{"id":205089,"date":"2026-01-28T11:44:50","date_gmt":"2026-01-28T10:44:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=205089"},"modified":"2026-01-30T11:12:35","modified_gmt":"2026-01-30T10:12:35","slug":"03-atelier-du-mardi-interieur-exterieur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/03-atelier-du-mardi-interieur-exterieur\/","title":{"rendered":"# 03 | Atelier du Mardi  Int\u00e9rieur Ext\u00e9rieur"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>NIVEAU RUE \u2514\u2500\u2500 Entr\u00e9e en chicane \u2514\u2500\u2500 Patio central (\u00e0 ciel ouvert) \u251c\u2500\u2500 Cuisine \u251c\u2500\u2500 R\u00e9serve \u251c\u2500\u2500 Petite pi\u00e8ce de service \u2514\u2500\u2500 Escalier vers \u00e9tage<\/p>\n\n\n\n<p>1er \u00c9TAGE \u2514\u2500\u2500 Galerie p\u00e9riph\u00e9rique \u251c\u2500\u2500 Pi\u00e8ce principale \u251c\u2500\u2500 Pi\u00e8ce principale 2 \u2514\u2500\u2500 Pi\u00e8ce secondaire 2e \u00c9tage \u251c\u2500\u2500 Pi\u00e8ce principale 1 Pi\u00e8ce secondaire 2 \u251c\u2500\u2500 1 Pi\u00e8ce secondaire<\/p>\n\n\n\n<p>TERRASSE \u251c\u2500\u2500 Espace ouvert \u2514\u2500\u2500 Petite pi\u00e8ce \u00e9ventuelle<\/p>\n\n\n\n<p>Je v\u00e9rifie les plans hypoth\u00e9tiques d\u2019une maison ancienne, une vieille dame qui s\u2019est adapt\u00e9e, transform\u00e9e construite par strates, h\u00e9ritages s\u00e9culaires d&rsquo;invasions, de colonisations, de secousses sismiques. Un endroit o\u00f9 poser mes valises?. Peut-\u00eatre. Je connais peu cette ville, encore moins ce pays, j\u2019y suis pass\u00e9 quelques fois sans vraiment m\u2019arr\u00eater. Mon carnet de notes et stylo dans une main, mon plan dans l\u2019autre, je pars \u00e0 la d\u00e9couverte de ce quartier \u00e0 la r\u00e9putation douteuse. Dans ce d\u00e9dale de ruelles je cherche une voie dite sans issue, une impasse large de 1 \u00e0 1,5 m, plus \u00e9troite que la ruelle large de 2 \u00e0 2,5 m sur laquelle elle devrait se greffer dit le plan. En marchant, je dessine les voies de passage oblig\u00e9 entre les quartiers, entre les portes de la ville et le souk ouverts \u00e0 tous \u00e0 l\u2019exception d\u2019impasses non soumises au domaine public. Leurs configurations \u00e0 l\u2019\u00e9cart r\u00e9serv\u00e9es aux riverains m&rsquo;int\u00e9ressent, un espace o\u00f9 volontairement le quartier se retranche de la vie publique, le soir il se ferme, une ou plusieurs portes l\u2019isolent du reste de la ville et du monde pour se prot\u00e9ger des malfrats, ce n\u2019est pas le mellah.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la rue \u00e9troite et pentue, pav\u00e9e de galets us\u00e9s par quatre si\u00e8cles de passages, la maison m&rsquo;apparait l\u00e0, dans cette impasse peu visible depuis la ruelle, nous sommes face \u00e0 face. Je suis fourbu d\u2019avoir autant arpent\u00e9 cette ville, de m\u2019\u00eatre perdu, revenu mille fois sur mes pas, demand\u00e9 mon chemin, provoqu\u00e9 des \u00e9clats de rire, bu th\u00e9 sur th\u00e9, caf\u00e9 sur caf\u00e9, m\u2019\u00eatre assis sur des coussins \u00e0 m\u00eame le sol, relev\u00e9, assis, relev\u00e9, une gymnastique \u00e0 laquelle mon corps n\u2019est pas habitu\u00e9. Je l\u2019ai trouv\u00e9e enfin, c\u2019est un choc, une rencontre. Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 propri\u00e9taire, poss\u00e9der ne m\u2019int\u00e9resse pas, j\u2019habite toujours au c\u0153ur des villes dans des appartements petits ou grands, fonctionnels, agr\u00e9ables, confortables sans \u00eatre luxueux, conformes, en r\u00e8gle pour l\u2019essentiel, passe-partout, avec des voisins, les charmants, les grincheux, ceux qui oublient leur poubelle devant votre porte ou la leur, les fumeurs compulsifs, cigarettes \u00e9cras\u00e9es sur les marches du vestibule, ceux qui crient sans savoir pourquoi le soir sur des enfants t\u00e9tanis\u00e9s, ceux qui oublient d\u2019aimer, d\u2019embrasser, de s\u00e9curiser, ceux qui chantent, ceux qui rient bruyamment, ceux qui claquent leur porte pour se sentir vivre, ceux qui dansent en ouvrant leur porte, ceux qui disent bonjour d\u2019un signe de t\u00eate, ceux qui sourient avec un signe de la main, ceux qui d\u00e9tournent la t\u00eate et d\u2019autres visages inexpressifs d\u00e9couvrant l\u2019ascenseur en panne, la loge de la concierge ferm\u00e9e pour raisons personnelles, un quotidien de villes hi\u00e9rarchis\u00e9es o\u00f9 la mixit\u00e9 sociale s\u2019efface \u00e0 pas feutr\u00e9s depuis peu, depuis la fin de la guerre, les villes et leurs milliers de bruits, ceux des voitures, des klaxons, des ambulances, des pompiers, des flics, des motos aux pots d\u2019\u00e9chappement bidouill\u00e9s, des sifflets des gendarmes, des gueulantes, des courses poursuites, les discussions ou parfois les voix s&rsquo;assombrissent, s&rsquo;approchent d&rsquo;une bagarre en r\u00e8gle, s\u2019\u00e9teignent ou reprennent de plus belle au bistrot du coin devant un Fernet Branca, les pas pr\u00e9cipit\u00e9s et les rires des enfants, les bruits m\u00e9talliques du m\u00e9tro, les klaxons des voitures, les cris des vendeurs de journaux, des vitriers, des \u00e9mouleurs pour aiguisage, des chiffonniers, des marchands ambulants (mouron, lacets, fleurs, journaux), des r\u00e9tameurs, des r\u00e9mouleurs, des ramoneurs, des musiciens et chanteurs de rues, tous ces petits m\u00e9tiers grouillent, parcourent la ville, lui offrent bagout et savoir-faire, tout cela serait derri\u00e8re moi. Je suis mal \u00e0 l\u2019aise, mes lieux s\u2019\u00e9loignent, se d\u00e9tournent, s\u2019effacent, je pense au paysage olfactif dense, contrast\u00e9, parfois \u00e2pre,  des villes o\u00f9 j\u2019aime vivre, les odeurs de pluie sur les trottoirs crasseux, de bitume, les relents d\u2019\u00e9gouts, les odeurs pungentes de lessive et de javel, celles des march\u00e9s de plein air, les odeurs de mar\u00e9e des poissons, des l\u00e9gumes terreux et herbac\u00e9s, de fruits m\u00fbrs sucr\u00e9s et acidul\u00e9s, odeurs de pain chaud, de baguettes croustillantes, de croissants au beurre, de brioche des boulangeries, celles matinales du caf\u00e9 torr\u00e9fi\u00e9 qui embaume la rue, celles des laiteries fromageries tenaces, celles animales prononc\u00e9es et persistantes des boucheries charcuteries, celles \u00e2cres, corrosives, de gaz d\u2019\u00e9chappement, de moteurs chauds, de garages, d\u2019huiles rances, de graisses m\u00e9caniques et tant d\u2019autres odeurs refuges.<\/p>\n\n\n\n<p> Leur absence fragilisera-t-elle ma vie future ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas encore de r\u00e9ponse, un n\u0153ud dans la gorge, une appr\u00e9hension. Cette maison ottomane r\u00e9v\u00e8le une fa\u00e7ade aust\u00e8re perc\u00e9e d\u2019une unique ouverture, la porte monumentale en c\u00e8dre du Liban, haute de 3,50 m, r\u00e9v\u00e8le les stigmates du temps, le bois sombre presque noir aux endroits les plus expos\u00e9s conserve des traces de peinture rouge sang-de-b\u0153uf dans les creux des sculptures, les clous de bronze \u00e0 t\u00eate pyramidale dispos\u00e9s en rang\u00e9es g\u00e9om\u00e9triques dessinent des losanges et des \u00e9toiles, deux heurtoirs en forme de main de Fatma pendent de part et d\u2019autre, leur m\u00e9tal patin\u00e9 par d\u2019innombrables attouchements, clou\u00e9 \u00e0 m\u00eame la porte sur un rectangle de 10 \u00e0 15 cm, nettoy\u00e9 chaque jour avec z\u00e8le. Je tremble, je transpire, ma respiration s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, si les mains de la chance appelaient un texte qui ne voudrait pas encore sortir ni r\u00e9pondre aux chants ent\u00eatants, aux sons mats arrondis en notes graves sur le seuil comme une annonce, un grincement de portes entreb\u00e2ill\u00e9es, de portes qui ouvrent d\u2019autres portes, des portes au creux de portes initiatrices elles s&rsquo;ouvrent, cr\u00e9ent un passage peut-\u00eatre simplement celui du vestibule coud\u00e9 pour pr\u00e9server l\u2019intimit\u00e9 d\u2019o\u00f9 il est facile de s\u2019\u00e9vader par la ruelle \u00e9troite. Je remarque au-dessus du linteau une plaque de marbre blanc grav\u00e9e en caract\u00e8res coufiques anguleux, sans doute une sourate protectrice et la date de la construction de cette belle aristocrate selon le calendrier h\u00e9girien 1142 (1729 de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne). Je redeviens un petit enfant travers\u00e9 de pens\u00e9es magiques sous la protection de la maison \u00e0 la fa\u00e7ade aust\u00e8re, \u00e0 son seuil je me sens prot\u00e9g\u00e9, j\u2019ouvre la porte monumentale en c\u00e8dre du Liban,<\/p>\n\n\n\n<p>j\u2019entre.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NIVEAU RUE \u2514\u2500\u2500 Entr\u00e9e en chicane \u2514\u2500\u2500 Patio central (\u00e0 ciel ouvert) \u251c\u2500\u2500 Cuisine \u251c\u2500\u2500 R\u00e9serve \u251c\u2500\u2500 Petite pi\u00e8ce de service \u2514\u2500\u2500 Escalier vers \u00e9tage 1er \u00c9TAGE \u2514\u2500\u2500 Galerie p\u00e9riph\u00e9rique \u251c\u2500\u2500 Pi\u00e8ce principale \u251c\u2500\u2500 Pi\u00e8ce principale 2 \u2514\u2500\u2500 Pi\u00e8ce secondaire 2e \u00c9tage \u251c\u2500\u2500 Pi\u00e8ce principale 1 Pi\u00e8ce secondaire 2 \u251c\u2500\u2500 1 Pi\u00e8ce secondaire TERRASSE \u251c\u2500\u2500 Espace ouvert \u2514\u2500\u2500 Petite pi\u00e8ce <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/03-atelier-du-mardi-interieur-exterieur\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># 03 | Atelier du Mardi  Int\u00e9rieur Ext\u00e9rieur<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":700,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7036],"tags":[],"class_list":["post-205089","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-mardis"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205089","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/700"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=205089"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205089\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":205337,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205089\/revisions\/205337"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=205089"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=205089"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=205089"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}