{"id":206595,"date":"2026-03-03T01:14:08","date_gmt":"2026-03-03T00:14:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=206595"},"modified":"2026-03-04T08:16:40","modified_gmt":"2026-03-04T07:16:40","slug":"construire-07-dans-les-griffes-du-dibbouk","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-07-dans-les-griffes-du-dibbouk\/","title":{"rendered":"#construire #07 | Dans les griffes du dibbouk"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"775\" height=\"859\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-206596\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-1.png 775w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-1-379x420.png 379w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-1-768x851.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 775px) 100vw, 775px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>ACTE 1&nbsp;\u2013 PLACE DES GRES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au centre, un magnolia plant\u00e9 sur un sol pav\u00e9. A sa cime, cach\u00e9 dans de larges feuilles sans fleurs dessinant des ombres en plein jour, un merle. Dessous, en l\u2019\u00e9picentre, deux statues sculpt\u00e9es dans le gr\u00e9s \u2013 peut-\u00eatre un couple. Perpendiculaire \u2013 \u00e0 toi \u2013 la maison bigarr\u00e9e des communistes du 20<sup>e<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mouvements de feuilles dans l\u2019arbre,<\/p>\n\n\n\n<p>un merle, plumage noir et bec jaune se d\u00e9lecte.<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019entend qui hennit,<\/p>\n\n\n\n<p>m\u00e9lop\u00e9e ascendante aussit\u00f4t suivie d\u2019un descendante,<\/p>\n\n\n\n<p>et ainsi de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>On d\u00e9visage tes yeux fixes, on d\u00e9couvre ta pr\u00e9sence humanimale derri\u00e8re une table, devant une assiette, une fourchette et un couteau, tu t\u2019appr\u00eates \u00e0 manger. Ton graffiti \u2013 outre une vague couleur dans l\u2019assiette, est en noir et blanc. Signe pr\u00e9curseur de ton in\u00e9luctable effacement. Traces de d\u00e9chirures sur le graffiti, en plusieurs endroits\u00a0: depuis l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de ton oreille gauche jusqu\u2019au bas de la fourrure qui recouvre cette partie de ton visage, et puis sur ta patte avant droite o\u00f9 le couteau en devient ongle tranchant. Contraste avec ton habit de soir\u00e9e tr\u00e8s chic. A ta droite, sur ce qui semble \u00eatre un panneau\u00a0: est inscrit <em>Le vert<\/em>. Le nom du restaurant o\u00f9 tu te trouves ? Y attends-tu poliment ton invit\u00e9\u00b7e ? Et sinon, cette position statique d\u2019observation, pourquoi\u00a0? Ton graffiti, sur ce mur \u00e0 jardin, aux reflets de pierres grises\u00a0: dans sa partie inf\u00e9rieure une ligne plus \u00e9paisse, soulignant la nappe blanche de la table, pas de pattes dessous, mais ici et l\u00e0, traces d\u2019usure, quelques reflets color\u00e9s en transparence et puis, le nombre 37 appos\u00e9 dans le coin droit. La 37<sup>ieme<\/sup> version d\u2019une s\u00e9rie de loups dans la ville, ou bien &#8230;\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>A cour, est-ce un trot\u00a0? Et puis tu l\u2019aper\u00e7ois. Un ouvrier harass\u00e9, cheveux blancs, blouson rouge, jambes courtes et arqu\u00e9es, quelque chose d\u2019un boxeur ou d\u2019un homme pr\u00e9historique. Bo\u00eete l\u00e9g\u00e8rement, du c\u00f4t\u00e9 droit plus que du gauche.Traverse de part en part le plateau, sans te voir, puis, disparait progressivement sur les hauteurs de la rue de Vitruve. A sa suite, une vieille cr\u00e9ature et son chien se dirigeant vers un \u00e9criteau en ardoise o\u00f9 s\u2019affiche le menu du jour\u00a0de la Brasserie <em>Le Magnolia<\/em>. Derri\u00e8re son cr\u00e2ne, une zone de chevelure grise d\u00e9garnie. La vieille dort-elle toujours sur le dos\u00a0? Elle s\u2019arr\u00eate, r\u00e9fl\u00e9chit \u2013 tourne son visage vers toi \u2013 te donne son avis : <em>15 \u20ac la planche mixte, c\u2019est trop cher.\u00a0 <\/em>Puis elle ouvre un \u00e0 un les boutons de son manteau en laine, forme triangulaire peluch\u00e9e qui lui donne l\u2019air d\u2019un sapin de No\u00ebl aux \u00e9pines d\u00e9fraichies. La petite dame prend son temps \u2013 tu distingues alors nettement le vernis rouge de ses ongles. Quant \u00e0 son chien, les ergots en folie, il jappe, galope en tous sens sur la place. Elle l\u2019appelle\u00a0: <em>Chausson<strong>,<\/strong> on y va, allez, on y va\u2026<\/em>\u00a0 \u00a0Elle marche en diagonale vers l\u2019avant-sc\u00e8ne, direction la rue des Vignoles\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu l\u2019entends \u2013 tu entends le texte \u00e0 faire descendre dans son corps. Elle t\u2019entend aussi : <em>Je pense qu\u2019\u00e0 \u00e7a vieillir, vieillir tous ensemble, ici avec les fous, les cons, les trans, les chats qui dorment sur les rebords des fen\u00eatres\u2026<\/em><a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><em><strong>[1]<\/strong><\/em><\/a><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>ACTE 2 &#8211; INVITATION A RESPIRER<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pattes secr\u00e8tement sous la table, <\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 jardin,<\/p>\n\n\n\n<p>Tu tends l\u2019oreille en ta pr\u00e9sence discr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Mouvements dans l\u2019arbre,<\/p>\n\n\n\n<p>notes en s\u00e9rie, nasales et m\u00e9talliques,<\/p>\n\n\n\n<p>le merle dans le magnolia,<\/p>\n\n\n\n<p>cherche une bonne \u00e9paisseur de mati\u00e8re organique,<\/p>\n\n\n\n<p>se cache d\u2019un chat qui passe l\u00e0 <\/p>\n\n\n\n<p>glissando,<\/p>\n\n\n\n<p>Chausson ne r\u00e9pond pas \u00e0 la vieille, t\u2019approche, ou plut\u00f4t s\u2019approche de ton plat, voudrait pour une fois gouter \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 des croquettes. R\u00eave-t-il en plus de se faire apprivoiser par la meute de louveteaux qu\u2019il imagine non loin de toi, et s\u2019offrir une hybridation entre chien et loup\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Respiration douce d\u2019une poussette avec dedans un tout petit-d\u2019\u00eatre, oreillettes lapin sur son cr\u00e2ne chauve, lunettes de soleil sur ses jeunes yeux. A l\u2019arri\u00e8re, baby-sitter d\u00e9gingand\u00e9e, micro de portable pos\u00e9 \u00e0 la verticale sur son oreille. La poussette longe, fr\u00f4le \u2013  ton mur\u2013  croise l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 pointue d\u2019une selle dress\u00e9e dans l\u2019entre-jambe d\u2019une cycliste en mini-jupe, larges lunettes sombres, toque en fourrure de loup blanc d\u2019o\u00f9 sort une longue natte brune, l\u00e8vres peintes en rouge\u2026 Elle freine brutalement, hurle contre une meute bruyante qui entre dans la brasserie en lui barrant la route \u2013 se tourne vers toi \u2013 d\u2019une voix devenue mi furieuse, mi enj\u00f4leuse, te prend \u00e0 t\u00e9moin : <em>ils ne peuvent pas faire attention\u00a0?<\/em>! Le petit-d\u2019\u00eatre se r\u00e9veille, hurle. Un homme calme, un barbu aux cheveux longs, veste velours sombre, sacoche en cuir, jette une vol\u00e9e de mots \u00e0 qui voudra l\u2019entendre : Q<em>uand les moutons seront enferm\u00e9s, les loups s\u2019en prendront aux enfants. <\/em>Le petit-d\u2019\u00eatre continue d&rsquo;hurler, et la meute s\u2019y met \u00e0 son tour. La femme \u00e0 v\u00e9lo ne se retourne pas. L\u2019homme calme pr\u00e9f\u00e8re lui aussi ne rien voir, ne rien entendre. Il passe, ralentit \u2013 ralentit pile poil devant toi \u00e0 jardin \u2013 h\u00e9site, jette un regard soucieux \u00e0 cour, vers la rue Sainte Blaise. Cliquetis de son trousseau de cl\u00e9s. Et, bifurcation soudaine. <em>Chausson, on y va, allez, on y va, <\/em>r\u00e9p\u00e8te agac\u00e9e la vieille dame triangulaire aux ongles rouges, elle attend depuis d\u00e9j\u00e0 trop longtemps. Pipi contre une des deux statues de la place puis, arriv\u00e9 au pied de la roue de la cycliste en mini-jupe et aux l\u00e8vres rouges, l\u2019animal aboie, tourne autour d\u2019elle, mais ne rejoint toujours pas la vieille dame triangulaire. Coude \u00e0 coude, un gars plut\u00f4t sympa<strong>,<\/strong> main gauche en poche, parle de tout et de rien, \u00e0 l\u2019autre au bout d\u2019une laisse. L&rsquo;autre quadrip\u00e8de, \u00e0 rallonge celui-l\u00e0, basset poils ras, aux t\u00e2ches pile poil identiques \u00e0 celles de l\u2019anorak beige, noir et cr\u00e8me de son maitre. Tous deux \u2013 te reniflent \u2013 reculent, avancent\u2026 La cycliste<strong>,<\/strong> toujours en selle sur son deux-roues, vous regarde, rit \u00e0 pleine dent, avale, d\u00e9glutit un je ne sais quoi de grave, donne un bon coup de langue, puis un bon coup de p\u00e9dales, red\u00e9marre, peut-\u00eatre pour partir et aller son chemin &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu l\u2019entends \u2013 tu entends \u00e0 nouveau des textes \u00e0 faire descendre dans son corps. Elle t\u2019entend aussi : <em>Moi je veux br\u00fbler d\u2019un soleil int\u00e9rieur, je veux me donner naissance\u2026<\/em><a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><em><strong>[2]<\/strong><\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Libert\u00e9 du tissu qui s\u2019\u00e9chappe comme la vie m\u00eame, laisser cette porte ouverte au mouvement, la laisser ouverte le temps qu\u2019il faut pour contempler l\u2019absence et se r\u00e9signer \u00e0 laisser filer. Toute chose passe<\/em> [\u2026] <em>&nbsp;\u00c7a respire [\u2026]<\/em><a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><em><strong>[3]<\/strong><\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>ACTE 3&nbsp;:&nbsp; LA GLUE DES ANCETRES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u0152illade sous l\u2019arbre,<\/p>\n\n\n\n<p>troublants cris monosyllabiques,<\/p>\n\n\n\n<p>courts et aigus.<\/p>\n\n\n\n<p>En ces temps de giboul\u00e9es, l\u2019envie de f\u00eate, de vie \u00e0 plein poumon, en soi et autour de soi. Au milieu de la place, miroitements d\u2019une ombre de jeune fille, danse autour d\u2019une des statues, la premi\u00e8re des deux. L\u2019homme plut\u00f4t sympa, quitte sa parka beige, noir et cr\u00e8me, l\u00e2che sa laisse et son basset, et se met lui aussi \u00e0 danser, choisit la seconde statue, joue de son ombre \u00e0 lui contre son ombre \u00e0 elle. Tenda improvis\u00e9e. Elle s\u2019approche et le fait reculer. Il r\u00e9siste, mais dit je suis l\u00e0. Sa t\u00eate fr\u00f4le mais ne s\u2019appuie pas. Se tiennent et se retiennent d\u2019\u00e9clater soudainement. Les d\u00e9li\u00e9s de leurs gestes ont un je ne sais quoi qui ne va pas jusqu\u2019au bout. Les amoureux impromptus, se tournent autour, glissent, h\u00e9sitent, se cherchent \u2013 te cherchent\u00a0? \u2013 L\u2019\u00e9treinte est impossible. Pourtant continuent, jusqu\u2019\u00e0\u2026. La vieille aux ongles rouges, reste l\u00e0, les d\u00e9vore des yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu guettes le silence<\/p>\n\n\n\n<p>au seuil de ce qui d\u00e9payse,<\/p>\n\n\n\n<p>s\u2019improvise, fait vertige.<\/p>\n\n\n\n<p>Temps mort \u2013 ton \u00e2me errante de dibbouk,<\/p>\n\n\n\n<p> attend, sur cette sc\u00e8ne<\/p>\n\n\n\n<p>au d\u00e9cor invisible,<\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019\u00e9bauche d\u2019une \u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Passage de quelques citoyens,<\/p>\n\n\n\n<p>troupe d\u2019acteurs amateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous tes yeux,<\/p>\n\n\n\n<p>portent<\/p>\n\n\n\n<p>portent, lourde gravit\u00e9 terrestre et gravit\u00e9 des choses,<\/p>\n\n\n\n<p>histoires mal termin\u00e9es de morts&nbsp;et de vivants,<\/p>\n\n\n\n<p>coinc\u00e9es, dans l&rsquo;entre-monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Loup y es-tu\u00a0?\u00a0\u2026 Va-et-vient enjou\u00e9 d\u2019un enfant \u2013 r\u00eave-t-il d\u2019attraper au vol le rayon du soleil\u00a0qui s\u2019infiltre entre les deux statues\u00a0? Salves d\u2019\u00e9ternuements de sa gardienne \u00e0 la tra\u00eene, qui ne tient gu\u00e8re de l\u2019existence, serr\u00e9es fermement entre ses mains, que deux petites bottines rouges, rouges comme le blouson du boxeur, comme les ongles de\u2026\u00a0 Un ado, sans viser, vient de jeter un gobelet vide en carton, et d\u2019atteindre une poubelle presque pleine \u2013 poubelle plant\u00e9e l\u00e0, justement, au pied de tes pattes invisibles, sous la table. Femme \u00e9l\u00e9gante, des bagues plein les doigts, bracelets enroul\u00e9s autour des poignets, claquent des talons. Bousculade de deux petits sacs, l\u2019un dor\u00e9, l\u2019autre en papier Craft, leurs anses lov\u00e9es au creux de son coude droit, une gauch\u00e8re\u00a0? Un peu trop courtes les anses, ses mouvements contrari\u00e9s. Soudain se liqu\u00e9fie, propulse dans l\u2019air des gestes, hurle \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone un d\u00e9sespoir animal. <em>Ne m\u2019emp\u00eache pas de sortir le soir. C\u2019est cruel de ma part mais permets moi cette injustice. Il m\u2019est affreusement p\u00e9nible de rester \u00e0 la maison. D\u00e8s que le soleil se couche le cafard obs\u00e8de mon \u00e2me<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup><strong><sup>[4]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces textes, inattendus, d\u00e9viant de leur route, tu les entends, les fais descendre dans les corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Les morts mal-enterr\u00e9s collent \u00e0 la peau,<\/p>\n\n\n\n<p>les mots de morts,<\/p>\n\n\n\n<p>se servent des corps.<\/p>\n\n\n\n<p>des vivants,<\/p>\n\n\n\n<p>les gouvernent.<\/p>\n\n\n\n<p>Des douleurs grabuges, les poss\u00e8dent.<\/p>\n\n\n\n<p>stoppent leur \u00e9lan,<\/p>\n\n\n\n<p>leurs extases possibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mal-morts,<\/p>\n\n\n\n<p>mots pierres tombales,\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>entre les statues,\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>r\u00e9clament qu\u2019on les aide.<\/p>\n\n\n\n<p>Regard en lui-m\u00eame d\u2019un autre bonhomme, arr\u00eat net, bouche b\u00e9e, sourcils relev\u00e9s. Se mord les l\u00e8vres, fait lentement non de la t\u00eate, non, plus vite, non, encore plus vite, tousse un bon coup, devient rouge, rouge comme le blouson du boxeur, comme le vernis de la vieille, comme\u2026 puis d\u00e9tale t\u00eate baiss\u00e9e\u2026 manque de tomber sur la cycliste, ne tombe pas mais\u2026\u00a0Au milieu de la place, deux plus deux, quatre donc, quatre longs bras, ceux du ma\u00eetre basset et de la jeune fille, s\u2019\u00e9rigent, s\u2019affolent, bataillent avec le vide tout autour d\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ACTE IV \u2013 L\u2019ENIGME<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une fois encore, notes nasales et m\u00e9talliques \u00e9mises en s\u00e9rie&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, gloussement lent et grave dans le magnolia,<\/p>\n\n\n\n<p>Et, en cette ar\u00e8ne circulaire,<\/p>\n\n\n\n<p>Ton guet de dibbouk.<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence, et l&rsquo;oiseau,<\/p>\n\n\n\n<p>au nom des morts.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme \u00e9l\u00e9gante \u00e0 v\u00e9lo, rit de toutes ses dents \u2013 d\u2019une voix d\u2019homme tout \u00e0 coup \u2013 imp\u00e9rieuse terreur. Elle a chaud, elle a besoin de respirer, de s\u2019encourager. Elle l\u00e2che son v\u00e9lo, retire son chapeau en fourrure, s\u2019allonge. La vieille \u00e9tale pour elle, \u00e0 m\u00eame les pav\u00e9s, son manteau peluch\u00e9 p\u00e8re No\u00ebl. \u00catre \u00e0 terre parce que de l\u00e0 au moins, on ne tombe pas\u2026 Et, peut-\u00eatre que &#8230;\u00ab\u00a0La chute porte en elle une \u00e9l\u00e9vation nouvelle\u00a0\u00bb. <a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019approche encore, depuis le fonds de sc\u00e8ne, la cavale souple d\u2019un sportif en jogging, main gauche enroul\u00e9e autour d\u2019une cigarette \u00e9lectronique, au creux de la droite, un ballon de foot en \u00e9quilibre. Fait le tour. Revient \u00e0 son point de d\u00e9part, intrigu\u00e9. Un couple remue de l\u2019air au milieu de la place, la femme et l\u2019homme, ne se voient pas. Au sol un v\u00e9lo, une mini-jupe et une longue natte, endormies sur le manteau peluch\u00e9 d\u2019une vieille aux ongles rouges qui caresse un petit chien lov\u00e9 contre un long basset. Elle murmure ces paroles\u00a0: <em>L\u2019homme vient au monde pour une belle, une longue vie. Mais s\u2019il meurt avant l\u2019heure, qu\u2019advient il de sa vie inachev\u00e9e, o\u00f9 vont tous les jours qu\u2019il n\u2019a pas v\u00e9cus\u00a0? Ses joies et ses peines\u00a0? Les pens\u00e9es qu\u2019il n\u2019a pas eu le temps de m\u00fbrir, les actions qu\u2019il n\u2019a pas eu le temps d\u2019accomplir\u00a0?<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><strong>[6]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tu guettes l\u2019\u00e9nigme de ces paroles rapport\u00e9es, en tout cas ce qui en subsiste \u00e0 peine prof\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"866\" height=\"661\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-206598\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-3.png 866w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-3-420x321.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-3-768x586.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 866px) 100vw, 866px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Graffiti de Thomas, Place des Gr\u00e9s. Paris 20eme. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>L\u2019odeur des pierres mouill\u00e9es <\/em>de L\u00e9a Rivi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Bleu nuit, blousons roses <\/em>d\u2019Eta\u00efnn Zwer<em>&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Fi\u00e9vreuse pl\u00e9b\u00e9ienne <\/em>d\u2019Elodie Petit<em>&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4] <\/a><em>Ivanov<\/em> d\u2019Anton Tchekov&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Derniers mots de la pi\u00e8ce en quatre actes, Dibbouk, traduite en fran\u00e7ais par Batia Baum<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Sh. An-ski, Le Dibbouk, paroles du personnage de L\u00e9a &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ACTE 1&nbsp;\u2013 PLACE DES GRES Au centre, un magnolia plant\u00e9 sur un sol pav\u00e9. A sa cime, cach\u00e9 dans de larges feuilles sans fleurs dessinant des ombres en plein jour, un merle. Dessous, en l\u2019\u00e9picentre, deux statues sculpt\u00e9es dans le gr\u00e9s \u2013 peut-\u00eatre un couple. Perpendiculaire \u2013 \u00e0 toi \u2013 la maison bigarr\u00e9e des communistes du 20e. Mouvements de feuilles <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/construire-07-dans-les-griffes-du-dibbouk\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#construire #07 | Dans les griffes du dibbouk<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":697,"featured_media":206597,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7934,7988],"tags":[],"class_list":["post-206595","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-construire-nouveau-cycle-2026","category-construire-07-handke-pause-a-velizy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/206595","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/697"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=206595"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/206595\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":206646,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/206595\/revisions\/206646"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/206597"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=206595"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=206595"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=206595"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}