{"id":200496,"date":"2025-10-28T11:02:29","date_gmt":"2025-10-28T10:02:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=200496"},"modified":"2025-10-30T11:22:06","modified_gmt":"2025-10-30T10:22:06","slug":"histoire-06-liliana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-06-liliana\/","title":{"rendered":"#histoire #06 | Liliana"},"content":{"rendered":"\n<p>Alors que les cloches carillonnaient sans tenir compte du silence o\u00f9 ce que je lisais m\u2019avait calfeutr\u00e9, totalement clo\u00eetr\u00e9 dans un monde qui n\u2019existe probablement pas, je levai les yeux de mon livre, <em>comme du fond d\u2019un puits, <\/em>et je vis sa silhouette venir de la <em>calle Barbaria delle Tolle <\/em>et se diriger vers <em>Fondamenta dei Mendican<\/em>ti qui longe les b\u00e2timents de l\u2019h\u00f4pital.L\u2019ai-je r\u00eav\u00e9 ou imagin\u00e9, mais il me sembla qu\u2019elle avait jet\u00e9 un regard dans ma direction, comme une invitation \u00e0 la suivre, ce que, apr\u00e8s une seconde d\u2019h\u00e9sitation, j\u2019entrepris de faire en me murmurant que bien s\u00fbr, c\u2019\u00e9tait elle, la femme du livre que j\u2019\u00e9tais en train de lire, et que j\u2019allais sans doute me r\u00e9veiller, reprendre mes esprits, mais que pour l\u2019instant il n\u2019y avait pas \u00e0 h\u00e9siter et que je devais la suivre. Nous arriv\u00e2mes sur <em>Fondamenta Nuove,<\/em> face \u00e0 l\u2019\u00eele <em>San Michele<\/em>, l\u2019\u00eele des morts. Quand je dis nous arriv\u00e2mes, en r\u00e9alit\u00e9 je me retrouvai seul \u00e0 contempler le nord de la lagune et son \u00eele aux cypr\u00e8s et aux ifs, mais elle, elle n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour de pluie, comme il en existe \u00e0 Venise comme ailleurs, lorsque la pierre blanche r\u00e9verb\u00e8re ce qu\u2019elle ne peut plus cacher, elle, que je nommais Liliana, marchait sous son parapluie, \u00e9vitant de marcher sur des plumes de pigeons coll\u00e9es sur le pav\u00e9 et les quelques flaques o\u00f9 se refl\u00e9tait une des pattes du cheval du <em>Colleoni<\/em>, et cela lui donnait un air de danseuse, ou plut\u00f4t d\u2019une apparition, elle, que je m\u2019\u00e9tais enclin \u00e0 suivre comme en un songe. Je restais trois pas derri\u00e8re elle, guidant mon pas sur son pas, ma d\u00e9marche sur la sienne, et poursuivais cette sorte d\u2019errance dont je compris rapidement qu\u2019elle lui \u00e9tait coutumi\u00e8re et qui ne pouvait que me plaire.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait dans une <em>calle<\/em> \u00e0 l\u2019abri du vent qui cet apr\u00e8s-midi avait d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019engouffrer un peu partout, je ne savais plus trop o\u00f9 on \u00e9tait, et aurais beaucoup de mal \u00e0 retrouver l\u2019itin\u00e9raire plus tard, lorsque je souhaiterai y retourner, sans elle. Mais Liliana avan\u00e7ait avec \u00e9nergie et je tentais juste de ne pas perdre sa trace, lorsque je la vis s\u2019engouffrer dans une libraire, dont j\u2019ai su plus tard qu\u2019elle \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e, au nom \u00e9vocateur de <em>Acqua alta, <\/em>et elle se mit \u00e0 fouiner dans les \u00e9tals, dont un morceau de gondole \u00e9tait le support. Je me mis moi aussi \u00e0 regarder d\u2019un peu plus pr\u00e8s les livres qui patientaient, et dans ces moments d\u2019inattention o\u00f9 le regard est accapar\u00e9 par quelque chose de plus important que ce pourquoi on \u00e9tait l\u00e0, un chat se faufila entre les livres, car ce lieu \u00e9tait le domaine des livres mais aussi des chats, ce qui me fit faire un pas de c\u00f4t\u00e9, un recul sensible derri\u00e8re une \u00e9tag\u00e8re, pendant ce court laps de temps, elle s\u2019\u00e9tait \u00e9vapor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Appuy\u00e9 contre un mur, je regardais la nuit qui commen\u00e7ait de recouvrir les toits. Je n\u2019avais pas envie de rentrer dans le petit appartement que j\u2019occupais tout pr\u00e8s de cette place qui m\u2019attirait comme un aimant. Les passants devenaient plus rares, les lampadaires murmuraient la lumi\u00e8re comme s\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas certains du r\u00f4le qui leur \u00e9tait assign\u00e9, et j\u2019entendis son pas, reconnaissable entre tous, qui donnait le signal d\u2019une nouvelle errance entre ces murs d\u00e9cr\u00e9pits. Malgr\u00e9 la fatigue du jour, je me glissais derri\u00e8re elle et j\u2019eus la certitude qu\u2019elle avait conscience de ma pr\u00e9sence et que m\u00eame cela semblait l\u2019amuser. Elle ralentissait son pas lorsque je me tenais \u00e0 une distance o\u00f9 j\u2019aurais pu perdre sa trace. Je n\u2019avais encore jamais emprunt\u00e9 ces ruelles, et n\u2019avais aucune id\u00e9e du lieu o\u00f9 Liliana pouvait bien m\u2019entra\u00eener. Nos pas r\u00e9sonnaient et m\u2019auraient presque fait peur. Deux hommes accoud\u00e9s au parapet d\u2019un pont ne relev\u00e8rent la t\u00eate qu\u2019\u00e0 mon seul passage. Au croisement de deux ruelles, dont l\u2019une d\u00e9bouchait sur un <em>rio<\/em>, Liliana disparut, me laissant seul avec le clapotis de l\u2019eau qui venait d\u2019\u00eatre remu\u00e9e. Mon dos se colla contre le mur avec l\u2019envie de pleurer.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le <em>campo San Zanipolo<\/em> totalement d\u00e9sert, elle et moi nous retrouvons, je tenterais presque de fuir, mais je d\u00e9cide de partir le premier en direction de la <em>calle Barbaria delle tolle, <\/em>d\u2019un pas le plus naturel qu\u2019il est possible de mettre en place, sans oser me retourner bien \u00e9videmment, donc on va dire d\u2019un pas assur\u00e9. Je progresse ainsi jusqu\u2019\u00e0 une minuscule place dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom mais o\u00f9 crie un perroquet de temps \u00e0 autre pr\u00e8s d\u2019une fen\u00eatre, mais aujourd\u2019hui il reste muet, et je poursuis mon chemin par une ruelle qui conduit \u00e0 un pont que je franchis sans h\u00e9sitation et je me dirige vers la gauche puis imm\u00e9diatement sur la droite et me retrouve face \u00e0 l\u2019\u00e9glise de <em>San Francesco della vigna<\/em>. De ce que j\u2019entends, elle me suit, car un pas r\u00e9sonne haut et clair. Je n\u2019entre pas dans l\u2019\u00e9glise, mais comme presque chaque jour, j\u2019entre dans le premier clo\u00eetre dont je fais le tour scrupuleusement de gauche \u00e0 droite, et lorsque je suis sur la trav\u00e9e oppos\u00e9e \u00e0 celle par o\u00f9 je suis entr\u00e9 je sais que c\u2019est elle qui, \u00e0 son tour, est entr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que les cloches carillonnaient sans tenir compte du silence o\u00f9 ce que je lisais m\u2019avait calfeutr\u00e9, totalement clo\u00eetr\u00e9 dans un monde qui n\u2019existe probablement pas, je levai les yeux de mon livre, comme du fond d\u2019un puits, et je vis sa silhouette venir de la calle Barbaria delle Tolle et se diriger vers Fondamenta dei Mendicanti qui longe les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-06-liliana\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#histoire #06 | Liliana<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":75,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7812,7863],"tags":[9],"class_list":["post-200496","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-histoire-06-reves-avec-promenade-personnage","tag-venise"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200496","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/75"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=200496"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200496\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":200615,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200496\/revisions\/200615"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=200496"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=200496"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=200496"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}