{"id":208367,"date":"2026-04-26T17:35:40","date_gmt":"2026-04-26T15:35:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=208367"},"modified":"2026-04-26T17:44:25","modified_gmt":"2026-04-26T15:44:25","slug":"le-livre-comme-fiction-01-a-chaque-respiration-je-dis-oui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-livre-comme-fiction-01-a-chaque-respiration-je-dis-oui\/","title":{"rendered":"#le livre comme fiction #01 | \u00e0 chaque respiration je dis oui *"},"content":{"rendered":"\n<p>Elles n\u2019ont rat\u00e9 aucun d\u00e9m\u00e9nagement. Elles ont choisi leur camp au moment des ruptures. Quand on entasse dans les cartons de la s\u00e9paration ce qu\u2019on est venu partager et qu\u2019on reprend parce que m\u00eame si on n\u2019a pas le sens de la propri\u00e9t\u00e9, ces lettres-l\u00e0 sont \u00e0 elle. Deux tomes qui compilent une partie des <em>Lettres \u00e0 Lucilius<\/em> de S\u00e9n\u00e8que, achet\u00e9s peu de temps apr\u00e8s l\u2019<em>Achev\u00e9 d\u2019imprim\u00e9 le 13 avril 1990 sur les presses de l\u2019imprimerie Herissey \u00e0 Evreux ( Eure)<\/em>. L\u2019un \u00ab\u00a0 <em>La vie heureuse<\/em>\u00a0\u00bb est sur un caillou au milieu de l\u2019oc\u00e9an, renifle l\u2019air marin quand il se glisse dans son sac de plage, l\u2019autre \u00ab\u00a0 <em><strong>Apprendre \u00e0 vivre<\/strong><\/em>\u00a0\u00bb est en ville et se ballade, selon l\u2019humeur et les saisons, entre la table de chevet et une \u00e9tag\u00e8re pleine \u00e0 craquer o\u00f9 jouent \u00e0 coll\u00e9s-serr\u00e9s les titres de philo-psycho. Une couverture cartonn\u00e9e avec une pellicule plastique qui s\u2019effiloche. Deux rabats, en premi\u00e8re et derni\u00e8re page. Sur le premier on lit un extrait d\u2019une de ces cent vingt quatre lettres de S\u00e9n\u00e8que adress\u00e9es \u00e0 un certain Lucilius Junior dont on ne saura jamais s\u2019il a exist\u00e9\u00a0: <em>Oui c\u2019est cela, mon Cher Lucilius\u00a0: revendique la possession de toi-m\u00eame. Ton temps jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, on te le prenait, on te le d\u00e9robait\u00a0; il t\u2019\u00e9chappait. R\u00e9cup\u00e8re-le, et prends-en soin<\/em>.\u00a0On y voit aussi le nom et l\u2019adresse de l\u2019\u00e9diteur et libraire. La <em>Librairie des fruits du Congo<\/em> avait sa maison d\u2019\u00e9dition <em>Arl\u00e9a<\/em>, nom d\u2019enseigne, toujours vivant, n\u00e9 de la contraction des pr\u00e9noms des deux filles de la co- cr\u00e9atrice de cette aventure livresque, Ariane et L\u00e9a. \u00a0A quoi \u00e7a tient un nom d\u2019\u00e9diteur, un nom d\u2019auteur, un nom d\u2019artiste\u00a0? Combien d\u2019histoires de vie derri\u00e8re l\u2019histoire d\u2019un livre, d\u2019une chanson, d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, d\u2019un po\u00e8me, d\u2019une photo\u00a0? Le second rabat en derni\u00e8re de couverture cite les <em>Derni\u00e8res parutions<\/em>, peu nombreuses, la maison d\u2019\u00e9dition est une enfant \u00e0 ce moment-l\u00e0, cinq ans. Cet <em>Apprendre \u00e0 vivre<\/em> est une belle promesse pour l\u2019avenir et changera, avec le temps, de mise en page comme de format. Celui-ci, jauni par les d\u00e9cennies de vagabondage dans les divers habitats de sa d\u00e9tentrice, est classique pour l\u2019\u00e9poque, pas pratique pour les petits sacs \u00e0 main, 14&#215;20,5 avec ses 173 pages dont on sait d\u00e8s la page de couverture qu\u2019on ne lira pas toutes les lettres mais celles <em>choisies et traduites<\/em>\u00a0par A.G. Le traducteur livre une pr\u00e9face dat\u00e9e de d\u00e9cembre 1989 o\u00f9 on apprend qu\u2019il est parti, pour ses traductions, des <em>Epistulae Morales ad Lucilium<\/em>, en latin dans le texte, cette <em>langue que certains qui se croient vivants disent morte. <\/em>Restons un instant sur cette page de couverture, celle qui recouvre le secret de ce qui suit, celle qui l\u2019annonce aussi, celle qui fait qu\u2019on prend le livre \u00e0 bras le corps et qu\u2019on se dirige avec vers la caisse de la librairie pour l\u2019emporter avec soi, pour soi, une heure, une nuit ou toute la vie. Avec cette couverture qui est aussi une ouverture, on est d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019aventure de la lecture. On s\u2019y projette ou pas, on y entre et on glisse les doigts entre les feuilles qui suivent, ou on passe devant sans la voir. S\u00e9n\u00e8que a eu droit, pour cette \u00e9dition, sous son nom et le titre, \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019une mosa\u00efque du III\u00e8me si\u00e8cle, un suppos\u00e9 philosophe grec, le torse nu, le visage barbu, il regarde en biais, au loin et tient dans ses mains comme une tablette de cire en forme de diptyque, et un stylo de l\u2019\u00e9poque. A l\u2019int\u00e9rieur, de ce qu\u2019elle a lu, relu, ce sur quoi elle s\u2019est attard\u00e9e, qui l\u2019a transport\u00e9, fait m\u00e9diter, on voit des mots soulign\u00e9s, des passages crayonn\u00e9s, et une citation encercl\u00e9e avec dans la marge deux croix qui signalent l\u2019importance de l\u2019injonction\u00a0: \u2026<em>con\u00e7ois chaque jour comme une vie enti\u00e8re<\/em>\u00a0. Un livre comme un rappel \u00e0 l\u2019ordre, l\u2019ordre des choses, des pens\u00e9es, des actes. Quand n\u00e9cessit\u00e9 de vivre, et non de survivre, fait loi. Une invitation universelle \u00e0 honorer la vie. Rien de plus important, rien de plus urgent. Ce livre, dans les nuits d\u2019insomnie, elle en lit un bout, de rien du tout, le pose sur son c\u0153ur et pleure. Puis le sommeil fait son \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>*https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3FLAwkJJBsM<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elles n\u2019ont rat\u00e9 aucun d\u00e9m\u00e9nagement. Elles ont choisi leur camp au moment des ruptures. Quand on entasse dans les cartons de la s\u00e9paration ce qu\u2019on est venu partager et qu\u2019on reprend parce que m\u00eame si on n\u2019a pas le sens de la propri\u00e9t\u00e9, ces lettres-l\u00e0 sont \u00e0 elle. 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