{"id":205220,"date":"2026-01-29T11:46:30","date_gmt":"2026-01-29T10:46:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=205220"},"modified":"2026-01-29T15:02:27","modified_gmt":"2026-01-29T14:02:27","slug":"construire03-le-paradis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire03-le-paradis\/","title":{"rendered":"#construire #03 | le paradis"},"content":{"rendered":"\n<p><br>Je me suis inscrit les lundis, comme \u00e7a je pouvais rattraper mes heures plus vite, cinquante heures \u00e0 trouver si je voulais garder mon statut. Darline, m\u2019a fait remarquer que le premier jour de la semaine est judicieux ; d\u2019un, il reste toujours de la place, deux, comme personne veut s\u2019y coller, les heures sont doubl\u00e9es, de trois, c\u2019\u00e9tait Monsieur Dialo qui valide le carnet et qu\u2019il est arrangeant. J\u2019y ai vu aussi comme une invitation \u00e0 me joindre \u00e0 leur compagnie. Nous faisons une bonne \u00e9quipe tous les trois. Monsieur Dialo ne parle pas mais il est comme un soleil confortable. Darline, c\u2019est mon quartier d\u2019orange. Malgr\u00e9 tout les malheurs qu\u2019elle a travers\u00e9s, \u00e7a n\u2019a fait que renforcer sa gait\u00e9. C\u2019est comme si je faisais une randonn\u00e9e, elle transforme chaque obstacle en un signe qui indique le chemin. Nous nous sommes retrouv\u00e9s \u00e0 l\u2019angle du quai Tilsett et de l\u2019avenue Adolf Meyer. J\u2019\u00e9tais charg\u00e9 d\u2019apporter le caddie avec les brochures. Monsieur Dialo a sugg\u00e9r\u00e9 que nous changions de c\u00f4t\u00e9. La derni\u00e8re fois, nous \u00e9tions contre le mur du Palais Saint Paul au coin de la biblioth\u00e8que. Cette fois, nous nous sommes mis sous les tilleuls, enfin sous leurs branches d\u00e9garnies en cette apr\u00e8s-midi de mi-janvier brumeuse. Avec les vents-coulis qui descendent du fleuve, nous \u00e9tions tout de m\u00eame bien expos\u00e9s aux courants d\u2019air. Mais chapeaut\u00e9s et en tenue. Monsieur Dialo ne sort jamais sans son chapeau, son pardessus en peau retourn\u00e9, sa barbe blanche et ses bons yeux empathiques, Darline, l\u2019\u00e9l\u00e9gante en b\u00e9ret orange, col de fourrure et jupe pliss\u00e9e et moi m\u00eame, anorak et casquette. Il pleuvait. Un petit crachin mouill\u00e9 preignant et froid. Comme je reniflais, Darline m\u2019a donn\u00e9 un mouchoir. Avec les feuilles tremp\u00e9es et les dalles de pav\u00e9s glissantes, \u00e7a n\u2019a pas manqu\u00e9. A peine arriv\u00e9s, une vieille femme tra\u00een\u00e9e par son chien qui reniflait le trottoir, a chut\u00e9. Heureusement qu\u2019elle a pu se rattraper \u00e0 notre caddy, en \u00e9cornant un peu l\u2019image du <em>paradis<\/em>. Nous l\u2019avons aid\u00e9 \u00e0 reprendre ses esprits en l\u2019amenant sur le banc. On lui a donn\u00e9 une brochure. Elle a retrouv\u00e9 son souffle pour repartir un peu de guingois avec son cabot qui tra\u00eenait son ventre et son nez par terre. Nous avons repris place sous nos tilleuls. J\u2019ai rabattu la b\u00e2che pour prot\u00e9ger les bibles. Et d\u00e9j\u00e0 l\u2019heure des corneilles. Elles se regroupent sous ces arbres. Un vrai pugilat, mais j\u2019aime bien \u00e7a, je les pr\u00e9f\u00e8re aux vieux pigeons qui d\u2019ailleurs sont de plus en pus rares. Darline a sorti un parapluie g\u00e9n\u00e9reux nous couvrant tous trois et a commenc\u00e9 \u00e0 raconter une de ses histoires. Le jour o\u00f9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e elle \u00e9tait bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 en finir quand la sonnette, elle s\u2019interrompt toujours \u00e0 ce moment, pr\u00e9textant qu\u2019elle se r\u00e9p\u00e8te, qu\u2019elle nous l\u2019a d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9e, mais non, mais non, quand un cycliste surgit de nulle part, est venu s\u2019\u00e9craser contre notre tilleul. Il avait une chapka, \u00e7a je me souviens car les rabats des oreilles n\u2019\u00e9taient pas attach\u00e9es, et un v\u00e9lo rouge Peugeot. On a juste eu le temps de s\u2019\u00e9carter mais le panneau gauche du caddie a pris un pli sur le devers, celui de <em>la fin du monde qui est proche<\/em>. A croire qu\u2019on est invisible et qu\u2019ils ne nous voient pas les passants qui passent. On serait une baie vitr\u00e9e ou une porte ouverte que \u00e7a leur ferait le m\u00eame effet, tellement qu\u2019ils sont entra\u00een\u00e9s par la roue, hamsters de leur vie. \u00c7a, c\u2019est Darline qui l\u2019a dit. \u00c7a a fini par faire un attroupement, deux agents de la police municipale sont arriv\u00e9s \u00e0 bicyclette, eux aussi, nous demandant ce qu\u2019on faisait l\u00e0, comme s\u2019ils ne savaient pas depuis le temps. Nos heures et notre paradis que j\u2019ai fait et heureusement qu\u2019on \u00e9tait l\u00e0 pour sauver les \u00e2mes et les cyclistes, tout ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 prouvait bien que le monde tournait pas rond. \u00c7a commen\u00e7ait \u00e0 devenir orageux. Le cycliste est repartit pench\u00e9 avec sa roue avant voil\u00e9e en s\u2019excusant de l\u2019embarras. Monsieur Dialo a regard\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone, la permanence \u00e9tait termin\u00e9e, on pouvait plier bagages. Puis on est tous trois rentr\u00e9s chez nous, chacun sur nos collines, Monsieur Dialo sur le plateau , Darline direction la Duch en attrapant le C17 et moi qui suis descendu dans le m\u00e9tro pour aller \u00e0 Gorges de-Loup rapporter le mat\u00e9riel. C\u2019est qu\u2019une fois assis dans la rame que je me suis avis\u00e9 que j\u2019avais oubli\u00e9 de faire signer mon carnet pour valider mes heures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me suis inscrit les lundis, comme \u00e7a je pouvais rattraper mes heures plus vite, cinquante heures \u00e0 trouver si je voulais garder mon statut. Darline, m\u2019a fait remarquer que le premier jour de la semaine est judicieux ; d\u2019un, il reste toujours de la place, deux, comme personne veut s\u2019y coller, les heures sont doubl\u00e9es, de trois, c\u2019\u00e9tait Monsieur <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire03-le-paradis\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#construire #03 | le paradis<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":169,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7934,7952],"tags":[],"class_list":["post-205220","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-construire-nouveau-cycle-2026","category-construire-03-lhomme-qui-tua-roland-barthes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/169"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=205220"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205220\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":205273,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205220\/revisions\/205273"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=205220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=205220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=205220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}