{"id":203052,"date":"2025-12-20T10:58:27","date_gmt":"2025-12-20T09:58:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=203052"},"modified":"2025-12-20T11:04:25","modified_gmt":"2025-12-20T10:04:25","slug":"histoire-12-orientations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-12-orientations\/","title":{"rendered":"#histoire #12 | orientations"},"content":{"rendered":"\n<p>Aller dans un h\u00f4tel est presque toujours l\u2019amorce d\u2019une aventure. Si elle ne l\u2019est pas, la trace s\u2019en efface aussit\u00f4t. Celui que je revisite mentalement se dresse \u00e0 un croisement de chemins impossible \u00e0 situer avec pr\u00e9cision sur une carte, une sorte de lieu flottant, \u00e0 la fois d\u00e9fini et pourtant introuvable. Il semble r\u00e9el, mon esprit l\u2019a assembl\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un puzzle, r\u00e9unissant des fragments de b\u00e2timents dispers\u00e9s \u00e0 travers plusieurs pays, et recompos\u00e9s en un seul espace \u2013\u2013 jusqu\u2019\u00e0 produire ce lieu mental o\u00f9 la m\u00e9moire devient \u00ab&nbsp;architexte&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un b\u00e2timent ancien, composite, une aile datant du XVIII e si\u00e8cle, l\u2019autre de la fin du XIX e si\u00e8cle. Une porte tournante en verre \u00e9pais semblant ne jamais cesser de tourner et rejetant avec lenteur les arrivants dans le hall d\u2019entr\u00e9e. Il est immense avec des miroirs amplifiant encore l\u2019espace et une horloge indiquant toujours la m\u00eame heure, midi ou minuit. Des plantes vertes luxuriantes l\u2019agr\u00e9mentent, des fauteuils \u00e9pais, et face \u00e0 l\u2019entr\u00e9e un comptoir de r\u00e9ception en verre rendant visibles des cartes mouvantes. Deux r\u00e9ceptionnistes \u2013\u2013 un homme d\u2019\u00e2ge m\u00fbr et une jeune femme \u2013\u2013 parlant \u00e0 voix basse mais distincte, tous deux souriants accueillent les voyageurs. Les informations utiles sont \u00e9chang\u00e9es, remise de la cl\u00e9, indication du num\u00e9ro de la chambre et de l\u2019\u00e9tage. L\u2019h\u00f4tel est vaste et b\u00e9n\u00e9ficie de toutes les orientations possibles&nbsp;: au sud la mer, au nord des montagnes, \u00e0 l\u2019ouest la ville, \u00e0 l\u2019est un parc. Une situation privil\u00e9gi\u00e9e permettant quand les disponibilit\u00e9s sont pr\u00e9sentes de choisir l\u2019orientation de la chambre selon son humeur. Mais je suis pr\u00eate \u00e0 tout accepter en cas d\u2019indisponibilit\u00e9, dormir dans une chambre exigu\u00eb, \u00e0 l\u2019\u00e9quipement spartiate dans les combles, voire dans un sous-sol humide dans les situations extr\u00eames. Il faut seulement demeurer l\u00e0 une nuit, un jour, davantage parfois.<\/p>\n\n\n\n<p>Accessible par un ascenseur lent d\u00e9bouchant sur un palier fleuri suivi de longs couloirs jamais rectilignes, les tapis changeant \u00e0 chaque tournant \u2013\u2013 un rouge sombre, un bleu indigo, un gris, un vert fonc\u00e9 \u2013\u2013 orient\u00e9e au sud, la chambre donne sur la mer et le phare. Des mouettes et des go\u00e9lands dessinent des arabesques dans le ciel en poussant des cris. S\u2019y diffuse une atmosph\u00e8re indolente charg\u00e9e de souffles chauds et d\u2019embruns sal\u00e9s. Sous les pieds un tapis us\u00e9, avec des motifs alt\u00e9r\u00e9s. Un lampadaire en bois avec un abat-jour en toile jaune dispense une lumi\u00e8re douce, deux lampes blanches au-dessus du grand lit souple recouvert d\u2019un tissu en coton aux motifs ethniques noir et blanc. Un petit bureau que je d\u00e9place d\u00e8s mon arriv\u00e9e sous la fen\u00eatre de mani\u00e8re \u00e0 travailler et \u00e0 contempler la mer. Des stores v\u00e9nitiens en lames de bois permettent le contr\u00f4le de la lumi\u00e8re. Ensuite dans un ordre quasi rituel je m\u2019empare de mon bagage, l\u2019ouvre et range mes affaires dans l\u2019armoire m\u00eame pour un bref s\u00e9jour. Une mani\u00e8re de m\u2019approprier l\u2019espace, de me sentir chez moi dans une atmosph\u00e8re lumineuse. La salle de bains grande et claire prolonge l\u2019impression de bien-\u00eatre. La nuit, la mer semble plus proche, ses coups sourds contre les rochers traversent les murs avec plus d\u2019insistance que le jour.<\/p>\n\n\n\n<p>La chambre du nord appelle au mouvement, \u00e0 l\u2019\u00e9lan d\u2019agir. Son mobilier est aust\u00e8re, volontairement inconfortable. &nbsp;Tout favorise de longs instants de r\u00eaverie ou de projets de randonn\u00e9es face au spectacle de sommets enneig\u00e9s. Un lit ferme, une petite table, une chaise, une armoire ancienne, des photographies de montagnes au mur, deux lampes au pied de bois, une descente de lit, une odeur de cire rappelant les pensions familiales. Des rideaux de velours bleu encadrent la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019ouest, la chambre donnant sur les toits et les clochers incite \u00e0 se relier aux autres. On y entend le bruissement constant de la ville proche. Du petit balcon je vois une place, une fontaine, des bars, des restaurants, un kiosque \u00e0 journaux et le flux ininterrompu des v\u00e9hicules.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019est, la chambre plonge dans un monde v\u00e9g\u00e9tal de banians, cocotiers, jaquiers, bougainvilliers. Elle provoque un d\u00e9tachement profond, un oubli temporaire de soi. L\u2019air est charg\u00e9 d\u2019une odeur reconnaissable et troublante, m\u00e9lange de santal et de cardamome. Un ventilateur tourne au plafond selon un rythme irr\u00e9gulier, projetant la nuit des ombres circulaires sur les murs. Les rideaux couleur safran filtrent une lumi\u00e8re douce. Sur une table en rotin, une carafe d\u2019eau et une coupelle d\u2019\u0153illets d\u2019Inde. Le sol est couvert d\u2019une mosa\u00efque ancienne, fra\u00eeche sous les pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La chambre du haut, comme celle du bas, entra\u00eenent au repli sur soi. On monte \u00e0 la premi\u00e8re par un escalier en colima\u00e7on \u00e9clair\u00e9 par une verri\u00e8re. Une peinture clich\u00e9 \u2013- une travers\u00e9e au soleil couchant \u2013\u2013 tente de r\u00e9chauffer l\u2019atmosph\u00e8re. Une plante verte en plastique prend la poussi\u00e8re, la moquette marron est \u00e9lim\u00e9e et tach\u00e9e, le lit dur et bas, le fauteuil fan\u00e9. La chambre du sous-sol, presque clinique, refuse toute illusion. Murs blancs, carrelage ordinaire, n\u00e9on distribuant une lumi\u00e8re crue et violente. Un lit \u00e9troit avec des draps jaun\u00e2tres. Pas de fen\u00eatre. Seule une a\u00e9ration par le plafond permet de renouveler l\u2019air vici\u00e9. Un lieu de retrait absolu, presque de cauchemar.<\/p>\n\n\n\n<p>Une force singuli\u00e8re s\u2019exerce sur moi pour retrouver continuellement cet espace et ce lieu. Passant d\u2019une chambre \u00e0 l\u2019autre, j\u2019ai le sentiment d\u2019\u00eatre un voyageur permanent. Rien ne m\u2019appartient, sinon l\u2019instant. Les chambres occup\u00e9es, ne semblent jamais relever du m\u00eame b\u00e2timent. L\u2019h\u00f4tel se contredit lui-m\u00eame, et c\u2019est l\u00e0, sans doute, ce qui me convient. J\u2019aime les passages et les contrastes \u2013\u2013 arriver, s\u2019installer, repartir \u2013\u2013 et vivre, chaque fois, cette aventure singuli\u00e8re qu\u2019est le simple fait d\u2019habiter, pour un moment, un lieu qui pense avec vous.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aller dans un h\u00f4tel est presque toujours l\u2019amorce d\u2019une aventure. Si elle ne l\u2019est pas, la trace s\u2019en efface aussit\u00f4t. Celui que je revisite mentalement se dresse \u00e0 un croisement de chemins impossible \u00e0 situer avec pr\u00e9cision sur une carte, une sorte de lieu flottant, \u00e0 la fois d\u00e9fini et pourtant introuvable. 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