{"id":204596,"date":"2026-01-25T08:43:29","date_gmt":"2026-01-25T07:43:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=204596"},"modified":"2026-01-28T16:25:42","modified_gmt":"2026-01-28T15:25:42","slug":"construire-03-confusion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-03-confusion\/","title":{"rendered":"#construire #03 | confusion"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:19px\">Il faisait beau; une fine couche de neige recouvrait l&rsquo;herbe et les toits des bateaux. Des p\u00e9niches pour la plupart avec leurs passerelles encombr\u00e9es de bidons et de linge gel\u00e9. Les bateaux sur l&rsquo;autre rive semblaient plus myst\u00e9rieux, c\u2019est l\u2019aura de la distance j&rsquo;imagine. Il\u00a0faisait beau; l\u2019eau \u00e9tait crasse, luisait par nappes comme gel\u00e9e. Si quelqu&rsquo;un \u00e9tait tomb\u00e9 \u00e0 l&rsquo;eau il serait certainement mort. Un chien attach\u00e9 aboya. J\u2019ai connu quelqu\u2019un qui vivait sur le fleuve, il aboyait &#8211; il t\u2019aboyait d\u2019abord dessus ; apr\u00e8s il te parlait -, il doit \u00eatre mort ou enferm\u00e9, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 vieux \u00e0 l\u2019\u00e9poque ; il m\u2019avait racont\u00e9 sa guerre.<br>Un dimanche par mois, je d\u00e9jeune chez elle, j\u2019y vais en marchant; deux kilom\u00e8tres au long des quais puis je traverse le boulevard et je bifurque vers les rues grises; une heure de marche sans me presser, en laissant d\u00e9river mes pens\u00e9es.\u00a0J&rsquo;ai d&rsquo;abord pens\u00e9 \u00e0 mon rendez-vous de jeudi, qu&rsquo;il faudrait passer d\u00e9poser l&rsquo;enveloppe avant plut\u00f4t qu\u2019apr\u00e8s. Et ce livre m\u2019est revenu. Une lecture qui a plus de quinze ans. Je me souvenais d\u2019un crime, pas du titre. Je ne me souvenais pas qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 question d&rsquo;un fleuve, ni de bateaux. Je voyais des gens marcher. Flux d&rsquo;images; impressions volatiles. Je flottais. Est-ce que \u00e7a avait un rapport avec mon rendez-vous de jeudi. <br>Je traverse. Partout ailleurs, la neige a fondu. Les immeubles cachent le ciel. Au Franprix du carrefour, je veux lui acheter des fleurs. Il n\u2019y en a que des rouges, des \u0153illets et des roses. Dans l\u2019absolu je n\u2019aime pas les fleurs rouges,\u00a0surtout les roses. Les pivoines cependant je crois que je les aime absolument, m\u00eame les rouges, il y en avait dans le jardin; elle a ce don de faire pousser les fleurs : des blanches piquet\u00e9es de roses. Les pivoines sont des fleurs qui ne durent pas, on dirait des joues d\u2019enfants. Les enfants ont des joues qui ne durent pas, on les embrasse comme du bon pain et elles se fanent. Un jour les enfants ne veulent plus qu&rsquo;on les embrasse; ils se lassent. Un jour ils descendent seuls dans la rue. Dans le livre deux adolescents descendaient dans la rue pour tuer quelqu\u2019un. Ils avaient d\u00fb marcher longtemps dans les rues de la ville ces deux adolescents avant de suivre et de tuer une femme. Par hasard. Celle qui passait, la premi\u00e8re ou\u2026 <br>Le Tunisien en bas de chez elle n\u2019a pas de fleurs, je prends des loukoums \u00e0 la rose. Un meurtre sans autre mobile que de r\u00e9veiller le hasard j&rsquo;ai pens\u00e9, sans mobile apparent, n\u2019ouvrant \u00e0 aucune piste. Un crime parfait en quelque sorte. Elle m\u2019ouvre. Nous nous serrons, sans nous embrasser; le virus a marqu\u00e9 les corps. Je lui tends la boite de Loukoum. Ereuthophobie est son premier mot; elle avait entendu le mot \u00e0 la radio, elle mettait le couvert; elle \u00e9coute beaucoup la radio &#8211; le meuble qui tr\u00f4ne au salon, des ann\u00e9es 70 laqu\u00e9 noir avec le t\u00e9l\u00e9viseur et le poste int\u00e9gr\u00e9s. Toi tu le connais ce mot j\u2019en suis sure. Phobie c\u2019est facile, c&rsquo;est la peur; la peur de tuer peut-\u00eatre ? Elle pointe les poivrons sur le plat &#8211; ses poivrons rouges farcis qui me restent sur l&rsquo;estomac. Elle pointe le rideau de l&rsquo;alc\u00f4ve. La peur du rouge? Tu y es presque : la peur de rougir; adolescent tu rougissais ; tu allais te cacher. Tu fuyais. Et puis \u00e7a t&rsquo;a pass\u00e9, je crois. <br>Je ne me souvenais pas que le crime ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit dans le livre. Comment les deux adolescents avaient tu\u00e9 la femme n\u2019\u00e9tait pas le sujet. Ni la femme. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;acte en lui-m\u00eame. Sa gratuit\u00e9. L\u2019arbitraire du crime se teinte de l&rsquo;eau crasse du fleuve. Il se teinte du rouge des roses du Franprix au carrefour, du rouge des poivrons sur la table encaustiqu\u00e9e du salon. Il se teinte du rougissement de la peur. Je mange ses poivrons farcis qui me restent sur l&rsquo;estomac et je sors fumer en pensant \u00e0 mon rendez-vous de jeudi. La rue est devenue blanche. Il s\u2019est remis \u00e0 neiger. Le titre du livre, me revient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il faisait beau; une fine couche de neige recouvrait l&rsquo;herbe et les toits des bateaux. Des p\u00e9niches pour la plupart avec leurs passerelles encombr\u00e9es de bidons et de linge gel\u00e9. Les bateaux sur l&rsquo;autre rive semblaient plus myst\u00e9rieux, c\u2019est l\u2019aura de la distance j&rsquo;imagine. Il\u00a0faisait beau; l\u2019eau \u00e9tait crasse, luisait par nappes comme gel\u00e9e. 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