{"id":205525,"date":"2026-02-02T15:03:25","date_gmt":"2026-02-02T14:03:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=205525"},"modified":"2026-02-03T18:55:17","modified_gmt":"2026-02-03T17:55:17","slug":"04-construire-le-hors-piste-de-ton-nous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/04-construire-le-hors-piste-de-ton-nous\/","title":{"rendered":"#construire #04 | Le hors piste de ton nous"},"content":{"rendered":"\n<p>Tu rentreras chez toi, tu te r\u00e9\u00e9couteras, transcriras ces mots 1 \u00e0 1. Ce sera d\u00e9j\u00e0 \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>00&nbsp;:15 :57 sur ton H1n Handy Recorder, plage 21\/22, mark 1.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu fermes ta porte d\u2019entr\u00e9e, fais 15 pas, tu arrives \u00e0 l\u2019ascenseur, appuies sur le bouton, tu attends,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 la porte se ferme, dans le reflet du miroir toi et la lumi\u00e8re crue, l\u2019ascenseur atterrit au rez-de-chauss\u00e9e (sensation pas tr\u00e8s claire), la porte s\u2019ouvre \u2013 tu arrives dans le hall de l\u2019immeuble, tu fais 32 pas jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re porte de sortie, puis 4 avant la seconde\u2026 Tu as oubli\u00e9 d\u2019appuyer sur le bouton qui ouvre automatiquement le portail, alors tu fais marche arri\u00e8re, mais cette fois tu ne comptes pas tes pas\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Te voil\u00e0 sur le trottoir de la rue des Orteaux, tu la longes&nbsp;: 1 laboratoire de dentisterie, vitrines opaques, ray\u00e9es, sales, barbouill\u00e9es ; derri\u00e8re, ombres d\u2019ordinateurs et d\u2019humains&nbsp;; tu traverses le passage-pi\u00e9ton rue des Vignoles, phares de voitures allum\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fait gris et froid \u00e0 Paris. On est un milieu d\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019une fin de mois de janvier. En face, juste au coin, le brocanteur vient de savonner son trottoir,<\/p>\n\n\n\n<p>Tu parles dans ton <em>H1n Handy Recorder<\/em>. Mots improvis\u00e9s, dits par ta voix essouffl\u00e9e, au rythme de tes pas indiff\u00e9rents, trainant dans quelques recoins cach\u00e9s d\u2019une ruelle, d\u2019une impasse, ou d\u2019une rue encombr\u00e9e du 20<sup>ieme<\/sup>. Lenteur de tes chuchotements, au micro les hasards de soubresauts et d\u2019impromptus de la ville. Ta bande son satur\u00e9e d\u2019images, d\u2019odeurs, d\u2019affects de quidam invisibles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 1 parka noire \u00e9paisse, courb\u00e9e, appuy\u00e9e de sa main gauche sur 1 canne, 1 chapeau blanc et \u00e9l\u00e9gant sur la t\u00eate, et les doigts de la main droite vrill\u00e9s autour de l\u2019anse d\u20191 petit sac en tissu \u00e0 carreaux \u00e9cossais, la parka reste plant\u00e9e l\u00e0 devant la vitrine \u2013 tu la d\u00e9passes, un instant te retournes, mais ne t\u2019attardes pas car elle pourrait \u00eatre g\u00ean\u00e9e d\u2019\u00eatre ainsi \u00e0 vue&nbsp;; une boutique de fleurs devant le coll\u00e8ge, des gestes, sauts, cris sous capuches d\u20191 bande de blousons ; \u00e0 peine plus loin assis sur 1 barri\u00e8re en bord de rue, 2 pantalons gris, le faux naturel d\u2019une bouche qui aspire la fum\u00e9e d\u20191 cigarette, 1 autre bouche, admirative et envieuse ; encore un peu plus loin, \u00e0 m\u00eame la rue, 1 cycliste debout sur ses p\u00e9dales,<\/p>\n\n\n\n<p>Tu t\u2019accroches \u00e0 ta voix, tu te dis ce qu\u2019elle voit, ce qu\u2019elle entend et per\u00e7oit. Tu as d\u00e9cid\u00e9 d\u2019attendre la rencontre, m\u00eame si tu n\u2019as pas grande id\u00e9e de ce que tu attends \u2013 tu marches, tu fr\u00f4les, tu longes les murs r\u00e2peux et pel\u00e9s de la ville,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 mains f\u00e9minines de 45 ans, pleine d\u2019\u00e9gard, \u00e0 l\u2019arr\u00eat sur le trottoir, d\u00e9nouent 1 scoubidou&nbsp;; en face, 1 foulard frigorifi\u00e9 attend devant 1 immeuble \u2013 1 gant appuie sur les boutons d\u20191 digicode, \u00e0 sa droite porte de parking, et au-dessus, sur un balcon, 1 p\u00e8re no\u00ebl affaibli et des boules de sapin oubli\u00e9es&nbsp;\u2013 tu avances \u2013 1 voix au t\u00e9l\u00e9phone derri\u00e8re 1 poussette \u2013 tu marches \u2013 des murs tout du long, affiches arrach\u00e9es, bribes de phrases en loque : <em>La gauche unie pour Paris \u2026 cils clairs\u2026 ment&nbsp;<\/em>; v\u00e9los encore, avec ou sans si\u00e8ges enfants, avec ou sans enfants, passent rue Franz Fanon&nbsp;; au centre de la chauss\u00e9e, ilot de terre fraichement retourn\u00e9e,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 longue vitrine de pharmacie ferm\u00e9e depuis longtemps&nbsp;; cous de pigeons roucoulant sur le trottoir&nbsp;; sens interdit&nbsp;; la tr\u00e8s longue vitrine de la pharmacie ray\u00e9e de col\u00e8re&nbsp;; 2 voix au lointain se rejoignent&nbsp;; 1 chaise roulante traverse au passage clout\u00e9&nbsp;; 1 jet de bouteilles en verre dans 1 container&nbsp;; la trentaine masculine, 1 casque sur la t\u00eate se prom\u00e8ne,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 \u00e0 l\u2019arr\u00eat, quelqu\u20191 met du stick sur ses l\u00e8vres&nbsp;\u2013 tu avances&nbsp;\u2013 rubalise devant 1 immeuble en travaux, 1 crissement m\u00e9tallique de scie sauteuse au 2<sup>ieme<\/sup> \u00e9tage \u2013percute ton oreille, roulement de tubes ferreux&nbsp;qui suit, doux en contraste ;&nbsp; 1 large manteau triangulaire attend que son chien tr\u00e8s poilu, fourrure beige clair, ait fait ses besoins, 1 voiture immatricul\u00e9e EG 559 CR &#8211; 69 sort d\u20191 parking,&nbsp; le manteau triangulaire sursaute, repart \u00e0 pas menus&nbsp;: <em>allez chausson on y va\u2026<\/em> ; 1 poussette traverse, ses courses sens dessous, dessous \u2013 tu te retournes&nbsp;\u2013 disparues le manteau triangulaire aux pas menus ainsi que Chausson le chien tr\u00e8s poilu, &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu te demandes o\u00f9 te guident tes pas \u2013 tu avances sur leurs traces en qu\u00eate de, tu t\u2019accroches \u00e0 ces instantan\u00e9s urbains, f\u00e9brile tu enregistres cette ode en attente, recueille ce r\u00e9citatif aveugle et les houles anonymes de ces mots tout trou\u00e9s,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 feu rouge&nbsp;; ventre enceint devant 1 banque, fouille dans son sac, cherche peut-\u00eatre sa carte bancaire, non, se saisit d\u20191 gourde, et boit au goulot&nbsp;; 1 lunettier au carrefour de la rue des Orteaux et de la rue de Bagnolet, et en face, la librairie du <em>Merle Moqueur&nbsp;<\/em>; \u00e0 gauche 1 pizz\u00e9ria, sandwichs burger&nbsp;; au 53, le caf\u00e9 <em>Margot d\u2019or<\/em>, et sur l\u2019autre versant, le labo de radiologie m\u00e9dicale&nbsp;; macadam, ramdam d\u2019une valise \u00e0 roulettes \u2013 tu lui passes devant \u2013 1 taxi, des piles de caisses vides sur 1 chariot sortent d\u20191 pharmacie, traversent en biais l\u2019avenue, rejoignent une camionnette <em>CERP,<\/em> la <em>sante chaque jour&nbsp;;<\/em> 1 moto vrombit,<\/p>\n\n\n\n<p>Tu te demandes&nbsp;: cette logorrh\u00e9e en balade, cet \u00e9grenage presque incantatoire que tu transcris, pourquoi&nbsp;? A quoi joues-tu&nbsp;avec ce r\u00e9cit m\u00e9tis ? Quelle issue \u00e0 ces br\u00e8ves de trottoirs vol\u00e9es&nbsp;\u00e0 la capitale&nbsp;? A vouloir immobiliser tes larcins sur une page, ne les condamnes-tu pas \u00e0 sombrer dans la st\u00e9rilit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 rue Mont\u00e9 Cristo, cabas dans l\u2019\u00e9picerie <em>bagnolet primeurs<\/em>, des cr\u00eapes flambent&nbsp;; \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u20191 impasse sur ta gauche, inscrites dans le mouvement, 1 maman louve avec son b\u00e9b\u00e9 \u2013 hurlements dessin\u00e9s sur 1 mur moisi qui s\u2019effrite, morsures en pl\u00e2tre&nbsp;; au 35 bis, canalisations devant une porte vert olive \u2013 Charles Tellier De Roncheville, architecte \u2013 1 tronc et \u00e0 sa cime 1 projecteur sur 1 plateforme v\u00e9g\u00e9talis\u00e9e, en bas, des poubelles, l\u20191 recouverte de cageots plastiques, l\u2019autre de bouteilles en verre 25 cl de <em>Coca-cola&nbsp;<\/em>; sur le profil d\u2019un autre mur \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, graffitis&nbsp;encore : <em>sauterelle arc en ciel, Wild Wonder Women, fleurs et femmes nues, Cie des Salines de Sardaigne<\/em>. Deux petits yeux en plastique coll\u00e9s. 1 tr\u00e8s court extrait d\u20191 conversation t\u00e9l\u00e9phonique&nbsp;:&nbsp;<em>Voil\u00e0 \u00e9coute heu\u2026<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>00&nbsp;:14 :55 sur ton H1n Handy Recorder, plage 21\/22, mark 2.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sol dans un coin, tas de grosses pierres et 1 anneau en acier. En tendant \u00e0 peine &nbsp;la main, 1 portail \u2013 tu entres \u2013 boule fr\u00eale assise sur le rebord d\u2019un trottoir derri\u00e8re l\u2019\u00e9cran d\u20191 portable&nbsp;; de gros pav\u00e9s sur le sol de cette impasse \u2013 tu marches prudemment \u2013 au fond, des quelqu\u2019un\u00b7e\u00b7s festoient autour d\u20191 table \u2013 ton appareil enregistreur contre ta bouche, tu n\u2019oseras pas aller jusqu\u2019\u00e0 eux&nbsp;; 1 BMW immatricul\u00e9e FG673ZA-74 gar\u00e9e devant une maisonnette, collection de bo\u00eetes aux lettres&nbsp;pos\u00e9es sur 1 vieille colonne tarabiscot\u00e9e \u00e0 ses deux extr\u00e9mit\u00e9s&nbsp;: <em>Irina P, studio Riberolle, Art et impressions, Loft and love Maurice. R. Stir, SAS Deux choses lune, Studio Hip Hop, Serrurier, Espace danse, Ferrera D. S S et C. P., Le bateau Safrane, Gentle, Jungle studio&nbsp;\u2026&nbsp;; <\/em>graffiti flamboyant, cheveux et l\u00e8vres rouges tenant 1 large sac rouge, 1 hibou observe&nbsp;; fum\u00e9e qui s\u2019\u00e9vacue&nbsp;; autre graffiti de l\u00e8vres pulpeuses, et joues en forme de c\u0153ur \u2013 tu avances,<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9lan, tr\u00e8s, trop, s\u00e9rieux vers cette d\u00e9marche en chaussures, \u00e0 l\u2019\u00e9coute de figures anonymes\u2026 Tu crains ta na\u00efvet\u00e9. Tu te moques de toi&nbsp;: avec ce sous texte, imagines-tu vraiment pouvoir assener un coup de poing \u00e0 l\u2019aridit\u00e9 de ton \u00e9criture ? Tu te rassures, un peu : au moins ces quelques peaux de mots improductifs, ne contraindront-ils personne \u00e0 la visibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230; <em>Les murs ont des oreilles<\/em>. En face d\u2019un b\u00e2timent flambant r\u00e9nov\u00e9, des papiers froiss\u00e9s, feuilles d\u2019hiver en d\u00e9composition, la pochette vide d\u2019un paquet de mouchoirs, entrem\u00ealement de gants en cellulose, 1 barquette plastique de &#8211; feux g\u00e2teaux secs, 1 masque, le tout arros\u00e9 de vieilles pluies&nbsp;; rang\u00e9es de poubelles encore, certaines pleines, petit balai et pelle \u00e0 c\u00f4t\u00e9&nbsp;; au fond de la ruelle, au milieu du passage, 1 miroir sur pied,&nbsp;1 pneu, 1 sachet de chips vide \u2013 tu continues de marcher, tu longes d\u2019autres murs dessin\u00e9s \u2013 personnages monstrueux avec cous \u00e0 rallonge derri\u00e8re lesquels se cache un nez rouge&nbsp;; au fond de l\u2019impasse des rires et dans le reflet du miroir, 1 petit oiseau \u2013 tu t\u2019approches encore un peu \u2013 d\u2019autres personnages dessin\u00e9s aux triples ou quadruples paires d\u2019yeux, et, 1 grosse paire de lunettes sign\u00e9 <em>MGLO<\/em> \u2013 &nbsp;l\u00e0, tu fais demi-tour, redescends l\u2019impasse \u2013 1 voiture recule, le portail que tu as travers\u00e9 en arrivant&nbsp;est maintenant grand ouvert ; rigoles d\u2019eau stagnantes entre les pav\u00e9s&nbsp;; 2 autres motos gar\u00e9es&nbsp;: 1 Yamaha FA 472 73XW, 1 Onda B500 FR 197PB77&nbsp;; 1 panneau stationnement g\u00eanant \u2013&nbsp; tu marches, marches avec ton micro au bord des l\u00e8vres \u2013 quelqu\u20191 te croise&nbsp;; fil \u00e9lectrique coup\u00e9&nbsp;; quelques plantes au repos, de celles qu\u2019on trouve dans les cimeti\u00e8res, un peu de romarin&nbsp;\u2013 \u00e9criteau <em>concierge<\/em> sur la petite porte \u00e0 droite du portail \u2013 tu tournes \u00e0 droite,<\/p>\n\n\n\n<p>00&nbsp;:22 :06 sur ton H1n Handy Recorder. Mark 1 de la plage 21\/22<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u2026 comme pour palper sa respiration, tu touches les interstices en mortier d\u20191 muret&nbsp;; dans un coin d\u2019immeuble, une tente pos\u00e9e sur un amas de planches en d\u00e9s\u00e9quilibre, et \u00e0 l\u2019abri dans une entr\u00e9e condamn\u00e9e, un fauteuil, ou plut\u00f4t un pouf, ce n&rsquo;est pas tout, contre 1 mur pourri, 1 petite \u00e9tag\u00e8re plastique \u00e0 3 niveaux&nbsp;: grand sac dans le premier tiroir du bas, dans le second, sac de couchage enroul\u00e9 dans sa housse, dans le dernier, nourriture (une pomme rouge au moins)&nbsp;; en face sur 1 place de parking, devant 1 atelier artisanal \u00e9clair\u00e9 de toutes parts, 1 rutilante <em>Volkswagen Airline<\/em> immatricul\u00e9e EN874HF93&nbsp;; <em>Cit\u00e9 Aubry<\/em> 35 ateliers<em>&nbsp;: polissage sur m\u00e9taux, montures en bronze, restauration de meubles, vernissage au tampon<\/em>\u2026, 3 \u00e9tages&nbsp;: au premier, <em>Retro style, atelier Leonardi<\/em>, <em>Atelier Metal Pr\u00e9cision<\/em>, au second&nbsp;: <em>Ombre Port\u00e9e, Aubry, Pigment rouge, Studio Lula, <\/em>au dernier, <em>Cr\u00e9ation Bronze, d\u00e9coration, Le trusquin filant<\/em>, F<em>. Lunardi, F. Lunardi, F. Lunardi\u2026&nbsp;; <\/em>des poteaux peints tout le long de cette voie du 20<sup>ieme<\/sup>, sans doute un guidage possible pour qui, aveugle, se d\u00e9place par ici&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 cheveux d&rsquo;herbe verte qui surgissent des pav\u00e9s, sensation de v\u00e9g\u00e9tal combatif, d\u00e9sirant ; portes de garage rouill\u00e9es&nbsp;; au 11, interphone, sur un bout de feuille coll\u00e9e au scotch, on pr\u00e9vient \u00e0 l\u2019encre d\u00e9lav\u00e9e&nbsp;: <em>L\u2019interphone ne fonctionne pas&nbsp;; v<\/em>oiture gar\u00e9e&nbsp;: <em>b\u00e9b\u00e9 \u00e0 bord&nbsp;\u2013 <\/em>tu fais quelques pas encore \u2013 jardin partag\u00e9, collectif <em>Le Revers<\/em>, <em>Ici on jardine<\/em>. Liste des jardins du 20<sup>i\u00e8me<\/sup>&nbsp;: <em>Jardin Fr\u00e9hel, Le jardin du Bas Belleville, le Jardingue de Belleville, le Jardin Luquet, Le village Jourdain, Soleil Blaise, Les ombres potag\u00e8res, L\u2019\u00celot L\u00e9on, Le soulier des Foug\u00e8res, le Jardin des Tourelles, le Jardin des soupirs, le Jardin des boulistes de M\u00e9nilmontant, le Jardin suspendu,&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026 <\/em>la ruelle fait un arc de cercle et rejoint la rue de Bagnolet&nbsp;; cris de mouettes satisfaites du march\u00e9 de la place de la R\u00e9union&nbsp;; \u00e0 nouveau 1 mur de pierres et des graffitis, \u00e0 nouveau des maisonnettes derri\u00e8re des portails avec devant des poubelles ; au coin, la peinture d\u2019un oiseau au long bec, le caf\u00e9 <em>Piston Pelican&nbsp;<\/em>\u2013 tu continues ton chemin qui n\u2019en est pas 1 <em>\u2013&nbsp; Top Griff, Nous anti gaspi, Poulet Crousty&nbsp;; <\/em>voitures en pagaille \u2013 tu vas, tu vas, tu passes devant 1 camionnette gar\u00e9e, fen\u00eatres ferm\u00e9es, tu entends le haut-parleur d\u20191 t\u00e9l\u00e9phone qui parle tr\u00e8s en col\u00e8re<em>\u2026 pas \u00e0 elle, c\u2019est \u00e0 moi, et pas aux gens de l\u2019ext\u00e9rieur\u2026 <\/em>; l\u2019avenue monte, grand <em>Intermarch\u00e9<\/em>, 1 moto <em>\u2013 <\/em>de quel c\u00f4t\u00e9 de la rue te trouves-tu, tu ne sais plus \u2013 <em>&nbsp;<\/em>coiffeur, barbier,\u00e9picier de produits orientaux \u2013 tu as froid aux mains, tu t\u2019arr\u00eates pour mettre tes gants,<\/p>\n\n\n\n<p>Tu cherches une chose que tu ne connais pas, une chose \u00e0 deviner, qui pourrait \u00e0 tout moment bifurquer \u2013 attention, tu t\u2019\u00e9gares tellement vite et si souvent \u2013 peut-\u00eatre une trame \u00e0 tisser en te glissant dans quelques failles d\u2019entre-mots&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Suite de la plage 21\/22 \u2013 00&nbsp;:09 :19 &#8211; Mark 3 sur ton H1n Handy Recorder.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 devant la laverie <em>Smile<\/em> libre-service ouvert de 7H \u00e0 23h, une capuche de sweet assise dos \u00e0 la vitrine, attend, sans bouger, riv\u00e9e \u00e0 1 portable, pendant que son linge tourne, se lave ou s\u00e8che en machine&nbsp;: 16kg = 8\u20ac50, 9 minutes de s\u00e9choir = 1\u20ac, bassines en plastique vides \u00e0 disposition, au centre une table formica blanc, sale, dans un coin, une poubelle&nbsp;; \u00e9criteau&nbsp;: <em>Attendre l\u2019arr\u00eat complet des machines avant d\u2019ouvrir la porte ou le couvercle,<\/em> <em>en cas d\u2019incident appeler le 07 87 67 21<\/em>&nbsp;; dans la ruelle qui grimpe \u00e0 gauche, gros plot en b\u00e9ton pour emp\u00eacher les voitures d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer&nbsp;; souffle de la laverie qui surgit par l\u2019arri\u00e8re, chaleur sur ton visage et effluves de lessive, calme retrouv\u00e9&nbsp;; au loin, lettres en grand&nbsp;: <em>Lyc\u00e9e professionnel Charles De Gaulle&nbsp;<\/em>; des sandales et chaussettes courent vers toi, te d\u00e9passent essouffl\u00e9es,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026petits immeubles et maisonnettes, volets en bois, ouverts, barreaudages en acier (ou grilles de d\u00e9fense) aux fen\u00eatres des rez-de-chauss\u00e9e, certaines galb\u00e9es \u2013 tu es \u00e9mue, tu ne sais pas bien pourquoi, tu l\u2019es tout autant en marchant sur cette plaque d\u2019\u00e9gout ronde et sur cette inscription&nbsp;: <em>Sambre et Meuse<\/em> <em>EN124, Acier moul\u00e9<\/em> \u2013 tu te dis&nbsp;: tiens&nbsp;!? La vision d\u20191 r\u00e9seau sous terrain de plusieurs centaines de kilom\u00e8tres, une fuite possible au milieu de l\u2019urbanit\u00e9, on ne sait jamais ? Des l\u00e8ve- tampons,&nbsp;pour assurer une v\u00e9rification journali\u00e8re de ces <em>regards de chauss\u00e9es <\/em>par les \u00e9goutiers de la ville, ils soul\u00e8vent 1 plaque (50 \u00e0 80 kg) en m\u00eame temps que l\u2019autre \u00e0 50 m\u00e8tres de l\u00e0, \u00e9vacuent ainsi par l\u2019entr\u00e9e et la sortie en m\u00eame temps d\u2019\u00e9ventuels gaz toxiques, puis descendent \u00e0 2 pour inspecter l\u2019espace&nbsp;\u2013 touch\u00e9e \u00e9galement par ces goutti\u00e8res et pierres aux couleurs palimpsestes, par ces couches superpos\u00e9es d\u2019enduits ciment, touch\u00e9e encore par ces fissures dans les murs ext\u00e9rieurs et par ces vieilles targettes qui ne coulissent plus : 1 fragile vivant, des f\u00ealures en bord d\u2019oubli,<\/p>\n\n\n\n<p>Cette qu\u00eate&nbsp;de kairos, cette promenade ? Pour qu\u2019en ce labyrinthe sans fil d\u2019Arianne, tu t\u2019approches des flammeroles \u00e9perdues de ta libido d\u2019\u00e9criture, et prot\u00e8ges ton d\u00e9sir qui \u00e0 chaque instant manque de se faire \u00e9craser&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 7 rue Lignier, plusieurs fonds de bouteilles en plastique crochet\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a peut, pour y faire pousser des plantes&nbsp;; sur 1 poteau en bois, 1 annonce&nbsp;:&nbsp;<em>Donne cours de piano \u2013<\/em> petits rectangles blanc en corolle avec inscrit dessus ce num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone<em>&nbsp;: 06 12 12 33\u2026 <\/em>Dentelle papier que jusqu&rsquo;ici, personne n&rsquo;a entendue\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 au 11 bis, on se prend \u00e0 r\u00eaver&nbsp;: <em>Pas de pub SVP,<\/em> phrase assortie de plusieurs petits c\u0153urs, on ajoute&nbsp;: <em>Pri\u00e8re de ne pas laisser votre chien faire ses besoins, ni sur le seuil de cette porte, ni dans les bacs \u00e0 plantes ou \u00e0 leur pied<\/em> \u2013 tu avances encore \u2013 au sol dans un pot, 1 fleur \u00e0 4 p\u00e9tales, le printemps d\u00e9j\u00e0 ? Plus loin, c\u00f4te-c\u00f4te avec ce qu\u2019il reste de peintures au pochoir, l\u2019annonce d\u20191 exposition photographique&nbsp;: O<em>rangerie espace Tourli\u00e8re<\/em> \u2013 <em>Verri\u00e8res-le-Buisson, du 6 mars au 15 avril<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 au tournant du 17, 1 \u00e9chelle transformable \u00e0 2 plans, fix\u00e9e au balcon d\u20191 immeuble \u00e0 2 \u00e9tages&nbsp;; plantes tout du long encore, autres graffitis, autres motos gar\u00e9es, comme \u00e7a peut \u2013 tu avances encore, encore \u2013 r\u00e9novation en cours de 2 petits immeubles, l\u2019un couleur rouille, l\u2019autre ocre,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 la for\u00eat dans la ville&nbsp;: accumulation de pots toutes dimensions, rectangulaires, ronds, \u00e9vas\u00e9s&nbsp;; accroch\u00e9es derri\u00e8re les grilles des fen\u00eatres des rez-de-chauss\u00e9e, des plantes grasses un peu cr\u00e2neuses, d\u2019autres nues et s\u00e8ches, celles-ci trop sensibles ou trop g\u00e2t\u00e9es, prot\u00e9g\u00e9es par des sacs plastiques ferm\u00e9s par des pinces \u00e0 linge en bois; dans la terre traine encore la vie, chaque hiver, les racines se laissent faire, s\u2019abandonnent au froid et au gel&nbsp;; au sol, superposition de grands ou petits bacs, parfois sur\u00e9lev\u00e9s, fabriqu\u00e9s avec des portes d\u2019armoire, dans l\u20191 d\u2019eux, 1 plant d\u2019arbre pas tr\u00e8s convaincant,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 au bout de la ruelle. <em>Top ongles<\/em>, <em>Au Spatule- cuisine de partage, Bazar de bricolage- jardinage&nbsp;:<\/em>&nbsp; terre pour les plantes, engrais, arrosoirs de diff\u00e9rentes contenances, pots toutes cat\u00e9gories&nbsp;; odeur d\u2019encens en entrant&nbsp;;&nbsp;56 \/ rue \/ de \/ Bagnolet \/ dit le feu rouge,<\/p>\n\n\n\n<p>Tes pas t\u00e2tonnent dans les tourbillons anarchiques de ta cit\u00e9 min\u00e9rale. Dans cette profusion et dans l\u2019ombre de ce th\u00e9\u00e2tre de figurines, tu cherches entre deux intervalles, le trouble \u00e9clat du non encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Mark 4 de la plage 21\/22 \u2013 00&nbsp;:03 :58 sur ton H1n Handy Recorder.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 petites voix sauvages qui sortent de l\u2019\u00e9cole, se retournent vers toi intrigu\u00e9es, cherchent \u00e0 comprendre ce que tu racontes \u00e0 ton micro&nbsp;; entre petit\u00b7e\u00b7s quelqu\u2019un\u00b7e\u00b7s et quelqu\u2019un\u00b7e\u00b7s, des <em>A demain&nbsp;<\/em>; \u00e9charpes, bonnets et pains au chocolat \u2013 tu passes devant <em>Le<\/em> <em>fitness park &#8211; d\u00e9passer, se d\u00e9passer, se surpasser&nbsp;; <\/em>non loin du cimeti\u00e8re <em>P\u00e8re Lachaise<\/em>,bus 76&nbsp;; brouhaha de sir\u00e8nes et klaxons sapeurs-pompiers \u2013&nbsp; tu traverses l\u2019urgence de la ville \u2013&nbsp; devant toi, avatar d\u20191 Lucky Luck, muscl\u00e9 du mollet, jambes arqu\u00e9es en short et chaussettes longues&nbsp;; <em>Coffee shop &#8211; <\/em>breakfast&nbsp;; traces sur le sol d\u2019un liquide suspect \u2013 tu l\u2019enjambes \u2013 odeurs de viennoiseries, <em>des aurevoirs<\/em> de boulang\u00e8re, en retour des <em>aurevoirs<\/em> de petit\u00b7e\u00b7s humain\u00b7e\u00b7s,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mark 5 de la plage 21\/22 \u2013 00&nbsp;:25 :24 sur ton H1n Handy Recorder<\/p>\n\n\n\n<p>Te voil\u00e0 revenue \u00e0 ton point de d\u00e9part. Il fait de plus en plus froid, plus gris, et presque nuit maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 tu marches au-devant de quelqu\u20191 qui traine ses pieds bruyamment, tu crains d\u2019\u00eatre raill\u00e9e toi et ton micro, mais en te croisant, surprise, le quelqu\u20191 dit haut et fort \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone : <em>Mais pourquoi tout le monde me regarde<\/em>&nbsp;? Grands gestes, et voix plus intense encore en s\u2019\u00e9loignant,<\/p>\n\n\n\n<p>Tu traverses, tu n\u2019as toujours pas envie de rentrer chez toi,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 &nbsp;<em>Torr\u00e9facteur th\u00e9, chocolat<\/em>, et, la librairie <em>Le merle Moqueur,<\/em> tu y entres, lis et nomme p\u00eale-m\u00eale ces titres de livre, de BD, en n\u2019ob\u00e9issant qu\u2019\u00e0 tes seuls et timides battements de c\u0153ur :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 <em>Je suis ce qui me manque&nbsp;; Fragments d\u2019\u00e2mes&nbsp;; Reconnaitre le fascisme&nbsp;; Libres d\u2019ob\u00e9ir, Questions juives, probl\u00e8mes arabes&nbsp;; La condition d\u2019\u00e9crivain&nbsp;; De quoi la Palestine est-elle le nom&nbsp;? Eloge des oiseaux de passage, journal d\u2019un ornithologue enthousiaste&nbsp;; Herbier de prison&nbsp;; 25 fa\u00e7ons de planter un clou, La semaine o\u00f9 je ne suis pas morte\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tu as peur, peur de consentir, peur de \u2013 l\u2019exigence d\u2019\u00eatre de l\u2019\u00e9criture \u2013 peur chair de poule, peur prison \u2013 au-del\u00e0 de ton d\u00e9sir qui veut sauter la barri\u00e8re et gravir la prochaine marche fant\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 dans la librairie, aupr\u00e8s des livres, tu te r\u00e9chauffes \u2026 Plaisir du geste, les toucher, les feuilleter, s\u2019autoriser. Ces titres ou plut\u00f4t ceux-l\u00e0&nbsp;? Qu\u2019est-ce que ton regard saisit sans que tu ne le guides ? Dans l\u2019inattendu, pourrais-tu d\u00e9couvrir ce \u00e0 quoi tu ob\u00e9is sans savoir&nbsp;? &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un pas encore&nbsp;\u00e0 franchir ? Attraper tes obscures questions&nbsp;entre les rayons et dans les angles morts des titres de ces livres&nbsp;; cette fois, tu veux nommer les titres et les auteurs,<\/p>\n\n\n\n<p>\/\u2026&nbsp;Tu tournes les pages, nommes, parcours, lis au hasard dans cette belle collection, aux \u00e9ditions du commun \u2026\/<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon corps de ferme d\u2019<\/em>Aur\u00e9lie Olivier<em> (J\u2019ai v\u00e9cu dix-huit ans \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une ferme, j\u2019ai v\u00e9cu dix-huit ans \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur d\u2019une ferme, j\u2019ai la majorit\u00e9 des deux c\u00f4t\u00e9s, j\u2019en ai assez des deux c\u00f4t\u00e9s\u2026) ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019odeur des pierres mouill\u00e9es <\/em>de L\u00e9a Rivi\u00e8re (<em>Je pense qu\u2019\u00e0 \u00e7a vieillir, vieillir tous ensemble, ici avec les fous, les cons, les trans, les chats qui dorment sur les rebords des fen\u00eatres\u2026) ; &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Voici mon c\u0153ur, brise-le avec un marteau, <\/em>du collectif \u2013 Micka\u00ebl Correia, C\u00e9line Costa et Juliette Rousseau<em> (C\u2019est la saison de la cigale, a\u00efe, toutes les b\u00eates vont au champ, le riche et le pauvre a\u00efe, le monsieur au chapeau blanc, la tristesse pour notre peuple a\u00efe, de la joie pour l\u2019ann\u00e9e \u00e0 venir\u2026) ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Bleu nuit, blousons roses <\/em>d\u2019Eta\u00efnn Zwer<em>&nbsp;(Moi je veux br\u00fbler d\u2019un soleil int\u00e9rieur, je veux me donner naissance\u2026) ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un carr\u00e9 de poussi\u00e8re <\/em>d\u2019Olivia Tapiero<em> (Les monuments remontent, les autres corps coulent, chaque nation se d\u00e9charge, les guerres se d\u00e9clarent souvent de la m\u00eame mani\u00e8re, mais tous les cadavres ne naissent pas \u00e9gaux\u2026)&nbsp;;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Fi\u00e9vreuse pl\u00e9b\u00e9ienne <\/em>d\u2019Elodie Petit<em>&nbsp;\u2013 <\/em>Tu t\u2019attaches \u00e0 respirer la ponctuation en lisant \u2026 <em>(Mes sept villas. demandent. toujours. Plus de. Lumi\u00e8re.<\/em>) <em>[\u2026] Libert\u00e9 du tissu qui s\u2019\u00e9chappe comme la vie m\u00eame, laisser cette porte ouverte au mouvement, la laisser ouverte le temps qu\u2019il faut pour contempler l\u2019absence et se r\u00e9signer \u00e0 laisser filer. Toute chose passe<\/em> [\u2026] <em>&nbsp;\u00c7a respire [\u2026]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\/\u2026Puis tu te lis plus longuement ce texte, tu tournes ses pages, le parcours, de plus en plus curieuse\u2026 \/ <em>T3M<\/em> d\u2019H\u00e9lo\u00efse Br\u00e9zillon, toujours aux \u00e9ditions du commun. <em>[\u2026] Et \u00e7a te comporte, \u00e7a te comporte sans que tu ne le saches, tu roules les jours \u00e0 l\u2019aveugle, tu as un monde en toi, un petit monde dont tu n\u2019as jamais fait la carte et tu roules dedans, hors-piste. Il faut la faire la carte, oui c\u2019est important pour ne pas \u00eatre triste.<\/em> [\u2026] Chapitre 1&nbsp;: <em>Cartographie. La m\u00e9moire est une carte. C\u2019est ce qu\u2019on me dit, oui, les Corte graff en blouse sont formelles, elles r\u00e9p\u00e8tent, la m\u00e9moire est une carte. Les t\u00eates sont hoch\u00e9es comme des chiens en plastique sur un tableau de bord, les yeux et les bouches se pincent, \u00e7a ne rigole pas, \u00e7a fronce les sourcils, moi je dis c\u2019est improbable la m\u00e9moire, \u00e7a empile le temps en petits bouts informes, \u00e7a ne peut \u00eatre une carte mais les blouses parlent, elles reformulent, c\u2019est comme un lieu en ruine, si vous pr\u00e9f\u00e9rez un trou perdu en vous-m\u00eame, je traduis&nbsp;: un rond de m\u00e9got sur le cerveau, tac, \u00e9cras\u00e9 le souvenir sur ta t\u00eate, deux plans, sans mort, sans nord, \u00e7a laisse des traces, elles acquiescent ou si vous voulez, on peut voir \u00e7a comme \u00e7a, puis, elles expliquent encore, longtemps au d\u00e9but je suis sceptique, leur histoire me fait beaucoup de pelotes \u00e0 la t\u00eate, mais,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<em>\u00e7a commence \u00e0 faire sens maintenant, enfin, direction\u2026<\/em>&nbsp;(Tu t\u2019arr\u00eates l\u00e0 et c\u2019est toi qui mets cette derni\u00e8re phrase \u00e0 la ligne)<\/p>\n\n\n\n<p>Tu retournes vers ce bouquin sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re pr\u00e8s de la porte, couverture rose bonbon dans l&rsquo;espace de la librairie \u00e0 droite en entrant&nbsp;: <em>Les 8 vies d\u2019une mangeuses de terre<\/em>&nbsp;de Mirinae Lee. Tu l\u2019ouvres, te mets \u00e0 lire \u00e0 voix basse, lentement, lentement cette fois (en te cachant du monde autour). 4<sup>i\u00e8me<\/sup> de couverture&nbsp;: \u00ab&nbsp;3 mots pour r\u00e9sumer son existence\u2026 Elle en choisit 7 \u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La cinqui\u00e8me vie<em>&#8211; Vierge fant\u00f4me \u00e0 la fronti\u00e8re nord-cor\u00e9enne 1961.<\/em> <em>[\u2026] Ce n\u2019\u00e9tait pas un vrai fant\u00f4me bien s\u00fbr\u2026 [\u2026]<\/em> La premi\u00e8re vie<em>&nbsp;&#8211; Quand j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 de manger de la terre, 1938.Je mangeais de la terre quand j\u2019\u00e9tais jeune, ce n\u2019\u00e9tait pas d\u00fb \u00e0 la faim, mais \u00e0 la curiosit\u00e9, une envie irr\u00e9pressible me poussait \u00e0 manger de la terre comme on r\u00e9clame de l\u2019eau quand on a soif. De temps \u00e0 autres mon corps avait soif de terre et je n\u2019avais pas d\u2019autre choix que d\u2019acc\u00e9der \u00e0 sa demande. Manger de la terre, ne visait pas seulement \u00e0 remplir mon estomac, je savourais son gout, sa saveur et sa texture, unique au monde. Ma capacit\u00e9 \u00e0 appr\u00e9cier de telles subtilit\u00e9s fit de moi une experte dans ce domaine, d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, je sais que c\u2019est difficile \u00e0 saisir pour les non g\u00e9ophages, bien souvent ils imaginent que quand nous mangeons de la terre, nous en mangeons comme des hy\u00e8nes aveugl\u00e9es par la faim, se repaissant de viande \u00e0 pleine gueule, mais je n\u2019en prenais jamais une bouch\u00e9e, c\u2019\u00e9tait toujours une cuill\u00e9r\u00e9e rarement plus grande que l\u2019ongle de mon auriculaire, \u00e0 peine plus lourde qu\u2019une pi\u00e8ce de 10 wons. C\u2019est seulement ainsi qu\u2019on pouvait goutter \u00e0 sa saveur de rouille, \u00e9taler tous ces granules sur la langue et permettre alors au palais de saisir sa texture, tendre et rugueuse \u00e0 la fois\u2026 [\u2026]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me vie<em>&nbsp;&#8211; mettez le feu, 1950.<\/em> <em>La nuit, il \u00e9tait rare, que nous ayons un toit au-dessus de la t\u00eate. Des maisons abandonn\u00e9es, d\u00e9truites par les flammes nous servaient souvent de refuge pour dormir. La lumi\u00e8re des \u00e9toiles persistait, surplombant nos visages fronc\u00e9s, plong\u00e9s dans le sommeil. Malgr\u00e9 la chaleur nocturne qui s\u2019engouffrait au travers du plafond d\u00e9chiquet\u00e9, nous dormions bien, nous mangions ce que nous pouvions, nous survivions. NOUS \u2013 pendant la guerre de Cor\u00e9e, \u00e9tait un concept glissant. Cela pouvait d\u00e9signer un habitant du nord ou du sud, un coco comme un capitaliste, peu importait.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Chaque nuit j\u2019essayais de former un NOUS avec un \u00e9tranger\u2026<\/em>(Tu t\u2019arr\u00eates l\u00e0 et c\u2019est toi qui mets cette derni\u00e8re phrase \u00e0 la ligne)<\/p>\n\n\n\n<p>Plage 22 \u2013 00 :00 :00 sur ton H1n Handy Recorder<\/p>\n\n\n\n<p>Commande pour l\u2019\u00e9pisode suivant&nbsp;: cartographier ton monde \u00e0 partir de fulgurances p\u00e9destres. Suivre ce protocole de mise en mouvement d\u20191 NOUS, pour aller vers ton hors-piste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu rentreras chez toi, tu te r\u00e9\u00e9couteras, transcriras ces mots 1 \u00e0 1. Ce sera d\u00e9j\u00e0 \u00e7a. 00&nbsp;:15 :57 sur ton H1n Handy Recorder, plage 21\/22, mark 1. Tu fermes ta porte d\u2019entr\u00e9e, fais 15 pas, tu arrives \u00e0 l\u2019ascenseur, appuies sur le bouton, tu attends, \u2026 la porte se ferme, dans le reflet du miroir toi et la lumi\u00e8re <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/04-construire-le-hors-piste-de-ton-nous\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#construire #04 | Le hors piste de ton nous<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":697,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7934,7966],"tags":[],"class_list":["post-205525","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-construire-nouveau-cycle-2026","category-construire-04-perec-un-homme-qui-dort"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205525","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/697"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=205525"}],"version-history":[{"count":27,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205525\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":205602,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205525\/revisions\/205602"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=205525"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=205525"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=205525"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}