{"id":205655,"date":"2026-02-05T09:58:46","date_gmt":"2026-02-05T08:58:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=205655"},"modified":"2026-02-05T09:59:15","modified_gmt":"2026-02-05T08:59:15","slug":"construire-04-tu-te-raconte-des-fables","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-04-tu-te-raconte-des-fables\/","title":{"rendered":"#construire #04 | Tu te raconte des fables"},"content":{"rendered":"\n<p>Tu descends les pav\u00e9s, Paris-Roubaix, ton porte-bagage g\u00e9mit, chaque secousse r\u00e9sonne dans les oreilles de ta chapka. Tu passes devant l\u2019hospice o\u00f9 les gars se querellent. Ils s\u2019interrompent pour te saluer et repartent dans leurs embrouilles. Tu descends la rivi\u00e8re,tu croises les v\u00e9los cargos cuirass\u00e9s, casqu\u00e9s, barbes taill\u00e9s au cordeau, clignotants, luminescents, ils vont livrer leurs lign\u00e9es aux cr\u00e8ches et \u00e9coles. Tu retrouves le cormoran qui s\u00e8che ses plumes sur une bite d\u2019amarrage, le h\u00e9ron qui remonte la rivi\u00e8re. Tu appr\u00e9cies l\u2019accalmie que t\u2019apporte les vaguelettes qui viennent l\u00e9cher le quai, tu traverses les quartiers neufs, appel \u00e0 projets d\u2019architectes, pr\u00e9sentation de maquette, monde fantasm\u00e9, paysagistes, urbanistes, passants fourmis, centres commerciauxl recouverts d\u2019un mur v\u00e9g\u00e9tal, tu glisses entre les roseaux et les canards . Tu passes sans les voir absorb\u00e9 \u00e0 te remettre en bouche les vers, les chansons, autant de cartons que tu mets dans tes poches, tu les repasses pour apprivoiser ta m\u00e9moire, pour t\u2019assurer que les nouveaux n\u2019ont pas effac\u00e9s les anciens et c\u2019est en fr\u00e9missant avec les chevaux d\u2019Hippolyte qu\u2019un leviathan surgit sur les murs de la Sucri\u00e8re avec ses dents affreuses et ses \u00e9cailles h\u00e9riss\u00e9es et d\u00e9j\u00e0 l\u2019or\u00e9e des ponts et la bataille municipale qui s\u2019affiche, caviardage, dents noircies, \u00e9toile de la Palestine aux feux du dernier garage, avant l\u2019\u2019autoroute. Tu te dis que ce garage ressemble \u00e0 ceux de ton enfance avec le pompiste dans sa gu\u00e9rite. Tu remontes le pont de fer suspendu, tu tournes devant la boutique isol\u00e9e au pied de l\u2019immeuble oubli\u00e9 au milieu de l\u2019\u00e9changeur, \u00eelot o\u00f9 l\u2019on trouve des coupes en or, en argent, en bronze, des m\u00e9dailles pour athl\u00e8tes, des rubans et des ceintures. Tu croises le regard d\u2019une odalisque allong\u00e9e dans la vitrine. Tu reconnais les coll\u00e9giens, les lyc\u00e9ens le long du trottoirs. Les filles au brushing, sac \u00e0 main \u00e0 l\u2019\u00e9paule, le portable \u00e0 la main, affair\u00e9es, les gar\u00e7ons, les cheveux dansant et la raie mon pelot, la moue boudeuse, check. Ils ne te calculent pas. Parfois, ils descendent de voiture sans permis avec leur ordis, claquent la porti\u00e8re des suv de leurs darons. Tu entends la sonnette \u00e9lectronique qui vient vous ramasser dans le parc. Tu ouvres la porte de la classe, les \u00e9l\u00e8ves rentrent dans un vacarme de paroles, de chaises d\u00e9plac\u00e9es, de sacs qui tombent, de v\u00eatements froiss\u00e9s. Tu vogues dans la classe avec ta voile temp\u00eate sur une mer agit\u00e9e \u00e0 tr\u00e8s agit\u00e9e. Tu aper\u00e7ois l\u2019\u00e9cume des t\u00eates qui \u00e9mergent du sommeil du matin, qui attendent l\u2019obstacle, le rocher pour tailler , monnayer un point tout \u00e0 leur calcul de moyenne, de notes et les darons qui menacent fond, prompts \u00e0 crier \u00e0 l\u2019injustice pour d\u00e9fendre leur poussin tr\u00e8s sensible. Tu penses \u00e0 ln de x une fonction merveilleuse, la machine \u00e0 calculer en papier qui additionne et multiplie les nombres des d\u00e9cimaux, les racines carr\u00e9s. Tu remplis la tirelire. <\/p>\n\n\n\n<p>Tu tra\u00eenes en tenant ton v\u00e9lo par la bride, tu viens encore de crever, non, cette foi-ci, c\u2019est la roue qui s\u2019\u00e9chappe, tu vois les roulements \u00e0 bille tomb\u00e9s dans le caniveau comme des gouttes de mercure, tu t\u00e9l\u00e9phones \u00e0 ln de x en lui trouvant des charades inconnues, tu grattes dans ton cerveau ce qui pourrait la faire rire, tu es \u00e0 chaque fois \u00e9tonn\u00e9 par des trouvailles qui sortent en alexandrin, en huitain, en sonnet et d\u00e9j\u00e0 la boutique de v\u00e9los. Tu commandes une roue neuve, tu discutes en connaisseur,  \u00e9changes des astuces. Tu rep\u00e8res les v\u00e9los qui meurent pour r\u00e9parer les vivants, au passage tu cueilles une barre de fer, une grille qui pourront servir. Tu sors une ficelle de ton sac \u00e0 dos, tu harnaches le butin sur ton porte-bagage, tu en profites pour pr\u00e9lever aussi le moteur d\u2019un micro-onde abandonn\u00e9. Comme un bousier tu remontes tes trouvailles et ta bicyclette. Tu caresses le chat qui retourneses felans  sur le carrelage , tu ne sais plus, tu n\u2019en peux plus, tu vas dormir, tu dois t\u2019\u00e9tendre, le parquet fera l\u2019affaire, ou le premier lit, paumes au ciel. Tu ronfles, tes joues se gonflent, se creusent en soufflet dans un ronronnement r\u00e9gulier. Tu te r\u00e9veilles en demandant combien de temps tu as dormi, r\u00e9flexe arithm\u00e9tique, tu veux conna\u00eetre le temps qu\u2019il te reste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu descends les pav\u00e9s, Paris-Roubaix, ton porte-bagage g\u00e9mit, chaque secousse r\u00e9sonne dans les oreilles de ta chapka. Tu passes devant l\u2019hospice o\u00f9 les gars se querellent. Ils s\u2019interrompent pour te saluer et repartent dans leurs embrouilles. Tu descends la rivi\u00e8re,tu croises les v\u00e9los cargos cuirass\u00e9s, casqu\u00e9s, barbes taill\u00e9s au cordeau, clignotants, luminescents, ils vont livrer leurs lign\u00e9es aux cr\u00e8ches et <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-04-tu-te-raconte-des-fables\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#construire #04 | Tu te raconte des fables<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":169,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7934,7966],"tags":[],"class_list":["post-205655","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-construire-nouveau-cycle-2026","category-construire-04-perec-un-homme-qui-dort"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205655","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/169"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=205655"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205655\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":205658,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205655\/revisions\/205658"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=205655"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=205655"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=205655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}