{"id":204570,"date":"2026-01-21T03:58:58","date_gmt":"2026-01-21T02:58:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=204570"},"modified":"2026-01-21T04:04:55","modified_gmt":"2026-01-21T03:04:55","slug":"construire-01-le-jour-commence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-01-le-jour-commence\/","title":{"rendered":"#construire #01 | Le jour commence"},"content":{"rendered":"\n<p>Assise sur le banc au d\u00e9but de la plage, j\u2019attends au pied du phare de Kovalam, le lever du soleil. \u00c0 ma gauche, il y a le restaurant Fusion o\u00f9 j\u2019ai pris mon premier repas en arrivant et \u00e0 ma droite les lignes d\u2019\u00e9cume blanches des vagues dans la nuit qui n\u2019annonce pas encore sa fin. Il est pr\u00e8s de 6h du matin. Je n\u2019\u00e9tais pas la premi\u00e8re sur la plage ce matin. Je n\u2019ai pourtant vu personne. Ensuite j\u2019ai pu distinguer des silhouettes. La premi\u00e8re \u00e9tait celle d\u2019un homme portant une grande planche de contreplaqu\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 se tiennent dans la journ\u00e9e les chauffeurs de touk-touk. La deuxi\u00e8me \u00e9tait un autre homme sur la promenade. Il marchait accroupi et, \u00e0 cette heure matinale dans les ombres, j\u2019aurais pu avoir peur de cet homme crabe \u00e0 qui, dans la journ\u00e9e j\u2019avais jusqu\u2019ici refus\u00e9 de donner le moindre centime. J\u2019ai compt\u00e9 quatre silhouettes au loin, dont une qui s\u2019est rapproch\u00e9e de moi avec un bruit de clochettes. La peur d\u00e9bridait mon imagination. La forme qui s\u2019avan\u00e7ait vers moi \u00e0 vive allure pouvait \u00eatre un esprit cherchant \u00e0 fuir avant l\u2019arriv\u00e9e du jour. Une femme blanche avec un casque de cycliste arrivait vers moi en tintant. Une fois au pied du phare, elle a fait demi-tour en acc\u00e9l\u00e9rant son allure.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis arriv\u00e9e \u00e0 Kovalam il y a sept jours. Je n\u2019ai pas pris le temps de noter dans mon journal les cris incessants des corneilles perch\u00e9es dans les cocotiers. Je n\u2019ai pas not\u00e9 la beaut\u00e9 et le sourire des gens que je croise \u00e0 la clinique, le go\u00fbt plus ou moins prononc\u00e9 des \u00e9pices en fonction de l\u00e0 o\u00f9 je d\u00e9jeune, les petites boutiques et les marchands qui insistent pour vous montrer ce qu\u2019ils ont \u00e0 vendre. J\u2019aurais d\u00fb \u00e9crire dans mon journal le nom de cette femme \u00e0 qui j\u2019ai achet\u00e9 deux robes. De tous les marchands que j\u2019ai crois\u00e9s, c\u2019est elle dont je me souviens. Son nom je l\u2019ai oubli\u00e9 mais l\u2019image est tr\u00e8s nette dans ma m\u00e9moire. Je me tiens \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de sa petite boutique. Je suis maladroite avec mes sacs. Elle m&rsquo;invite \u00e0 rentrer pour payer mon achat. Dans mon empressement de la payer, je ne franchis pas le seuil et je lui tends de l&rsquo;argent avec ma main gauche, mon porte-monnaie dans la main droite, des sacs pendus \u00e0 mes poignets. Elle me dit \u00ab\u2009non, bad luck\u2009\u00bb, et elle insiste pour que je franchisse le seuil. &nbsp;Elle m\u2019indique la main avec laquelle elle veut accepter mon argent. Je lui donne alors l&rsquo;argent avec la bonne main, la main droite. La gauche est mauvaise pour les affaires, me dit-elle. Elle mime le sens des aiguilles d\u2019une horloge. C\u2019est le sens dans lequel il convient de faire les choses. \u00ab&nbsp;The right way&nbsp;\u00bb. Elle me demande d\u2019attendre pour la monnaie. Son mari est parti en chercher. J\u2019avais vu un homme discret \u00e0 la barbe blanche part endroit assis \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du magasin. Elle \u00e9clate de rire et dit que c\u2019est son fils. Je lui dis pour me rattraper qu\u2019elle a l\u2019air si jeune. Puis elle me dit son \u00e2ge, 57 ans, et je ne la trouve plus si jeune. Elle est belle et tonique, certes, mais on lit aussi sur son visage le poids d\u2019une vie construite pour soi et les siens avec une vigilance incessante qui laisse des traces, quelque chose qui p\u00e8se sur les paupi\u00e8res, creuse les joues et ronge l\u2019\u00e9clat du visage.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la lumi\u00e8re du lampadaire en face de moi, je per\u00e7ois la pointe du jour. Les marcheurs sur la plage se sont multipli\u00e9s. Une silhouette encore dans l\u2019ombre installe les premiers transats. La plage s\u2019anime tout doucement et les silhouettes de plus en plus pr\u00e9cises marchent d\u2019un pas plus assur\u00e9. Une joggeuse passe derri\u00e8re moi avec des \u00e9couteurs sur les oreilles. Elle n\u2019entend ni les corneilles ni les vagues dont je ne discerne encore que l\u2019\u00e9cume. L\u2019homme qui s\u2019occupe des toilettes publiques vient de les ouvrir. Il est 6h15. Je peux encore distinguer le faisceau du phare. Les cocotiers d\u00e9coupent plus nettement le ciel qui devient bleu. J\u2019ai une pointe de regret que d\u00e9j\u00e0 le jour se l\u00e8ve. Je ne suis plus seule avec les corneilles et les vagues. Derri\u00e8re moi, les \u00ab\u00a0toilet block\u00a0\u00bb sont ouvertes et allum\u00e9es. L\u2019employ\u00e9 balaye et le raclement de son balai en nervures de feuille de cocotiers se m\u00eale \u00e0 celui des corneilles. La plage se remplit petit \u00e0 petit de marcheurs. Les couleurs deviennent laiteuses sur la mer. L\u2019horizon au loin est brouill\u00e9, le ciel poudr\u00e9 de blanc. La plage n\u2019est plus \u00e0 moi seule. Il y a de plus en plus de corneilles qui croassent et de gens qui marchent. <\/p>\n\n\n\n<p>Le jour commence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Assise sur le banc au d\u00e9but de la plage, j\u2019attends au pied du phare de Kovalam, le lever du soleil. \u00c0 ma gauche, il y a le restaurant Fusion o\u00f9 j\u2019ai pris mon premier repas en arrivant et \u00e0 ma droite les lignes d\u2019\u00e9cume blanches des vagues dans la nuit qui n\u2019annonce pas encore sa fin. Il est pr\u00e8s de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-01-le-jour-commence\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#construire #01 | Le jour commence<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":624,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7934,7935],"tags":[4963,840,7956,159,7955],"class_list":["post-204570","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-construire-nouveau-cycle-2026","category-construire-01-remonter-jusquau-debut","tag-inde","tag-jour","tag-kovalam","tag-nuit","tag-panchakarma"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/624"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=204570"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204570\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":204573,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204570\/revisions\/204573"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=204570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=204570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=204570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}