{"id":209321,"date":"2026-05-08T00:24:02","date_gmt":"2026-05-07T22:24:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=209321"},"modified":"2026-05-08T00:24:02","modified_gmt":"2026-05-07T22:24:02","slug":"livre-fiction-01-intempestif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/livre-fiction-01-intempestif\/","title":{"rendered":"livre fiction #01 | intempestif"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"538\" height=\"302\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1280px-Vernet_Claude_Joseph_-_Seaport_by_Moonlight_-_1771.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-209322\" style=\"width:666px\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1280px-Vernet_Claude_Joseph_-_Seaport_by_Moonlight_-_1771.jpg 538w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1280px-Vernet_Claude_Joseph_-_Seaport_by_Moonlight_-_1771-420x236.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 538px) 100vw, 538px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>Pourquoi&nbsp;? Mais pourquoi donc, avec tous les livres dont les murs de la biblioth\u00e8que m\u2019entourent, il a encore fallu que je tombe sur celui qui ne s\u2019y trouve pas&nbsp;? Va comprendre. J\u2019\u00e9tais pourtant s\u00fbr de le retrouver facilement, tout en bas \u00e0 gauche, case th\u00e9\u00e2tre, pas la plus fournie, et rien. Alors un peu plus haut, rayon des poches anglophones. Rien non plus. Je n\u2019en avais pas absolument besoin \u2014 encore que&nbsp;: une vague intuition, on veut juste jeter un \u0153il, feuilleter quelques pages, une languette gliss\u00e9e en premi\u00e8re lecture, avec son mot, son id\u00e9e, renvoie \u00e0 un passage, et le probl\u00e8me d\u2019\u00e9criture qu\u2019on se posait dispara\u00eet, il n\u2019a d\u2019ailleurs jamais exist\u00e9, et on relit tout depuis le d\u00e9but \u2014, mais maintenant, oui. Un livre manque \u00e0 l\u2019appel, et c\u2019est comme si tu perdais la m\u00e9moire de ce que tu ne peux pas vivre et revivre autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai rachet\u00e9 le livre. Si \u00e7a se trouve, il est simplement \u00e9gar\u00e9 dans la biblioth\u00e8que. J\u2019aurai oubli\u00e9 qu\u2019un jour, je l\u2019ai sorti, je l\u2019ai feuillet\u00e9, je l\u2019ai gard\u00e9 \u00e0 port\u00e9e de main quelque temps, je l\u2019ai d\u00e9plac\u00e9 ailleurs, pas trop loin dans une case de livres en attente, pour refaire de la place sur le bureau, il est rest\u00e9 l\u00e0 encore quelque temps, trop longtemps, jusqu\u2019\u00e0 ce que je range la case dans un autre ordre ou dans un autre bloc de la biblioth\u00e8que quand elle s\u2019est agrandie\u2026 Bref, m\u00eame s\u2019il est l\u00e0 quelque part, il brille par son absence. J\u2019ai donc rachet\u00e9 le livre. Mais bizarrement, pas dans la m\u00eame \u00e9dition. Pas dans la m\u00eame traduction. Pas dans le m\u00eame format du tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre que j\u2019ai enfin re\u00e7u me semble tout petit. Un livre de poche de moins de cent pages. L\u2019autre aussi c\u2019\u00e9tait un poche, mais il \u00e9tait bien quatre fois plus gros. \u00c9videmment, c\u2019\u00e9tait une version bilingue. Une traduction d\u2019Yves Bonnefoy, qui avait aussi \u00e9crit une pr\u00e9face aussi longue que le petit livre. Je me souviens de l\u2019illustration sur la couverture blanche&nbsp;: un plan resserr\u00e9, vertical, d\u2019un tableau de je ne sais qui&nbsp;; une marine, un navire venant de sombrer&nbsp;; avec pour coque le rocher sur lequel il s\u2019est \u00e9chou\u00e9&nbsp;; le m\u00e2t \u00e0 quarante-cinq degr\u00e9s, cordages pendus, m\u00eal\u00e9s&nbsp;; trois hommes, sur le rocher, tirent une corde, tandis que de grosses vagues noires, derri\u00e8re, d\u00e9ferlent&nbsp;; plus loin, un navire face \u00e0 l\u2019\u00e9cueil dress\u00e9 devant lui. Mais la plus grande partie de cette langue de peinture, disons sept huiti\u00e8mes, c\u2019est le ciel, c\u2019est le panache de nuages noirs qui roulent, incendi\u00e9 pr\u00e8s du navire par la foudre. Et si je m\u2019appuie sur les livres de la m\u00eame collection Folio th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00e9poque que je poss\u00e8de, juste dessous, martel\u00e9 en gros caract\u00e8res, noir sur blanc, <em>Shakespeare<\/em>, puis le titre, dessous en plus petit, comme si c\u2019\u00e9tait moins important.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon nouveau livre fonctionne diff\u00e9remment, et c\u2019est peut-\u00eatre aussi pour cette raison que je l\u2019ai choisi. C\u2019est le titre qui ressort sur la couverture, <em>La Temp\u00eate<\/em>, de gros caract\u00e8res simples, sans empattement, d\u2019un bleu marine des profondeurs sur le fond blanc, \u00e9cumeux, d\u2019une illustration se d\u00e9ployant sur toute la couverture, la tranche et le dos\u00a0: une \u00e9trange mousse blanche sur la partie sup\u00e9rieure de l\u2019image, une sorte de nuage mais sur un fond noir o\u00f9 se dispersent par dizaines, comme des fils, ou des ondes, de fines lignes blanches, comme s\u2019il fallait sculpter ce fond, donner \u00e0 ce vide un semblant d\u2019espace ou de relief \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une carte topographique. Les premi\u00e8res pages indiquent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u0153uvre de Sylvie Bonnot, <em>Pointe s\u00e8che II<\/em>, une gravure sur photographie. Sur \u00e9cran, j\u2019aper\u00e7ois mieux l\u2019\u00e9cume photographi\u00e9e. Mais comment savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019un gros plan sur la cr\u00eate d\u2019une vague qui se replie, ou d\u2019une vague courant \u00e0 la surface de l\u2019eau, vue en plong\u00e9e. En tout cas, l\u2019image fait penser \u00e0 une m\u00e9duse. Un animal d\u2019autant plus gluant, auquel on n\u2019a pas envie de se frotter, que les quatre lignes inscrites en blanc au dos du livre, prises dans le r\u00e9seau de fils de l\u2019image, sont difficiles \u00e0 lire. C\u2019est plus simple pour la phrase en noire, deux vers, sur fond d\u2019\u00e9cume\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Nous sommes de la substance dont les r\u00eaves sont faits,<br>Et notre petite vie est entour\u00e9e de sommeil.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>(Comme on peut retrouver aujourd\u2019hui nos vieux livres en surfant dans l\u2019immense biblioth\u00e8que en ligne qu\u2019offre la Toile, j\u2019ai pu retrouver l\u2019auteur de la marine&nbsp;: Joseph Vernet. Il a peint plusieurs tableaux du m\u00eame genre, repr\u00e9sentant un navire dans la temp\u00eate, un naufrage. Et parfois, plus apais\u00e9s, de beaux clairs de lune pour des hommes et des femmes rassembl\u00e9s, dans un coin du port, autour d\u2019un feu, d\u2019une marmite. Des naufrag\u00e9s malgr\u00e9 tout&nbsp;? de la nuit&nbsp;? de la vie&nbsp;? Je m\u2019aper\u00e7ois surtout qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 question du r\u00eave dans la citation au dos de ce livre perdu&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;et dans mon r\u00eave<br>Je crois que le ciel s\u2019ouvre&nbsp;; que ses richesses<br>Vont se r\u00e9pandre sur moi\u2026 \u00c0 mon r\u00e9veil,<br>J\u2019ai bien souvent pleur\u00e9, voulant r\u00eaver encore.&nbsp;\u00bb)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi&nbsp;? Mais pourquoi donc, avec tous les livres dont les murs de la biblioth\u00e8que m\u2019entourent, il a encore fallu que je tombe sur celui qui ne s\u2019y trouve pas&nbsp;? Va comprendre. J\u2019\u00e9tais pourtant s\u00fbr de le retrouver facilement, tout en bas \u00e0 gauche, case th\u00e9\u00e2tre, pas la plus fournie, et rien. 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