{"id":209321,"date":"2026-06-26T00:33:03","date_gmt":"2026-06-25T22:33:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=209321"},"modified":"2026-06-26T00:33:03","modified_gmt":"2026-06-25T22:33:03","slug":"livre-fiction-01-intempestif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/livre-fiction-01-intempestif\/","title":{"rendered":"livre fiction #01-05 | d\u00e9lirant"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Sommaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-8f761849 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-blue-color has-text-color has-link-color wp-elements-43ce528f3620c531aac1fefdccbc2326 wp-block-paragraph\"><a href=\"#intempestif\"><strong>01 | intempestif<br><\/strong><\/a><strong><a href=\"#insulaire\">02 | insulaire<\/a><\/strong><br><strong><a href=\"#tot\u00e9mique\">03 | tot\u00e9mique<\/a><\/strong><br><strong><a href=\"#bo\u00eete\">05 | d\u00e9lirant<\/a><\/strong><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\"><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div id=\"intempestif\" class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-blue-color has-text-color has-link-color has-large-font-size wp-elements-40f26e731850ef460021d57b49ec3ba7 wp-block-paragraph\"><strong>01 | intempestif<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"538\" height=\"302\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1280px-Vernet_Claude_Joseph_-_Seaport_by_Moonlight_-_1771.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-209322\" style=\"width:666px\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1280px-Vernet_Claude_Joseph_-_Seaport_by_Moonlight_-_1771.jpg 538w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1280px-Vernet_Claude_Joseph_-_Seaport_by_Moonlight_-_1771-420x236.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 538px) 100vw, 538px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi&nbsp;? Mais pourquoi donc, avec tous les livres dont les murs de la biblioth\u00e8que m\u2019entourent, il a encore fallu que je tombe sur celui qui ne s\u2019y trouve pas&nbsp;? Va comprendre. J\u2019\u00e9tais pourtant s\u00fbr de le retrouver facilement, tout en bas \u00e0 gauche, case th\u00e9\u00e2tre, pas la plus fournie, et rien. Alors un peu plus haut, rayon des poches anglophones. Rien non plus. Je n\u2019en avais pas absolument besoin \u2014 encore que&nbsp;: une vague intuition, on veut juste jeter un \u0153il, feuilleter quelques pages, une languette gliss\u00e9e en premi\u00e8re lecture, avec son mot, son id\u00e9e, renvoie \u00e0 un passage, et le probl\u00e8me d\u2019\u00e9criture qu\u2019on se posait dispara\u00eet, il n\u2019a d\u2019ailleurs jamais exist\u00e9, et on relit tout depuis le d\u00e9but \u2014, mais maintenant, oui. Un livre manque \u00e0 l\u2019appel, et c\u2019est comme si tu perdais la m\u00e9moire de ce que tu ne peux pas vivre et revivre autrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai rachet\u00e9 le livre. Si \u00e7a se trouve, il est simplement \u00e9gar\u00e9 dans la biblioth\u00e8que. J\u2019aurai oubli\u00e9 qu\u2019un jour, je l\u2019ai sorti, je l\u2019ai feuillet\u00e9, je l\u2019ai gard\u00e9 \u00e0 port\u00e9e de main quelque temps, je l\u2019ai d\u00e9plac\u00e9 ailleurs, pas trop loin dans une case de livres en attente, pour refaire de la place sur le bureau, il est rest\u00e9 l\u00e0 encore quelque temps, trop longtemps, jusqu\u2019\u00e0 ce que je range la case dans un autre ordre ou dans un autre bloc de la biblioth\u00e8que quand elle s\u2019est agrandie\u2026 Bref, m\u00eame s\u2019il est l\u00e0 quelque part, il brille par son absence. J\u2019ai donc rachet\u00e9 le livre. Mais bizarrement, pas dans la m\u00eame \u00e9dition. Pas dans la m\u00eame traduction. Pas dans le m\u00eame format du tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le livre que j\u2019ai enfin re\u00e7u me semble tout petit. Un livre de poche de moins de cent pages. L\u2019autre aussi c\u2019\u00e9tait un poche, mais il \u00e9tait bien quatre fois plus gros. \u00c9videmment, c\u2019\u00e9tait une version bilingue. Une traduction d\u2019Yves Bonnefoy, qui avait aussi \u00e9crit une pr\u00e9face aussi longue que le petit livre. Je me souviens de l\u2019illustration sur la couverture blanche&nbsp;: un plan resserr\u00e9, vertical, d\u2019un tableau de je ne sais qui&nbsp;; une marine, un navire venant de sombrer&nbsp;; avec pour coque le rocher sur lequel il s\u2019est \u00e9chou\u00e9&nbsp;; le m\u00e2t \u00e0 quarante-cinq degr\u00e9s, cordages pendus, m\u00eal\u00e9s&nbsp;; trois hommes, sur le rocher, tirent une corde, tandis que de grosses vagues noires, derri\u00e8re, d\u00e9ferlent&nbsp;; plus loin, un navire face \u00e0 l\u2019\u00e9cueil dress\u00e9 devant lui. Mais la plus grande partie de cette langue de peinture, disons sept huiti\u00e8mes, c\u2019est le ciel, c\u2019est le panache de nuages noirs qui roulent, incendi\u00e9 pr\u00e8s du navire par la foudre. Et si je m\u2019appuie sur les livres de la m\u00eame collection Folio th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00e9poque que je poss\u00e8de, juste dessous, martel\u00e9 en gros caract\u00e8res, noir sur blanc, <em>Shakespeare<\/em>, puis le titre, dessous en plus petit, comme si c\u2019\u00e9tait moins important.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon nouveau livre fonctionne diff\u00e9remment, et c\u2019est peut-\u00eatre aussi pour cette raison que je l\u2019ai choisi. C\u2019est le titre qui ressort sur la couverture, <em>La Temp\u00eate<\/em>, de gros caract\u00e8res simples, sans empattement, d\u2019un bleu marine des profondeurs sur le fond blanc, \u00e9cumeux, d\u2019une illustration se d\u00e9ployant sur toute la couverture, la tranche et le dos&nbsp;: une \u00e9trange mousse blanche sur la partie sup\u00e9rieure de l\u2019image, une sorte de nuage mais sur un fond noir o\u00f9 se dispersent par dizaines, comme des fils, ou des ondes, de fines lignes blanches, comme s\u2019il fallait sculpter ce fond, donner \u00e0 ce vide un semblant d\u2019espace ou de relief \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une carte topographique. Les premi\u00e8res pages indiquent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u0153uvre de <a href=\"https:\/\/www.boumbang.com\/sylvie-bonnot\/\">Sylvie Bonnot<\/a>, <em>Pointe s\u00e8che II<\/em>, une gravure sur photographie. Sur \u00e9cran, j\u2019aper\u00e7ois mieux l\u2019\u00e9cume photographi\u00e9e. Mais comment savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019un gros plan sur la cr\u00eate d\u2019une vague qui se replie, ou d\u2019une vague courant \u00e0 la surface de l\u2019eau, vue en plong\u00e9e. En tout cas, l\u2019image fait penser \u00e0 une m\u00e9duse. Un animal d\u2019autant plus gluant, auquel on n\u2019a pas envie de se frotter, que les quatre lignes inscrites en blanc au dos du livre, prises dans le r\u00e9seau de fils de l\u2019image, sont difficiles \u00e0 lire. C\u2019est plus simple pour la phrase en noire, deux vers, sur fond d\u2019\u00e9cume&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Nous sommes de la substance dont les r\u00eaves sont faits,<br>Et notre petite vie est entour\u00e9e de sommeil.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Comme on peut retrouver aujourd\u2019hui nos vieux livres en surfant dans l\u2019immense biblioth\u00e8que en ligne qu\u2019offre la Toile, j\u2019ai pu retrouver l\u2019auteur de la marine&nbsp;: Joseph Vernet. Il a peint plusieurs tableaux du m\u00eame genre, repr\u00e9sentant un navire dans la temp\u00eate, un naufrage. Et parfois, plus apais\u00e9s, de beaux clairs de lune pour des hommes et des femmes rassembl\u00e9s, dans un coin du port, autour d\u2019un feu, d\u2019une marmite bouillonnante, et on parle, on se raconte des histoires, on les mime. Des naufrag\u00e9s malgr\u00e9 tout&nbsp;? de la nuit&nbsp;? de la vie&nbsp;? Je m\u2019aper\u00e7ois surtout qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 question du r\u00eave dans la citation au dos de <a href=\"https:\/\/fr.scribd.com\/document\/995821938\/Tempete-Folio-Theatre-French-and-English-Edition-William-Shakespeare-Yves-Bonnefoy\">ce livre perdu<\/a>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;\u2014 et dans mon r\u00eave<br>Je crois que le ciel s\u2019ouvre&nbsp;; que ses richesses<br>Vont se r\u00e9pandre sur moi\u2026 \u00c0 mon r\u00e9veil,<br>J\u2019ai bien souvent pleur\u00e9, voulant r\u00eaver encore.&nbsp;\u00bb)<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div id=\"insulaire\" class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-blue-color has-text-color has-link-color has-large-font-size wp-elements-6a62f8cd481a5cf46eac03204cbc31e5 wp-block-paragraph\"><strong>02 | insulaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/De_la_Conquista_a_1930_2011-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-209823\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/De_la_Conquista_a_1930_2011-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/De_la_Conquista_a_1930_2011-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/De_la_Conquista_a_1930_2011-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/De_la_Conquista_a_1930_2011.jpg 1422w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00eele de la Passion. En fait, sur les cartes, il s\u2019agit de l\u2019\u00eele de Clipperton. Et ce n\u2019est pas vraiment une \u00eele. Comme tous les atolls, c\u2019est une langue de terre entour\u00e9e et en contenant. On n\u2019y trouve rien. Il n\u2019y a rien \u00e0 y faire, sinon en faire le tour et grimper sur le rocher qui la signale. L\u2019\u00eele tient son nom du pirate anglais John Clipperton qui l\u2019aurait d\u00e9couverte en 1704, mais les Fran\u00e7ais qui ont accost\u00e9 peu apr\u00e8s, en 1711, l\u2019ont cartographi\u00e9e rapidement et baptis\u00e9e \u00eele de la Passion. Allez savoir pourquoi cette \u00eele fran\u00e7aise a conserv\u00e9 son nom anglais. Mais quel que soit son nom, et Magellan l\u2019aurait le premier aper\u00e7ue et baptis\u00e9e \u00cele San Pablo, cela ne change rien. Il n\u2019y a rien, sinon ce rocher et quelques bosquets de cocotiers, et rien \u00e0 faire d\u2019autre que tourner sur cette langue de terre, au milieu des colonies de fous bruns et de fous masqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sans ce point rose, sur l\u2019atlas en ligne satellites.pro, je ne conna\u00eetrais pas cette \u00eele. Je ne sais d\u2019ailleurs plus comment je suis tomb\u00e9 sur cet atlas. Mais en surfant, on d\u00e9rive beaucoup sur la Toile et on finit par trouver ce qu\u2019on ne pensait pas du tout chercher, parfois avec la joie et la surprise d\u2019une soif enfin assouvie. La vie en rose, en quelque sorte, et c\u2019\u00e9tait bien l\u00e0 la couleur de cette \u00eele fant\u00f4me. Pourquoi rose, un rose fuchsia&nbsp;? Certainement parce que sur les diff\u00e9rentes cartes en ligne que propose l\u2019atlas, c\u2019est ce qui ressort le mieux des tonalit\u00e9s sombres (oc\u00e9ans et for\u00eats) et plus ou moins claires (montagnes et d\u00e9serts, de sable et de glace) du monde. Et pourquoi ce rose sur cette \u00eele&nbsp;? Parce que c\u2019est la couleur que prennent les fronti\u00e8res d\u2019une nation. Toutes les nations, m\u00eame le Vatican, avec une nuance plus violette. Et pour la France en archipel, il y avait ce point rose dans le Pacifique Nord, non loin des c\u00f4tes mexicaines. Il y avait cette \u00eele inconnue, qui n\u2019a d\u2019\u00eele que le nom, \u00e0 plus de mille kilom\u00e8tres quand m\u00eame de la pointe la plus proche, <em>punta Tejupan<\/em>, qu\u2019entre espagnol et nahuatl on pourrait traduire par \u00ab&nbsp;pointe de la pierre&nbsp;\u00bb si \u00e7a avait du sens. D\u2019ailleurs, par un \u00e9trange hasard, notre pirate anglais porte un nom dont l\u2019\u00e9tymologie peut signifier \u00ab&nbsp;l\u2019enclos du rocher&nbsp;\u00bb. Raison pour laquelle, litt\u00e9rale, \u00e0 l\u2019international, on a tranch\u00e9 pour le nom du pirate&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>Le Grand Atlas universel<\/em> aux couleurs du journal Le Monde qu\u2019on m\u2019a offert il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es \u2014 \u00e9tait-ce \u00e0 No\u00ebl ou le jour de mon anniversaire&nbsp;? \u2014, l\u2019\u00eele appara\u00eet bien une fois sous ce nom, Clipperton, dans la grande planche continentale des \u00c9tats-Unis et de l\u2019Am\u00e9rique centrale. Mais elle n\u2019est \u00e9trangement pas r\u00e9pertori\u00e9e dans l\u2019index des noms, ni entre Clio et Clisson, ni entre l\u2019\u00eele Chesterfield et l\u2019\u00eele Cocos. Encore un probl\u00e8me de nom. Mais pourquoi elle est absente de cet index qui, \u00e0 raison d\u2019environ cent cinquante noms par colonne, pour huit colonnes par page courant sur quatre-vingt-douze pages, compte pr\u00e8s de cent dix mille noms&nbsp;? Peut-\u00eatre parce qu\u2019elle ne peut int\u00e9grer le syst\u00e8me de carte routi\u00e8re dont proc\u00e8de l\u2019atlas. \u00c0 le feuilleter, ce sont les villes agglutin\u00e9es et les routes, \u00e9paisses lignes jaunes bord\u00e9es de rouge, qui ressortent du relief d\u2019ombres, et de nombreux pictogrammes color\u00e9s signalant des sites remarquables, les plus importants apparaissant autour des cartes dans des photos qui ne sont que des clich\u00e9s \u00e9conomiques de paysages naturels ou urbains. C\u2019est ce qui m\u2019avait un peu d\u00e9\u00e7u. Hors index, Clipperton est exclue du syst\u00e8me. Pour qui ne la conna\u00eet pas, l\u2019\u00eele ne peut appara\u00eetre que furtivement, par accident, dans le d\u00e9sert oc\u00e9anique de cette grande planche o\u00f9 le continent resserre sa toile de lignes, de signes, de noms. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de son nom, un cercle bleu minuscule. Presque un point sur une tache presque blanche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9couvrant l\u2019\u00eele le vendredi saint de l\u2019ann\u00e9e 1711, le commandant de <em>La Princesse<\/em>, Michel Dubocage, en r\u00e9alise la premi\u00e8re cartographie dans le journal de bord de <em>La Princesse<\/em>. Dans ce \u00ab&nbsp;plan de l\u2019isle de la Passion&nbsp;\u00bb, il lui donne l\u2019air d\u2019un trap\u00e8ze au contour \u00e9pais, \u00e0 bords instables. Deux \u00eelots aux sommets ext\u00e9rieurs les plus rapproch\u00e9s, une esquisse du rocher aux airs de pic montagneux au milieu du plus petit c\u00f4t\u00e9 et un \u00eelot dans le \u00ab&nbsp;lac&nbsp;\u00bb, seul mot du plan. Aujourd\u2019hui, le plan est plus \u00e9labor\u00e9. Les angles s\u2019adoucissent, les droites s\u2019incurvent, les bordures s\u2019\u00e9paississent ici, s\u2019affinent l\u00e0, les lignes vibrent. Comme une cellule \u00e0 travers un microscope \u00e0 balayage \u00e9lectronique \u2014 sauf sur Google map, o\u00f9 il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une radiographie fauss\u00e9e, mais qui a boug\u00e9&nbsp;? \u2014, l\u2019\u00eele se teinte de nuances de couleurs, aussi bien sur sa membrane de sable, de plantes et de roche qu\u2019en son cytoplasme aquatique&nbsp;: un blanc cass\u00e9 d\u2019os en surface, des gris de peau de b\u00eate, des verts d\u2019ecchymoses et des zones de bleu sans fond, sans forme, pour noyau. Et, si on ajuste la magnification en passant de la vue satellite au mode plan, la photo se fantomatise, les couleurs s\u2019estompent, et les noms des organites apparaissent dans un dessin pastel. Et notamment ceux que le dessin ne laisse pas supposer, de traces humaines&nbsp;: une improbable aire d\u2019atterrissage&nbsp;; le port Jaouen pour accoster et le port Etienne c\u00f4t\u00e9 lagon&nbsp;; une borne g\u00e9od\u00e9sique sur le rocher&nbsp;; une ancienne station m\u00e9t\u00e9o&nbsp;; d\u2019anciens points de d\u00e9barquement, d\u2019une base scientifique ici, de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine l\u00e0&nbsp;; l\u2019endroit o\u00f9 se situaient ses munitions&nbsp;; quatre \u00e9paves, dont trois remontent \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le Mexique revendiquait l\u2019\u00eele et en exploitait le guano au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la derni\u00e8re correspondant \u00e0 un navire pas vraiment identifi\u00e9&nbsp;; et avec son drapeau bleu blanc rouge, la st\u00e8le. Le reste est l\u2019\u0153uvre de la nature&nbsp;: <em>bois<\/em> (de Bougainville), <em>rocher<\/em> (Clipperton), <em>pointe<\/em> (du Pouce, verte), <em>presqu\u2019\u00eele<\/em> (du Crochet), <em>lagon<\/em>, <em>\u00eeles<\/em> (aux \u0152ufs, aux Sternes) et <em>\u00eelots<\/em> (vert, Ouest), <em>r\u00e9cif<\/em> (grand), <em>anse<\/em> (du Pouce), <em>baie<\/em> (de la Pince&nbsp;: Pince Nord et Pince Sud), <em>passe<\/em> (naturelle, ancienne, du XIX si\u00e8cle), <em>fosse<\/em> (orientale, occidentale) et <em>trou<\/em> (\u00ab&nbsp;sans fond&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui fait que l\u2019\u00eele de la Passion n\u2019est pas vraiment une \u00eele, c\u2019est la couronne de sable relativement plate, referm\u00e9e sur l\u2019eau du lagon, qui en fait un atoll. Mais ce n\u2019est pas non plus tout \u00e0 fait un atoll \u00e0 cause de son affleurement rocheux. Ni l\u2019un ni l\u2019autre. Mais l\u2019un dans l\u2019autre, l\u2019\u00eele est bien la trace d\u2019une activit\u00e9 volcanique. <em>Le Grand Atlas universel<\/em> le laisse supposer, en la situant sur zone de fracture Clipperton. Une fine langue d&rsquo;un bleu plus sombre s\u2019enfon\u00e7ant, en serpentant, dans une vaste zone claire de l&rsquo;oc\u00e9an. L\u2019\u00eele se situe presque au bout, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un point abyssal plongeant \u00e0 5&nbsp;486&nbsp;m. Dans <em>L\u2019Atlas historique de la Terre<\/em>, que j\u2019ai d\u00e9couvert sous le sapin de No\u00ebl il y a quelques ann\u00e9es, je m\u2019aper\u00e7ois en diff\u00e9rentes parties du chapitre \u00ab&nbsp;du noyau \u00e0 la stratosph\u00e8re&nbsp;\u00bb qu\u2019elle se situe au carrefour de forces qui finiront par l\u2019engloutir. Ici, une carte de la g\u00e9ologie \u2014 en forme du monde classique, coup\u00e9 en deux cercles semblant se chevaucher comme dans une paire de jumelles d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e, mais pass\u00e9e au filtre du fauvisme tant les couleurs sont franches et ne correspondent pas \u00e0 ce qu\u2019elles repr\u00e9sentent habituellement (le Sahara en palette de vert fonc\u00e9, vert clair et rose saumon) \u2014, l\u2019\u00eele se trouve dans l\u2019axe de la dorsale sud-est pacifique. Une large fracture verticale de bleu dans l\u2019oc\u00e9an bleu ciel, qui court en d\u2019autres noms, d\u2019autres lignes, certainement des courbes fractionn\u00e9es, dans les autres oc\u00e9ans, parcourant le globe comme une fissure irr\u00e9versible sur une coquille d\u2019\u0153uf. D\u2019ailleurs, on la retrouve plus loin, sur un globe terrestre chaque fois transfigur\u00e9. La ligne de la faille ne change pas, verticale tordue, plus ou moins bris\u00e9e, largement bomb\u00e9e. Seul le monde change. Ici, en ovale de ballon de rugby, les continents ne sont plus que des ombres sous le combat titanesque des plaques. La petite \u00eele de la Passion se trouve l\u00e0, quelque part entre la plaque de Cocos (lilas) et l\u2019immense plaque oc\u00e9anique du Pacifique (pistache) qui lui passe dessus. L\u00e0, la m\u00eame carte, le m\u00eame ballon, pour un combat en deux temps de s\u00e9ismes et d\u2019\u00e9ruptions volcaniques, mais avec les m\u00eames points chauds en nuances de jaune, orange, rouge, brun, le monde tant\u00f4t enflamm\u00e9, tant\u00f4t cribl\u00e9 de coups. Et puis, le pass\u00e9 et l\u2019avenir des plaques, o\u00f9 la dorsale prend cette fois d\u2019autres formes. O\u00f9 peut bien se situer l\u2019\u00eele de la Passion, m\u00eame si la question n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat scientifique&nbsp;? Si on la place sur un point, peut-on reconstituer son histoire, son parcours virtuel sur la Terre, depuis la Rodinia, premier des supercontinents apparus il y a plus d\u2019un milliard d\u2019ann\u00e9es&nbsp;? Et quel serait son trajet futur, pas moins virtuel et fonci\u00e8rement imaginaire, tant il semble \u00e9vident que, d\u2019ici quelques ann\u00e9es, des si\u00e8cles pour rester optimiste, le d\u00e9r\u00e8glement climatique, la mont\u00e9e des eaux annonc\u00e9e avec celle de la temp\u00e9rature globale, aura t\u00f4t fait de la rayer de la carte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On n\u2019oubliera pas la capacit\u00e9 de nuisance de l\u2019homme. Les \u00e9paves sont l\u00e0 pour le rappeler. En un instant, il pourrait bien an\u00e9antir l\u2019\u00eele et en effacer toute trace. Un simple changement de nom, sans autre raison que la ma\u00eetrise de la langue, y suffit peut-\u00eatre. De la Passion \u00e0 Clipperton, comme r\u00e9cemment on a rebaptis\u00e9 le golfe du Mexique, on passe d\u2019une langue \u00e0 une autre, d\u2019un mythe \u00e0 une croyance, d\u2019un saint \u00e0 un pirate, de la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 et du sacrifice de soi au mensonge en vue du pouvoir. John Clipperton, corsaire, mutin, pirate, a donn\u00e9 son nom moins, peut-\u00eatre, pour y avoir pos\u00e9 le pied que pour avoir na\u00eetre l\u2019id\u00e9e ch\u00e8re \u00e0 Robert Louis Stevenson d\u2019une \u00eele d\u00e9serte pour un tr\u00e9sor. Et si c\u2019\u00e9tait sur cet imaginaire, sur ce fantasme, que reposait la d\u00e9cision d\u2019adopter ce nom \u00e0 l\u2019international. Mais en va-t-il autrement si le moindre mot tente bien de cartographier une chose dans ses moindres bosses, creux, ombres&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a peu, Paris Match est revenu sur le s\u00e9jour en solitaire du photographe Beno\u00eet Gysembergh sur en 1987. Le magazine titrait&nbsp;: <em>Seul sur une \u00eele d\u00e9serte : Clipperton, un enfer au paradis<\/em>. Le spectre du r\u00e9cit d\u2019aventures resurgissait. Vivant l\u00e0, en solitaire, durant une semaine au milieu des insectes, des l\u00e9zards, des rats peut-\u00eatre issus des \u00e9paves, des fous peuplant le lieu par milliers, et des crabes rouges par millions, le photographe reviendra avec un grand soulagement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si le voyageur est content de d\u00e9barquer sur une \u00eele d\u00e9serte, \u00e9crit-il, il est parfois encore plus content d&rsquo;en repartir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un sentiment que les survivants de l\u2019\u00eele \u00ab les oubli\u00e9s de Clipperton \u00bb ont pu ressentir, soixante-dix ans avant. \u00c0 moins que leur aventure, digne du <em>Sa Majest\u00e9 des mouches<\/em> de William Golding, ait an\u00e9anti leur capacit\u00e9 affective. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, une garnison militaire et des ouvriers mexicains s\u2019installent pour revendiquer l\u2019\u00eele \u2014 les diff\u00e9rends opposent les Fran\u00e7ais aux Am\u00e9ricains, mais surtout aux Mexicains, d\u00e8s les ann\u00e9es 1820 avec l\u2019ind\u00e9pendance, la naissance de la R\u00e9publique, de la dictature et des guerres civiles \u2014 et exploiter le guano, transform\u00e9 en engrais. Il y a donc bien des choses \u00e0 faire avec des fientes de fous. Une centaine d&rsquo;hommes, de femmes et d&rsquo;enfants vivent sur l&rsquo;\u00eele, ravitaill\u00e9s tous les deux mois par un navire en provenance d&rsquo;Acapulco. Mais leur compagnie fait faillite pendant la r\u00e9volution mexicaine (1910-1920). Les ravitaillements cessent, les habitants sont livr\u00e9s \u00e0 leur sort. Victimes du scorbut, affam\u00e9s, ils meurent les uns apr\u00e8s les autres, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques femmes, d\u2019enfants et du gardien du phare qui finit par s&rsquo;autoproclamer roi de Clipperton. Abusant de ses sujets, il finit par \u00eatre assassin\u00e9 par sa victime favorite. Quatre femmes et sept enfants survivent, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un croiseur am\u00e9ricain vienne les secourir, le 18 juillet 1917. Personne ne viendra plus habiter sur l&rsquo;\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le mal \u00e9tait fait. Les cochons d\u00e9barqu\u00e9s avec les hommes sont devenus les ma\u00eetres de l\u2019\u00eele, d\u00e9cimant les fous. Une h\u00e9catombe qui vit leur population se r\u00e9duire comme peau de chagrin, quelques centaines d\u2019oiseaux. Heureusement, en 1958, un ornithologue horrifi\u00e9 par l\u2019h\u00e9catombe abattit les cochons. Restent les rats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre autres \u00e9v\u00e9nements moins spectaculaires, comme les missions militaires, les exp\u00e9ditions scientifiques et d\u2019autres naufrages, ces histoires n\u2019appara\u00eetront dans aucun livre d\u2019Histoire. Encore moins dans mon atlas historique, <em>Le grand Livre de l\u2019histoire du monde<\/em> \u2014 le tout premier atlas qu\u2019on m\u2019ait offert, je crois, \u00e0 moins que je me le sois appropri\u00e9 et l\u2019aie rapport\u00e9 sans rien demander. C\u2019est tout juste si la r\u00e9volution mexicaine est mentionn\u00e9e en une phrase. Mais une phrase dans laquelle ce qui va pour le tout du pays pourrait correspondre avec ce qui se joue sur cette infime partie qui lui \u00e9chappe, l\u2019\u00eele des oubli\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 l\u2019affrontement entre les troupes gouvernementales et les arm\u00e9es de l\u2019opposition [<em>le combat, en lui, du gardien du phare contre les spectres de la subjectivit\u00e9 modernes<\/em>] succ\u00e8dent les combats entre factions rivales [<em>le pouvoir absolu exerc\u00e9 sur les femmes et les enfants<\/em>], puis la guerre religieuse des <em>cristeros<\/em> [<em>la justice meurtri\u00e8re rendue par la favorite<\/em>]&nbsp;\u00bb. Une phrase, et un pan de la fresque murale de Diego Rivera dans la Palais national. M\u00eame si elle concerne la conqu\u00eate de l\u2019ind\u00e9pendance, elle ne peut pas ne pas prendre en \u00e9charpe la r\u00e9volution et la r\u00e9volte des <em>cristeros<\/em> \u00e0 peine achev\u00e9e. Sur le d\u00e9tail de la fresque, au centre et au sommet du mur quand on monte l\u2019escalier du palais, une banderole met en avant <em>tierra y libertad<\/em>. Elle tr\u00f4ne au-dessus d\u2019un groupe d\u2019hommes, repr\u00e9sentants du pouvoir, propri\u00e9taires terriens aux visages bien visibles, libres, prot\u00e9g\u00e9s par une haie de vigne, d\u2019ivresse, et un garde barrant de son \u00e9p\u00e9e l\u2019acc\u00e8s \u00e0 de petites troupes de paysans en guenilles, de dos \u2014 les oubli\u00e9s du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quoi qu\u2019il en soit, rapporter ce genre d\u2019anecdote, \u00e0 l\u2019\u00e9cart, en apparence, de \u00ab l\u2019histoire avec sa grande hache \u00bb, comme disait Georges Perec, ne peut \u00eatre qu\u2019une affaire de passionn\u00e9s. On les d\u00e9nichera, tant bien que mal, sur l\u2019atlas en tous genres et en vrac de la Toile. En attendant, mon atlas historique, dressant pour commencer une petite histoire de la cartographie, rappelle, discr\u00e8tement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Lire un atlas, c\u2019est se donner les joies du voyage en esprit\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"570\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Capture-decran-2025-12-13-a-11.18.45-1024x570.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-209824\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Capture-decran-2025-12-13-a-11.18.45-1024x570.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Capture-decran-2025-12-13-a-11.18.45-420x234.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Capture-decran-2025-12-13-a-11.18.45-768x427.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Capture-decran-2025-12-13-a-11.18.45-1536x854.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Capture-decran-2025-12-13-a-11.18.45-2048x1139.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div id=\"tot\u00e9mique\" class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-blue-color has-text-color has-link-color has-large-font-size wp-elements-717c3e5af98e260efe089ecbacf80f5d wp-block-paragraph\"><strong>03 | tot\u00e9mique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Tot\u00e9mique<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le marque-page de <em>La Nuit des Rois<\/em> a disparu. Il doit se trouver quelque part dans un livre de la biblioth\u00e8que. Un petit marque-page blanc, surmont\u00e9 du nom de la librairie, de livres d\u2019occasion, et d\u2019un lion couronn\u00e9, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un blason. On n\u2019a jamais rien achet\u00e9 dans cette librairie, du temps o\u00f9 l\u2019on explorait les bouquineries. Sauf une fois, par hasard, sans le savoir, bien apr\u00e8s les ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes, sur le coup d\u2019un achat en ligne. De quel livre, on ne sait plus. Mais le marque-page \u00e9tait gliss\u00e9 dedans. La premi\u00e8re chose qu\u2019on a alors lue, c\u2019est \u00e7a&nbsp;: le nom de la librairie bordelaise, son adresse probablement, le logo qu\u2019on d\u00e9couvrait, et le souvenir flottant du lieu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La Nuit des Rois.<\/em> C\u2019\u00e9tait derri\u00e8re la cath\u00e9drale. Une sorte de large couloir coup\u00e9 en deux par un \u00e9troit passage, peut-\u00eatre une porte sans porte. Derri\u00e8re une vitrine pour une rang\u00e9e de livres anciens, un vieux type rauque, grisonnant, dans son fauteuil derri\u00e8re sa petite table. C\u2019est tout juste s\u2019il levait les yeux de son livre quand on entrait. Au fond, dans une pi\u00e8ce capitonn\u00e9e de livres, en vrac parfois sur les \u00e9tag\u00e8res les plus hautes, une porte, un bac contenant de grands volumes, dont les planches de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> qu\u2019on aimait feuilleter. Un n\u00e9on qui gr\u00e9sille, des piles de livres g\u00eanant le passage. C\u2019est l\u00e0, au sommet d\u2019une pile, rayon soci\u00e9t\u00e9 ou histoire, ou guerre, qu\u2019on est tomb\u00e9 sur <em>La Question<\/em>. Quand on lui tend le livre, le rogomme dit <em>Tiens&nbsp;! il \u00e9tait encore l\u00e0 lui\u2026&nbsp;?<\/em> Quelque chose comme \u00e7a, sans lever les yeux, en tournant une page. Et peut-\u00eatre comme s\u2019il s\u2019adressait, en fait, \u00e0 son livre. Que repr\u00e9sentait alors cet <em>il<\/em>, entre un moi virtuel, voire fantomatique, et le livre qu\u2019on posait sur la table? Et o\u00f9 est-il pass\u00e9, ce livre&nbsp;? Aujourd\u2019hui, la bouquinerie n\u2019existe plus. \u00c0 la place, on trouve une des boutiques de restauration rapide, <em>Black List<\/em> ou <em>Authentic \u2013 le temps d\u2019une pause<\/em>. Mais \u00e7a ne devait pas \u00eatre <em>La Nuit des Rois<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non. <em>La Nuit des Rois<\/em> devait se situer \u00eatre ailleurs, pas \u00e0 Pey-Berland. Il y avait une autre libraire, \u00e0 quelques rues de l\u00e0, derri\u00e8re le mus\u00e9e d\u2019Aquitaine. Dans une rue courbe, pav\u00e9e peut-\u00eatre, d\u2019anciens immeubles de pierre taill\u00e9e en bossage. Avec une large ouverture en fer forg\u00e9, une porte coch\u00e8re refaite, ce devait \u00eatre une \u00e9choppe r\u00e9am\u00e9nag\u00e9e. On entrait dans une petite pi\u00e8ce au plafond tr\u00e8s haut, avec des murs des livres qu\u2019on va chercher \u00e0 l\u2019aide d\u2019une \u00e9chelle. Et puis un plafond bas, derri\u00e8re une paroi de verre, pour un \u00e9tage insoup\u00e7onn\u00e9. Une grande verri\u00e8re, comme un long couloir, am\u00e9nag\u00e9e dans le puits de jour. Des fauteuils et une table ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s l\u00e0, pour lire et feuilleter, dans un cadre clair et v\u00e9g\u00e9tal, un vieux journal, une ancienne revue, une affiche de cin\u00e9ma, et il y en a beaucoup, tir\u00e9e d\u2019un casier. On trouvait aussi de nombreux objets anciens, surtout des sculptures, des figurines en tous genres. Elles sont pos\u00e9es ici et l\u00e0 sur une \u00e9tag\u00e8re, un gu\u00e9ridon, un meuble, qui parfois n\u2019en est pas un tant il est taill\u00e9, sculpt\u00e9, moulur\u00e9, stylis\u00e9, pi\u00e9destal aux airs de tour cath\u00e9drale ou de totem ironique. Ce sont de petits personnages faits main, en bois, en feutre, ou bien des lambeaux de tissu qu\u2019on aurait fix\u00e9s, agglutin\u00e9s en feuillets sur une structure invisible \u00e0 l\u2019aide d\u2019on ne sait quelle p\u00e2te. Ils sont souvent color\u00e9s. D\u2019autres rel\u00e8vent d\u2019un bricolage simple, en carton ou papier, comme ces petits animaux r\u00e9alis\u00e9s avec de vieux livres ouverts, les pages repli\u00e9es sur leurs coins, une \u00e0 une.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la bouquinerie o\u00f9 l\u2019on se rendait plus souvent, c\u2019\u00e9tait celle de la place Gambetta, en face du Virgin Megastore, disparu depuis, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du parc. On trouvait une belle collection de <em>Que-sais-je&nbsp;?<\/em>. De chez ME, souviens-toi&nbsp;: tu prends \u00e0 gauche, tu remontes toute la rue jusqu\u2019au grand cours, jusqu\u2019au b\u00e2timent de verre de l\u2019\u00e9cole de la magistrature, avec la petite boulangerie qui fait le coin, et l\u00e0 c\u2019est facile, \u00e0 gauche tout droit, tu descends tout le cours, tu traverses l\u2019autre avec les rails du tram, et tu continues, t\u2019auras le mus\u00e9e des Beaux-arts et son jardin \u00e0 droite, tu continues jusqu\u2019au pub, le Connemara, la galerie des Beaux-arts en face, et l\u00e0 tu remontes vers Gambetta, \u00e7a prend un peu \u00e0 droite, et c\u2019est juste de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la place, tu traverses le parc et c\u2019est l\u00e0, au bout des belles marquises en verre et fer forg\u00e9 du vieil h\u00f4tel qui fait l\u2019angle, sous deux stores blancs il y a toujours quelqu\u2019un pour fouiller dans les bacs mobiles, ou une libraire qui range les livres, l\u2019autre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur est surtout occup\u00e9e \u00e0 enregistrer, devant son \u00e9cran, les livres qu\u2019elle sort d\u2019un grand carton pos\u00e9 sur le comptoir, \u00e0 gauche en entrant, ou par terre et elle dispara\u00eet et r\u00e9appara\u00eet, derri\u00e8re elle ce sont les gros livres anciens, en cuir, et les romans, les grands formats d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les poches en face, et juste \u00e0 droite une salle d\u00e9rob\u00e9e tout en longueur, c\u2019est les sciences humaines, les livres pratiques, philosophie, d\u00e9veloppement personnel, livres d\u2019art, une case po\u00e9sie, mais toi ce sera juste en face, la pi\u00e8ce coup\u00e9e en deux \u00e9tages, le petit escalier c\u2019est la litt\u00e9rature jeunesse, les b\u00e9d\u00e9s, les livres pour les petits, avec cette belle collection de livres tout en long pour de petites histoires en dessins, sans un mot, mais toi c\u2019est dessous, et attention \u00e0 la poutre, y a de la rubalise mais c\u2019est pas pour rien, c\u2019est bas du plafond, et c\u2019est l\u00e0, avec les romans noirs et d\u2019anticipation, tout au fond de sa caverne, les <em>Que-sais-je&nbsp;?<\/em>, sous quelle lumi\u00e8re artificielle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/unnamed-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-211262\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/unnamed-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/unnamed-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/unnamed-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/unnamed-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/unnamed.jpg 1599w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div id=\"bo\u00eete\" class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-blue-color has-text-color has-link-color has-large-font-size wp-elements-6b8edee91320015be10425d42d160573 wp-block-paragraph\"><strong>05 | d\u00e9lirant ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Meux. Une sorte d\u2019\u00e9tag\u00e8re colonne qu\u2019on a d\u00fb fermer en posant une porte vitr\u00e9e. Mais elle est toujours entrouverte, \u00e7a ferme pas. On l\u2019a plac\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une carte de la commune, en face de la mairie. Elle est fix\u00e9e \u00e0 une structure en bois, avec un petit toit de protection. Mais c\u2019est symbolique la protection. Entre la vitre pour accentuer les radiations solaires et la porte qui baille par o\u00f9 s\u2019infiltre l\u2019humidit\u00e9, les livres vont devenir des sondes surtout utiles pour la m\u00e9t\u00e9o. Ou la pal\u00e9oclimatologie. Par les temps qui courent, t\u2019es pas \u00e0 l\u2019abri d\u2019une acc\u00e9l\u00e9ration du pr\u00e9sent et d\u2019une dilatation du pass\u00e9, on vieillit plus vite et \u00e7a gonfle tout le monde quoi. Et sur la vitre, un sticker&nbsp;: <em>Souriez vous \u00eates film\u00e9s&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Saint-Eug\u00e8ne. La bo\u00eete \u00e0 lire se trouve juste en face de l\u2019\u00e9glise. C\u2019est une vraie maisonnette, avec des murs, un toit. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 la maison en briques des <em>Trois petits cochons<\/em>. C\u2019est un ancien b\u00e2timent, je ne sais plus quoi, qu\u2019on a r\u00e9nov\u00e9 au lieu de le raser, comme les maisons en paille et en bois. On l\u2019a baptis\u00e9 La Petite M\u00e9diath\u00e8que. C\u2019est inscrit au-dessus de l\u2019entr\u00e9e. Il faut demander la clef \u00e0 la mairie pour entrer. Ah si, je me souviens&nbsp;: c\u2019\u00e9tait un local pour entreposer les morts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brie-sous-Archiac. Une armoire de grand-m\u00e8re dans l\u2019abri \u00e0 v\u00e9los. On aper\u00e7oit surtout un <em>Larousse de la nature<\/em>, <em>Le Guide de la maison<\/em>, <em>Les Noces Barbares<\/em>, <em>La Foire aux bidasses<\/em>, <em>Le grand Atlas du monde<\/em>. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, un d\u00e9fibrillateur. Je me demande ce qui sert le plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Archiac. Une cabine t\u00e9l\u00e9phonique en acier \u00e9maill\u00e9, porte \u00e0 deux battants vitr\u00e9s. Ils refl\u00e9taient surtout mon image, dont le titre d\u2019un gros livre se d\u00e9gageait&nbsp;: <em>Bagatelle<\/em>. Sur une vitre, une affiche pour un vide-maison. Je me souviens que c\u2019\u00e9tait le 80<sup>e<\/sup> anniversaire de l\u2019armistice de la Seconde Guerre mondiale. J\u2019attendais les officiels pour la c\u00e9r\u00e9monie, seul. \u2014 Le m\u00eame jour, je me suis rendu \u00e0 Celles pour la c\u00e9r\u00e9monie cantonale, avec remise de m\u00e9dailles \u00e0 quelques porte-drapeaux, le vin d\u2019honneur sous un pr\u00e9au en bois avec une belle charpente. La bo\u00eete \u00e0 lire se trouve \u00e0 c\u00f4t\u00e9, devant un arbuste. Un petit placard en bois, rouge d\u00e9lav\u00e9, un peu \u00e9caill\u00e9, mont\u00e9 sur un pi\u00e9destal de briques rouges, et couvert d\u2019une petite toiture. La bo\u00eete \u00e9tait pleine, les livres rang\u00e9s \u00e0 plat. \u00c0 l\u2019envers, on lit sur la tranche, en grosses lettres blanches sur fond noir, Stephen King, je ne sais quelle lettre ou signe rouge entre les patronymes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Saint-Maigrin, je l\u2019ai trouv\u00e9e sans la chercher, la bo\u00eete \u00e0 lire. J\u2019y \u00e9tais pour la f\u00eate des voisins, que j\u2019ai bien failli manquer. Dans le bourg, en arrivant, rien. Je l\u2019ai travers\u00e9 deux fois avant de me garer au pied de l\u2019\u00e9glise. Je me suis dirig\u00e9 vers la salle des f\u00eates, portes closes. Personne dans la rue. Quand j\u2019ai entendu des enfants jouer, quelque part. J\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019ils jouaient dans leur jardin. Mais, non, c\u2019\u00e9tait comme un mini parc ouvert. Quelqu\u2019un est arriv\u00e9, avec une bouteille de cognac. J\u2019ai demand\u00e9. C\u2019\u00e9tait juste l\u00e0, \u00e0 l\u2019Entre-deux. <em>T\u2019as mang\u00e9\u2026&nbsp;? On a ce qu\u2019il faut sinon\u2026 Voisin ou pas, correspondant ou pas on s\u2019en fout&nbsp;! bien venue \u00e0 l\u2019Entre-deux. T\u2019es s\u00fbr, tu veux rien&nbsp;? on en a dix fois trop\u2026<\/em> J\u2019ai encore d\u00e9clin\u00e9 la proposition. T\u2019imagine, si j\u2019acceptais \u00e0 chaque fois qu\u2019on me propose&nbsp;? Et chaque fois j\u2019y ai droit. <em>Je t\u2019offre un verre\u2026&nbsp;? Tu veux boire quelque chose\u2026&nbsp;? Et qu\u2019est-ce qu\u2019il prend le journaliste\u2026&nbsp;? <\/em>L\u00e0 c\u2019\u00e9tait <em>Un petit ros\u00e9 bien frais\u2026&nbsp;?<\/em> Et je voyais, vu \u00e0 l\u2019heure, que les voisins, eux, ils \u00e9taient moins frais. Le pr\u00e9sident de l\u2019Entre-deux, justement, m\u2019expliquant le plus s\u00e9rieusement du monde en quoi consistait son association, tout en m\u00e2chant ses mots avec le nez. J\u2019ai not\u00e9 ce que je pouvais, j\u2019ai fait une photo de famille, tout le monde group\u00e9 contre le mur de briquettes au fond, et son four \u00e0 pain, le verre haut, et je suis reparti. C\u2019est en sortant que je suis tomb\u00e9 sur la bo\u00eete \u00e0 lire, contre la murette&nbsp;: une ancienne cabine t\u00e9l\u00e9phonique de France Telecom, avec des \u00e9tag\u00e8res en bois remplies de livres, depuis le sol.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sainte-Lheurine. Une autre cabine t\u00e9l\u00e9phonique, hexagonale, enti\u00e8rement vitr\u00e9e, \u00e0 la crois\u00e9e de deux routes et pas un arbre pour la prot\u00e9ger des assauts du ciel, des joints de caoutchouc noircis, une coiffe d\u2019un plastique blanc cass\u00e9, gris\u00e9, couvert de lichens, une plateforme de goudron ravin\u00e9e, des cailloux, un tapis d\u2019herbe et de mousse, les \u00e9tag\u00e8res en bois mont\u00e9es sur des croisillons de guingois, livres, revues, quelques journaux et un vieux bottin, tout en vrac, au sol, sur chaque \u00e9tag\u00e8re, pages ouvertes, repli\u00e9es, d\u00e9chir\u00e9es, comme si on avait retourn\u00e9 la cabine, un seul titre s\u2019offrant \u00e0 lire, <em>Nord et Sud<\/em>, un autre, \u00e0 l\u2019envers et lisible \u00e0 demi, <em>Les nuits du<\/em>\u2026, d\u2019o\u00f9 sera peut-\u00eatre sorti un r\u00eave \u00e9trange de cette bo\u00eete, pour ainsi dire, \u00e0 d\u00e9-lire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20250912_111719-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-213039\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20250912_111719-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20250912_111719-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20250912_111719-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20250912_111719-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20250912_111719-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20250912_111719.jpg 1949w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jarnac. Je n\u2019avais pas fait attention. La bo\u00eete \u00e0 livres se trouve devant la porte de la biblioth\u00e8que. Deux \u00e9tag\u00e8res de livres. Sans bo\u00eete, mais une feuille sur le mur. C\u2019est \u00e9crit&nbsp;: bo\u00eete \u00e0 livres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthenac. La bo\u00eete \u00e0 lire se situe sur le petit parking en face de la mairie, entre deux massifs de fleurs. C\u2019est un petit cabanon en bois pos\u00e9 sur le gravier, du genre de celui qu\u2019on pourrait trouver au fond du jardin avec une brouette rouill\u00e9, des seaux et un arrosoir perc\u00e9, des tuyaux emm\u00eal\u00e9s, ou sur une plage en cabine pour se changer et regarder par un trou, ou des toilettes s\u00e8ches au milieu des pins, derri\u00e8re la zone food-trucks d\u2019un festival. La porte est cadenass\u00e9e, mais on peut regarder par le c\u0153ur qu\u2019on a d\u00e9coup\u00e9. Et on n\u2019y voit presque rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Saint-Ciers-Champagne, pas de bo\u00eete \u00e0 livres. Une petite biblioth\u00e8que, me dit-on, dans la mairie. Mais le village vaut surtout pour tous les petits personnages qu\u2019il s\u00e8me et qui racontent, pour un temps, chacun une histoire \u2014 parfois \u00e0 dormir debout.<\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sommaire 01 | intempestif02 | insulaire03 | tot\u00e9mique05 | d\u00e9lirant 01 | intempestif Pourquoi&nbsp;? Mais pourquoi donc, avec tous les livres dont les murs de la biblioth\u00e8que m\u2019entourent, il a encore fallu que je tombe sur celui qui ne s\u2019y trouve pas&nbsp;? Va comprendre. J\u2019\u00e9tais pourtant s\u00fbr de le retrouver facilement, tout en bas \u00e0 gauche, case th\u00e9\u00e2tre, pas la <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/livre-fiction-01-intempestif\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">livre fiction #01-05 | d\u00e9lirant<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":213039,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8020,8022,8033,8051,8071],"tags":[],"class_list":["post-209321","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-le-livre-comme-fiction","category-le-livre-comme-fiction-01-le-livre-comme-description","category-le-livre-comme-fiction-02-latlas","category-le-livre-comme-fiction-03-librairies","category-le-livre-comme-fiction-05-boites-a-livres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/209321","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=209321"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/209321\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":213040,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/209321\/revisions\/213040"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/213039"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=209321"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=209321"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=209321"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}