{"id":201161,"date":"2025-11-15T01:32:45","date_gmt":"2025-11-15T00:32:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=201161"},"modified":"2025-11-15T01:47:33","modified_gmt":"2025-11-15T00:47:33","slug":"histoire-08-de-haut-en-bas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-08-de-haut-en-bas\/","title":{"rendered":"# HISTOIRE 08 # De haut en bas"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>ACTE 1&nbsp;: Je suis de retour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fen\u00eatres allum\u00e9es. Travers\u00e9e d\u2019un jardinet au c\u0153ur d\u2019une cit\u00e9. T\u00eate en arri\u00e8re tendue vers le lointain balcon du treizi\u00e8me \u00e9tage. Mes pieds avancent seuls. Quelques ombres fuyantes longent les recoins en cette fin de journ\u00e9e d\u2019hiver. Me souvient ces silhouettes des caves o\u00f9 enfant je jouais \u00e0 cache-cache. Derri\u00e8re les poubelles, le moindre bruissement me tenait le c\u0153ur en haleine. Je d\u00e9sirais cette peur. Des tuyauteries au loin dans la lumi\u00e8re blafarde des n\u00e9ons, se muaient en robots mena\u00e7ants ou chevaliers \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e sortie d\u2019un fourreau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019entr\u00e9e de l\u2019immeuble a l\u2019odeur acre de produits d\u2019entretien recouvrant la poussi\u00e8re incrust\u00e9e. Combien de gens vivent encore l\u00e0, ou, comme moi n\u2019y vivent plus depuis longtemps ? J\u2019entends le tohu-bohu des allers-retours de ces honn\u00eates gens, spectres encore vivants, quidams d\u2019habitants, plombiers, serruriers, livreurs, personnels infirmiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>ACTE 2&nbsp;: Je suis de retour. N\u2019en reviens pas.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je cohabite dans la cabine d\u2019ascenseur avec une femme middle age, qui en entrant, fait rouler adroitement son caddy en marche arri\u00e8re, puis se tourne vers la porte en vue d\u2019en ressortir au plus vite. De sa main libre, elle presse le bouton transparent du troisi\u00e8me \u2013 lequel je remarque, est creus\u00e9 telle une marche d\u2019escalier vieillie \u00e0 force de pas altiers ou fatigu\u00e9s. De l\u2019autre main, elle tient fermement son chien en laisse\u00a0: \u00ab\u00a0Assis Chausson\u00a0\u00bb lui chuchote-t-elle, tandis que l\u2019habitacle commence son ascension. La queue basse, Chausson aboie avec hargne et me fixe de ses sales petits yeux enfouis dans sa frange ridicule. \u00ab\u00a0Assis Chausson\u00a0! Assis\u00a0!\u00a0\u00bb r\u00e9p\u00e8te la dame d\u2019une voix qui fait mine d\u2019aimer sa b\u00eate. Il s\u2019assoit, me regarde de plus belle, gronde, se rel\u00e8ve. Se demande-t-il cet animal quasi \u00e9trangl\u00e9, qui je suis\u00a0? Sent-il d\u00e9gouliner de ma grande carcasse, ces gouttes de sueur coupables ? La lumi\u00e8re blanche de l\u2019ascenseur, clignote dans le miroir et mon visage froid et maladif s\u2019y fragmente. A mes oreilles, frottements sourds \u00e0 chaque alternance de murs et de portes, grincements vertigineux de c\u00e2bles pendus dessous la cabine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Epaule gauche plaqu\u00e9e contre le miroir du fond &#8211; me tenir debout co\u00fbte que co\u00fbte. Reflet peu glorieux de ma d\u00e9tresse noy\u00e9e. Je lance un \u0153il charbonneux sur mon portable, de l\u2019autre observe avec m\u00e9lancolie les quelques tiges de fenouil qui d\u00e9bordent du caddy de la dame middle age. Pourrait-elle aimer la vieille recette de ma m\u00e8re&nbsp;? Je me retiens de la lui souffler, une intimit\u00e9 qui n\u2019aurait pas lieu d\u2019\u00eatre dans ce carr\u00e9 ridicule avec ce cabot au bord de la crise de nerf. L\u2019ascenseur arr\u00eate sa course au troisi\u00e8me comme pr\u00e9vu. Sans se retourner, la dame pousse la porte puis son caddy &#8211; cette fois vers l\u2019avant \u2013 murmure un \u00ab&nbsp;bonsoir&nbsp;\u00bb sans relief, puis invective \u00e0 nouveau le Chausson suffoquant d\u2019un&nbsp;: \u00ab&nbsp;Allez, on y va&nbsp;!&nbsp;\u00bb. La porte se referme en grin\u00e7ant. Le cl\u00e9bard remue de la queue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Combien de fr\u00f4lements sans rencontres, de brefs dos \u00e0 dos dans l\u2019ordinaire de nos vies&nbsp;? Quel floril\u00e8ge d\u2019aboiements \u00e9touff\u00e9s, de murmures tourment\u00e9s&nbsp;dans les coulisses de nos c\u0153urs et de nos ventres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>ACTE 3&nbsp;: Je suis de retour. N&rsquo;en reviens pas. Sur l\u2019autre rive.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je reste l\u00e0 pantois, terrifi\u00e9 d\u2019appuyer sur le bouton translucide du num\u00e9ro 13, \u00e9tage perch\u00e9 au sommet de l\u2019immeuble. Retrouvailles suspendues, mes amours aux oubliettes, mon c\u0153ur morne m\u00e9t\u00e9o. L\u2019ascenseur astiqu\u00e9 repart sans que j\u2019en d\u00e9cide. S\u2019arr\u00eatera -t-il en chemin&nbsp;? Odeurs de paliers par petites vaguelettes. Je tente d\u2019en deviner les \u00e9pices, mais oublie vite. Le go up se poursuit. Panique. Appuyer sur le bouton alarme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Opacit\u00e9, images floues tout \u00e0 coup. Je sombre. L\u2019ascenseur monte, descend. Le p\u00e9rim\u00e8tre devient cellule, grincement, cliquetis de clefs, bruits sourds de portes qui se ferment une \u00e0 une, matons qui aboient. J\u2019ai peur. J&rsquo;\u00e9touffe. Le bouton 13 a tourn\u00e9 au rouge sang. Dans le miroir, champs et contre champ, je chute, me tords. Recroquevill\u00e9 en boule farouche, mon grand corps. A chaque seconde, \u00e7a explose. Lueurs obscures. Epiphanie glaciale, br\u00fblante, un hier d\u00e9pass\u00e9 dans le creux d\u2019un demain arrach\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Epilogue&nbsp;: Une trag\u00e9die en trois temps imparfaits<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Monsieur, Monsieur\u2026 Je ne comprends pas. J\u2019ai pourtant fait le n\u00e9cessaire. Monsieur, Monsieur, vous avez mal quelque part&nbsp;? Les pompiers vont arriver\u2026 Parlez-moi, je vous en prie. Vous alliez \u00e0 quel \u00e9tage&nbsp;? \u2026 Monsieur, Monsieur\u2026 Je suis vraiment d\u00e9sol\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teint. Le gardien affaiss\u00e9 sur le sol du palier de la cave, visage plaqu\u00e9 contre la porte \u00e9clat\u00e9e de l\u2019ascenseur, attend les secours. Des habitants tambourinent, l\u2019appellent de l\u00e0-haut. Il reconnait ces voix, celles du 13<sup>i\u00e8me<\/sup>.&nbsp;A mal \u00e0 ses entrailles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ACTE 1&nbsp;: Je suis de retour Fen\u00eatres allum\u00e9es. Travers\u00e9e d\u2019un jardinet au c\u0153ur d\u2019une cit\u00e9. T\u00eate en arri\u00e8re tendue vers le lointain balcon du treizi\u00e8me \u00e9tage. Mes pieds avancent seuls. Quelques ombres fuyantes longent les recoins en cette fin de journ\u00e9e d\u2019hiver. Me souvient ces silhouettes des caves o\u00f9 enfant je jouais \u00e0 cache-cache. 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