{"id":203132,"date":"2025-12-22T12:12:53","date_gmt":"2025-12-22T11:12:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=203132"},"modified":"2025-12-24T16:44:54","modified_gmt":"2025-12-24T15:44:54","slug":"histoire-12-heartbreak-hotel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/histoire-12-heartbreak-hotel\/","title":{"rendered":"#histoire #12 | Heartbreak Hotel"},"content":{"rendered":"\n<p>Heartbreak H\u00f4tel<\/p>\n\n\n\n<p>Attention, ce texte est peut-\u00eatre une fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>Attention, ce texte contient peut-\u00eatre des sc\u00e8nes d\u00e9rangeantes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Attention, ce texte ne doit peut-\u00eatre pas \u00eatre lu en diagonale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Attention, il s\u2019agit peut-\u00eatre d\u2019une histoire tragique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Attention\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je marche dans une rue solitaire. Je n\u2019attends plus rien, peut-\u00eatre que je pr\u00e9f\u00e9rerai ne pas savoir ; garder un peu d\u2019espoir, continuer \u00e0 r\u00eaver \u00e0 un futur possible, mais c\u2019est trop tard tout est dit, tout est \u00e9crit. Allong\u00e9 sur le lit de notre chambre pendant plusieurs heures, le visage contre les draps, je sens son parfum, et mes pens\u00e9es viennent tout g\u00e2cher, je vois mon futur, une autre histoire sans elle, une histoire que je connais d\u00e9j\u00e0, une histoire de lit froid, de repas solitaire, de journ\u00e9es vides et trop longues, une journ\u00e9e o\u00f9 je n\u2019ai plus le c\u0153ur qui bat, une sale journ\u00e9e suivit d\u2019une autre sale journ\u00e9e. Je me l\u00e8ve, je m\u2019habille, je prends le trente-huit dans le tiroir de la table de chevet, il est froid, je regarde la chambre, je regarde notre chambre. Je marche dans une rue solitaire. Je pensais que la Cadillac ferait l\u2019affaire, apr\u00e8s tout, c\u2019est l\u00e0 que tout a commenc\u00e9, il serait logique que cela se finisse aussi sur ce si\u00e8ge de cuir rouge, mais elle est pr\u00e9sente. Je l\u2019entends, je la vois. Il pleuvait, elle \u00e9tait tremp\u00e9e, je me suis arr\u00eat\u00e9, j\u2019ai baiss\u00e9 la vitre, je l\u2019ai appel\u00e9, elle a h\u00e9sit\u00e9, je ne sais pas pourquoi elle a accept\u00e9 de monter. Elle m\u2019a souri, je ne savais pas o\u00f9 elle allait. Je crois qu\u2019elle m\u2019avait reconnu, je ne le saurais jamais. Pour faire ce que j\u2019ai \u00e0 faire, il me faut un lieu inconnu. C\u2019est idiot, je pensais que cela n\u2019avait pas d\u2019importance. Mais je ne veux pas salir cet espace, il fait partie de notre histoire, il vaut mieux que \u00e7a, il vaut plus que \u00e7a. Alors je laisse le parking derri\u00e8re moi, je descends le boulevard, tous les magasins sont ferm\u00e9s \u00e0 cette heure, la ville semble vide, les seules silhouettes que je croise sont plant\u00e9es dans les vitrines des magasins, elles me regardent avec leurs yeux vides, je ne sais pas qui d\u2019elles ou de moi, est le moins vivant. Je passe devant notre caf\u00e9, \u00e0 notre table il y a deux chaises seules. L\u2019endroit dans la p\u00e9nombre me glace ; je ne sais pas expliquer ce qu\u2019est la pr\u00e9sence d\u2019un \u00eatre, mais je ressens l\u2019absence, le vide, l\u2019inqui\u00e9tude et la tristesse dans mon corps, et le silence. Il y a le regret des mots que je ne peux plus lui dire, des phrases que j\u2019aimerais lui redire autrement, sur un autre ton, avoir la certitude que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 compris ; refaire ou faire des gestes, que je n\u2019ai pas faits ou que j\u2019ai mal faits, mais cela est impossible, l\u2019absence ne me laisse que des regrets, que des impossibles. J\u2019ai pass\u00e9 ma vie, \u00e0 douter de moi, ne jamais me croire \u00e0 la hauteur, mais avec elle, dans ses yeux j\u2019\u00e9tais plus que moi, elle me disait que je me trompais, que j\u2019\u00e9tais celui qu\u2019elle voyait ; pourtant elle est partie. J\u2019imagine qu\u2019elle a vu qui j\u2019\u00e9tais vraiment. J\u2019arrive \u00e0 l\u2019h\u00f4tel au coin de la rue de la plage. Tous les deux quand on passait devant sa fa\u00e7ade, on serrait nos mains crois\u00e9es, on acc\u00e9l\u00e9rait le pas et on se racontait quelques horreurs que devait avoir vues cet endroit sordide, et notre vie apr\u00e8s ces histoires sinistres nous semblait encore plus belle. Ce soir j\u2019ouvre la porte en verre fum\u00e9, devant moi il y a un comptoir en bois noir, un homme \u00e2g\u00e9 regarde un \u00e9cran que je ne vois pas, je reconnais les sons d\u2019un match de basket, le crissement des chaussures sur le parquet, les applaudissements, les cris des commentateurs. Il l\u00e8ve son cr\u00e2ne chauve, je vois ses yeux bleus derri\u00e8re des lunettes \u00e0 la monture dor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui demande une chambre pour la nuit. Il veut voir ma carte d\u2019identit\u00e9 puis que je remplisse le registre. Il veut savoir combien de temps je compte rester, je lui r\u00e9ponds&nbsp;: une nuit. Il me donne les horaires du petit d\u00e9jeuner, et les tarifs. Il me faut payer la chambre pour cette nuit, je paye, je pense un instant \u00e0 lui laisser un gros pourboire, mais je me dis qu\u2019il risque d\u2019avoir des doutes sur mes intentions, je ne lui donne rien. Il me tend la clef de la chambre dix-sept au premier \u00e9tage. Je prends un escalier recouvert de moquette gris clair, par endroit la trame appara\u00eet, quelques taches sombres et incrust\u00e9es d\u00e9corent les derni\u00e8res marches qui me m\u00e8nent au premier \u00e9tage. J\u2019ouvre une porte coupe-feu rouge fonc\u00e9. Le couloir est \u00e9clair\u00e9 par des n\u00e9ons pos\u00e9s au mur au-dessus de chaque porte de chambre. Le sol est en lino jaune. Ma chambre est au bout du couloir. J\u2019ouvre, devant moi il y a un lit couvert d\u2019une couverture beige, un drap et des oreillers blancs, la t\u00eate de lit est en bois clair. Je ferme la porte, \u00e0 ma gauche, il y a la porte des toilettes, puis j\u2019imagine celle de la salle de bain. Je m\u2019assois au bord du lit. Les rideaux ne sont pas tir\u00e9s, par la fen\u00eatre, je vois le ciel de la nuit, les lumi\u00e8res du boulevard, m\u00e9lange de lampadaires jaunes et n\u00e9ons color\u00e9s. Une voiture passe, ses phares \u00e9clairent un peu plus la chambre, au loin j\u2019entends la sir\u00e8ne d\u2019une ambulance, j\u2019imagine \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur un corps allong\u00e9 sur un brancard qui lutte pour vivre. Je prends le trente-huit dans la poche de ma veste, je devine sa masse claire qui brille aux reflets du boulevard, je sens au bout de mes doigts les stries de sa crosse et le froid du m\u00e9tal de sa g\u00e2chette contre mon index. Comme un enfant malade face au m\u00e9decin, j\u2019ouvre en grand ma bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>Codicille\u00a0: En 1955 Tommy Durden et Mae Boren Axton \u00e9crivirent cette chanson. La chanson fut inspir\u00e9e par un fait divers rapport\u00e9 dans The Miami Herald que montra Tommy \u00e0 Mae. Un jeune homme s\u2019\u00e9tait suicid\u00e9 ne laissant derri\u00e8re lui qu\u2019une lettre d\u2019adieu disant\u00a0: I walk lonely street. Mae pr\u00e9senta cette chanson \u00e0 Elvis Presley et \u00e0 son manager. La chanson fut d\u2019abord propos\u00e9e \u00e0 The Wilburn Brothers qui la refusa, Elvis d\u00e9cida de l\u2019enregistrer\u00a0: Elvis au chant, Scotty Moore \u00e0 la guitare, D. J Fontana \u00e0 la batterie, Bill Black \u00e0 la contrebasse, Floyd Cramer au piano. La chanson devient num\u00e9ro un du Billboard Hot 100 le 28\u00a0avril 1956. Le single se vendra \u00e0 plus d\u2019un million d\u2019exemplaires. Les revenus de cette chanson permirent \u00e0 Elvis de d\u00e9m\u00e9nager en 1957, et d\u2019aller vivre dans sa demeure\u00a0: Graceland. Quelques ann\u00e9es plus un tard, un couple ouvrit un h\u00f4tel \u00e0 Memphis pr\u00e8s de Graceland, ils le nomm\u00e8rent\u00a0: Heartbreak H\u00f4tel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Heartbreak H\u00f4tel Attention, ce texte est peut-\u00eatre une fiction. Attention, ce texte contient peut-\u00eatre des sc\u00e8nes d\u00e9rangeantes.&nbsp; Attention, ce texte ne doit peut-\u00eatre pas \u00eatre lu en diagonale.&nbsp; Attention, il s\u2019agit peut-\u00eatre d\u2019une histoire tragique.&nbsp; Attention\u2026 Je marche dans une rue solitaire. 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