{"id":20447,"date":"2019-12-03T10:03:20","date_gmt":"2019-12-03T09:03:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=20447"},"modified":"2019-12-03T10:03:21","modified_gmt":"2019-12-03T09:03:21","slug":"loeil-tu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/loeil-tu\/","title":{"rendered":"L\u2019\u0153il tu"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/oeil-tu--768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20448\" width=\"189\" height=\"251\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/oeil-tu--768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/oeil-tu--315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/oeil-tu-.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 189px) 100vw, 189px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Sur le fin visage creus\u00e9 o\u00f9 la peau\nsemble douce s\u2019allonge un sourire cousu par point, \u00e9tir\u00e9 par la force du\ndentier, suivi du nez o\u00f9 repose \u00e0 son arr\u00eate la paire de lunettes, deux\ncarreaux que font briller la lumi\u00e8re \u00e9lectrique sous lesquels les deux yeux\nreposent, clos. D\u00e9finitivement. Au-dessus la d\u00e9clivit\u00e9 du front m\u00e8ne aux\ncheveux peu \u00e9pais, courts, duveteux, soigneusement bross\u00e9s. Le mort, dans son\ncercueil, dans l\u2019une des chapelles fun\u00e9raires, juste une salle de taille\nmoyenne, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de l\u2019h\u00f4pital, la sortie des artistes. D\u00e9finitive. L\u2019\u0153il\next\u00e9rieur se heurte \u00e0 la double barri\u00e8re de l\u2019\u0153il tu, le verre de lunette et la\npaupi\u00e8re baiss\u00e9e. Pourtant l\u2019\u0153il ext\u00e9rieur fixe les \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents avec une\ngrande attention, le saumon du linoleum en sous couche sous le bois vernis de\nla caisse, le mur blanc que l\u2019\u00e9clairage rend cr\u00e9meux, l\u2019absence de fen\u00eatres, le\ntorse sous le visage, v\u00eatu d\u2019un pull vert bleu, le coton clair qui recouvre les\njambes, l\u2019absence des mains, invisibles, l\u2019espace entre le haut du cr\u00e2ne et le\nvoilage blanc qui habille le bois int\u00e9rieur, ce sourire presque anormal,\nl\u2019amaigrissement de la maladie qui dessine, surligne ce visage, l\u2019\u00e9pure\ndoublement. Cette densit\u00e9 horizontale, une immobilit\u00e9 expos\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>On dirait un poussin avec le\nduveteux de ces cheveux, la seule chose qui semble encore vigoureuse, il para\u00eet\nque les cheveux continuent \u00e0 pousser apr\u00e8s la mort, &#8211; m\u00eame dans les tiroirs\nr\u00e9frig\u00e9r\u00e9s o\u00f9 sont rang\u00e9s les cadavres&nbsp;? \u00e7a oui, il a l\u2019air apais\u00e9 \u2013 on\ndirait qu\u2019il dort, elle a dit la femme qui est pass\u00e9e tandis que tu y retournes\nencore, lui, il dira plus tard \u2013 une poup\u00e9e de cire, oui, une repr\u00e9sentation,\nappr\u00eat\u00e9e pour les vivants&nbsp;; c\u2019est ton premier mort, la premi\u00e8re fois que\nton \u0153il rencontre cette surface, cet aspect, cette chose, qui est et qui n\u2019est\npas, qui rappelle et qui se tait, qui pr\u00e9sente et se retire tout \u00e0 la\nfois,&nbsp; un petit poussin surpris les yeux\nferm\u00e9s, le seul de la couv\u00e9e \u00e0 \u00eatre rest\u00e9 l\u00e0, alors que ton \u0153il int\u00e9rieur le\nvoit loin d\u00e9j\u00e0, r\u00e9ellement poussin, duveteux et doux, attendrissant parce que\nmaladroit, s\u2019\u00e9loignant aussi vite que ses courtes pattes le lui permettent, que\nvient faire ce poussin avec son jaune \u00e9clatant dans le saumon tamis\u00e9 de cette\npi\u00e8ce sans fen\u00eatres, des amis ont d\u00e9pos\u00e9s sur les jambes du cadavre deux\nbouquets, l\u2019un blanc de roses et l\u2019autre color\u00e9, deux bouquets recouverts de\npapier transparent qui vont crisser quand le couvercle sera pos\u00e9, viss\u00e9 et\nscell\u00e9 \u00e0 la cire rouge, et ton \u0153il int\u00e9rieur plisse, \u00e9bloui un peu par la\nlumi\u00e8re \u00e9clatante de ce jaune mouvant, ce chaleureux du duvet et le sentier \u00e9troit,\nune sente d\u2019animaux vifs et furtifs, habitu\u00e9s \u00e0 se dissimuler, une trace qui se\nfaufile parmi les chaumes coup\u00e9s des bl\u00e9s et cette lumi\u00e8re d\u2019\u00e9t\u00e9, ce\nsautillement, presque une pellicule de super&nbsp;8, une image mouvante, encore\nsilencieuse mais o\u00f9 bruisse sur ces bord le gr\u00e9sillement vivant des insectes\nsous la chaleur, ce jaune qui s\u2019illumine l\u00e0 tandis que ton \u0153il ext\u00e9rieur, noy\u00e9\nde larmes, floute les contours de pi\u00e8ce et les silhouettes des quatre pr\u00e9pos\u00e9s\ndes pompes fun\u00e8bres qui soul\u00e8vent le couvercle et le pose avec pr\u00e9caution sur\nla caisse oblongue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur le fin visage creus\u00e9 o\u00f9 la peau semble douce s\u2019allonge un sourire cousu par point, \u00e9tir\u00e9 par la force du dentier, suivi du nez o\u00f9 repose \u00e0 son arr\u00eate la paire de lunettes, deux carreaux que font briller la lumi\u00e8re \u00e9lectrique sous lesquels les deux yeux reposent, clos. 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