{"id":204048,"date":"2026-01-14T16:37:27","date_gmt":"2026-01-14T15:37:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=204048"},"modified":"2026-01-15T22:18:58","modified_gmt":"2026-01-15T21:18:58","slug":"un-triptyque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/un-triptyque\/","title":{"rendered":"#mardis #\u00e9crire |\u00a0Un triptyque"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"513\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/autobiographie-journal-1024x513.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-204049\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/autobiographie-journal-1024x513.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/autobiographie-journal-420x210.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/autobiographie-journal-768x384.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/autobiographie-journal-1536x769.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/autobiographie-journal-2048x1025.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Lire<\/strong> \u2014Dans le salon biblioth\u00e8que, affal\u00e9 au fond d\u2019un canap\u00e9 de velours rouge, face \u00e0 la fen\u00eatre donnant sur la fa\u00e7ade aveugle de la maison voisine. Pas de ciel, seulement le tremblement des feuilles du tilleul, le sifflement du vent dans la coursive, sous la lumi\u00e8re p\u00e2le et vacillante d\u2019une lampe abandonn\u00e9e sur son gu\u00e9ridon en osier. Un fauteuil, dans la m\u00eame texture jaun\u00e2tre, \u00e9gar\u00e9 pr\u00e8s de la biblioth\u00e8que prot\u00e9g\u00e9e par une porte vitr\u00e9e \u00e0 deux battants et derri\u00e8re laquelle gisent des rang\u00e9es de livres dont l\u2019odeur de poussi\u00e8re ne m\u2019a jamais quitt\u00e9.<br>Pr\u00e8s du puits, \u00e0 l\u2019ombre du figuier, dans le jardin de derri\u00e8re, plus silencieux \u2014 hormis les aboiements des chiens \u2014 que son alter ego donnant sur l\u2019avenue o\u00f9 s\u2019\u00e9poumonent \u00e0 longueur de journ\u00e9e des chapelets de v\u00e9hicules h\u00e9t\u00e9roclites, engonc\u00e9 dans une chaise longue, bras repli\u00e9s prenant appui sur les accoudoirs, livre tenu \u00e0 deux mains \u00e0 hauteur d\u2019yeux faisant par surcro\u00eet heureux office de pare-soleil.<br>A peu pr\u00e8s n\u2019importe o\u00f9, donc, dans le fauteuil voltaire pr\u00e8s de la chemin\u00e9e, sur une chaise de cuisine, sur un relax orn\u00e9 de fleurs roses opulentes, dans le train, sur le banc d\u2019un jardin public, dans un transat \u00e0 la plage, \u00e0 m\u00eame la terre argileuse et fra\u00eeche au bord de la rivi\u00e8re, corps tant\u00f4t \u00e9tir\u00e9 de tout son long, tant\u00f4t recroquevill\u00e9 dans la position du foetus, le nez dans les pages pour ne rien perdre de leur odeur essentielle au plaisir de lire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ecrire<\/strong> \u2014 Sur la table de travail et nulle part ailleurs. Face \u00e0 l\u2019\u00e9cran, l\u2019ordinateur portable \u00e0 main gauche, clavier et cahier \u00e0 port\u00e9e de main, passant indiff\u00e9remment de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, le Bic de couleur noire pour \u00e9crire, le Bic de couleur verte pour souligner, le strict n\u00e9cessaire donc. Ecrire pauvre. Dos en compote. Seul luxe, comme un rituel, le murmure \u00e9touff\u00e9 d\u2019un quatuor \u00e0 cordes pour ajouter au charme d\u00e9suet de l\u2019instant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marcher<\/strong> \u2014 Et puis sortir. <em>Va prendre l\u2019air<\/em>, m\u2019enjoignait-elle, soucieuse de ma sant\u00e9, peut-\u00eatre aussi, allez savoir, du teint de ma peau. Sur les photographies de l\u2019\u00e9poque, c\u2019est vrai que l\u2019on me voit p\u00e2lot. Elle ne devait pas trouver cela id\u00e9al pour un ado en pleine croissance. Le fait est que je grandissais avec en bouche le go\u00fbt sucr\u00e9 des figues et des mots. Donc, je sortais par la lourde porte en fer forg\u00e9, descendais les huit marches qui me s\u00e9paraient de la rue, remontais en direction de l\u2019ancienne gare derri\u00e8re laquelle s\u2019\u00e9tendait un paysage parchemin\u00e9. Vignes \u00e0 perte de vue, bois de pins sur les coteaux, ligne ondoyante de platanes soup\u00e7onnant la pr\u00e9sence subreptice d\u2019un cours d\u2019eau. Il m\u2019arrive d\u2019\u00e9crire en marchant. Je forme des vers que je ne parviens pas \u00e0 retenir. Ils filent comme le sable entre mes doigts, s\u2019\u00e9vanouissent entre les ceps, emport\u00e9s dieu sait o\u00f9 par la brise d\u2019automne. J\u2019ai souvent tent\u00e9 de perfectionner cette technique mais je ne suis jamais parvenu \u00e0 mes fins. Je ne continue pas moins. J\u2019insiste. J\u2019ai appris \u00e0 vivre avec le sentiment de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Du fuyant. J\u2019ai oubli\u00e9 le go\u00fbt des figues de l\u2019enfance. Je vis dans la douceur ambr\u00e9e des mots perdus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">-o-<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte \u00e9crit dans le cadre de l&rsquo;Atelier Tiers Livre en direct le mardi 13 janvier 2026, r\u00e9vis\u00e9 le lendemain avec ajout du troisi\u00e8me volet \u2014 Marcher \u2014 constitutif d&rsquo;un triptyque sugg\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;animateur de l&rsquo;atelier au cours de la s\u00e9ance de lecture\/restitution.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lire \u2014Dans le salon biblioth\u00e8que, affal\u00e9 au fond d\u2019un canap\u00e9 de velours rouge, face \u00e0 la fen\u00eatre donnant sur la fa\u00e7ade aveugle de la maison voisine. Pas de ciel, seulement le tremblement des feuilles du tilleul, le sifflement du vent dans la coursive, sous la lumi\u00e8re p\u00e2le et vacillante d\u2019une lampe abandonn\u00e9e sur son gu\u00e9ridon en osier. 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