{"id":2027,"date":"2019-06-20T15:48:44","date_gmt":"2019-06-20T13:48:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=2027"},"modified":"2019-07-07T16:41:21","modified_gmt":"2019-07-07T14:41:21","slug":"poupees-russes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/poupees-russes\/","title":{"rendered":"Poup\u00e9es russes"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/P1010101-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2028\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/P1010101-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/P1010101-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/P1010101-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>On commence le nez coll\u00e9 dessus, nues sur un sol de chair,\nqui nous englobe, dans cette position de petites parmi les petites poup\u00e9es\nrusses, comme si on nous avait d\u00e9pos\u00e9es dans un objet en bois, peut-\u00eatre un\ncheval \u00e0 bascule ou un escalier en merisier ou un violon d&rsquo;Ingres, ou peut-\u00eatre\nencore qu&rsquo;on nous a encastr\u00e9es directement dans l&rsquo;arbre, prot\u00e9g\u00e9es par\nl&rsquo;\u00e9corce, encercl\u00e9es par les cernes de vie, les essences, les \u00e9chardes&#8230;\nminuscules parmi les minuscules avec la main sur le cordon, qui est \u00e0 la fois\ntube digestif, le premier lien, un frein \u00e0 main et la corde du pendu; et le sol\n\u00e9tait en mouvement comme sables mouvants et les pieds avan\u00e7aient toujours mieux\nnus, eux aussi, tant\u00f4t sur des sols solides ou mobiles, des sols dessin\u00e9s \u00e0 la\nmain, des sols dans lesquels enterrer ses souliers, comme une promesse de\nnon-retour, un aveu, un vouloir rester l\u00e0-bas, l\u00e0 o\u00f9 la terre est rouge, o\u00f9 la\npoussi\u00e8re s&rsquo;agglutine autour des chevilles, se colle \u00e0 la peau \u00e0 la mani\u00e8re\nd&rsquo;une famille, nous assi\u00e8ge aussi longtemps qu&rsquo;on ne retrouve pas l&rsquo;eau et les\ncarrelages bigarr\u00e9s du hammam, qui est essentiellement ruissellement dans les\nbrumes, vapeurs sur les corps nus des femmes, qui n&rsquo;ont plus ni pudeur ni\nna\u00efvet\u00e9, que la force d&rsquo;exfolier en chantant dans ce nouveau bapt\u00eame de\nlucidit\u00e9 des sens, de frotter avec le savon noir les pieds cass\u00e9s, et ses\nchants qui laissent un arri\u00e8re-gout de sable dans la bouche, les grains qu&rsquo;on\nn&rsquo;arrive pas \u00e0 avaler, tandis que toute la terre rouge se m\u00e9lange \u00e0 l&rsquo;eau et\ns&rsquo;\u00e9coule en rigoles vers le drain, avec le soutien des mains et des caresses\nmaternelles de parfaites inconnues; pleurer d&rsquo;avoir la conscience qu&rsquo;aucune\nautre terre ne collera \u00e0 nous aussi intimement, parce que nulle part ailleurs y\na-t-il si grande collection d&rsquo;humains entass\u00e9s dans le sable (au m\u00eame moment,\nse rem\u00e9morer l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une boutique aux \u00celes de la Madeleine, o\u00f9 tr\u00f4nait\nune petite \u00e9tag\u00e8re remplie de fioles qui contenaient des sables de partout, des\nsables de toutes les couleurs, et de petites \u00e9tiquettes sur les bouteilles avec\nles noms des lieux d&rsquo;origine des contenus pour nous faire voyager, des\ntablettes qui s&rsquo;\u00e9talaient comme des plages devant les yeux, une impression de\nbiblioth\u00e8que de sols ou d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une boule en verre d\u00e9corative\nqu&rsquo;on agiterait aussit\u00f4t le vent lev\u00e9, une boule berc\u00e9e pour permettre \u00e0 tous\nles sables de venir s&rsquo;\u00e9chouer sur nos \u00e9paules vout\u00e9es, nos \u00e9paules couvertes,\nensevelies, comme des roches muettes); les pieds avan\u00e7aient tant\u00f4t sur des\npelouses gorg\u00e9es de ros\u00e9e, des sols clout\u00e9s comme des tapis de fakir, des sols\nbr\u00fblants de pierre, des sols trou\u00e9s, perfor\u00e9s, remplis de failles \u00e0 colmater\nd&rsquo;or en \u00e9bullition, des sols sur lesquels on se couche pour se rappeler l&rsquo;odeur\nde la terre humide, sur le dos, avec une main qui console l&rsquo;herbe drue, et les\ndraps qui volent au vent sur les cordes \u00e0 linge comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait,\nmultiplier les points de contact avec le sol pour se souvenir d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on vient\net o\u00f9 l&rsquo;on retournera, se leurrant d&rsquo;inventer des micro-racines pour apaiser\nses vertiges, allong\u00e9e en respirant, apeur\u00e9e mais concentr\u00e9e sur la vague qui\nfait monter et descendre le ventre, attendant d&rsquo;\u00eatre expurg\u00e9e de ses\ninsatisfactions, de ses appr\u00e9hensions, de ses boules dans la gorge, seules\nconstantes dans une vie pas <em>ground\u00e9e<\/em> du tout, une main sur le c\u0153ur pour\ns&rsquo;assurer qu&rsquo;il ne sauve pas, le dos sur le sol, le corps couch\u00e9, l&rsquo;air\npaisible, l&rsquo;air de rien, malgr\u00e9 toute l&rsquo;agitation interne; et les pieds\navan\u00e7aient en martelant des sols qui invoquaient des pas de danses, des sols en\nterre cuite, des sols pour rouler, pour manger de la route, des sols dans\nlesquels tout pousse et meurt, le plancher d&rsquo;un bateau sur lequel voguent et\ntanguent des passagers, dans un paysage ceintur\u00e9 de montagnes, avec des\npoissons morts qui flottent \u00e0 la surface d&rsquo;une eau grise, o\u00f9 chacun porte des\nv\u00eatements tiss\u00e9s de motifs aux couleurs vives, l&rsquo;odeur d&rsquo;essence pourrait\nincommoder \u00e0 la longue, il faudra faire attention en d\u00e9barquant pour ne pas\ntituber hors du quai et tomber&#8230; au milieu des voyageurs assis \u00e0 m\u00eame le sol,\nun cercueil en bois, l&rsquo;artisan qui l&rsquo;a fabriqu\u00e9 l&rsquo;a port\u00e9 jusqu&rsquo;ici sur son\ndos. Au milieu du bateau et des voyageurs interdits, un cercueil assoupi.<\/p>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Les sols de Mathilde\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/343445059?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"563\" height=\"1000\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\"><\/iframe>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On commence le nez coll\u00e9 dessus, nues sur un sol de chair, qui nous englobe, dans cette position de petites parmi les petites poup\u00e9es russes, comme si on nous avait d\u00e9pos\u00e9es dans un objet en bois, peut-\u00eatre un cheval \u00e0 bascule ou un escalier en merisier ou un violon d&rsquo;Ingres, ou peut-\u00eatre encore qu&rsquo;on nous a encastr\u00e9es directement dans l&rsquo;arbre, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/poupees-russes\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Poup\u00e9es russes<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":91,"featured_media":2028,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"class_list":["post-2027","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2019-01-une-phrase-des-sols"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/91"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2027"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2027\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2028"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2027"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2027"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}