{"id":205855,"date":"2026-02-09T16:07:00","date_gmt":"2026-02-09T15:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=205855"},"modified":"2026-02-14T11:08:00","modified_gmt":"2026-02-14T10:08:00","slug":"construire-05-couloir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-05-couloir\/","title":{"rendered":"#construire #05 | Porte entreb\u00e2ill\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"612\" height=\"612\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-205980\" style=\"width:452px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-3.png 612w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-3-420x420.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-3-200x200.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 612px) 100vw, 612px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.istockphoto.com\/fr\/portfolio\/azatvaleev?mediatype=illustration\">Lumi\u00e8re blanche sur porte entreb\u00e2ill\u00e9e<\/a>    <a href=\"https:\/\/www.istockphoto.com\/fr\/portfolio\/azatvaleev?mediatype=illustration\">Azatvaleev<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0152il se faufile \u00e0 travers une porte entreb\u00e2ill\u00e9e soleil en lumi\u00e8re froide ombre aux gestes pr\u00e9cis mesur\u00e9s tout en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 comme en attente dans ce couloir absorb\u00e9 par les ombres mouvantes d\u2019un jour n\u2019importe lequel dans un temps impr\u00e9cis, un long couloir p\u00e2le au papier peint de petits tableaux na\u00effs de roses fuchsia bord\u00e9es de noir, noir sur fuchsia vif comme \u00e9clat de rire grotesque, lumi\u00e8re du plafonnier en appels r\u00e9p\u00e9titifs, un couloir et trois portes un lieu une porte trois cadenas de m\u00e9tal jaune en file indienne, porte ferm\u00e9e par une serrure de s\u00e9curit\u00e9, une cha\u00eene ; au-del\u00e0, l\u2019\u00e9coute du dehors de ce que le dehors ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la porte, des bruits de pas dans l\u2019escalier, de seaux de charbon port\u00e9s \u00e0 bout de bras cognant le tranchant des marches avec un bruit r\u00e9p\u00e9titif sec, mat, d&rsquo;autres sons en crescendo, des paroles en ordre dispers\u00e9 s&rsquo;immiscent malicieuses sous la porte d &lsquo;entr\u00e9e, s&rsquo;installent dans le couloir rampent jusqu&rsquo;aux portes de la salle de bains, des deux chambres en vis \u00e0 vis, du double salon, \u00e9bauche de tableaux figuratifs sous le regard de l&rsquo;\u0152il, lit de camp ouvert plaqu\u00e9 contre un mur,<\/p>\n\n\n\n<p>un soleil compos\u00e9 de filaments d\u2019ombres \u00e9carlates dessinent \u00e0 contre jour une Sanguine <em>table et chaise pliante,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0152il rase le parquet, le corps lui, n\u2019a pas encore d\u00e9cid\u00e9 s\u2019il se l\u00e8ve, s&rsquo;assied, r\u00eave ou reconna\u00eet ce qui pourrait \u00eatre <em>le r\u00e9el imm\u00e9diat, ou ce qui adviendra ; <\/em>la porte de la chambre n\u2019est ni ouverte ni vraiment ferm\u00e9e, angle h\u00e9sitant, modulations, nuances respiratoires, \u00e0 travers cet interstice aux rayons p\u00e2les le couloir s\u2019\u00e9tire long, disproportionn\u00e9 ; la maison a pouss\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 sans pr\u00e9venir du changement de posture les trois portes align\u00e9es, celle de l\u2019entr\u00e9e est d\u00e9centr\u00e9e, tout au bout rectangle sombre, \u00e9pais, capitonn\u00e9 elle renvoie malgr\u00e9 elle un souffle de fra\u00eecheur et de vie, il vient de l\u00e0-bas de derri\u00e8re la porte, au-del\u00e0 des escaliers en surplomb, des rampes en ar\u00eates, des paliers luisant de nettet\u00e9, des senteurs encore vierges, tout ce qui pourra \u00eatre con\u00e7u \u00e9merge avec une douceur tra\u00eenante en silence dans la laideur de ce couloir, contre le mur de droite une structure pli\u00e9e parfois tendue selon besoins sur rectangle de toile garde les traces de corps absents, disparus, meurtris, en sommeil, en recherche, l&rsquo;\u0152il la voit de biais,\u202felle h\u00e9site entre se replier, se tasser, se dresser \u00e0 l\u2019horizontale se transformer devenir arme, refuge, passage, halte provisoire, d\u00e9finitive, une ascension, une main ouverte,<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0152il glisse, accroche un d\u00e9tail, le perd, se surprend \u00e0 regarder le papier peint fuchsia trop vif, s\u2019efface en courtes pulsations atones dans la lumi\u00e8re du plafonnier d\u00e9finitivement \u00e9teinte pour d&rsquo;autres regards&nbsp;; une brise aphone fait des allers et retours s\u2019essouffle, ralentit, freine pour \u00e9viter le mouvement sporadique \u00e0 contre-courant qui cherche \u00e0 l\u2019entra\u00eener ailleurs, elle prend possession du lieu comme on lance une alerte, pr\u00e9vient d\u2019un danger, recueille une m\u00e9moire, visualise des souvenirs tress\u00e9s dans la trame de la couverture verte aux rayures marrons du lit de camp, immobile r\u00e9sistance, fixit\u00e9 dans la p\u00e2leur blanch\u00e2tre de ce couloir gris aux roses fuchsia, l\u2019\u0152il s\u2019\u00e9tend, se raconte, se lit, se d\u00e9plie, il sait sans avoir le d\u00e9sir de d\u00e9cider seul, il persiste dans ce couloir recouvert de sonorit\u00e9s tues, il retient quelques balbutiements naissants, quelques bruits informes, de nouveaux sons fant\u00f4mes, des fricatives pr\u00e9posales, une \u00e9volution spontan\u00e9e de la langue o\u00f9 affrication et lubrifiant phon\u00e9tique s\u2019entrem\u00ealent pour exhiber un silence. A l&rsquo;oppos\u00e9, l\u2019\u0152il grave la sc\u00e8ne couloir en perspective, lit de camp, trois portes align\u00e9es dont celle de l&rsquo;entr\u00e9e d\u00e9cal\u00e9e, un seuil,<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0152il per\u00e7oit son absence charnelle elle s\u2019immisce dessous, dessus, dans les murs, dans les angles, les recoins, autour du lit de camp plaqu\u00e9 contre le mur de droite dans le couloir au linol\u00e9um gris entre la porte de la cuisine et celle de la salle de bains, l\u2019\u0152il d\u00e9tourne le regard du lieu incapable de le saisir, de le fixer, effray\u00e9 il voit le flou prendre le pas sur le d\u00e9finitif, il y a une suite de <em>riens sans importance<\/em>, rien n\u2019est \u00e9crit, pos\u00e9, dit, construit, planifi\u00e9 etc&#8230; tout demeure dans cette h\u00e9sitation \u00e0 la limite de l&rsquo; immobile o\u00f9 les choses sugg\u00e8rent leur apparition&nbsp;; l&rsquo;\u0152il s&rsquo;approprie leur attente dans un autre lieu d\u2019o\u00f9 surgit une intensit\u00e9 tellurique, un danger silencieux implacable, une cr\u00e9ation, un \u00e9tat de l\u2019\u00e2me qui peut aller jusqu\u2019\u00e0 la folie, ce moment o\u00f9 tout bascule, se forme, se d\u00e9fait, recommence, l\u00e0 o\u00f9 les sons devenus audibles s\u2019\u00e9crivent.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0152il se pose sur le lit, un lit de camp comme un oubli pos\u00e9 au milieu de ce couloir in\u00e9l\u00e9gant, laid, gris, triste, encombr\u00e9 de souvenirs path\u00e9tiques, sournois, tra\u00eetres, meurtriers, d&rsquo;une pesanteur accablante&nbsp;; sans raison, sans justification, sa toile affaiss\u00e9e retient des souffles anciens, des respirations brid\u00e9es non encore offertes, des odeurs rances d\u2019ombres s\u2019y d\u00e9posent, s\u2019y accrochent comme si elles avaient d\u00e9couvert l\u00e0 un refuge, un recoin o\u00f9 persister&nbsp;; dans le miroir les images d\u00e9filent, s&rsquo;attardent alourdies de silence, elles h\u00e9sitent \u00e0 se montrer, elles se d\u00e9doublent, se perdent, se cherchent, s\u2019inventent, se transforment, se diffractent&nbsp;; irruption violente des corps fragment\u00e9s elles d\u00e9livrent leurs visages multiples sans jamais se fixer, sans jamais se r\u00e9soudre, ni se retourner, images, ombres, souffles, visages en suspension, corps en mouvement comme un appel, un leurre, l&rsquo;\u0152il pleure, il ne demande rien, ne promet rien, il persiste, demeure, attend, \u00e9tir\u00e9 dans son absence, ouvert \u00e0 toutes les formes, \u00e0 toutes les d\u00e9rives, tous les ab\u00eemes, il circonscrit ce lieu invente les mots possession, construction imagination.<\/p>\n\n\n\n<p>Il cr\u00e9e son espace temps,<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lumi\u00e8re blanche sur porte entreb\u00e2ill\u00e9e Azatvaleev L&rsquo;\u0152il se faufile \u00e0 travers une porte entreb\u00e2ill\u00e9e soleil en lumi\u00e8re froide ombre aux gestes pr\u00e9cis mesur\u00e9s tout en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 comme en attente dans ce couloir absorb\u00e9 par les ombres mouvantes d\u2019un jour n\u2019importe lequel dans un temps impr\u00e9cis, un long couloir p\u00e2le au papier peint de petits tableaux na\u00effs de roses fuchsia bord\u00e9es <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-05-couloir\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#construire #05 | Porte entreb\u00e2ill\u00e9e<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":700,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7934,7971],"tags":[],"class_list":["post-205855","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-construire-nouveau-cycle-2026","category-05-collobert-loeil-interieur"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205855","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/700"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=205855"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205855\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":206049,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/205855\/revisions\/206049"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=205855"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=205855"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=205855"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}