{"id":205713,"date":"2026-02-06T18:52:27","date_gmt":"2026-02-06T17:52:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=205713"},"modified":"2026-02-06T18:52:27","modified_gmt":"2026-02-06T17:52:27","slug":"construire-05-danser-dans-la-poussiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-05-danser-dans-la-poussiere\/","title":{"rendered":"#construire #05 |\u00a0danser dans la poussi\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p>Charlize Yokeyosheda se frotte les yeux. Ce pourrait \u00eatre parce qu\u2019elle se r\u00e9veille, mais elle, elle ne fait pas \u00e7a. Charlize Yokeyosheda se frotte parfois les yeux quand elle est fatigu\u00e9e, ou plus souvent quand elle a une poussi\u00e8re dans l\u2019\u0153il. Mais ce n\u2019est pas pour \u00e7a qu\u2019elle se frotte les yeux cette fois-l\u00e0. Charlize Yokeyosheda se frotte les yeux parce qu\u2019elle veut voir plus loin. \u00c7a lui arrive quand elle r\u00e9fl\u00e9chit, \u00e7a lui arrive quand elle \u00e9crit. De la po\u00e9sie. Pour elle, c\u2019est important de voir plus loin quand elle \u00e9crit de la po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>Charlize Yokeyosheda se frotte les yeux pour voir plus loin. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre frott\u00e9 les yeux, elle replie les doigts sur sa main comme on ferme le poing, mais elle laisse un petit espace au milieu, entre ses doigts et la paume de sa main. Elle se frotte les yeux, elle ferme le poing, elle colle son \u0153il sur l\u2019index repli\u00e9 et elle regarde \u00e0 travers le trou. Charlize Yokeyosheda voit une pierre qui se trouve quelques m\u00e8tres devant elle. Elle enl\u00e8ve sa main, la pierre est l\u00e0 au milieu d\u2019autres pierres. Elle est l\u00e0, anonyme. Elle se frotte les yeux \u00e0 nouveau et elle remet son poing devant le visage, la pierre est unique. Elle la voit mieux, elle voit plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Charlize Yokeyosheda \u00e9crit de la po\u00e9sie. Elle \u00e9crit de la po\u00e9sie comme \u00e7a, en repliant ses doigts sur la paume de sa main comme on ferme le poing et en regardant dans le trou au milieu. Pour voir plus loin. Elle regarde l\u2019ailleurs. Elle regarde et elle \u00e9crit. Parfois, elle se met face \u00e0 une glace et elle se regarde en train de regarder \u00e0 travers son poing, elle ne voit pas son \u0153il qui la regarde. Elle pourrait juste voir un trou noir autour duquel son auriculaire est envelopp\u00e9, mais elle ne voit pas \u00e7a. Elle voit plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que voit Charlize Yokeyosheda est bien r\u00e9el. C\u2019est bien r\u00e9el mais c\u2019est aussi imaginaire. C\u2019est de l\u2019imaginaire construit sur du r\u00e9el. Un peu comme quand on se souvient d\u2019un r\u00eave. Le r\u00eave est bien r\u00e9el, on l\u2019a fait, on ne l\u2019a pas imagin\u00e9, mais le souvenir qu\u2019on en a est tiss\u00e9 avec le fil de l\u2019imaginaire. Comme si le simple fait de s\u2019en souvenir devait faire appel \u00e0 l\u2019imaginaire pour \u00eatre \u00e9nonc\u00e9. C\u2019est aussi pour \u00e7a que la po\u00e9sie existe.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que voit Charlize Yokeyosheda n\u2019est pas un d\u00e9tail de ce qu\u2019elle pourrait voir sans son poing coll\u00e9 sur son \u0153il. Ce que voit Charlize Yokeyosheda, c\u2019est autre chose. Ce n\u2019est pas une pierre, une chaise, une pomme ou une fleur. C\u2019est de la poussi\u00e8re. Charlize Yokeyosheda voit de la poussi\u00e8re. Elle voit le vent soulever la poussi\u00e8re. Ce pourrait \u00eatre une tornade dans un d\u00e9sert de sable. Ce pourrait \u00eatre \u00e7a, \u00e7a y ressemble. Un vent imaginaire qui emporterait les grains de sable et de poussi\u00e8re du r\u00e9el.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La poussi\u00e8re danse devant son \u0153il et les souvenirs affluent en emportant les images qui se m\u00e9langent. Charlize Yokeyosheda conna\u00eet toutes ses images, elles viennent de sa m\u00e9moire, de ses souvenirs mais l\u2019important n\u2019est pas l\u00e0. Il n\u2019est pas de la poussi\u00e8re non plus, il est de la danse. L\u2019important est du mouvement, la po\u00e9sie est de la danse. Charlize Yokeyosheda regarde avec attention toute cette poussi\u00e8re qui danse. Puis, elle se frotte les yeux \u00e0 nouveau et elle \u00e9crit de la po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant son \u0153il qui regarde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019elle-m\u00eame, les images d\u00e9filent en apesanteur. Priv\u00e9es du poids du temps, les images volent et se m\u00e9langent \u00e0 la poussi\u00e8re. Et dansent. Les souvenirs dansent avec le vent et la poussi\u00e8re. Poussi\u00e8re de temps, poussi\u00e8re de sable. L\u2019image d\u2019un d\u00e9sert. L\u2019image bien r\u00e9elle d\u2019un paysage d\u00e9sertique que son imaginaire a construit. C\u2019est un endroit qui existe vraiment. C\u2019est l\u2019endroit o\u00f9 Charlize Yokeyosheda habite dans sa po\u00e9sie. Un endroit fait de poussi\u00e8re et de vent o\u00f9 le temps n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La bombe explose, les images d\u00e9filent, la poussi\u00e8re danse, le vent tourbillonne, l\u2019\u0153il regarde. Et la bombe explose. Le corps de Charlize Yokeyosheda s\u2019\u00e9croule sur le sol. Les murs tombent, le feu souffle, le vent br\u00fble, la poussi\u00e8re monte. La biblioth\u00e8que Takida est un nuage de poussi\u00e8re, la ville est un champ de ruines. Le vent joue avec la poussi\u00e8re qui s\u2019envole. Les livres br\u00fblent, les mots dansent, la poussi\u00e8re tourbillonne. Charlize Yokeyosheda se rel\u00e8ve dans la lumi\u00e8re laiteuse du jour qui revient. La ville a disparu, un d\u00e9sert est apparu. Charlize Yokeyosheda ouvre les paupi\u00e8res, elle regarde la poussi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se frotte les yeux et tout autour d\u2019elle se met \u00e0 danser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Charlize Yokeyosheda danse dans la poussi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"827\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/alexander-krivitskiy-y49shwrSQbs-unsplash-827x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-205714\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/alexander-krivitskiy-y49shwrSQbs-unsplash-827x1024.jpg 827w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/alexander-krivitskiy-y49shwrSQbs-unsplash-339x420.jpg 339w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/alexander-krivitskiy-y49shwrSQbs-unsplash-768x950.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/alexander-krivitskiy-y49shwrSQbs-unsplash-1241x1536.jpg 1241w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/alexander-krivitskiy-y49shwrSQbs-unsplash-1655x2048.jpg 1655w\" sizes=\"auto, (max-width: 827px) 100vw, 827px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo de <a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/@krivitskiy?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Alexander Krivitskiy<\/a> sur <a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/photos\/femme-en-robe-blanche-tenant-une-bougie-y49shwrSQbs?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Unsplash<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Charlize Yokeyosheda se frotte les yeux. 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