{"id":200471,"date":"2025-10-27T21:13:36","date_gmt":"2025-10-27T20:13:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=200471"},"modified":"2025-10-28T07:57:26","modified_gmt":"2025-10-28T06:57:26","slug":"06-histoire-promenades-avec-claire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/06-histoire-promenades-avec-claire\/","title":{"rendered":"#histoire #06 | Promenades avec Claire"},"content":{"rendered":"\n<p>Premi\u00e8re promenade<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019automne installait ses rousseurs. Nous d\u00e9cid\u00e2mes de marcher le long du canal sur l\u2019ancien chemin de halage, am\u00e9nag\u00e9 pour les randonneurs \u00e0 pied ou \u00e0 bicyclette. Le sol y est plat et Claire manquait encore d\u2019assurance pour fouler un terrain accident\u00e9. Elle avait troqu\u00e9 sa canne anglaise pour un b\u00e2ton de marche, acquis lors d\u2019un ancien cheminement vers Saint Jacques de Compostelle, et s\u2019accrocha \u00e0 mon bras. Nos premiers pas furent courts, prudents. Claire avan\u00e7ait un pied, s\u2019assurait qu\u2019il \u00e9tait bien pos\u00e9, droit devant. Elle prenait alors r\u00e9solument appui sur lui, avant d\u2019oser soulever l\u2019autre et de le porter en avant du premier. Son b\u00e2ton la s\u00e9curisait. L\u2019assurance lui venant, la taille de ses pas s\u2019agrandissant, nous atteign\u00eemes un banc. J\u2019aidai Claire \u00e0 se plier pour s\u2019asseoir et pris place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle. Nous repr\u00eemes haleine et devis\u00e2mes gentiment sur les couleurs des feuilles des platanes, qui bordent les deux rives du canal. Elles avaient commenc\u00e9 \u00e0 virer au jaune. Le soleil, encore haut en ce d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, les caressait, les dorait en transparence, les faisait miroiter. Elles frissonnaient au l\u00e9ger vent. Nous \u00e9coutions leur murmure, trop heureux que leurs chuchotements nous \u00e9vitent de parler de ce qui, nous le savions, nous pr\u00e9occupait l\u2019un et l\u2019autre. Le retour vers la voiture fut laborieux et silencieux. Claire \u00e9tait fatigu\u00e9e, ou triste, ou les deux.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me promenade<\/p>\n\n\n\n<p>La marche de Claire s\u2019\u00e9tant nettement am\u00e9lior\u00e9e, nous chemin\u00e2mes jusqu\u2019\u00e0 la maison \u00e9clusi\u00e8re qui faisait guinguette. La temp\u00e9rature \u00e9tait encore douce, bien que la saison avan\u00e7\u00e2t. Une brume l\u00e9g\u00e8re montait du canal, pr\u00e9misses des brouillards de l\u2019hiver. Les rayons bas du soleil la nimbaient par en dessous. Dor\u00e9e au niveau de l\u2019eau, elle blanchissait en montant avant de se dissoudre dans les feuillages jaunes et bruns des platanes. Le rouge sang d\u2019un sumac vivifiait le d\u00e9cor. Nous nous install\u00e2mes dehors et pass\u00e2mes commande\u00a0: th\u00e9 de Chine fum\u00e9 pour Claire, th\u00e9 vert pour moi.\u00a0\u00ab\u00a0Le canal sera bient\u00f4t cur\u00e9, nous expliqua notre h\u00f4tesse. On trouvera, une fois de plus, toutes sortes de choses sur son fond\u00a0: r\u00e9frig\u00e9rateurs, bicyclettes\u2026 Que fera-t-on faire des poissons\u00a0? D\u00e9placer les petits ne pr\u00e9sente pas une difficult\u00e9 insurmontable, mais les gros, les silures\u00a0? Car figurez-vous qu\u2019il y a d\u00e9sormais des silures dans le canal lat\u00e9ral \u00e0 la Garonne et qu\u2019ils sont \u00e9normes\u00a0!\u00a0\u00bb Une p\u00e9nichette passa, qui fit diversion. Son pilote nous gratifia d\u2019un \u00e9l\u00e9gant coup de chapeau. Fut-ce le canal ou la p\u00e9niche\u00a0? Nous parl\u00e2mes de Georges Simenon. C\u2019\u00e9tait un terrain glissant. D\u2019un accord commun et tacite nous change\u00e2mes le cours de notre conversation. Nous nous s\u00e9par\u00e2mes paisiblement.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8me promenade<\/p>\n\n\n\n<p>Elle eut lieu un dimanche de printemps. Une fois encore, nous pr\u00eemes les bords du canal et nous arr\u00eat\u00e2mes \u00e0 notre guinguette pour d\u00e9jeuner. L\u2019air \u00e9tait ti\u00e8de sous un ciel laiteux, quand, brusquement, le soleil per\u00e7a ce blanc et se braqua sur notre table. Les verres se mirent \u00e0 \u00e9tinceler, la main de Claire, dont les contours se firent plus nets sur le rouge de la nappe, sembla plus assur\u00e9e. Je levai les yeux, avide de lire l\u2019effet de cette subite lumi\u00e8re sur mon amie. Allait-elle enfin aborder le sujet qui occupait nos pens\u00e9es&nbsp;? Je la vis h\u00e9siter&nbsp;: son front se fron\u00e7a, ses l\u00e8vres s\u2019entrouvrirent. Elle renon\u00e7a. Tout redevint tranquille dans sa physionomie. Ses yeux, qui avaient vir\u00e9 au gris, reprirent le bleu que je leur connaissais entre les bandeaux de ses cheveux cendr\u00e9s. Ses joues gard\u00e8rent un petit moment le rose de l\u2019\u00e9motion. Je respectai son trouble. Je me dis, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, qu\u2019elle m\u2019\u00e9tait de plus en plus ch\u00e8re. Nos interrogations, que je savais communes, \u00e9taient gages d\u2019une affection durable. L\u2019heure de nous en ouvrir l\u2019un \u00e0 l\u2019autre n&rsquo;\u00e9tait toujours pas venue. Nos confidences port\u00e8rent sur les charmes de l\u2019automne et sur le contenu de nos assiettes. Cela suffit ce jour-l\u00e0 \u00e0 notre complicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatri\u00e8me promenade<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est bien un endroit o\u00f9 marcher dans la touffeur de l\u2019\u00e9t\u00e9, c\u2019est sur les bords du canal&nbsp;; ils sont ombrag\u00e9s. Je n\u2019avais pas os\u00e9, ce jour-l\u00e0, proposer une promenade \u00e0 Claire, craignant qu\u2019elle accept\u00e2t de m\u2019accompagner dans le seul but de me faire plaisir. Cette id\u00e9e ne me plaisait pas. Je m\u2019y rendis donc seul. Ma d\u00e9ambulation fut lente et contemplative. Quand, arriv\u00e9 \u00e0 la guinguette, je trouvai Claire install\u00e9e \u00e0 notre table habituelle. Ce hasard en \u00e9tait-il un&nbsp;? Mes pas m\u2019avaient port\u00e9 vers elle, qui, sans que je le sache, m\u2019attendait. L\u2019amiti\u00e9 est chose myst\u00e9rieuse. \u00c0 la d\u00e9couvrir l\u00e0, sous son chapeau de paille, dans sa robe d\u2019un bleu franc qui allait si bien \u00e0 la d\u00e9termination de son regard, \u00e0 son sourire ineffable, je sus que le moment \u00e9tait arriv\u00e9. Elle \u00e9tait pr\u00eate. C\u2019\u00e9tait \u00e0 elle de mettre sur le tapis la premi\u00e8re carte. C\u2019est ce qu\u2019elle fit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premi\u00e8re promenade L\u2019automne installait ses rousseurs. Nous d\u00e9cid\u00e2mes de marcher le long du canal sur l\u2019ancien chemin de halage, am\u00e9nag\u00e9 pour les randonneurs \u00e0 pied ou \u00e0 bicyclette. Le sol y est plat et Claire manquait encore d\u2019assurance pour fouler un terrain accident\u00e9. 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