{"id":199545,"date":"2025-10-02T14:11:36","date_gmt":"2025-10-02T12:11:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=199545"},"modified":"2025-10-03T08:27:05","modified_gmt":"2025-10-03T06:27:05","slug":"histoire-03-le-pull-over-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-03-le-pull-over-rouge\/","title":{"rendered":"# histoire #03 | Le pull-over rouge"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019homme au pull-over rouge traverse le Campo un sac \u00e0 dos arrim\u00e9 aux \u00e9paules. Ses cheveux courts h\u00e9sitent entre le gris et le blanc. Les jambes assez alertes recouvertes d\u2019un pantalon en velours beige ou marron clair, le visage tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des monuments \u00e0 admirer. Il y a comme une crispation dans l\u2019expression du regard.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme devant l\u2019entr\u00e9e de l\u2019h\u00f4pital tient entre ses mains des dossiers blancs sans doute m\u00e9dicaux. V\u00eatue de bleu sombre avec une doudoune dont la capuche \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la t\u00eate cache partiellement sa chevelure longue et brune. De profil, elle donne l\u2019impression d\u2019h\u00e9siter en se tenant sur le seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>La vieille femme au pied du pont Cavallo fig\u00e9e dans l&rsquo;attente, la main pos\u00e9e sur le parapet sur sa gauche. La t\u00eate recouverte d\u2019un fichu sans \u00e2ge qui cache ses cheveux, le regard abaiss\u00e9 vers ses pieds et la premi\u00e8re marche \u00e0 grimper, elle semble dans l\u2019attente d\u2019un miracle.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne sait si l\u2019homme devant l\u2019\u00e9glise San Zanipolo entre ou sort de l\u2019\u00e9difice. Rien sur le visage permet de le dire. Il n\u2019a ni chapeau ni casquette mais cela ne suffit pas \u00e0 dire qu\u2019il vient de se confronter \u00e0 quelques sculptures ou tableaux inoubliables. Il semble vide de toute r\u00e9sonance spirituelle ou artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme qui lit, assis sur les marches qui descendent vers le rio, est v\u00eatu d\u2019un costume noir, \u00e9l\u00e9gant, les cheveux grisonnant mais pas encore totalement blanchis par les ans. L\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9 sur le livre qu\u2019il tient entre les mains, on sent bien que de temps \u00e0 autre il l\u00e8ve les yeux du livre pour contempler les reflets qui n\u2019en finissent pas de donner vie aux ondulations de l\u2019eau. Il se tient dans cet entre-deux du songe et de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En demi-silhouette \u00e0 la fen\u00eatre, elle semble plong\u00e9e dans un \u00e9pisode de silence s\u2019\u00e9vaporant sur les eaux color\u00e9es du canal. Ce sont ses longs cheveux d\u2019argent qui captent le regard ainsi que sa main pos\u00e9e sous son menton qui la fait croire statue pos\u00e9e l\u00e0 pour le regard des touristes \u00e0 l\u2019aff\u00fbt. Lorsqu\u2019elle se redresse, ses yeux ont la froideur fi\u00e8re d\u2019une v\u00e9nitienne qui ne se laisse pas impressionner.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une v\u00e9nitienne qui traverse la place. On le sait \u00e0 son regard baiss\u00e9 sur les dalles de pierre, marchant \u00e0 vive allure. Elle n\u2019est qu\u2019une silhouette dessinant des arabesques dans une sorte d&rsquo;errance bien contr\u00f4l\u00e9e. Elle ne l\u00e8vera pas les yeux et l\u2019on ne saura rien des pens\u00e9es qui l\u2019agitent sous une chevelure sombre, serr\u00e9e par un ruban rouge qui donne un peu de vie au personnage.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la d\u00e9marche et le visage du serveur de caf\u00e9, quelque chose rappelle, sans qu\u2019on l\u2019ait connu \u00e0 cette \u00e9poque l\u00e0, l\u2019enfant qu\u2019il a d\u00fb \u00eatre. Un sourire est suspendu \u00e0 la rondeur de son visage, d\u00e9livrant une sorte de joie continue qui se refl\u00e8te dans ses yeux: face \u00e0 lui, on se sent respirer large et beau. Il a pr\u00e9par\u00e9 son centi\u00e8me espresso du jour, et le pose devant le client attabl\u00e9 en terrasse. Sous son cr\u00e2ne d\u00e9garni, on sent une joie de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019est plus qu\u2019une apparition, un fant\u00f4me qui a travers\u00e9 maintes et maintes fois l\u2019espace du campo. Une femme aux cheveux bruns et fris\u00e9s, s\u00e9duisante, \u00e9lanc\u00e9e, au pas qui r\u00e9sonnait avec fiert\u00e9 lorsqu\u2019elle arpentait les ruelles de la ville, le regard vif, aff\u00fbt\u00e9, per\u00e7ant, pour pouvoir relater devant la feuille blanche tout ce qui pourrait dire l\u2019envers de Venise.<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme accoud\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre, une cigarette entre les doigts, le regard suit les passants qui traversent le campo. Brun, plut\u00f4t jeune, enserr\u00e9 dans un t.shirt blanc trop \u00e9troit, les avant-bras appos\u00e9s sur le rebord de la fen\u00eatre, il est celui qui regarde, les yeux vides sans savoir ce qu\u2019il faut retenir du passage du temps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019homme au pull-over rouge traverse le Campo un sac \u00e0 dos arrim\u00e9 aux \u00e9paules. Ses cheveux courts h\u00e9sitent entre le gris et le blanc. Les jambes assez alertes recouvertes d\u2019un pantalon en velours beige ou marron clair, le visage tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des monuments \u00e0 admirer. Il y a comme une crispation dans l\u2019expression du regard. 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