{"id":199762,"date":"2025-10-13T13:10:48","date_gmt":"2025-10-13T11:10:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=199762"},"modified":"2025-10-21T17:51:54","modified_gmt":"2025-10-21T15:51:54","slug":"histoire-04-couleur-sepia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-04-couleur-sepia\/","title":{"rendered":"#histoire #04 |  Couleur sepia 44 heures 55 minutes"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/OIP.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-199947\" style=\"width:242px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/OIP.webp 360w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/OIP-200x200.webp 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Un bref coup d&rsquo;oeil, mon regard se pose sur une photo format A4, enferm\u00e9e dans son cadre d\u2019origine en pl\u00e2tre blanc, orn\u00e9 de motifs rococo, pourquoi sur cette photographie o\u00f9 deux hommes \u00e0 peine sortis de l\u2019enfance se tiennent par l\u2019\u00e9paule, souriants, deux jeunes adultes en vacances, derri\u00e8re eux un soleil blanc, nostalgique et m\u00e9lancolique comme un appel, une suggestion, pourquoi choisir de d\u00e9crypter l\u2019image couleur s\u00e9pia, pourquoi donner une interpr\u00e9tation incisive, comme si un monologue int\u00e9rieur, une imm\u00e9diatet\u00e9 s\u2019imposaient, m\u2019obligeaient \u00e0 m\u2019arr\u00eater, observer avec minutie, me pencher sur le cadre rococo pos\u00e9 sur le cabinet d\u2019angle en bois d\u2019acajou, pour m\u2019extraire de la banalit\u00e9 impos\u00e9e, o\u00f9 la photographie en argentique couleur s\u00e9pia remod\u00e8le deux silhouettes isol\u00e9es de leur contexte ce jour-l\u00e0, pourquoi cette v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e, cette conformit\u00e9 dans un faux-semblant pourquoi \u00e0 ce moment pr\u00e9cis focaliser l&rsquo;absence de v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9morielle sur l&rsquo;ombre fan\u00e9e des silhouettes pourquoi faut-il l&rsquo;apparition d&rsquo;un hors-champ invisible, indicible pour d\u00e9finir l\u2019intensit\u00e9 des regards pourquoi cette perception absente, dissoute, pourquoi refuser l\u2019interpr\u00e9tation de cette photo sous forme de conte pour enfants sages o\u00f9 deux personnages convoquent une illusion tranquille construite sur un sublime mensonge dans ce pr\u00e9sent terne o\u00f9 une imagination factice dessine en technicolor un pass\u00e9 qui n&rsquo;est pas libre parce qu&rsquo;<em>aucune soci\u00e9t\u00e9 ne le laisse \u00e0 lui-m\u00eame<\/em> alors pourquoi nous faire croire \u00e0 un r\u00e9el bonheur plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une perte de m\u00e9moire, un oubli, un consentement d\u00e9form\u00e9, d\u00e9figur\u00e9 et pourquoi rien, de ce qui est vu l\u00e0, n&rsquo;est vrai, le pr\u00e9sent de la photo pos\u00e9e sur le cabinet d&rsquo;angle en bois d&rsquo;acajou laisse entrevoir une lassitude, nie le pass\u00e9 ce pourquoi du temps alli\u00e9 de la fatalit\u00e9 qui <em>enlise et broie les g\u00e9n\u00e9rations<\/em>, les projette avec violence dans un miroir bris\u00e9 o\u00f9 toute parole se dissout dans le flux des consciences st\u00e9riles, dans les silences, les distorsions syntaxiques, c&rsquo;est pourquoi t\u00e9moin de la sc\u00e8ne qui se d\u00e9roule derri\u00e8re le blanc p\u00e2le de la photo je me l\u00e8ve parle haut et fort, dis pourquoi les tabous utilisent des artifices discursifs, des subterfuges, pourquoi l&rsquo;affirmation d&rsquo;un malaise, d&rsquo;un non-dit collectif est la pr\u00e9sence r\u00e9elle de ce qui vient, une obscurit\u00e9 innomm\u00e9e, intraduisible, inextinguible, eux sourient encore, pourquoi sourient-ils autant, tout est sourire chez eux, le regard joyeux, le visage lumineux, leur corps vibrent, ils rejoignent Magnolia Crest \u00e0 peine visible sur la photo, ce lieu de leur enfance o\u00f9 leurs yeux laissent jaillir, exploser la peur, l&rsquo;excitation, le d\u00e9sir qui les habitent, comment savent-ils, pourquoi savent-ils qu&rsquo;ils vont devoir se d\u00e9nuder devant d&rsquo;autres dans un monde obsc\u00e8ne laisser leur adolescence, leur ing\u00e9nuit\u00e9, leur innocence sur le pas de porte de la grande maison, pourquoi veulent-ils emporter en eux l&rsquo;architecture de l\u2019entr\u00e9e aux vitraux gain\u00e9s de fer forg\u00e9 qui ouvre sur le grand hall pour rejoindre le couloir, un couloir droit comme une baguette de chef d&rsquo;orchestre qui courre dans toute la maison, traverse la salle \u00e0 manger, laisse \u00e0 sa gauche la table de f\u00eates entour\u00e9e de ses chaises sentinelles bienveillantes, abandonne l&rsquo;imposant escalier de bois d\u2019acajou, continue sa course, traverse la cuisine et l\u2019arri\u00e8re-cuisine jaune et bleu, ouvre la porte du jardin et s\u2019\u00e9vanouit dans les racines des arbres centenaires, pourquoi ce jour-l\u00e0 ouvrent-ils le garde-manger pour chaparder avec une jubilation enfantine des p\u00eaches, de vraies p\u00eaches qui sentent la p\u00eache, dont la peau et la chair au go\u00fbt suave, dor\u00e9, s\u2019\u00e9vanouit dans leurs bouches, laissent leur jus glisser des commissures des l\u00e8vres au menton, comme avant quand ils jouaient \u00e0 cache-cache dans toute la maison, riant aux invectives des adultes leur intimant d\u2019arr\u00eater leur vacarme, souvenirs de leurs jeux, leurs courses poursuites, de leurs chutes, de leurs disputes, leurs premi\u00e8res filles, leurs premiers chagrins, leurs premi\u00e8res so\u00fbleries, leurs premi\u00e8res bagarres, pourquoi leur paix est-elle ensevelie d\u00e9sormais dans un drap de silences, pourquoi l\u2019a\u00een\u00e9 est-il si doux, conciliateur, id\u00e9aliste, fait pour le pardon, la pri\u00e8re, l\u2019\u00e9coute, l\u2019int\u00e9grit\u00e9, pourquoi le plus jeune, le dernier n\u00e9, muscles secs, corps de sportif, entra\u00een\u00e9 avec rigueur, discipline, intransigeance, r\u00e9gularit\u00e9, capable de d\u00e9passer ses limites, de les repousser sans r\u00e9pit, masque ses col\u00e8res, ses violences contenues, sa frustration, sa rage, sa sauvagerie, sa d\u00e9termination inflexible derri\u00e8re un sourire sans ombre. Pourquoi a t il fallu qu&rsquo;il le trouv\u00e2t dans la chaleur naissante du solstice d\u2019\u00e9t\u00e9, les jambes dans le vide, les bras ballants.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un bref coup d&rsquo;oeil, mon regard se pose sur une photo format A4, enferm\u00e9e dans son cadre d\u2019origine en pl\u00e2tre blanc, orn\u00e9 de motifs rococo, pourquoi sur cette photographie o\u00f9 deux hommes \u00e0 peine sortis de l\u2019enfance se tiennent par l\u2019\u00e9paule, souriants, deux jeunes adultes en vacances, derri\u00e8re eux un soleil blanc, nostalgique et m\u00e9lancolique comme un appel, une suggestion, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-04-couleur-sepia\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#histoire #04 |  Couleur sepia 44 heures 55 minutes<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":700,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7812,7844],"tags":[],"class_list":["post-199762","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-histoire-04-les-pourquoi-de-mauvignier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/199762","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/700"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=199762"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/199762\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":200238,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/199762\/revisions\/200238"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=199762"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=199762"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=199762"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}