{"id":200029,"date":"2025-10-15T17:05:34","date_gmt":"2025-10-15T15:05:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=200029"},"modified":"2025-10-15T17:05:35","modified_gmt":"2025-10-15T15:05:35","slug":"5-histoire-05-trois-vues-du-front-de-garonne-a-tonneins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/5-histoire-05-trois-vues-du-front-de-garonne-a-tonneins\/","title":{"rendered":"#5 histoire #05 |Trois vues du front de Garonne \u00e0 Tonneins"},"content":{"rendered":"\n<p>Il faut bien conna\u00eetre le coin pour d\u00e9couvrir la meilleure vue d\u2019ensemble du front de Garonne \u00e0 Tonneins, cinqui\u00e8me ville du Lot et Garonne. C\u2019est le cas de trois des personnages de notre histoire, qui pour des raisons diff\u00e9rentes, dont nous ne vous dirons rien ici pour ne pas \u00ab&nbsp;divulgacher&nbsp;\u00bb&nbsp;l\u2019intrigue, franchiront, tour \u00e0 tour, le pont construit sur le fleuve, au d\u00e9but du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, pour chercher du r\u00e9confort dans l\u2019admiration de la ville. Qu\u2019il vous suffise de savoir que le confinement de la Covid 19 vient d\u2019\u00eatre lev\u00e9 et que chacun reprend ses habitudes de promenade.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re personne est un homme, la \u00ab&nbsp;septentaine&nbsp;\u00bb fringante, l\u2019\u0153il clair, la moustache au vent, car il circule \u00e0 moto. Il quitte la rive droite de Garonne. Ici, on ne dit pas \u00ab&nbsp;la Garonne&nbsp;\u00bb mais tout simplement \u00ab&nbsp;Garonne&nbsp;\u00bb, non par familiarit\u00e9 mais plut\u00f4t par respect, comme il arrive qu\u2019on appelle une grande dame par son petit nom. Le pont franchi, il prend \u00e0 gauche. Quelques centaines de m\u00e8tres \u00e0 travers champs (il n\u2019y a pas de b\u00e2timent sur la rive gauche), une petite descente vers la gr\u00e8ve et la ville ancienne appara\u00eet dans toute sa majest\u00e9. Elle est juch\u00e9e sur une terrasse naturelle, maintenue en surplomb de l\u2019eau par d\u2019imposants murs de sout\u00e8nement. Ses maisons align\u00e9es, de fa\u00e7on continue, dominent le fleuve de vingt m\u00e8tres environ. Des rampes et des escaliers permettent d\u2019acc\u00e9der au quai qui longe l\u2019ensemble sur plus d\u2019un kilom\u00e8tre. C\u2019est justement le quai, ce qu\u2019il reste du port, la vieille maison du passeur, qu\u2019il ne voit pas mais dont il conna\u00eet la pr\u00e9sence, qui entra\u00eenent les pens\u00e9es du promeneur et provoquent sa m\u00e9lancolie. Il sait tout du prestigieux pass\u00e9 de navigation fluviale et de ses dangers \u00e0 Tonneins. Le passage difficile se situait aux Roches de Reculay, en amont, sur sa droite. Il y eut \u00e0 cet endroit plus d\u2019un naufrage. Il repense \u00e0 la vie de Martin, rapport\u00e9e dans un opuscule de famille. <em>\u00ab&nbsp;Moi, c\u2019est Martin, je suis marin, mar\u00e9ni\u00e9 quoi&nbsp;! Comme tous les \u00ab&nbsp;gens de rivi\u00e8re&nbsp;\u00bb, depuis que j\u2019ai fait quatorze ans, je vis de la batellerie. Au d\u00e9but \u2014 j\u2019aime pas trop m\u2019en rappeler de ce temps l\u00e0 \u2014, je trimardais comme tireur de corde sur Garonne. Mon collier en bandouli\u00e8re, je me louais \u00e0 la foire d\u2019embauche du Mas d\u2019Agenais. C\u2019\u00e9tait une vie de chien&nbsp;! Le chemin de halage n\u2019\u00e9tait pas toujours contre la rivi\u00e8re, alors, quand l\u2019angle de tire devenait tr\u00e8s grand, on en bavait&nbsp;! Parfois on pr\u00e9f\u00e9rait descendre sur le gravier, les pieds s\u2019enfon\u00e7aient\u2026 Quand la rivi\u00e8re d\u00e9bordait, il fallait tirer dans l\u2019eau\u2026 Sans compter les bacs qu\u2019il fallait prendre, si le chemin changeait de rive. Le soir, j\u2019\u00e9tais harass\u00e9, je m\u2019\u00e9croulais sur la paille d\u2019une \u00e9curie d\u2019auberge avec mes compagnons, les b\u0153ufs et les chevaux.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me personnage est une femme, encore dans la jeunesse. Elle vient de f\u00eater ses quarante ans. Arriv\u00e9e \u00e0 bicyclette, elle s\u2019est assise dans l\u2019herbe, face au front de Garonne. L\u2019air est doux et la lumi\u00e8re du soleil couchant dore la ville. Ce qu\u2019elle cherche des yeux et trouve aussit\u00f4t, c\u2019est ce qui subsiste de l\u2019ancienne Manufacture Royale des Tabacs, construite au d\u00e9but du XVIII<sup>\u00e8me <\/sup>si\u00e8cle, le corps de b\u00e2timent principal. B\u00e2tie le long du fleuve, elle produisait de la poudre \u00e0 priser, du scaferlati (tabac coup\u00e9 en fines lani\u00e8res), des cordes \u00e0 m\u00e2cher et des carottes \u00e0 r\u00e2per. Depuis le XVI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, on cultivait beaucoup le tabac dans la plaine alluviale fertile du Tonneinquais et la navigation fluviale permettait le transport de la production. La renomm\u00e9e du tabac de Tonneins fut telle qu\u2019en 1866, une grosse manufacture fut cr\u00e9\u00e9e. Situ\u00e9e pr\u00e8s de la gare, on ne voit pas la Manu depuis les rives de Garonne. Elle prosp\u00e9ra, puis d\u00e9clina. En 2001, la SEITA (Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Exploitation Industrielle des Tabacs et des Allumettes) de Tonneins ferma d\u00e9finitivement. Au plus fort de son exploitation, elle employa jusqu\u2019\u00e0 mille deux cents ouvriers \u00e0 la fabrication de Gauloises et de Gitanes. La jeune femme fouille dans sa poche et allume une cigarette. Des larmes douloureuses coulent sur ses joues.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me personne \u00e0 hanter ces lieux est une femme. Quel \u00e2ge lui donner&nbsp;? Environ soixante-dix ans. Elle a laiss\u00e9 prudemment sa voiture un peu plus haut et s\u2019est aid\u00e9e d\u2019une canne pour descendre jusqu\u2019\u00e0 la rive. Il fait un temps d\u2019artilleur, raison pour laquelle elle a d\u00e9cid\u00e9 que c\u2019\u00e9tait le jour ou jamais de venir \u00e0 cet endroit. \u00c0 peine a-t-elle trouv\u00e9 un espace confortable pour ses pieds qu\u2019elle se saisit des jumelles qu\u2019elle porte autour du cou et les braque exactement en face d\u2019elle. Elle cherche et trouve la Place Jean Jaur\u00e8s et son kiosque \u00e0 musique qui surplombe les quais. C\u2019est de l\u00e0 que l\u2019on a la vue la plus magistrale sur Garonne, large et puissante, et sa plaine alluviale fertile. C\u2019est aussi la meilleure place pour admirer le feu d\u2019artifice du 14 juillet. Son visage est impassible, mais derri\u00e8re son masque de statue, on sent une multitude de questions et une grande tristesse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il faut bien conna\u00eetre le coin pour d\u00e9couvrir la meilleure vue d\u2019ensemble du front de Garonne \u00e0 Tonneins, cinqui\u00e8me ville du Lot et Garonne. 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