2019attendrais presque \u00e0 croiser Liliana Magrini si je ne savais pas qu\u2019elle est morte depuis d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es. Mais je sais qu\u2019elle a hant\u00e9 ces lieux, ce livre en t\u00e9moigne. Elle a pos\u00e9 sa main sur le parapet du pont o\u00f9 j\u2019ai pos\u00e9 la mienne. On pourrait dire que nos mains se sont fr\u00f4l\u00e9es, et l\u00e0 elle me guide dans une vision de la ville plus intime. Je m\u00e9dite avec elle. Je ressens sa pr\u00e9sence. Elle est aupr\u00e8s de moi, c\u2019est assez \u00e9trange. J\u2019ai envie de rester l\u00e0 pour lire son livre <em>Carnet v\u00e9nitien, <\/em>me laisser envo\u00fbter par ses descriptions. C\u2019est elle, elle murmure \u00e0 mon oreille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bartolomeo Colleoni<\/strong>\u00a0: Depuis 1479 je r\u00e8gne sur cette place. Certes je ne suis qu\u2019une statue de bronze con\u00e7ue par Verrochio. Mais du haut de la st\u00e8le et de mon cheval je vois, je sais, je ressens, je pressens la vie qui se trame ici. J\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 ce journaliste qui pose des questions ici ou l\u00e0 \u00e0 propos de Liliana. S\u2019il savait combien de fois j\u2019ai suivi ses pas jusqu\u2019\u00e0 ce que sa silhouette disparaisse de ma vue et qu\u2019elle poursuive son errance d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre de la place soit vers la calle Barbaria de le Tole et rejoigne des petits coins du Castello plus tranquilles o\u00f9 les touristes ne vont pas, ou qu\u2019elle enjambe le ponte Cavallo et affronte la foule cherchant \u00e0 rejoindre la place Saint-Marc. De temps en autre, un homme marchait \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, \u00e0 leurs yeux qui brillaient on se doutait bien qu\u2019ils \u00e9taient plus qu\u2019amis\u00a0; il me semble qu\u2019elle l\u2019appelait Louis. Ils parlaient en fran\u00e7ais et semblaient heureux. Parfois elle me fixait de son regard \u00e9trange, particuli\u00e8rement lorsqu\u2019il avait plu et que je ruisselais. J\u2019avais la sensation qu\u2019elle aimait comme moi les brisures de lumi\u00e8re, les reflets dans l\u2019eau qu\u2019elle prenait le temps de regarder, lorsqu\u2019elle grimpait sur le pont. On sentait qu\u2019elle aimait se laisser envelopper dans ces filets de lumi\u00e8re. De son balcon, juste de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du canal qui borde le Campo San Zanipolo, elle avait l\u2019habitude de me fixer droit dans les yeux, et je lui rendais son regard. Cela fait d\u00e9j\u00e0 longtemps que je ne la vois plus d\u00e9ambuler, mais le temps n\u2019existe pas vraiment pour moi et j\u2019aime \u00e0 laisser ondoyer ces reliquats de songes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"800\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/condottiere.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-199196\" style=\"width:255px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/condottiere.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/condottiere-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/condottiere-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/condottiere-768x768.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un journaliste\u00a0: J\u2019arpente le campo San Zanipolo depuis quelques jours. 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