{"id":20008,"date":"2019-11-27T08:44:05","date_gmt":"2019-11-27T07:44:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=20008"},"modified":"2019-11-27T08:44:06","modified_gmt":"2019-11-27T07:44:06","slug":"11-annotations-en-cle-dauteur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/11-annotations-en-cle-dauteur\/","title":{"rendered":"#11-Annotations en cl\u00e9 d&rsquo;auteur"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nQuel est vraiment l&rsquo;espace du gravier et\nl&rsquo;espace de l&rsquo;herbe, l&rsquo;herbe qui s&rsquo;appelle en ce temps chiendent et\nqui vient faire quelque chose qui ne s&rsquo;appelle pas encore dessin\npuisque les dessins se caract\u00e9risent par de maladroites taches sur\ndes feuilles alors qu&rsquo;ici le gravier pointe, brille de certaines de\nses facettes dures et blanches et s&rsquo;enfouit sous les brisures de\ntamaris, le bruit et la vision se m\u00ealent donc parfois, c\u2019est comme\nun massif central mais loin au-del\u00e0 de l&rsquo;herbe \u0336 le penchant\nrenvoie-t-il la lumi\u00e8re de ces passages de vent parmi l&rsquo;herbe et des\njeux de nuages aim\u00e9s tr\u00e8s t\u00f4t, pas si lointains compagnons de jeu\n\u0336 et tout pr\u00e8s, sont des traces aussi, des traces fines car le\nv\u00e9hicule de la premi\u00e8re enfance est cette voiture de m\u00e9tal qui\nmarche \u00e0 p\u00e9dales, qui ne marche pas beaucoup, qui vaut surtout par\nles traces qu&rsquo;elle laisse que par un sillage de vitesse, respectueuse\nen cela des escargots \u0336 les premi\u00e8res coccinelles sont-elles alors\nremarqu\u00e9es ? \n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nVillage de Cazes-Mondenard, maison de\nc\u0153ur de village, donnant sur une petite place et, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re,\nsur un jardin dont le centre est occup\u00e9 par un grand tamaris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dire\nqu&rsquo;ils l&rsquo;appellent fromage de t\u00eate, ce carrelage \u00e0 gros morceaux\nqui se taille bien en marches d&rsquo;un escalier pisseux, d&rsquo;un escalier\naux odeurs de peinture encore fra\u00eeche et de moisissures pourtant\nd\u00e9j\u00e0 qui s&rsquo;installent \u0336 la rivi\u00e8re souterraine, para\u00eet-il, est\ntoute proche \u0336 un gravillon appelle juste au-del\u00e0 de la porte, un\ngravillon o\u00f9 vont devoir s&rsquo;essayer les premi\u00e8res roues de\nbicyclette, deux grandes et deux petites pour commencer dans ce\ngravillon incertain de son adh\u00e9sion au bitume sillonn\u00e9 parfois par\nles gros rats qui remontent de la rivi\u00e8re souterraine, rarement par\nla transports de jeux de ballon partag\u00e9, souvent par des jeux de\nballon solitaires qui vont m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;herbe parcimonieuse dont\ndes petits brins restent coinc\u00e9s dans la semelle et alors le fromage\nde t\u00eate s&rsquo;\u00e9gaye, comme si dans ses m\u00e9ninges, un brin de fantaisie\nainsi lui arrivait, pouss\u00e9 par quelque chose qui n&rsquo;est pas vent mais\njeu de jambes qui s&rsquo;essaient au passement d&rsquo;une enfance qui n&rsquo;est\nd\u00e9j\u00e0 plus tout \u00e0 fait la premi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le\nb\u00e2timent des logements de fonction des enseignants et enseignantes,\nparfois en famille, du Groupe scolaire du centre, place Alexandre\nPremier, Montauban.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est\nun sol qui colle et qui sent, qui sent quand le soleil est assez haut\ndans le ciel pour chauffer la toile de plastique qui le recouvre, un\nsol de plastique alors que c&rsquo;est le sol des nuits cens\u00e9es se passer\npr\u00e8s de la nature -qu&rsquo;ils disent !- et que le relief d&rsquo;ailleurs sous\nle tapis de sol rappelle qu&rsquo;il y a l\u00e0 de l&rsquo;herbe \u00e9cras\u00e9e, des\ncailloux et parfois de petits coussinets de sable, si l\u2019adolescent\nen vacances fait frissonner le bruit de la fermeture \u00e9clair, si\njamais il laisse ainsi entrer l&rsquo;air frais, le vrai, car le soleil est\nmaintenant assez haut, alors, il est possible d\u2019apercevoir ces\nfantastiques v\u00e9g\u00e9taux \u00e9lev\u00e9s que sont les brins d&rsquo;herbe quand on\nles regarde \u00e0 vingt centim\u00e8tres au-dessus de la surface de la\nTerre, la t\u00eate \u00e0 peine lev\u00e9e, juste d\u00e9gag\u00e9e de l&rsquo;odeur ent\u00eatante\ndu plastique chaud et la perspective est bien celle d&rsquo;une mar\u00e9e de\ngrandes herbes, de bases de troncs d&rsquo;arbres figurant autant de\npiliers du temple des vacances, qui rec\u00e8le, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la\ncrypte de toile, dans les petits creux que forme le tapis de sol,\nquelques amoncellements de sable, parfois de bouts d&rsquo;herbe ou de bois\ns\u00e9ch\u00e9, les reliefs des passages des semelles de promenade et m\u00eame\ndes premi\u00e8res soir\u00e9es tent\u00e9es hors du cercle de la famille, alors\nqu\u2019il faut bien essayer d\u2019\u00eatre ce qu\u2019on appelle un adolescent.\n\n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un\nterrain de camping parmi d\u2019autres, ceux g\u00e9r\u00e9s par le Groupement\ndes Campeurs Universitaires, lieu d\u2019entre-soi de l\u2019enseignement,\nles adolescents suiveurs essayant parfois de s\u2019\u00e9chapper.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Incroyablement\ninodorant alors qu\u2019il est fait de bouse s\u00e9ch\u00e9e, incroyablement\nfrais au temps d\u2019exposition pourtant \u00e0 la plus grande chaleur qui\npuisse \u00eatre, et incroyablement doux aux pieds qui se doivent d\u2019\u00eatre\nnus car c\u2019est la case de la m\u00e8re et donc c\u2019est la case des\nparents d\u2019adoption et le fils adoptif vient l\u00e0 pour saluer, pour\nparler, vient l\u00e0 pour manger le soir quand il est rentr\u00e9 trop tard\npar les pistes de terre tass\u00e9e, s\u00e9ch\u00e9e qui le ram\u00e8nent de la\nville avec le courrier du village mais lui seul sait qu\u2019il s\u2019y\nest pass\u00e9 bien autre chose, c\u2019est l\u00e0 quil pose ravi ses pieds nus\nsur la petite cro\u00fbte l\u00e9g\u00e8re, qui para\u00eet \u00e9lastique, qui offre le\nplus grand repos qui puisse \u00eatre, r\u00e9confort compl\u00e9mentaire de\ncelui du pot empli d\u2019eau parfum\u00e9e de <em>tamar\u00e9<\/em>, d\u2019eau\nfra\u00eeche juste sortie du grand canari de la case de la m\u00e8re et les\nyeux restent riv\u00e9s au sol, non seulement parce que c\u2019est signe de\nrespect mais parce que le sol est \u00e0 cette heure le plus grand\nbienfait qui puisse \u00eatre apr\u00e8s qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 parfois le sol\ntrop sablonneux de la piste pour rentrer au village, apr\u00e8s qu\u2019il\nait \u00e9t\u00e9 parfois le sol sec trop peu large entre les hautes herbes\no\u00f9 les deux roues de bicyclette devaient frayer leur passage, le sol\nest maintenant frais, souple, \u00e9lastique, alors il peut se savourer,\navec la joie d\u2019\u00eatre \u00e0 un endroit o\u00f9 le temps ne compte gu\u00e8re,\no\u00f9 la nuit n\u2019est jamais mang\u00e9e par la sonnerie des r\u00e9veils, o\u00f9\nil est possible de prendre l\u2019enti\u00e8re mesure du repos une fois la\npeine de la journ\u00e9e donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Case\nen paroi de terre crue, toiture en paillage naturel des gramin\u00e9es\nsauvages d\u2019hivernage, rev\u00eatement de sol en bouse de vache s\u00e9ch\u00e9e&nbsp;;\nla case des parents adoptifs, au village de Sabi Mulesi, pr\u00e8s de\nTambacounda, S\u00e9n\u00e9gal oriental&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des\nbribes d\u2019herbe tra\u00eenent encore certainement sur ce sol-l\u00e0, de\nciment grossier, le sol de ce qui fut un atelier, qui est maintenant\nl\u2019indiscernable espace o\u00f9 se stockent des choses qui servent et\nd\u2019autres qui ne servent pas, il y a beaucoup de sciure ou de petits\ncopeaux de bois sur ce sol du temps de la vie en montagne o\u00f9 l\u2019hiver\npeut \u00eatre froid, o\u00f9 il faut faire provision de ce qui, en br\u00fblant,\nr\u00e9chauffera, le sol est marqu\u00e9 de tout \u00e7a et de traces de peinture\npeut-\u00eatre -les occupants pr\u00e9c\u00e9dents se sont essay\u00e9s l\u00e0 \u00e0 bien\ndes artisanats parfois pour envoyer au loin- pour dire quelque chose\nde soi, dire les promesses du temps \u00e0 venir mais juste au-dessus du\nsol de ciment grossier monte le bois des marches de l\u2019escalier,\ncelui du plancher, le sol ponc\u00e9 et vitrifi\u00e9 avec soin \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e,\nun sol alors que m\u00e9nag\u00e9 pour ne pas le rayer, pouvoir y marcher\npieds nus bien s\u00fbr pas \u00e0 la saison o\u00f9 le po\u00eale chauffe mais \u00e0\nd\u2019autres, \u00e0 celles o\u00f9 l\u2019odeur du foin frais entre par la\nfen\u00eatre grande ouverte, sol de parquet aux petits n\u0153uds encore, qui\nfait d\u00e9j\u00e0 \u00e9cho avanc\u00e9 \u00e0 ce sol de parquet \u00e0 grands n\u0153uds de\npin dit scandinave pour bien m\u00e9langer les lieux o\u00f9 il serait\npossible de dire, de cr\u00e9er avec des mots, de traquer aussi bien s\u00fbr\nles bribes de poussi\u00e8re, car le temps est venu o\u00f9 il faut \u00eatre\npropre et o\u00f9 il faut aussi s\u2019essayer \u00e0 d\u2019autres \u00e9chapp\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maison\ndite \u00ab&nbsp;en chic&nbsp;\u00bb, habit\u00e9e pendant quatre ans au d\u00e9but\nde l\u2019\u00e2ge adulte, juste apr\u00e8s un sabotier et sa famille, au\nvillage de Samortein-en-Bethmale, Pyr\u00e9n\u00e9es ari\u00e9geoises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nLes crevures du goudron renvoient dans\nles bras la blessure du pneu, l&rsquo;herbe du bord du canal adoucit un peu\nle passage, le tr\u00e8fle particuli\u00e8rement vert et doux en cette\nsaison, jonch\u00e9 de fa\u00e7on \u00e9parse pourtant encore par les feuilles\ns\u00e8ches des platanes de la saison pass\u00e9e et surtout et surtout par\nces bouts de branches bris\u00e9s par les grandes bourrasques de l&rsquo;Autan\nde printemps, le cycliste -malchanceux?- aper\u00e7oit, crevant la\nsurface des hautes herbes l&rsquo;orchis bouc haute et parfois pench\u00e9e,\nles traces du bitume rehauss\u00e9es de la poudre de fruits de platanes\nse laissent suivre, longue rainure emplie d\u2019une sorte de soupe,\ncanal postiche, l&rsquo;autre \u00e9tant, \u00e0 cette heure encore, sombre, encore\ntapi derri\u00e8re les massettes et le soleil sur le sol marque par\nd&rsquo;infimes et infinis reliefs la possibilit\u00e9 d&rsquo;histoires gigantesques\net d\u00e9risoires, dans l&rsquo;entrecroisement des langues possibles o\u00f9\nl&rsquo;inspiration d&rsquo;un chemin propre essaie de r\u00e9sister \u00e0 la vibration\ndu passage des autres v\u00e9los qui n&rsquo;en peuvent plus de vitesse alors\nque c&rsquo;est dans la lenteur, celle reproduite des pistes africaines,\nque pourrait \u00eatre donn\u00e9e la possibilit\u00e9 imaginer d&rsquo;autres cours,\npar centaines, par milliers. \n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nUn moment du quotidien matinal, p\u00e9riode\nseptembre 2001 \u00e0 septembre 2019, sur le chemin de halage du Canal du\nmidi, entre la gare de Toulouse-Matabiau et le complexe agricole\nd\u2019Auzeville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nAu-DEVANT, les yeux de pas encore Babudu\ncherchent le penchant, dont parle le p\u00e8re de ce temps, le penchant\nde ce temps qui ne se distingue vraiment que lorsqu\u2019il est agit\u00e9\nde vent, que l\u2019herbe ondule et luit et regard\u00e9 intens\u00e9ment, en\nignorant totalement, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, l\u2019existence des PARPAINGS\nd\u2019ailleurs maquill\u00e9s de cr\u00e9pis, confiant dans l\u2019existence\nverticale d\u2019une maison, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, qui serait un abri fait\ncomme d\u2019une seule peau, o\u00f9 l\u2019on dort joue et mange, d\u2019une\nmaison surtout o\u00f9 l\u2019existence quotidienne et tranquille de la\npremi\u00e8re enfance m\u00e9nage parfois le palpitant surgissement de la\nBALEINE, dans l\u2019oc\u00e9an int\u00e9rieur encore calme du bulbe natif. Mais\nquand, dans la douleur intense du d\u00e9racinement, appara\u00eet le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb,\n\u00e0 mes sept ans environ, un mois de septembre, la ville s\u2019installe\nautour de moi, presque badaboum dans la terreur, par derri\u00e8re je\nn\u2019imagine pas d\u2019autre possibilit\u00e9 qu\u2019une chute dans les\nescaliers au sol froid tant mes jambes sont serr\u00e9es l\u2019une contre\nl\u2019autre, il me faut donc regarder droit DEVANT et, par DEVANT, ne\nme fait face qu\u2019une porte herm\u00e9tiquement close, celle qui\nm\u2019emp\u00eache d\u2019atteindre la lunette d\u2019usage r\u00e9cent pour moi et\ndont j\u2019ai si urgent besoin l\u00e0, la porte entour\u00e9e de ces murs qui\nviennent d\u2019\u00eatre peints pour la premi\u00e8re fois et si l\u2019effluve me\ntourne un peu trop la t\u00eate je vais peut-\u00eatre apercevoir, par le\n<em>fenestron <\/em>du palier, les v\u00e9hicules qui commencent d\u2019arriver\npour l\u2019installation du march\u00e9, l\u2019estomac va me tourner du cri\ndes oies, \u00e0 moins que je me concentre \u00e0 lorgner vers les commodit\u00e9s\nqui existent peut-\u00eatre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la place o\u00f9\nj\u2019aper\u00e7ois ce grand immeuble paquebot qui a pouss\u00e9 la provocation\njusqu\u2019\u00e0 se payer des volets \u00e0 fanons de BALEINE. L\u2019habitat sans\nPARPAINGS, c\u2019est bien celui des vacances qui vient \u00e0 mes deux fois\nsept ans, pas bab ou m\u00eame doux pour moi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la\ntoile surpeupl\u00e9e, peu d\u2019affaires \u00e9tant laiss\u00e9es dehors car les\nparents disent qu\u2019il faut se m\u00e9fier et l\u2019adolescent que je\ncommence \u00e0 \u00eatre y r\u00e9siste un peu quand m\u00eame, je r\u00e9clame parfois\ndes vacances autres que les sempiternels s\u00e9jours dans l\u2019arri\u00e8re-pays\nc\u00f4tier et tant pis si les aiguilles me manquent, elles qui DEVANT la\ntoile chaque matin m\u2019invitent \u00e0 penser \u00e0 la fa\u00e7on dont les\noiseaux tricotent leur demeure, sans PARPAINGS, alors que je r\u00eave,\nmoi, du corps de chair  lourde o\u00f9 a v\u00e9cu Pinocchio, de\nl\u2019antre-BALEINE. Je la rencontre en forme m\u00e8re peu apr\u00e8s o\u00f9,\nv\u00e9ritablement Ci-DEVANT Babudu, je savoure les suites de ma deuxi\u00e8me\nnaissance, j\u2019en entendrais presque un c\u00e9leste accompagnement\nmusical qui viendrait non pas d\u2019en haut mais de DEVANT, tant\nl\u2019horizontalit\u00e9 est ma\u00eetresse dans ce monde o\u00f9 le PARPAING se\ndit <em>banko<\/em> et o\u00f9 construire pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 para\u00eetrait\nd\u00e9fi risible tandis que go\u00fbter la fra\u00eecheur de l\u2019instant juste\navant, celui o\u00f9 je vais tremper mes l\u00e8vres dans l\u2019eau puis\u00e9e au\ncanari passe DEVANT le sourire immense de ma m\u00e8re de ce temps, Na,\nqui accompagne l\u2019offrande avec un mouvement inimitable des l\u00e8vres\net de langue, pour \u00e9mettre un \u00e9vent orang\u00e9, elle dont le corps\nrassurant est justement \u00e0 la mesure de la BALEINE. Mais seuls les\nsaumons remontent l\u2019eau jusqu\u2019aux montagnes, pas les baleineaux,\net mon identit\u00e9 de Babudu s\u2019oublie au temps d\u2019apr\u00e8s, m\u00eame si\nle lavoir qui aurait bien aid\u00e9 Na est fid\u00e8le \u00e0 son poste, DEVANT\nla belle maison de pierres de ce temps o\u00f9 il n\u2019y a plus d\u2019autre\npossibilit\u00e9 que de se reconna\u00eetre adulte, laver soi-m\u00eame son linge\nau lavoir,  croiser un jour celui qui fut l\u2019un des porteurs de\nPARPAINGS jadis jusque l\u00e0-haut, sachant aussi me donner les cl\u00e9 des\nvents, celui d\u2019Espagne et celui d\u2019ouest, grands souffleurs mais\nindividualistes, et il me reste, pour r\u00eaver, qu\u2019\u00e0 trouver lors de\nmes longues marches de surprenants coquillages fossiles d\u2019altitude\net de me dire que si je remontais le temps je pourrais croiser aussi,\nm\u00eame l\u00e0, une improbable BALEINE. Jusqu\u2019au moment du b\u00eate\nincident, qui n\u2019est plus au temps du badaboum, plus au temps de\nBabudu singulier mais qui me fait Bah, boudu&nbsp;! \u00c0 voir mon pneu\ncrev\u00e9, le chemin de halage tra\u00e7ant encore un long ruban au-devant,\n\u00e0 moins qu\u2019il ce ne soit celui de contre-halage et que le halage\nsoit derri\u00e8re les platanes, dont je me demande s\u2019il permettait aux\nchevaux de jadis de haler jusque vers l\u2019int\u00e9rieur des terres des\ncargaisons maritimes \u00e0 me faire r\u00eaver mais je crains plut\u00f4t que\nles barqueurs n\u2019aient charg\u00e9 que des bidons d\u2019huile, des plis de\npeau, des fagots de fanons et jamais l\u2019\u00eatre entier qui culmine au\nfa\u00eete de tous mes r\u00eaves, cet \u00eatre dont le sens m\u00eame est d\u2019\u00eatre\nimmens\u00e9ment avec moi et que je crois pouvoir rencontrer partout,\nn\u2019esp\u00e9rant bien s\u00fbr la rencontrer qu\u2019en toute int\u00e9grit\u00e9, la\nbelle BALEINE.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nBabudu est le nom d\u2019adoption. La\nbaleine est l\u2019animal d\u2019obsession, depuis la petite enfance. Au\nmoment de l\u2019adoption s\u2019est faite la rencontre entre le mot\n\u00ab&nbsp;baleine&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;belebeleba&nbsp;\u00bb qui, en langue\nmandinkan, veut dire \u00e9norme&nbsp;; le mot de <em>fenestron<\/em> n\u2019est\npas de la langue fran\u00e7aise, l\u2019employer ralentit la saisie d\u2019un\ntexte tout en marquant l\u2019entr\u00e9e dans un monde d\u2019exp\u00e9rience\nparticuli\u00e8re, qui commence par regarder un peu chez une langue\nvoisine, l\u2019occitane, o\u00f9 il se prononce \u00ab&nbsp;f\u00e9nestrou&nbsp;\u00bb,\nd\u00e9non\u00e7ant pour une oreille francophone une potentialit\u00e9 de trou,\nqui pourrait \u00eatre vertigineux, entour\u00e9 d\u2019ombre qu\u2019il est et\nconcentrant la lumi\u00e8re ext\u00e9rieure dans le petit carr\u00e9 qu\u2019il\nforme&nbsp;; en fait se rencontrent ici deux petites fen\u00eatres, celle\nde la cage d\u2019escalier du b\u00e2timent des\nlogements de fonction du Groupe scolaire du centre, place Alexandre\nPremier, Montauban, Tarn-et-Garonne,\net celle de la petite case occup\u00e9e\navec le grand fr\u00e8re adoptif au village d\u2019adoption, Sabi\nMulesi, S\u00e9n\u00e9gal Oriental.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nJe l\u2019attends\nsouvent longtemps, je passe\ntoujours\ntr\u00e8s vite devant elle et pourtant tout mon regard est pour elle au\nmoment o\u00f9 je passe. Je ne peux que la longer, mais parfois\nelle est sortie un peu du\nparall\u00e9lisme de la route car des racines\npeuvent\npousser\npar-dessous,\nelle a un genre de destin\nde pierre des montagnes. Pour que\nje la voie vraiment de loin, il\nfaut qu\u2019une grosse racine d\u2019arbuste des foss\u00e9s soul\u00e8ve par\nderri\u00e8re sa demi-lune jaune qui,\nen basculant vers l\u2019avant,\nse montre alors \u00e0\nmoi de loin.\nJe peux me demander quand m\u00eame si\nelle n\u2019est pas touffe de\nmillepertuis, il faut que je me rapproche encore un peu, voir son\npav\u00e9 blanc qui brille, malgr\u00e9 l\u2019herbe qui le cache un peu. Je\nme rapproche encore plus,\nje suis encourag\u00e9 \u00e0 p\u00e9daler un peu plus vite en sachant qu\u2019elle\narrive, je vois m\u00eame le plus grand pav\u00e9, celui du socle. J\u2019arrive,\nj\u2019aurais envie de lui parler, je suis presque devant elle et l\u00e0,\nje ralentis, malgr\u00e9 l\u2019encouragement qu\u2019elle m\u2019a donn\u00e9. Je\nveux pouvoir lire le num\u00e9ro qui risque d\u2019\u00eatre cach\u00e9 d\u2019herbe,\nje me hausse, elle me donne le\nnombre, me fait calculer. Je sais\nenfin combien il me reste \u00e0\np\u00e9daler. \n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nLe genre de borne kilom\u00e9trique qu\u2019on\ntrouve encore au long des routes d\u00e9partementales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nRien \u00e0 voir\navec les beaux quartiers\t\tmon\nenvie est d\u2019y sentir la proximit\u00e9 entre bazar et Bazacle\tle\ngrondement du fleuve s\u2019y fait entendre toujours et les\n\u00e9claboussures de l\u2019eau sur les pierres de l\u2019ancien gu\u00e9 peuvent\ntoujours s\u2019imaginer\t\tquelle\nchance que le prolongement du canal n\u2019ait\n\u00e9t\u00e9 plant\u00e9 que r\u00e9cemment\n\t\tles\ndeux jeunes platanes sont encore petits, se laissent surpasser par\nl\u2019eau qui court l\u00e0-bas et qui roule et qui r\u00e2le\t\tle\npont des Catalans joue les gardiens de but, la mine toujours s\u00e9v\u00e8re\nmalgr\u00e9 son destin de passoire\t\tcombien\nde temps vais-je passer l\u00e0, \u00e0 bader l\u2019eau qui court\t\tsi\nla lassitude me venait, ce dont je doute, il me resterait la plong\u00e9e\ndirecte vers l\u2019\u00e9cluse, les entrelacements de brique, de pierre et\nde m\u00e9tal\t\til\nme resterait le spectacle appauvri d\u2019un passage de p\u00e9niche\tappauvri\npar rapport \u00e0 mon temps d\u2019enfance o\u00f9 les p\u00e9niches \u00e9taient\ncapables de traverser des pr\u00e9s \t\tmais\nque je reste tranquille\t\tj\u2019aurai\nencore la ressource d\u2019une courbe, celle du canal lui-m\u00eame, vers la\ndroite\t\tqu\u2019est-ce\nqui est plus beau qu\u2019une courbe quand elle est d\u2019eau verte, de\nbrique et de platanes en toupets, bient\u00f4t roux&nbsp;? \n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nEtape de cr\u00e9ation d\u2019un rapport\nquotidien avec un nouveau paysage, suite \u00e0 un d\u00e9m\u00e9nagement\neffectu\u00e9 \u00e0 la fin du mois de septembre 2019.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nMaintenant\nque le soleil est revenu apr\u00e8s la grande pluie, les feuilles tordues\ndu figuier lui sourient tout en lui faisant la grimace. Les graviers\nd\u00e9-scell\u00e9s de l\u2019impasse semblent vouloir le retenir. Le\ngrondement du fleuve l\u2019appelle-t-il, faisant entendre le\npressentiment de grandes inspirations&nbsp;? Le raclement de l\u2019eau\nsur la chauss\u00e9e pourrait m\u00eame pr\u00e9parer de graves inspirations.\nHeureusement que les platanes sont moqueurs, ils cachent bien des\nmiroitements mais ils seront bient\u00f4t d\u00e9feuill\u00e9s, lorsque le soleil\nmalicieux ne tiendra plus le m\u00eame angle pour se coucher et lui\nallumer autant de scintillances&nbsp;? Voil\u00e0\nque le correcteur orthographique\ns\u2019en m\u00eale, pr\u00e9tendant lui\nrefuser\nle mot qui lui convient pourtant le plus. Ah, que ce soit le pont\npassoire qui contr\u00f4le son texte et toute invention lui sera\npermise&#8230; Bien s\u00fbr, la lente ouverture de l\u2019\u00e9cluse est l\u00e0 pour\nlui montrer la patience des grandes voies. Et puis la courbe&nbsp;!\nLa courbe se calcule elle-m\u00eame, elle s\u2019offre avec le degr\u00e9\nd\u2019ouverture qu\u2019il faut pour toute se montrer et en m\u00eame temps\nfuir, au point qu\u2019elle l\u2019invite \u00e0 ce geste absurde de lancer son\nbras droit en avant, en tournant\u2026 Pour ramener \u00e0\nlui quoi&nbsp;? La\ncourbe faite d\u2019eau verte, de brique et de platanes a quand m\u00eame du\ntoupet de se croire la plus belle \u00e0 ramener sur sa page d\u2019\u00e9criture&nbsp;!\n\n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nLe lien se r\u00e9tablit ainsi entre le lieu\nde vie quitt\u00e9 et le lieu de vie abord\u00e9 \u00e0 la fin du mois de\nseptembre 2019.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\nparu nu. J\u2019ai pleur\u00e9 d\u2019abord. J\u2019ai cri\u00e9 ensuite. J\u2019ai\nsignifi\u00e9 savoir que j\u2019avais perdu. J\u2019ai cri\u00e9 ma faim. J\u2019ai\nsuspendu mon souffle. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de respirer grand.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tentative\nde projection au plus loin vers le d\u00e9but de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\nsenti le lait perdu. J\u2019ai oubli\u00e9 d\u2019autres pertes. J\u2019ai senti\nla fin d\u2019hiver par la porte ext\u00e9rieure ouverte. j\u2019ai \u00e9ternu\u00e9\ncette fois-l\u00e0. J\u2019ai rot\u00e9 \u00e0 chaque fois. J\u2019ai senti\nl\u2019inoubliable par la porte du garage ouverte. J\u2019ai grav\u00e9. J\u2019ai\nr\u00e9f\u00e9renc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Remont\u00e9e\ndes premi\u00e8res r\u00e9miniscences sensibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\nvu \u00e0 hauteur de moi. J\u2019ai vu le chien plus grand que moi. j\u2019ai\nvu la table plus grande que moi. J\u2019ai vu qu\u2019il y avait plus grand\nque moi. J\u2019ai vu les blessures du chien. J\u2019ai vu les t\u00e2ches des\npieds de la table.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Remont\u00e9e\nde la premi\u00e8re grande \u00e9motion retenue de l\u2019enfance, celle de la\nmort du grand chien qui s\u2019appelait Wolf.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\nchoisi des mots plus grands que moi. J\u2019ai transport\u00e9 tout \u00e7a\njusqu\u2019au bout de l\u2019impasse. J\u2019ai eu peur du train impr\u00e9vu.\nJ\u2019ai ressenti l\u2019absence. Je n\u2019ai plus compris l\u2019absence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Allusion\naux pr\u00e9misses de l\u2019envie d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\nr\u00eav\u00e9 l\u2019arri\u00e8re de la maison. J\u2019ai accueilli la nuit. J\u2019ai\nlanc\u00e9 mes mains vers le haut. J\u2019ai lanc\u00e9 mes mains vers les\nc\u00f4t\u00e9s. J\u2019ai lanc\u00e9 du plastique vers le ciel. J\u2019ai renifl\u00e9 le\nbuis. J\u2019ai capt\u00e9 les corbeaux en hiver. J\u2019ai essay\u00e9 de dessiner\nles iris au printemps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Souvenir\njouissif de la pratique spatiale permise par un lieu de bonheur,\npendant deux ans, entre les cinq et les sept ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\neu le droit de go\u00fbter au vin de noix. j\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de dire\nles refrains du grand-p\u00e8re. Je n\u2019ai pas pu manger la viande. Je me\nsuis permis de faire pipi o\u00f9 je voulais. J\u2019ai d\u00fb accepter d\u2019avoir\nla t\u00eate lav\u00e9e. J\u2019ai r\u00e9clam\u00e9 plus de temps. Je me suis laiss\u00e9\nimpatienter par la fin de la nuit. J\u2019ai vomi d\u2019impatience. J\u2019ai\nvomi de crainte. J\u2019ai vomi d\u2019envie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les\npermissions et les transgressions de l\u2019encore enfance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\neu envie de la peau douce et odorante. J\u2019ai eu peur des \u00e9coulements\ndoux et odorants. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de regarder surtout les yeux. J\u2019ai\nregard\u00e9 quand m\u00eame les images cach\u00e9es. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il ne\nfallait pas toucher. j\u2019ai eu envie quand m\u00eame de toucher. Je n\u2019ai\npas su comment toucher. Je n\u2019ai su que dire. J\u2019ai aim\u00e9 \u00eatre\nseul. Je n\u2019ai pas aim\u00e9 \u00eatre seul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019affolement\nau moment o\u00f9 les d\u00e9sirs se sont pr\u00e9cis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nJ\u2019ai \u00e9crit\ndes mots. J\u2019ai saut\u00e9 des lignes. J\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 des dessins entre\nles mots. J\u2019ai voulu disposer les mots sur des cartes. J\u2019ai trahi\nl\u2019impr\u00e9vu des promenades. J\u2019ai mis des phrases en cahier. J\u2019ai\nenfourn\u00e9 des cahiers dans des ordinateurs. J\u2019ai c\u00e2bl\u00e9 des\nordinateurs. J\u2019ai remis les\npages d\u2019ordinateur en cahier. J\u2019ai maudit la boite aux lettres.\nJ\u2019ai \u00e9crit la mal\u00e9diction. Je me suis confi\u00e9 un jour. J\u2019ai\n\u00e9cout\u00e9 les vid\u00e9os. Je me suis confi\u00e9 un autre jour.\n\n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nLes diff\u00e9rentes formes de la pratique\nd\u2019\u00e9criture au long d\u2019une vie pas encore finie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">27\nseptembre 1970&nbsp;: encore l\u2019\u00e9poque des rentr\u00e9es scolaires\ntardives. Premier dimanche d\u2019apr\u00e8s la rentr\u00e9e. Je suis revenu\navec les miens au jardin de l\u2019impasse o\u00f9 il fait soleil comme si\nc\u2019\u00e9tait encore l\u2019\u00e9t\u00e9 et les vacances. Et pourtant, depuis,\nj\u2019ai entrevu la ville pour la premi\u00e8re fois, ses soir\u00e9es et ses\nlumi\u00e8res innombrables le soir. Je les vois encore amicales en ce\npremier dimanche qui fait un peu retour vers les vacances, o\u00f9 je\ncon\u00e7ois l\u2019id\u00e9e de dessiner \u00e0 ma fa\u00e7on le paquebot France, de\nparvenir \u00e0 dessiner tous ses hublots, comme autant de fen\u00eatres\nd\u2019une ville. La tresse des odeurs du jardin, qui \u00e9tait celui des\nvacances et qui redevient celui des dimanches, o\u00f9 il y a encore\nquelques figues m\u00fbres, du raisin qui le sera bient\u00f4t, fait un \u00e9cran\no\u00f9 se projettent les odeurs nouvelles de la semaine qui vient de\ns\u2019\u00e9couler&nbsp;: l\u2019odeur de la peinture et l\u2019odeur du neuf.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Souvenir\nd\u2019un de ces moments de rentr\u00e9e scolaire o\u00f9 il fallait quitter le\nlieu d\u00e9finitivement quitt\u00e9 au d\u00e9m\u00e9nagement de la fin septembre\n2019.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">27\nseptembre 1985&nbsp;: encore l\u2019\u00e9poque qui vient juste apr\u00e8s la\nrentr\u00e9e scolaire au S\u00e9n\u00e9gal. La premi\u00e8re fois que pour moi, il\nn\u2019y a pas de rentr\u00e9e scolaire. Mais je vis celle des autres. J\u2019ai\njustement dormi chez Kaw Yaya, celui qu\u2019on appelle le ma\u00eetre\nd\u2019\u00e9cole. Sa maison est remplie de lyc\u00e9ens et de lyc\u00e9ennes qui\ndoivent se lever dans le matin encore frais. Hier soir on a fait du\nfeu dans la cour et cela sent la cendre \u00e0 peine refroidie. Les\nsilhouettes que je croise portent d\u2019inhabituelles couvertures sur\nles \u00e9paules et je m\u2019\u00e9tonne de ne pas davantage frissonner, moi.\nMais c\u2019est vrai, moi, je n\u2019ai plus \u00e0 faire mes preuves de\nrentr\u00e9e scolaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Souvenir\nd\u2019un moment de la p\u00e9riode d\u2019adoption, v\u00e9cue comme seconde\nenfance, qui a fait \u00e9cho \u00e0 des moments de la premi\u00e8re enfance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\n27\nseptembre 2001&nbsp;: tout autour\nde moi, on peut se voir dans les journaux, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 et m\u00eame\nmaintenant sur internet. L\u2019explosion, dix jours apr\u00e8s celle des\nEtats-Unis, a eu lieu tout pr\u00e8s de chez nous. AZF&nbsp;? J\u2019en suis\nrest\u00e9 au nom que le grand-p\u00e8re donnait \u00e0 cette usine, l\u2019Onia.\nJour apr\u00e8s jour, la radio ajuste le nombre des morts, multiplie\ncelui des bless\u00e9s. Demain, cela fera une semaine qu\u2019il s\u2019est\npass\u00e9 ce qu\u2019on ne sait encore quoi, au juste. Une semaine que j\u2019ai\nentendu ce bang, comme celui d\u2019un avion passant le mur du son mais\nplus fort quand m\u00eame. Et puis, juste apr\u00e8s, le bruit de projection\ndu verre des vitres bris\u00e9es. Il y a eu ensuite le temps de\nl\u2019incertitude, les tentatives pour joindre ceux de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9\nde la ville, savoir si tout allait bien et si on allait se revoir le\nsoir m\u00eame. Et puis, le lendemain, samedi, cette \u00e9trange f\u00eate de la\nfigue. On avait dit qu\u2019on irait, on avait dit qu\u2019on raconterait\ndes histoires. Mais les histoires, entre temps avaient un peu chang\u00e9.\nEt dans deux jours, le week-end qui vient sera-t-il ordinaire pour\nnous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nSouvenirs\nli\u00e9s aux suite de l\u2019explosion de l\u2019usine AZF \u00e0 Toulouse, le 21\nseptembre 2001.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;J\u2019ai\nparu nu. J\u2019ai pleur\u00e9 d\u2019abord. J\u2019ai cri\u00e9 ensuite. J\u2019ai\nsignifi\u00e9 savoir que j\u2019avais perdu. J\u2019ai cri\u00e9 ma faim. J\u2019ai\nsuspendu mon souffle. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de respirer grand.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\nsenti le lait perdu. J\u2019ai oubli\u00e9 d\u2019autres pertes. J\u2019ai senti\nla fin d\u2019hiver par la porte ext\u00e9rieure ouverte. j\u2019ai \u00e9ternu\u00e9\ncette fois-l\u00e0. J\u2019ai rot\u00e9 \u00e0 chaque fois. J\u2019ai senti\nl\u2019inoubliable par la porte du garage ouverte. J\u2019ai grav\u00e9. J\u2019ai\nr\u00e9f\u00e9renc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\nvu \u00e0 hauteur de moi. J\u2019ai vu le chien plus grand que moi. j\u2019ai\nvu la table plus grande que moi. J\u2019ai vu qu\u2019il y avait plus grand\nque moi. J\u2019ai vu les blessures du chien. J\u2019ai vu les t\u00e2ches des\npieds de la table.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\nchoisi des mots plus grands que moi. J\u2019ai transport\u00e9 tout \u00e7a\njusqu\u2019au bout de l\u2019impasse. J\u2019ai eu peur du train impr\u00e9vu.\nJ\u2019ai ressenti l\u2019absence. Je n\u2019ai plus compris l\u2019absence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\nr\u00eav\u00e9 l\u2019arri\u00e8re de la maison. J\u2019ai accueilli la nuit. J\u2019ai\nlanc\u00e9 mes mains vers le haut. J\u2019ai lanc\u00e9 mes mains vers les\nc\u00f4t\u00e9s. J\u2019ai lanc\u00e9 du plastique vers le ciel. J\u2019ai renifl\u00e9 le\nbuis. J\u2019ai capt\u00e9 les corbeaux en hiver. J\u2019ai essay\u00e9 de dessiner\nles iris au printemps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\neu le droit de go\u00fbter au vin de noix. j\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de dire\nles refrains du grand-p\u00e8re. Je n\u2019ai pas pu manger la viande. Je me\nsuis permis de faire pipi o\u00f9 je voulais. J\u2019ai d\u00fb accepter d\u2019avoir\nla t\u00eate lav\u00e9e. J\u2019ai r\u00e9clam\u00e9 plus de temps. Je me suis laiss\u00e9\nimpatienter par la fin de la nuit. J\u2019ai vomi d\u2019impatience. J\u2019ai\nvomi de crainte. J\u2019ai vomi d\u2019envie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\neu envie de la peau douce et odorante. J\u2019ai eu peur des \u00e9coulements\ndoux et odorants. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de regarder surtout les yeux. J\u2019ai\nregard\u00e9 quand m\u00eame les images cach\u00e9es. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il ne\nfallait pas toucher. j\u2019ai eu envie quand m\u00eame de toucher. Je n\u2019ai\npas su comment toucher. Je n\u2019ai su que dire. J\u2019ai aim\u00e9 \u00eatre\nseul. Je n\u2019ai pas aim\u00e9 \u00eatre seul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai\n\u00e9crit des mots. J\u2019ai saut\u00e9 des lignes. J\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 des\ndessins entre les mots. J\u2019ai voulu disposer les mots sur des\ncartes. J\u2019ai trahi l\u2019impr\u00e9vu des promenades. J\u2019ai mis des\nphrases en cahier. J\u2019ai enfourn\u00e9 des cahiers dans des ordinateurs.\nJ\u2019ai c\u00e2bl\u00e9 des ordinateurs. J\u2019ai remis les pages d\u2019ordinateur\nen cahier. J\u2019ai maudit la boite aux lettres. J\u2019ai \u00e9crit la\nmal\u00e9diction. Je me suis confi\u00e9 un jour. J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 les vid\u00e9os.\nJe me suis confi\u00e9 un autre jour.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hypoth\u00e8se<em>\nfenestron<\/em>&nbsp;: quelqu\u2019un a regard\u00e9 un enfant sans se montrer\n(et cela a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, \u00e0 m\u00eame le ciment tout autour du fenestron\nd\u2019observation par cette personne qui ne voulait pas quitter son\nposte et ne voulait nommer autrement l\u2019enfant que comme un autre\n\u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb&nbsp;; cela a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 partir de \u00ab&nbsp;j\u2019ai\nr\u00eav\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la maison&nbsp;\u00bb, tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de a\n\u00e9t\u00e9 rajout\u00e9 ensuite, \u00e0 savoir par qui&#8230;) \n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">lien\navec le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent sur les petites fen\u00eatres de deux\nlieux de vie importants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hypoth\u00e8se\nborne&nbsp;: quelqu\u2019un a eu besoin de faire le point \u00e0 un moment\nde sa route (et cela a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 sur une cassette dont\nl\u2019appareil \u00e9tait d\u00e9faillant, ce qui fait appara\u00eetre des sautes\nde son p\u00e9riodiques, pas forc\u00e9ment transcrites)  \n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">lien\navec  le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent sur les bornes kilom\u00e9triques\ntrouv\u00e9es au long des routes d\u00e9partementales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nHypoth\u00e8se\nBabudu&nbsp;: quelqu\u2019un, \u00e0 moment donn\u00e9, a chang\u00e9 de vie (au\nmoment de prendre l\u2019avion pour une destination inconnue, il\na confi\u00e9 cela \u00e0 un mendiant aveugle qui, depuis, ne cesse de\nr\u00e9p\u00e9ter cette histoire dans\nle hall de l\u2019a\u00e9roport mais dans une langue diff\u00e9rente de celles\nque parlent les policiers, ce qui lui permet d\u2019\u00eatre tranquille&nbsp;;\nquelqu\u2019un, qui apparemment\ncomprenait ou qui a imagin\u00e9, l\u2019a transcrit\nmais le texte original ne va que\njusqu\u2019\u00e0 \u00ab&nbsp;je n\u2019ai pas aim\u00e9 \u00eatre seul&nbsp;\u00bb, le reste a\n\u00e9t\u00e9 rajout\u00e9 ensuite) \n<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nlien\navec  le\nparagraphe pr\u00e9c\u00e9dent sur l\u2019adoption\nau S\u00e9n\u00e9gal oriental.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nHypoth\u00e8se Babudu&nbsp;: \u00e0 moment donn\u00e9,\nchangement de vie (le corps se pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019\u00e9crasement-dilatation\nde l\u2019avion). Un mendiant aveugle est dans l\u2019a\u00e9roport, ce corps\nlui parle, par ses fourmillements et ses aspirations dissonantes. A\npartir de l\u00e0, le corps tangueur de l\u2019aveugle ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter\ncette histoire dans le hall de l\u2019a\u00e9roport. Les corps helleurs des\npoliciers restent \u00e0 chaque fois en suspension, faute de comprendre,\nce qui permet au corps de l\u2019aveugle de garder place et stature et\nassise. Resterait \u00e0 transcrire ou plut\u00f4t \u00e0 imaginer un texte\noriginal qui ne dirait pas \u00ab&nbsp;JE n\u2019ai pas aim\u00e9 \u00eatre seul&nbsp;\u00bb,\nqui commencerait peut-\u00eatre par NTE, comme un corps qui tr\u00e9buche ou\nbien le corps performant de qui se met en d\u00e9s\u00e9quilibre pour prendre\nle bon d\u00e9part, ou bien par MAN, comme un singulier qui affirmerait\navant tout sa transpos\u00e9e humanit\u00e9, peut-\u00eatre avec un corps\nappelant \u00e0 la g\u00e9mellit\u00e9 par le contraste, faisant \u00e9cho au blanc\npar le noir, au maigre par l\u2019\u00e9pais, au chancelant par l\u2019ancr\u00e9,\nau bavard par le taiseux, \u00e0 la langue de l\u2019ego par la langue du\njeu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\nLe souvenir de l\u2019adoption proprement\ndite s\u2019amplifie ici du souvenir multiple des moments de retour vers\nle second pays natal, les menaces permanentes de ne pouvoir y\nretourner tel, hantise qui s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9e par l\u2019\u00e9criture du\ntexte \u00ab&nbsp;Leyoun d\u2019ici&nbsp;\u00bb, texte in\u00e9dit \u00e0 ce jour et qui\nest encore une autre histoire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quel est vraiment l&rsquo;espace du gravier et l&rsquo;espace de l&rsquo;herbe, l&rsquo;herbe qui s&rsquo;appelle en ce temps chiendent et qui vient faire quelque chose qui ne s&rsquo;appelle pas encore dessin puisque les dessins se caract\u00e9risent par de maladroites taches sur des feuilles alors qu&rsquo;ici le gravier pointe, brille de certaines de ses facettes dures et blanches et s&rsquo;enfouit sous les brisures <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/11-annotations-en-cle-dauteur\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#11-Annotations en cl\u00e9 d&rsquo;auteur<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":63,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-20008","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20008","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/63"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20008"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20008\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20008"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20008"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20008"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}