{"id":20399,"date":"2019-12-01T01:26:01","date_gmt":"2019-12-01T00:26:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=20399"},"modified":"2019-12-01T01:26:03","modified_gmt":"2019-12-01T00:26:03","slug":"rien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rien\/","title":{"rendered":"Rien"},"content":{"rendered":"<p>Pierre ramass\u00e9e dans le lit de Loire, fleuve mal navigable. Prend toujours sa source au Mont Gerbier de Jonc. Une face mate, rugueuse au toucher. L&rsquo;autre luisante comme limace apr\u00e8s la pluie. Sentir les stries. Suivre des yeux veinures rouge\u00e2tres. Phallus ou visage dans la main se dresse. Coul\u00e9e blanche sur bord gauche, profil \u00e9rod\u00e9. Globe oculaire c\u00f4t\u00e9 droit. Parmi les stries traces d&rsquo;impacts pour ce biface pal\u00e9olithique et cun\u00e9iforme.<\/p>\n<p>Corps en chien de fusil perdre conscience. Maman entendre. Maman manque titre le carnet. Au jardin limace laisse une trace. Roses fleurissent avec leurs \u00e9pines. Bruit de pas dans la voix, plume glisse. La vague nous emporte au large, t&rsquo;enroule dans le sable. Tu te seras redress\u00e9e mais une autre te rabat. Une autre te prend dans le ressac et l&rsquo;\u00e9cume rompt la suite des instants. D\u00e9filent les images, elles p\u00e9tillent. Jeune nageur sauverait ta sandale.<br \/>\nDans la p\u00e9nombre, sur cahier d&rsquo;\u00e9coli\u00e8re, une main lente. Ferme sur son cheval le prince m&rsquo;enl\u00e8vera. Effacer des mots sur la page, effacer d&rsquo;autres mots. D&rsquo;autres encore les biffer.<br \/>\nAvant mourir, maman dirait j&rsquo;ai attendu. Maman dirait je t&rsquo;ai attendue. La couverture a des trous, la mer est instable. Brouill\u00e9es les cartes, elle dort la petite morte. Nourrice nous coiffe. Le fianc\u00e9 porte costume et chaussures vernies. Vautours au loin. Maman glissa la pierre dans sa poche et sombra. Ne pas se baigner si l&rsquo;on vient de manger.<br \/>\nAu centre du jardin, l&rsquo;acacia. Son feuillage. La main de maman me tenait. Elle me tenait. Ma maman tenait \u00e0 moi, essuyait mes yeux mes joues. La couverture a des trous, la mer est instable. Embryon de maison ce carnet, manque maman. Le lire, corps lov\u00e9 dans le lit. Mots &amp; phrases biff\u00e9s les lire. Maman, petite ronde. Maman me fait pleurer. D&rsquo;\u00eatre en vie.<br \/>\nSur la mer, Jonas aval\u00e9. Coiff\u00e9e d&rsquo;un b\u00e9ret, j&rsquo;ai 5 ans. L&rsquo;arrache cet animal. Il atterrit dans la rigole. Tout au bout, la maison. Sa glycine. Maman, robe noire. Tablier blanc pour le service. Maman raconte des histoires.<br \/>\nMantille blanche pour l&rsquo;office, chanter l&rsquo;action de gr\u00e2ces. On fera la queue chez le p\u00e2tissier. Poulet r\u00f4ti dans le four, pap montera de la cave bouteille de graves. Autour de la viande, couronne de riz. Ecce corpus meum a dit le pr\u00eatre. Et pap emm\u00e8ne ses chiens, boira un verre avec le cousin apr\u00e8s la battue. Bouteille sur la table, mouches tournoient. Il y en a de coll\u00e9es sur le papier pendu.<br \/>\nM\u00e9moire se bloque l\u00e0. Petite morte occupe place de choix. Gar\u00e7on manqu\u00e9 marche sur des \u0153ufs. No maya di ka di va di jalla, o ka ko namo zavagoulaki gipatak. Elle ne s&rsquo;est pas reconnue puis elle a souri. Elle a lu les lettres comme mouches sur le lait. Sous le regard de l&rsquo;ange, plume a trac\u00e9 les lettres. Elle a trouv\u00e9 ce qu&rsquo;on lui cachait. Elle est all\u00e9e de l&rsquo;avant, a fait des faux pas, a touch\u00e9 au but, a rat\u00e9 la marche.<br \/>\nElle court pieds nus, le sable pique la peau. Elle se jette \u00e0 l&rsquo;eau, son c\u0153ur plus vite bat. Une lame a fendu la queue de la sir\u00e8ne. Noma kola davadja, noma yado \u00e9 noka lova, di kapa di gouna. Elle a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 son r\u00f4le, appris la partition. Elle a fait la planche, s&rsquo;est mise aux langues. Elle s&rsquo;est mise aux langues mortes, elles ouvrent l&rsquo;esprit. S&rsquo;est mise aux langues vivantes. Elle est devenue tonique, s&rsquo;est laiss\u00e9e aller, a eu des r\u00e9actions. Le martinet perdit ses lani\u00e8res. Les r\u00e8gles varient d&rsquo;une langue \u00e0 l&rsquo;autre, la syntaxe aussi. Signe mou, imperfectif, voix moyenne. On lui dictait les r\u00e8gles d&rsquo;un savoir-faire. Elle avait enfil\u00e9 des gants blancs, joint les mains apr\u00e8s g\u00e9nuflexion. Elle avait confess\u00e9 des fautes. Elle jouerait de la trompette, danserait au rythme du tam-tam. Elle aurait 20 ans, elle dormirait sous les toits, aurait froid, se musclerait les mollets, resterait tonique en d\u00e9cembre. Dans l&rsquo;oc\u00e9an sortirait de l\u2019\u0153uf, entendrait des voix, vomirait, s&rsquo;allongerait. Elle s&rsquo;allongerait longtemps. Elle \u00e9crirait ses r\u00eaves, lirait dans ses r\u00eaves, les bifferait, dirait adieu \u00e0 la constipation, travaillerait \u00e0 plein-temps, pr\u00e9f\u00e9rerait la course \u00e0 la marche, pr\u00e9f\u00e9rerait la boxe \u00e0 la danse, deviendrait combative, passerait les \u00e9preuves. Voix d&rsquo;enfant garderait, prendrait l&rsquo;avion, apprendrait la fl\u00fbte, attendrait la lune, \u00e9crirait \u00e0 la plume, \u00e9crirait sous la dict\u00e9e \u00e0 l&rsquo;encre violette.<br \/>\n\u00c0 sa table face \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an, fen\u00eatre fait une fente, \u00e9touffe les cris. Main dessine nature morte. Ciel limpide main dans la lumi\u00e8re. Chat sur une dalle. La brume parfois recouvre tout. Sur le bord de la fen\u00eatre un livre ouvert.. Inachev\u00e9es les toiles montrent leur ch\u00e2ssis, dans la poussi\u00e8re. Elle entre dans l&rsquo;atelier. Femme nue, homme en costume. Jardin que d\u00e9coupe une porte-fen\u00eatre. Joueuse de fl\u00fbte au loin, sa veste en lapin.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;appelle Joanna, j&rsquo;ai 16 ans. Mon p\u00e8re m&rsquo;a viol\u00e9e sous le regard de maman. J&rsquo;ai des vertiges depuis, je transpire.<br \/>\nJ&rsquo;ai 16 ans et demi, je m&rsquo;appelle Joanna. Je suis s\u00fbre d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;eux. L&rsquo;un et l&rsquo;autre vont ensemble. Il voudrait m&rsquo;\u00e9pouser, j&rsquo;ai r\u00e9pondu non. Que dirait papa, la t\u00eate qu&rsquo;il ferait. Comme lui enfoncer un couteau dans le dos ou lui cisailler les oreilles. Ne pas m&rsquo;en prendre \u00e0 mon g\u00e9niteur.<br \/>\nMaman vierge quand papa l&rsquo;a eue, papa m&rsquo;instruit. Les orties me piquent. J&rsquo;ignorais que les orties piquassent. Leurs d\u00e9mangeaisons me poussent vers maman. Elle me frictionne, je n&rsquo;ai plus mal. Souvent maman me passe un savon. La vulve a l&rsquo;honneur de ses attentions, quand \u00e7a d\u00e9mange.<br \/>\nJ&rsquo;ai perdu la vue \u00e0 17 ans. Ils parl\u00e8rent de vengeance. Depuis, je sens comme un animal. Je ressens aussi. D&rsquo;un m\u00e2le \u00e0 l&rsquo;autre, la taille varie. Certains vantent les dimensions de leur membre. \u00c7a passe pas dans ma t\u00eate, tout bloqu\u00e9, \u00e7a noue le ventre, for\u00eat vierge. No maya di ka di va di jalla, o ka ko namo zavagoulaki, gipatak allo nomado. Noma kola davadja noma yado, \u00e9 noka lova di kapa di gouna, kapala galo. La peur remonte \u00e0 la nuit des temps. On me r\u00e9mun\u00e8re selon mes services. Je raccompagne le client s&rsquo;il est pris de panique.<br \/>\nJe m&rsquo;appelle Joanna, j&rsquo;ai 18 ans. Il y a retraite \u00e0 la maison-m\u00e8re. Je voudrais parfaire mon exp\u00e9rience avec le P\u00e8re. Il m&rsquo;accorde des entretiens. J&rsquo;\u00e9coute, il argumente&nbsp;. Certains ont la vocation. Je me r\u00e9serve une poire pour la soif. Il en est qui m\u00fbrissent en d\u00e9cembre, d&rsquo;autres deviennent blettes.<br \/>\nJe m&rsquo;appelle Joanna, j&rsquo;ai 19 ans. Papa d\u00e9cline. On risque de l&rsquo;inhumer aux premiers froids. Si j&rsquo;\u00e9pousais le Grec, papa n&rsquo;en saurait rien. Je peux h\u00e2ter sa fin, glissant dans son potage un poison. Au point o\u00f9 en est le vieux. Maman gardera le silence. Pas du genre \u00e0 lever un li\u00e8vre.<br \/>\nJe m&rsquo;appelle Joanna, j&rsquo;ai 19 ans et demi. Meurtre sans remords, j&rsquo;ai h\u00e2t\u00e9 le processus. Maman me reprocherait de ressembler \u00e0 mon g\u00e9niteur, elle finirait par s&rsquo;en accommoder. Nous v\u00e9c\u00fbmes paisiblement. Elle \u00e9pluchait les l\u00e9gumes, je faisais les confitures. Nul m\u00e2le \u00e0 la maison, pour rompre l&rsquo;harmonie.<br \/>\nJe m&rsquo;appelle Jeanne, je suis veuve. Ma fille n&rsquo;habite plus avec moi. Elle me laisse des journ\u00e9es enti\u00e8res, je l&rsquo;attends sans la voir venir. Son p\u00e8re, j&rsquo;en r\u00eave. Elle parle de lui au pr\u00e9sent, de moi au pass\u00e9. Joa fut une enfant docile. J&rsquo;aimais qu&rsquo;elle m&rsquo;ob\u00e9isse. Il y avait le fouet quand elle se cabrait, c&rsquo;\u00e9tait rare. Elle respirait la sant\u00e9. Nous faisions des marches en montagne, les chiens nous accompagnaient. Mon \u00e9poux chassait. Il emmenait Joa. Nous mangions volontiers du gibier. Jean avait l&rsquo;art d&rsquo;accommoder la viande. L&rsquo;entourage prenait exemple sur nous. J&rsquo;ai tu\u00e9 ma m\u00e8re un 9 juillet, jour anniversaire de Joa. L&rsquo;accident c\u00e9r\u00e9bral, m\u00eame le m\u00e9decin y a cru. Il a \u00e9tabli le certificat puis il deviendrait mon amant. Jean \u00e9tait toujours en d\u00e9placement. Je r\u00eavais de devenir aviatrice, mes parents s&rsquo;y opposaient. J&rsquo;ai \u00e9pous\u00e9 mon cousin. Je soup\u00e7onne Joanna d&rsquo;avoir disparu. J&rsquo;ai cru mourir, elle ne l&rsquo;a pas su.<br \/>\nJe m&rsquo;appelle Jeanne, fille d&rsquo;Anna. La prunelle de ses yeux, son sauf-conduit, sa connivence et son pur-sang ou sa c\u00e9leste gr\u00e2ce. Sa pantoufle, sa biennale et son carnaval. Nous avons jou\u00e9 comme des furies.<\/p>\n<p>Se baisser pour passer, se redresser. Silence feutr\u00e9. Respiration lente. Sur la gauche, un labyrinthe. Parois grises. Feutrine-matrice. Descendre. Fauteuil haut, ouvrir la bouche.<br \/>\nSur les bords de la rivi\u00e8re, le vieux avait emmen\u00e9 l&rsquo;enfant. Le soleil brillait. Sur la photo, bouteille de vin. Je reconnais le verre. T&rsquo;a tourn\u00e9 la t\u00eate. Sans connaissance, on t&#8217;emportait. Tu entendrais des voix \u00e0 travers la cloison. No maya di ka di va di jalla, o ka ko namo zavagoulaki gipatak. Fini de chanter.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;appelle Jean, j&rsquo;ai pass\u00e9 l&rsquo;arme \u00e0 gauche. Ma fille s&rsquo;est \u00e9prise, je n&rsquo;y peux rien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pierre ramass\u00e9e dans le lit de Loire, fleuve mal navigable. Prend toujours sa source au Mont Gerbier de Jonc. Une face mate, rugueuse au toucher. L&rsquo;autre luisante comme limace apr\u00e8s la pluie. Sentir les stries. Suivre des yeux veinures rouge\u00e2tres. Phallus ou visage dans la main se dresse. Coul\u00e9e blanche sur bord gauche, profil \u00e9rod\u00e9. Globe oculaire c\u00f4t\u00e9 droit. 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