{"id":203467,"date":"2026-01-09T20:19:19","date_gmt":"2026-01-09T19:19:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=203467"},"modified":"2026-01-10T16:14:44","modified_gmt":"2026-01-10T15:14:44","slug":"testard_construire_1_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_construire_1_1\/","title":{"rendered":"#construire #01 | En m\u00eame temps"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:21px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"histoire_avec_le_jour\">\u2026 \u00c7a le remue, le jour, de l&rsquo;entendre, l&rsquo;histoire. Cela le trouble. Au-dessus de ma t\u00eate c&rsquo;\u00e9taient comme des sourcils hauss\u00e9s. \u00c9claircie quand m\u00eame pas. Juste au ciel, des yeux se levaient. Un peu.&nbsp;<br>Alors qu&rsquo;il ne faisait pas froid jusque l\u00e0, ou qu&rsquo;on ne le sentait pas, quelque chose dans l&rsquo;air s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 bouger, cela se fit sensible. Un sentiment. Ou juste avant. Un quelque chose.&nbsp;<br>Je ne sais pas ce que je raconte. Ce sont les mots qui le disent, le ciel n&rsquo;\u00e9tait encore qu&rsquo;un sentiment de lumi\u00e8re. Le jour tra\u00eenait en longueur. \u00c7a s&rsquo;attardait. Il tra\u00eenait l\u00e0. Apr\u00e8s moi. Car c&rsquo;\u00e9tait moi, qui appelai \u00e7a le jour. Je l&rsquo;appelais le jour, le ciel, parce qu&rsquo;il me suivait. J&rsquo;\u00e9tais qui pour \u00eatre suivi. C&rsquo;\u00e9tait qui, l\u00e0. Dans le ciel, je vis que c&rsquo;\u00e9tait le jour.&nbsp;<br>J&rsquo;ai saisi \u00e7a, que c&rsquo;\u00e9tait le jour, pas le ciel seulement. Quelque chose remuait en dedans. Aussi y gagnait-il une unit\u00e9, ou en. En tout cas ce n&rsquo;\u00e9tait plus l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment dans lequel je baignais. Car le ciel, \u00e7a descend jusqu&rsquo;\u00e0 terre, on n&rsquo;est pas dans un dessin d&rsquo;enfant, quand m\u00eame.&nbsp;Il se distinguait de moi. On \u00e9tait deux. Et on allait ensemble.&nbsp;C&rsquo;est parti de l\u00e0.&nbsp;<br>Je me retournai. J&rsquo;avais senti quelque chose bouger. Un virage. Quelque part dans mon dos. Le jour \u00e9tait derri\u00e8re moi. \u00c7a avait boug\u00e9. Je n&rsquo;avais pas dit un deux trois soleil, c&rsquo;est un fait. Quand m\u00eame.&nbsp;<br>Ou c&rsquo;\u00e9tait moi. C&rsquo;\u00e9tait en moi. Le mouvement en moi de me retourner, le remuement que c&rsquo;\u00e9tait, ce n&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre que \u00e7a.&nbsp;<br>Que je me sois senti suivi, suivi par un mouvement au ciel, un sentiment, cela faisait l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. C&rsquo;\u00e9tait cela, le jour. Je l&rsquo;appelai le jour pour cette raison. Pour cette seule raison. Ce remuement, ou son sentiment. Ce trouble dans l&rsquo;\u00eatre, la confusion. Ce mouvement d&rsquo;ensemble. Le ciel. Moi.&nbsp;<br>C&rsquo;\u00e9tait le jour o\u00f9 le jour, quelque part dans le ciel, m&rsquo;avait suivi.&nbsp;<br>Le jour s&rsquo;\u00e9tait invit\u00e9 dans ma journ\u00e9e.&nbsp;<br>C&rsquo;\u00e9tait et serait depuis lors, ce sera dor\u00e9navant le jour o\u00f9 le jour m&rsquo;a suivi, j&rsquo;ai dit.&nbsp;M\u00eame si \u00e7a n&rsquo;a pas d\u00e9pass\u00e9 la minute. Que dis-je la minute, une seconde\u2026<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:21px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"parking_covoiturage_1\">\u2026&nbsp;Pour commencer je lisais. Je n&rsquo;ai rien dit. Je ne faisais d&rsquo;abord que lire. C&rsquo;est parti de l\u00e0, je t&rsquo;attendais. J&rsquo;avais ouvert le journal.&nbsp;<br>J&rsquo;avais termin\u00e9 les courses, toi, tu ne finissais que dans une heure. J&rsquo;ai pris sur la quatre-voies la sortie interm\u00e9diaire, je suis entr\u00e9 sur le parking covoiturage. Cela ne m&rsquo;\u00e9tait encore pas arriv\u00e9. En faire un tour complet, parce qu&rsquo;il est \u00e0 sens unique, que je cherchais le bon angle, un point de vue, que le meilleur me semblait tout compte fait cette place libre \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e, et c&rsquo;est la sortie. L&rsquo;acc\u00e8s aussi \u00e9tait unique. Une haie coupe-vent haute comme un homme, un homme debout l&rsquo;encadrait, une autre en son milieu, dans le sens de la longueur, le s\u00e9parait en deux, suivant le plan \u00e0 deux all\u00e9es. Soixante places minimum, soient 4\u00d715 + celles, une dizaine, du fond, j&rsquo;avais jaug\u00e9 en passant. Comme si j&rsquo;avais une id\u00e9e derri\u00e8re la t\u00eate.&nbsp;<br>En marche arri\u00e8re je me suis gar\u00e9. Pas tellement pr\u00eat \u00e0 repartir, seulement pour voir.&nbsp;<br>Le parking covoiturage \u00e9tait, avec le parking poids-lourd adjacent, entour\u00e9 de tous c\u00f4t\u00e9s par des axes de circulation. D&rsquo;o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais, assis au volant, j&rsquo;avais l&rsquo;auvent du p\u00e9age de l&rsquo;autoroute dans le coin droit du pare-brise et \u00e0 peu pr\u00e8s en face, le rond-point qui le dessert ainsi que les zones logistiques qui s&rsquo;\u00e9tendent tout autour, de l&rsquo;Europe bien \u00e9videmment je le lus sur un panneau, dont les entrep\u00f4ts s&rsquo;\u00e9tiraient en longueur, leurs enseignes pour horizon. \u00c7a semblait l&rsquo;heure de pointe, mais y avait-il des creux l\u00e0, et les semi-remorques s&rsquo;encha\u00eenaient en vrillant dans la n\u00e9gociation du triple changement de direction que n\u00e9cessite l&#8217;emprunt du carrefour giratoire. \u00c0 droite, \u00e0 gauche, \u00e0 droite encore.&nbsp;<br>Le parking \u00e9tait rempli aux deux tiers, ce jeudi, on approchait le d\u00e9but de soir\u00e9e. Il faisait grand jour.&nbsp;<br>Je n&rsquo;ai pos\u00e9 le pied par terre que le temps de rejoindre l&rsquo;arri\u00e8re de l&rsquo;auto et le coffre, que j&rsquo;ai ouvert. Le journal \u00e9tait l\u00e0, faisant tampon dans le sac cabas entre les bouteilles, en verre et les bo\u00eetes, les trucs hauts en g\u00e9n\u00e9ral, qui auraient vers\u00e9 si je ne les avais cal\u00e9s entre deux packs d&rsquo;eau. Je l&rsquo;en tirai, pli\u00e9 en deux sur sa derni\u00e8re page, rabattis le coffre et rejoignis le fauteuil conducteur.&nbsp;<br>Et puis je l&rsquo;ai ouvert. Non. J&rsquo;ai parcouru la premi\u00e8re page d&rsquo;abord, les yeux autant sur le parking que sur les titres, et tout autant la t\u00eate \u00e0 ce dont j&rsquo;avais les oreilles emplies. Je n&rsquo;\u00e9tais l\u00e0 que pour voir. Voir comment \u00e7a allait se passer.<br>Cela se passa ainsi. Une auto a d\u00e9boul\u00e9, double-file, warnings, porti\u00e8res ouvertes de tous c\u00f4t\u00e9s. Trois personnes en descendirent, femmes, les jambes se d\u00e9gourdissaient, clopes, canettes de jus. Paroles que les souffles de l&rsquo;air et de la circulation, comment les distinguer, aval\u00e8rent ou emportaient. C&rsquo;\u00e9tait dans le cadre de mon pare-brise. Des regards interrogateurs y glissaient, je ne faisais pas partie du paysage. Ce fut court. Y vint le moment de la dispersion. Et rapide. \u00c0 droite, \u00e0 gauche, des v\u00e9hicules stationn\u00e9s se mirent \u00e0 cligner, j&rsquo;entendais des bips, puis d\u00e9bo\u00eet\u00e8rent comme simultan\u00e9ment, un petit tour et, l&rsquo;auto aux warnings les ayant devanc\u00e9s, le parking de nouveau d\u00e9sert, pas plus de cinq minutes avant que le man\u00e8ge ne reprenne avec d&rsquo;autres, de ces sc\u00e8nes muettes, ou satur\u00e9es de bruits moteurs et d&rsquo;airs sonores. Signes d&rsquo;au revoir. Regards qui disent jamais vu. Qui me firent me dire que je venais justement me faire voir.&nbsp;<br>J&rsquo;ouvrais le journal comme on d\u00e9plie un miroir solaire bronzant. Il \u00e9tait \u00e0 cheval entre le volant et mes cuisses, dispos\u00e9 entre moi et le parking, et la vue, et le flux, un belv\u00e9d\u00e8re en somme. Je me servais le parking, et tout le d\u00e9partement autour, sur un plateau.&nbsp;Je ne venais, dans le fond, que prendre la lumi\u00e8re, je crois. En \u00eatre baign\u00e9 \u00e9tait le plus important, c&rsquo;est \u00e7a. Il s&rsquo;agissait de m&rsquo;exposer en effet. J&rsquo;y gagnai en recul, je ne sais pas bien ce que j&rsquo;entends par l\u00e0. Je ne m&rsquo;\u00e9tais jamais fait un parking covoiturage\u2026<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:21px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"parking_covoiturage_2\">\u2026 J&rsquo;\u00e9tais en voie d&rsquo;\u00e9puiser ma dose d&rsquo;info locale et g\u00e9n\u00e9rale. J&rsquo;avais pass\u00e9 en revue les trois quarts du journal, ainsi tout le d\u00e9partement ou presque, canton apr\u00e8s canton ses r\u00e9gions naturelles et communaut\u00e9s de commune ou d&rsquo;agglom\u00e9ration. Tous les gros titres. Les intertitres. Les chapeaux. Les l\u00e9gendes des photos. J&rsquo;avais survol\u00e9. \u00c0 la lecture d&rsquo;aucun contenu ne m&rsquo;\u00e9tais attach\u00e9. Le parking en prit un autre air, gris ou c&rsquo;\u00e9tait le temps qui voulait \u00e7a, qui se voilait. L&rsquo;excitation de me trouver l\u00e0, d&rsquo;avoir trouv\u00e9 une place, d&rsquo;\u00eatre tomb\u00e9 dessus, de la nouveaut\u00e9 retombait, \u00e7a se fanait. R\u00e9tr\u00e9cissait. Comme si tout l&rsquo;air du parking, sa bulle, temporelle, cette parenth\u00e8se se d\u00e9gonflait. Mon temps allait passer. Il faudrait reprendre la route, et son cours. Mes yeux s&rsquo;abaissaient par la porti\u00e8re demeur\u00e9e entrouverte. Le sol du parking se faisait invitation. Quelque chose c&rsquo;est \u00e7a, dans le jour se d\u00e9gonflait. Et c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0. C&rsquo;est parti de l\u00e0. Comme une baudruche fl\u00e9trie que tra\u00eenent les vents au ras du sol, des rev\u00eatements\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\" id=\"handle_with_care\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/250601run_Clos_Barrois-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-203753\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/250601run_Clos_Barrois-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/250601run_Clos_Barrois-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/250601run_Clos_Barrois-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/250601run_Clos_Barrois-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/250601run_Clos_Barrois.jpg 1474w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"grand_pourquoi\">\u2026 En m\u00eame temps j\u2019\u00e9tais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autoroute, rien de cadr\u00e9, la zone humide, dans le vague. Ne sachant plus trop. Roseli\u00e8res. Jach\u00e8res. Grues. Tapis de convoyages. J\u2019avais mis pied \u00e0 terre. La piste en marne y est pleine, empoignables dans les flaques ass\u00e9ch\u00e9es, mais sales, de ces galets sombres du fond de la mer, la mer \u00e0 150 km. \u00c0 des millions d&rsquo;ann\u00e9es. \u00c0 vol d\u2019oiseau. Moi j\u2019\u00e9tais quasiment sous la quatre-voies \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 elle rel\u00e8ve sa chauss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 franchir \u00e0 angle droit l\u2019A1, c\u00f4t\u00e9 soleil, \u00e0 l&rsquo;abri du vent sensible de N-E, avant de redescendre l&rsquo;identique degr\u00e9 de pente, en miroir, et couler \u00e0 droite dans la bretelle d\u2019acc\u00e8s au p\u00e9age, sortie 8. Sur autoroute les acc\u00e8s n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre nom, sorties, et j&rsquo;\u00e9tais en dehors de tout \u00e7a, l&rsquo;immense \u00e9changeur en forme de fleur. J\u2019\u00e9tais juste derri\u00e8re la cl\u00f4ture de l\u2019emprise. Au pied de tout \u00e7a. Au milieu du grand pourquoi, soudain. <br>Atterri. <br>Je n&rsquo;avais jusque l\u00e0 plus rien regard\u00e9 qu&rsquo;imm\u00e9diatement devant et comme sous moi, lisant les accidents de la route en me racontant l&rsquo;histoire alors que tr\u00e8s certainement tout, autour, me regardait cependant, en longeant quoi, des infrastructures, des gisements, des grands axes, les structurants, des carri\u00e8res, des \u00e9tangs, des ouvrages de franchissement, des plantations, des champs, des entreprises, des emprises, des entrep\u00f4ts, des cl\u00f4tures. Sans avoir eu un regard, ni un arr\u00eat pour, depuis elle, en les contournant, les \u00e9tangs encore, les gisements, les trous et d\u00e9pressions, les talus et les buttes et les tas, de graviers, de sable, de gravats, pays des granulats, des cl\u00f4tures encore. Des carrefours, des n\u0153uds routiers, des gravi\u00e8res en activit\u00e9. Des sabli\u00e8res remises en eau, reconverties en \u00e9tangs \u00e0 p\u00eache ou \u00e0 jet-ski, cimenteries, centrales \u00e0 b\u00e9ton, plateformes de transit et de valorisation de d\u00e9blais, de concassage des enrob\u00e9s. Des lagunes \u00e0 s\u00e9dimentation des boues. Des champs d&rsquo;\u00e9pandage. Des flottes enti\u00e8res de camions-bennes, des bennes et des bennes de terres, de gravats toujours, de r\u00e9sidus de chantiers de d\u00e9molition, d&rsquo;excavation, de terrassement m&rsquo;ayant d\u00e9pass\u00e9, m&rsquo;avaient crois\u00e9 cependant que je me la racontais, que je me la ressassais, que je p\u00e9dalais \u00e0 fond dedans l&rsquo;histoire de ce qui venait de se passer, quoi, presque rien,&nbsp;l&rsquo;histoire qui venait de passer, c&rsquo;\u00e9tait parti de l\u00e0. Le chien a surgi de derri\u00e8re une auto\u2026<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:21px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-white-color has-text-color has-link-color wp-elements-471a9cd0dda9dba609b44ca2ba977ac6 wp-block-paragraph\" id=\"le_chien_a_surgi_1\">\u2026 Le chien a surgi de derri\u00e8re une auto. <br><br>Je lui ai dit mon chien. Il n&rsquo;y avait que moi et lui dans la rue pavillonnaire. On \u00e9tait seul.&nbsp;<br><br>Il m&rsquo;aurait suivi.&nbsp;<br>Il me suivrait. Je lui raconterais une histoire. L&rsquo;histoire du jour.&nbsp;<br><br>Je l&rsquo;aurais perdu. Je l&rsquo;aurais entra\u00een\u00e9. Je ne serais pas mordu.&nbsp;<br>Je me le raconterais.&nbsp;<br><br>Je l&rsquo;ai lue dans son \u0153il. Je le lis sur son pelage. \u00c0 la gueule ouverte.&nbsp;<br><br>Je le lis par terre. \u00c0 nos ombres qui filent.&nbsp;<br><br>J&rsquo;entra\u00eene dans ma course un chien.&nbsp;<br>Il m&rsquo;aurait suivi si \u2026&nbsp;<br>Je m&rsquo;en fais une histoire.&nbsp;<br><br>C&rsquo;est une image.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-color has-text-color has-link-color wp-elements-c9cca366cc5f58a2eabd992ed7cec76d wp-block-paragraph\" id=\"le_chien_a_surgi_2\">Le chien a surgi de derri\u00e8re une auto. Sans collier. L&rsquo;allure d\u00e9li\u00e9e. L&rsquo;air perdu. D&rsquo;avoir quitt\u00e9 son assiette, d\u00e9pass\u00e9 ses limites, le sachant. Je l&rsquo;ai surpris. <br>Il m&rsquo;a surpris. Comme surpris lui aussi de cet \u00e9lan, sien. N\u00f4tre. S&rsquo;il n&rsquo;y avait eu dans la rue bord\u00e9e de pavillons de tous \u00e2ges, \u00e0 venir derri\u00e8re nous une auto, \u00e0 me doubler. \u00c0 nous s\u00e9parer, empi\u00e9tant sur la voie un chantier de tirage de la fibre, fourgon et sa nacelle, bobine au sol, plots autour. Personne, 13 heures r\u00e9gnantes, tout autour l&rsquo;heure de d\u00e9jeuner. Nous allions seul. Il m&rsquo;aurait suivi.\u00a0<br>Il aurait embray\u00e9. Suivi le mouvement. M&rsquo;aurait accompagn\u00e9. Se serait attach\u00e9 \u00e0 moi, ma course. Je le lui aurais racont\u00e9. <br>Je la lui raconterais, ma course devenant n\u00f4tre. Prenant une tournure autre. <br>J&rsquo;entra\u00eene dans ma course un chien, mon double.\u00a0<br>Je lui ai dit mon chien. Mon chien, n\u2019\u00e9tait-ce pas une tout aussi bonne entr\u00e9e en mati\u00e8re qu\u2019il \u00e9tait une fois. Il \u00e9tait un chien. <br>C&rsquo;est parti de l\u00e0.\u00a0<br>Je lui ai dit mon chien. On n&rsquo;\u00e9tait que moi et lui. \u00c7a se tenait, nos trajectoires, allaient se rejoindre, se fondre, nos deux allures une m\u00eame vitesse, r\u00e9glant-il, lui, la sienne sur la mienne, la largeur de la rue, la rue d\u00e9serte aux g\u00e9n\u00e9rations de pavillons entre nous. Entre un chien et moi. J&rsquo;allais \u00e0 v\u00e9lo.\u00a0<br>\u00c7a n&rsquo;\u00e9tait que moi et lui. C&rsquo;\u00e9tait entre moi et lui, l&rsquo;animal.\u00a0<br>L&rsquo;allure animale a v\u00e9cu. A si peu dur\u00e9. Automobiles, les imp\u00e9ratifs de la circulation ont quasi instantan\u00e9ment repris le dessus. Je d\u00e9bouchais \u00e0 droite d&rsquo;une rue perpendiculaire, tournais au carrefour suivant \u00e0 gauche, \u00e0 l&rsquo;endroit du chantier. J&rsquo;ai perdu le chien de vue. A-t-il \u00e9t\u00e9 distrait, encore surpris, ou rappel\u00e9, rattrap\u00e9. Captur\u00e9. Ou renvers\u00e9. Ce qu&rsquo;on appelle chien errant. Un jeune chien. D&rsquo;allure juv\u00e9nile. Fin.\u00a0<br>Je n&rsquo;ai rien vu.\u00a0<br>Je lui ai dit mon chien, par r\u00e9flexe. Ainsi m&rsquo;en d\u00e9fendais. Je me la conciliais, sa force, cet \u00e9lan ou cet instinct de courir les tenais \u00e0 distance, respectable, en deux mots, le conjurais en fait. S&rsquo;il advenait, l&rsquo;aventure, qu&rsquo;il se prenne au jeu, ou que son instinct ne l&rsquo;y porte justement pas, que pour cette raison ou l&rsquo;autre il se mette dans ma roue, qu&rsquo;il se jette dessous ou me saute dessus. De joie, par jeu, ou joute. En rival.\u00a0<br>Le m\u00eame parcours un temps, et deux trajectoires cependant.\u00a0<br>Nommer l&rsquo;animal lorsqu&rsquo;il survient, sans doute est-ce r\u00e9flexe, est-ce humain. C&rsquo;est le reconna\u00eetre. Reconna\u00eetre son esp\u00e8ce, reconna\u00eetre sa pr\u00e9sence, indiscutable. C&rsquo;est encore le tenir dans ses contours, ses proportions. Le contenir. Je m&rsquo;adresse \u00e0 lui, lui dis tu. Lui lance du tu, mais pas en face. Nous irions de front, si cela continuait comme je m&rsquo;en inqui\u00e9tais et enthousiasmais \u00e0 la fois, si notre cours, notre entente, tacite ou quasi, \u00e9taient viables. J&rsquo;eus ce recours instantan\u00e9 \u00e0 une allure parl\u00e9e ou vocalis\u00e9e, en continu, modul\u00e9e d&rsquo;intonations graves et caressantes, comme lui courant dans le sens du poil, n\u00e9gociant moi tout seul. J&rsquo;\u00e9vitai de retomber dans ses yeux.\u00a0<br>L&rsquo;auto puis le camion se sont interpos\u00e9s, l&rsquo;\u00e9lan commun rompu l\u00e0, le fil de notre tangente s&rsquo;\u00e9tant \u00e9tir\u00e9 sur gu\u00e8re plus de 50 m\u00e8tres. Quelques secondes, dizaines de foul\u00e9es de lui, tours de p\u00e9dalier pour moi. Lui sur son trottoir, moi de mon c\u00f4t\u00e9 de la rue, lui s&rsquo;appr\u00eatant \u00e0 me rejoindre sur la chauss\u00e9e, \u00e0 traverser lorsque l&rsquo;auto, le roulement de l&rsquo;auto derri\u00e8re nous s&rsquo;est fait entendre, sentir, pressant. Je l&rsquo;aurais perdu. Je l&rsquo;aurais entra\u00een\u00e9. Il ne m&rsquo;aurait pas mordu. <br>Je lui ai donn\u00e9 du mon chien.\u00a0<br>Je l&rsquo;ai vu \u00e0 son \u0153il, je l&rsquo;ai lue dans son poil, notre histoire, dans nos ombres courant sur la chauss\u00e9e. La robe courte est fauve charbonn\u00e9, le masque noir. \u00c0 la lumi\u00e8re jouant dans le pelage. Je l&rsquo;ai saisi dans le sourire qu&rsquo;il a eu, cette ouverture de toute la gueule, qu&rsquo;il percevait mon passage comme une aubaine. Un \u00e9lan \u00e0 imiter. Le souffle d&rsquo;une course en double. Qu&rsquo;il allait confiant, qu&rsquo;il confiait son \u00e9lan au mien, qu&rsquo;il l&rsquo;associait, qu&rsquo;il se joignait. <br>Je le lis dans sa gueule qui s&rsquo;ouvre en un sourire. Ou je lis dans sa gueule qui s&rsquo;ouvre un sourire. Et ce n&rsquo;est que de courir que sa gueule s&rsquo;ouvre. Ce n&rsquo;est que de temp\u00e9rer l&rsquo;\u00e9chauffement de son corps. Le sourire du chien n&rsquo;est que cela, canin, sp\u00e9cifiquement. Pas sp\u00e9cialement. Ce sourire ne m&rsquo;est pas adress\u00e9 par exemple. Et moi je prends ce sourire avec moi, je l&#8217;emporte. Et comment me fier \u00e0 l&rsquo;air de sourire d&rsquo;un chien.\u00a0<br>Presque aussit\u00f4t \u00e7a n&rsquo;en a plus \u00e9t\u00e9 un. C&rsquo;\u00e9tait un signe. Une fable. Un signe que le jour g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;images m&rsquo;envoyait. Une fable en plein air et plein jour. Et c&rsquo;\u00e9tait fini. C&rsquo;\u00e9tait cela, l&rsquo;histoire, qu&rsquo;elle avait une fin, pas d&rsquo;histoire sans fin. C&rsquo;est d&rsquo;avoir une fin, d&rsquo;\u00eatre finie, qu&rsquo;elle demandait \u00e0 \u00eatre racont\u00e9e, pour ne pas \u00eatre oubli\u00e9e en plus d&rsquo;\u00eatre finie, et sous sa forme anecdotique pouvoir resservir, en tout cas \u00eatre resservie. Raconter, c&rsquo;est relayer, c&rsquo;est r\u00e9p\u00e9ter, une histoire comme on passe le relai, voil\u00e0. <br>C&rsquo;est fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-6df7ef2341e4be1fd8c48a1e0df3da1d wp-block-paragraph\" id=\"O_Rosenthal\"><em>ce qui compte<\/em><br><em>c&rsquo;est pas l&rsquo;histoire<\/em><br><em>c&rsquo;est le fait de la raconter<\/em><br>O. Rosenthal<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour commencer je lisais. Je n&rsquo;ai rien dit. Je ne faisais d&rsquo;abord que lire. C&rsquo;est parti de l\u00e0, je t&rsquo;attendais. J&rsquo;avais ouvert le journal. Non. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_construire_1_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#construire #01 | En m\u00eame temps<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7934,7935],"tags":[],"class_list":["post-203467","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-construire-nouveau-cycle-2026","category-construire-01-remonter-jusquau-debut"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/203467","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=203467"}],"version-history":[{"count":56,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/203467\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":203787,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/203467\/revisions\/203787"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=203467"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=203467"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=203467"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}