{"id":208457,"date":"2026-05-01T13:47:08","date_gmt":"2026-05-01T11:47:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=208457"},"modified":"2026-05-01T13:51:38","modified_gmt":"2026-05-01T11:51:38","slug":"la-quatrieme-dimension-de-couverture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/la-quatrieme-dimension-de-couverture\/","title":{"rendered":"#livre #01 La quatri\u00e8me dimension de couverture"},"content":{"rendered":"\n<p>    Une bien \u00e9trange file qui attend. Des candidats bien rang\u00e9s les uns derri\u00e8re les autres, chacun avec un style bien \u00e0 lui. Inutile d&rsquo;\u00eatre le premier, chacun attend patiemment d&rsquo;\u00eatre pioch\u00e9s \u00e0 tout moment. Les yeux courent sur des\u00a0titres aux formats vari\u00e9s qui se succ\u00e8dent comme les fen\u00eatres d&rsquo;un train. On sait que l&rsquo;on va trouver ce tout petit livre que l&rsquo;on cherche. On passe en revue la file tel un g\u00e9n\u00e9ral de garnison. Mais un g\u00e9n\u00e9ral avec une id\u00e9e fixe, qui chercherait quelqu&rsquo;un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, quitte \u00e0 faire demi-tour, recommencer mille fois, avancer dans les rangs, marcher sur les murs pendant des heures pour revenir \u00e9trangement au m\u00eame point. Mais le pire des d\u00e9sordres n&rsquo;est rien devant une bonne intuition. Quelque-chose comme la m\u00e9moire du corps dit qu&rsquo;on va le trouver, qu&rsquo;il est proche et on sait qu&rsquo;il faut la croire pour qu&rsquo;il finisse par appara\u00eetre, r\u00e9compense de la foi. En attendant, toute une vie de lecture d\u00e9file. Pour chaque titre, une typographie, une couleur, une nostalgie, une ancienne promenade. On se retrouve devant le croisement de mille sentiers qui disent tous \u00ab\u00a0reviens donc un peu par ici\u00a0\u00bb. Certains sont sillonn\u00e9s par un usage intensif. D&rsquo;autres n&rsquo;en finissent pas d&rsquo;attendre leur tour, presque effac\u00e9s par l&rsquo;oubli et de plus en plus cach\u00e9s par les nouveaux venus.<\/p>\n\n\n\n<p>    Puis voici celui qu&rsquo;on cherchait, juste devant !\u00a0Comme\u00a0s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 expr\u00e8s. On regardait \u00e0 gauche, \u00e0 droite. Lui, appelait de toutes ses forces en silence pendant qu&rsquo;on faisait semblant de chercher. Juste\u00a0l\u00e0 devant depuis le d\u00e9but !\u00a0On\u00a0papillonnait. Et\u00a0lui pendant ce temps&#8230; Farfouiller&#8230; \u00ab\u00a0Je suis l\u00e0 je suis l\u00e0 !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s\u00a0les effusions, On\u00a0saisit enfin le butin. L&rsquo;auteur est plus gros que le titre :<\/p>\n\n\n\n<p>FRANCIS PONGE<\/p>\n\n\n\n<p>Puis presque comme sous-titre : \u00ab\u00a0Le parti pris des choses\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Et plus bas un passager clandestin : <em>Suivi de<\/em> \u00ab\u00a0Pro\u00eames\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>    Il y a donc colocation. On\u00a0imagine, vu la faible \u00e9paisseur du volume qu&rsquo;avec la page de garde, l&rsquo;avant-propos, la pr\u00e9face, il ne doit s&rsquo;agir que d&rsquo;un tout petit parti-pris, ou de petites choses. Puis\u00a0dessous une photo de l&rsquo;auteur, non deux photos, non ! Une ceinture de photos en s\u00e9pia toutes identiques qui court jusque derri\u00e8re, d\u00e9risoire affichage de propagande pour le seigneur de ces pages. Un photomaton honorifique. Enfin viennent les informations d&rsquo;\u00e9dition :<\/p>\n\n\n\n<p>nrf &#8211;&nbsp;Po\u00e9sie&nbsp;\/&nbsp;Gallimard. <\/p>\n\n\n\n<p>    Un\u00a0classique. C&rsquo;est-\u00e0-dire une r\u00e9volution qui ne r\u00e9volutionne plus, rang\u00e9 d\u00e9sormais au format poche. Le texte ne fait plus irruption, il\u00a0ne lui reste qu&rsquo;\u00e0 durer. La\u00a0couverture dit \u00ab\u00a0d\u00e9couvrez-moi en sachant qu&rsquo;on m&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couvert\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>    L&rsquo;objet est modeste en taille mais d&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e9l\u00e9gant, officiel, lisse. Les\u00a0doigts saisissent et plient facilement ce pourpoint glac\u00e9 qui \u00e9met alors un craquement plaisant, lointain cousin des billets de banque. Le\u00a0pouce droit, d&rsquo;un geste exp\u00e9riment\u00e9, lib\u00e8re une \u00e0 une puis de plus en plus vite ces fr\u00eales pages dans un bruissement de tourterelles. Ce mouvement fait na\u00eetre un vent qui annonce au visage le d\u00e9but du voyage, exhalant une odeur de pass\u00e9. On est toujours au m\u00eame endroit mais on ne sait plus tout \u00e0 fait quand.<\/p>\n\n\n\n<p>    Apr\u00e8s avoir fr\u00f4l\u00e9 leur bord, le pouce plonge \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, caressant la surface. Ici\u00a0se d\u00e9voile la complexit\u00e9. Les\u00a0feuilles sont \u00e0 la fois rugueuses et douces. Bien\u00a0mises et tatou\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>    Les\u00a0chapitres sont courts. Une\u00a0succession de levers et de baissers de rideau. Les\u00a0applaudissements sont \u00e0 imaginer, comme le reste. On\u00a0est seul.<\/p>\n\n\n\n<p>    On\u00a0s&rsquo;approche de l&rsquo;essence de cet \u00eatre. Apr\u00e8s\u00a0avoir \u00e9grenn\u00e9 tout ses appar\u00e2ts, on finit par remarquer un attribut discret. Il\u00a0est envelopp\u00e9 de silence comme tous ceux de son esp\u00e8ce. D\u00e8s\u00a0qu&rsquo;on le consulte, on s&rsquo;\u00e9teint ext\u00e9rieurement. Le\u00a0son est ailleurs, enfoui dans notre esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>    C&rsquo;est une esp\u00e8ce d&rsquo;objet qui occupe l&rsquo;espace sonore avec du rien. Une esp\u00e8ce pagin\u00e9e qui prolif\u00e8re en mutant dans toutes les formes et couleurs. Elle se niche souvent sur des rayonnages mais peut s&rsquo;auto-organiser en piles voire plus rarement en monticules. Son\u00a0espace est souvent cart\u00e9sien. Comme\u00a0les plantes, sans qu&rsquo;on ne distingue un mouvement, elle envahit. Un livret devient une colonne, puis un mur pour finir en ruche. Entre ces murs, une \u00e9paisse couche de silence.<\/p>\n\n\n\n<p>    Le silence n&rsquo;est pas vide. Il se d\u00e9cline. Par exemple il se fait silence monastique (du Livre donc) de l&rsquo;asc\u00e9tisme intellectuel. Ou encore, le silence auquel les plus agit\u00e9s finissent r\u00e9duits quelles que soient leurs pr\u00e9tentions temporelles. Car au-del\u00e0 du silence, c&rsquo;est le temps qui est pris dans le champ de gravitation du livre. Un modeste feuillet traverse les si\u00e8cles en se nourrissant du temps qu&rsquo;on lui consacre. Et c&rsquo;est la seule de ses dimensions qui ne tient pas (ou si peu) dans une main. Il s&rsquo;\u00e9tend plus loin qu&rsquo;on ne peut le concevoir, <em>avant<\/em> les yeux. Ce trivial empilement de fibres matelass\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;image des plus petites cr\u00e9atures sur Terre, regarde passer les civilisations.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une bien \u00e9trange file qui attend. Des candidats bien rang\u00e9s les uns derri\u00e8re les autres, chacun avec un style bien \u00e0 lui. Inutile d&rsquo;\u00eatre le premier, chacun attend patiemment d&rsquo;\u00eatre pioch\u00e9s \u00e0 tout moment. Les yeux courent sur des\u00a0titres aux formats vari\u00e9s qui se succ\u00e8dent comme les fen\u00eatres d&rsquo;un train. 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