{"id":200300,"date":"2025-10-25T19:22:08","date_gmt":"2025-10-25T17:22:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=200300"},"modified":"2025-10-26T08:07:53","modified_gmt":"2025-10-26T07:07:53","slug":"histoire-06-deja-vous-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-06-deja-vous-1\/","title":{"rendered":"#histoire #06 | D\u00e9j\u00e0-vous (2)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"461\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/1000024400-1024x461.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-200302\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/1000024400-1024x461.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/1000024400-420x189.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/1000024400-768x346.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/1000024400-1536x691.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/1000024400-2048x922.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Avant m\u00eame de sortir de la gare, dans les bribes de conversations des voyageurs rassemblant leurs affaires pour aller s\u2019entasser trop t\u00f4t dans l\u2019escalier comme si cela avait assez dur\u00e9 ou que la porte n\u2019allait nous laisser qu\u2019un passage de quelques secondes pour gagner le quai, d\u00e9j\u00e0 j\u2019entendais quelque chose d\u2019indubitablement familier. Pas un accent, non, rien d\u2019aussi franchement reconnaissable\u2026 Quelque chose de mon \u00e2ge, dans l\u2019\u00e2ge de cette compagnie de corridor, pas dans le chiffre de mes ann\u00e9es, pas une promotion de conscrits, plut\u00f4t un environnement g\u00e9n\u00e9rationnel, mais l\u00e0 encore c\u2019est aller un peu vite en besogne et je ne dis rien de ce qui se passait \u2014 sous mes yeux davantage qu\u2019en moi-m\u00eame \u2014. Dans les coupes de cheveux soign\u00e9es, les chaussures solides, les v\u00eatements chauds pour l\u2019automne retors \u2014 qui s\u00e9vit dans les montagnes en mauvais plaisantin, en petit diable adorable et \u00e9puisant \u2014, jusque dans la tranquillit\u00e9 des phrases, je reconnaissais que j\u2019\u00e9tais revenue non seulement au lieu, mais au temps, \u00e0 tous les temps de ce pays qui se sont agr\u00e9g\u00e9s en moi depuis l\u2019enfance. Mais c\u2019est en approchant du centre-ville, sur le point de traverser une premi\u00e8re fois la Leysse, quelques minutes plus tard \u00e0 peine, qu\u2019une voiture a ralenti et, baissant la vitre, le conducteur m\u2019a lanc\u00e9 : \u00ab N\u2019insistez pas, madame, je n\u2019ai pas le temps de vous parler \u00bb avant de continuer sa route et l\u2019\u00e9change, si bref, n\u2019a pas permis que son visage d\u00e9mente la jeunesse de sa voix, de sa voix autrefois bien-aim\u00e9e et pour toujours, je le constatai alors. J\u2019ai h\u00e9sit\u00e9, une seconde, \u00e0 ouvrir la porte et \u00e0 monter en passag\u00e8re, mais l\u2019infime indication du contraire \u2014 l\u00e9ger mouvement du buste d\u2019un danseur de tango \u2014 a suffi \u00e0 le faire filer. Ce qui avait commenc\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re floue de ces longues brumes que l\u2019octobre attache en m\u00e8ches flottantes aux flancs des montagnes \u2014 rubans de f\u00eate aux harnais des chevaux \u2014, cette impression vaporeuse des alentours, le timide b\u00e9gaiement d\u2019un d\u00e9j\u00e0-vu, s\u2019est trouv\u00e9 catalys\u00e9 en lame par cette voix d\u2019un autre temps et si semblable \u00e0 celui-ci \u2014 l\u2019automne d\u00e9j\u00e0, la ville d\u00e9j\u00e0, et ces m\u00eames personnages qui se croisent sans forc\u00e9ment s\u2019arr\u00eater puisqu\u2019un autre rendez-vous pr\u00e9existe entre eux, \u00e0 la vie \u00e0 la mort \u2014. D\u00e8s lors, dans les rues, les boutiques, au caf\u00e9 o\u00f9 je m\u2019arr\u00eate \u00e0 chaque retour, sans y avoir d\u2019autre attache que cette r\u00e9cente habitude, chaque personne crois\u00e9e est une personne de connaissance, perdue de vue, oubli\u00e9e, mais dont le visage plus \u00e2g\u00e9 me dit ce m\u00eame quelque chose. Je m\u2019attends \u00e0 \u00eatre reconnue \u00e0 chaque fois et je crois que je le suis, comme une qui a \u00e9t\u00e9 d\u2019ici, qui a \u00e9t\u00e9 ici et qui ressemble \u00e0 d\u2019autres, \u00e0 toutes les \u00e9trang\u00e8res famili\u00e8res. \u00a0Quelque chose perdure. Le d\u00e9j\u00e0-vu est pass\u00e9 au carr\u00e9. Un petit gar\u00e7on d\u00e9licatement roux s\u2019approche de la terrasse mouill\u00e9e avec son grand-p\u00e8re qui peine \u00e0 trouver l\u2019entr\u00e9e, il dit : \u00ab On s\u2019est tromp\u00e9 de porte \u00bb. Puis, assis, les pieds dans le vide devant un lait-fraise : \u00ab Le man\u00e8ge, y marche plus \u00bb. Et j\u2019entends, enfin, que cette incessante lecture du pr\u00e9sent qui fait toute l\u2019occupation de l\u2019enfance est une pratique de la langue, une r\u00e9p\u00e9tition, un entra\u00eenement \u00e0 l\u2019exercice impossible de dire le monde avec des mots. Ce qui en est affich\u00e9, \u2014 et quel profond myst\u00e8re d\u00e9j\u00e0 que la fronti\u00e8re transparente de la vitrine qui laisse voir l\u2019int\u00e9rieur du caf\u00e9, vide presque \u00e0 cette heure, n\u2019\u00e9tait deux esseul\u00e9s par habitude, et le reflet du man\u00e8ge \u00e0 l\u2019arr\u00eat, couvert d\u2019une b\u00e2che \u00e0 l\u2019image des chevaux de bois qu\u2019elle dissimule \u00e0 l\u2019avidit\u00e9 de l\u2019enfant\u2026 \u2014 et ce qui est plus encore impossible encore \u00e0 dire\u00a0: ce qui traverse et dont la fugacit\u00e9 nous ravage et nous enchante d\u2019un m\u00eame coup.<br><br><\/li>\n\n\n\n<li>En traversant la Leysse une seconde fois, par le Pont de Serbie dont je ne me souvenais pas avoir jamais su le nom et qui pourtant semblait le fr\u00e8re de celui qui, \u00e0 Sofia, m\u00e8ne vers cet h\u00f4tel dans la derni\u00e8re ligne droite de la gare, mais sans les quatre lions qui ornent fi\u00e8rement les angles du pont bulgare, bien qu\u2019il n\u2019enjambe lui aussi qu\u2019une rivi\u00e8re et non un fleuve, je suis arr\u00eat\u00e9e net par la rutilance de la vigne folle qui explose \u00e7\u00e0 et l\u00e0 dans le vert satur\u00e9 des berges flanquant l\u2019eau grise et rapide des pluies des derniers jours. Il y a, dans un carton qui ne s\u2019est pas compl\u00e8tement perdu, un cahier o\u00f9 une exp\u00e9rience semblable est transcrite, maladroitement. Exp\u00e9rience \u2014 c\u2019est le mot juste, et il appara\u00eet dans toute sa graphie, \u00e9crit comme sur une \u00e9tiquette, l\u2019\u00e9tiquette du fameux cahier aux maladresses, avec la m\u00eame encre d\u00e9lav\u00e9e et les lettres rondes \u00e0 peine d\u00e9gourdies de l\u2019enfance \u2014 exp\u00e9rience, oui, dont la ville, l\u2019automne et moi-m\u00eame sont les invariants \u2014 et aussi cette voix de jeune homme par la fen\u00eatre de la voiture d\u2019un homme mur \u00e0 pr\u00e9sent, pareille \u00e0 cette vigne sans fruit, cette voix pure, mais gaie et craquante, un feu de brindilles s\u00e8ches, et qui marche avec moi depuis que je suis de retour \u2014. Le temps est frais et doux, tout ensemble. De l\u2019air froid qu\u2019on devine aux lointains sommets blancs, seule l\u2019acuit\u00e9 nous parvient et de la moindre feuille aux montagnes alentour, le dessin de chaque chose se d\u00e9tache de son fond. Ainsi aiguis\u00e9s, nos yeux peuvent sans peur s\u2019ouvrir en grand pour voir profond\u00e9ment. Dans le cahier, un moment d\u2019automne dans le parc a \u00e9t\u00e9 not\u00e9. Est-ce uniquement gr\u00e2ce \u00e0 cela que le jaune m\u2019en est rest\u00e9 en m\u00e9moire, plus important que tout ce qui a pu se passer dans la ville durant cette ann\u00e9e-l\u00e0 et par la suite, contaminant les souvenirs de chaque retour ? J\u2019ai march\u00e9 depuis la gare et la ville telle qu\u2019elle \u00e9tait m\u2019apparaissait aussi clairement que ses mutations successives et la permanence de ses pierres dans leurs tentatives de r\u00e9pondre aux montagnes environnantes par leurs \u00e9difices, beaux ou laids, irr\u00e9m\u00e9diablement fragiles. J\u2019ai laiss\u00e9 le jaune du parc de la jeunesse derri\u00e8re moi, en une longue tra\u00eene de feuilles, et je suis arriv\u00e9e au brasillement sauvage du rouge qui n\u2019existe qu\u2019avec ce vert, presque fluorescent malgr\u00e9 le ciel plomb\u00e9. Les couleurs n\u2019ont plus besoin de lumi\u00e8re. C\u2019est une conversation qu\u2019il faudrait avoir avec un \u00e9clairagiste, mais comment dire qu\u2019il y a plus d\u2019amour sur ces berges que dans toute ma vie\u00a0?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>(&#8230;)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mais c\u2019est en approchant du centre-ville, sur le point de traverser une premi\u00e8re la Leysse, quelques minutes plus tard \u00e0 peine qu\u2019une voiture a ralenti et, baissant la vitre, le conducteur m\u2019a lanc\u00e9 : \u00ab N\u2019insistez pas, madame, je n\u2019ai pas le temps de vous parler \u00bb avant de continuer sa route et l\u2019\u00e9change, si bref, n\u2019a pas permis que son visage d\u00e9mente la jeunesse de sa voix <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-06-deja-vous-1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#histoire #06 | D\u00e9j\u00e0-vous (2)<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":200302,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7812,7863],"tags":[3925,7865,3545,4241,676,7864],"class_list":["post-200300","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","category-histoire-06-reves-avec-promenade-personnage","tag-automne","tag-manege","tag-nuancier","tag-ponts","tag-train","tag-transports"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200300","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=200300"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200300\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":200385,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200300\/revisions\/200385"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/200302"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=200300"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=200300"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=200300"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}