{"id":209342,"date":"2026-05-08T06:41:29","date_gmt":"2026-05-08T04:41:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=209342"},"modified":"2026-05-08T06:41:29","modified_gmt":"2026-05-08T04:41:29","slug":"livre-02-voyages-en-atlas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/livre-02-voyages-en-atlas\/","title":{"rendered":"#livre #02 | voyages en atlas"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u2019\u00e9tais un point. Un point sur la page d\u2019un grand livre. Un point qui visitait un monde en deux dimensions, un univers de papier glac\u00e9 aux couleurs \u00e9tranges. Les adultes voyaient juste un enfant perdu dans un livre trop grand parce qu\u2019ils avaient oubli\u00e9. J\u2019\u00e9tais un point quand j\u2019effleurais de mon index la page du grand atlas familial. J\u2019\u00e9tais juste un point qui \u00e9voluait \u00e0 travers les pays, les fronti\u00e8res, les montagnes, les rivi\u00e8res, les villes, les oc\u00e9ans. J\u2019\u00e9tais un point qui explorait le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La mappemonde, d\u00e9coup\u00e9e en pages dans l\u2019atlas familial ou accroch\u00e9e au mur dans le couloir, a toujours \u00e9t\u00e9 une mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e de voyager. Il convient bien s\u00fbr de se pr\u00e9munir de toute l\u2019imagination disponible, jardin patiemment entretenu, de garder l\u2019esprit inflammable, d\u2019allumer le projecteur des r\u00eaves et des pens\u00e9es dans nos t\u00eates. Il faut ensuite retrouver son \u00e2me d\u2019enfant. Ce n\u2019est pas toujours facile quand l\u2019\u00e2ge adulte nous happe, mais c\u2019est indispensable pour retrouver cette facult\u00e9 qui nous \u00e9tait naturelle dans nos jeunes ann\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis all\u00e9 au Groenland ce matin. Il faisait froid, para\u00eet-il, mais je ne crains pas le froid. Ni le chaud, ni l\u2019eau, ni les montagnes, ni les guerres. Ni rien. La seule sensibilit\u00e9 que j\u2019ai vient de mon esprit. Je me suis dit qu\u2019il devait faire froid, mais je n\u2019avais pas froid. Il faisait froid, et j\u2019ai entendu cette vieille femme qui parlait de sa vie et de ce que j\u2019avais lu dans un journal. La glace bleue remplissait l\u2019espace, des s\u00e9racs s\u2019effondraient dans la mer, ceux-l\u00e0 m\u00eames que j\u2019avais vus dans un documentaire il y a quelques jours \u00e0 la t\u00e9l\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon atlas est un appareil de transportation imm\u00e9diat et intemporel. Je l\u2019ouvre, je regarde, je voyage. Et quand je n\u2019ai pas le livre, que je ne suis pas chez moi, je l\u2019invente. Je l\u2019ouvre et je voyage. Avec le temps, je n\u2019ai pas besoin de l\u2019atlas pour partir. C\u2019est une fa\u00e7on de penser le monde. C\u2019est un guide pour l\u2019imagination. Tout devient atlas, tout ce qui tombe devant mes yeux, qui s\u2019insinue dans mon esprit, un texte, une musique, une saveur, un souvenir, une sensation. Regarder le monde d\u2019en haut et plonger dans le d\u00e9tail, aborder la vie dans sa g\u00e9ographie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Du temps o\u00f9 mon monde s\u2019\u00e9crivait dans des cases avec des dessins et des phylact\u00e8res, je voyageais souvent avec Phil\u00e9mon. Il vivait dans un atlas. Ce personnage de bd voyageait entre son village et les lettres de l\u2019oc\u00e9an Atlantique. Des \u00eeles au milieu de l\u2019oc\u00e9an en forme de lettres. Dans une bande dessin\u00e9e, l\u2019auteur vous prend par la main. Par les yeux, plut\u00f4t. Il vous emm\u00e8ne dans son monde et vous drogue de ses r\u00eaves. En \u00e9crivant \u00e7a, je me rends compte que c\u2019est vrai pour tous les livres de fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce moment, les soirs avant de m\u2019endormir, je vais \u00e0 Paris dans une autre \u00e9poque. Durant la pr\u00e9histoire, la Seconde Guerre mondiale, le Moyen-\u00c2ge. Au temps de la r\u00e9volution. Je me prom\u00e8ne dans les cachots de la Bastille, j\u2019entends gronder la col\u00e8re du peuple, je vois vaciller la t\u00eate des nobles. Dans l\u2019atlas de mon imagination, l\u2019ailleurs n\u2019est pas que g\u00e9ographique, il peut \u00eatre temporel aussi. Ou les deux. Un atlas historique, c\u2019est une succession d\u2019\u00e9poques, une multitude de pr\u00e9sents qui s\u2019empilent les uns sur les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1922, Gertrude Stein a publi\u00e9 <em>Geography ans Plays<\/em>. Elle y d\u00e9crit la g\u00e9ographie sans limites de notre esprit et celle, encadr\u00e9e, de notre nature. Elle compose des paysages en \u00e9crivant des portraits d\u2019hommes et de femmes. De son \u00e9criture si particuli\u00e8re avec sa grammaire recompos\u00e9e, elle dessine l\u2019atlas d\u2019un monde aux saveurs qui lui sont propres. Comme un tableau de Picasso ou de Brake, comme une chor\u00e9graphie de Merce Cunningham.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir, j\u2019irai peut-\u00eatre en Amazonie, pour discuter avec Raoni de la tribu Pirikpura rencontr\u00e9 au d\u00e9tour d\u2019une page Wikip\u00e9dia. Ou alors \u00e0 Bangkok pour construire un temple bouddhiste. J\u2019irai peut-\u00eatre en Colombie britannique marcher au c\u0153ur d\u2019une for\u00eat primaire ou plonger au plus profond de la fosse des Mariannes. Je prendrai un caf\u00e9 en haut de l\u2019Annapurna avant de chercher une \u00eele d\u00e9serte au milieu du Pacifique pour \u00e9crire un livre. J\u2019irai rendre visite \u00e0 Phil\u00e9mon sur son A.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019atlas propose en \u00e9vidence ce que l\u2019\u00e9criture cherche dans les r\u00e9alit\u00e9s multiples qui s\u2019offrent \u00e0 nous : les failles o\u00f9 s\u2019engouffrer pour que naisse la fiction. Une fronti\u00e8re, la ligne bleue d\u2019un fleuve, l\u2019altitude d\u2019un sommet, la profondeur d\u2019un gouffre, l\u2019immense \u00e9tendue d\u2019eau sal\u00e9e, les trac\u00e9s invisibles de latitude et de longitude, un \u00e9quateur, deux tropiques, des \u00eeles en forme de lettres. Des r\u00eaves.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/olivier-darbonville-JRqgeaT7j4Y-unsplash-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-209343\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/olivier-darbonville-JRqgeaT7j4Y-unsplash-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/olivier-darbonville-JRqgeaT7j4Y-unsplash-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/olivier-darbonville-JRqgeaT7j4Y-unsplash-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/olivier-darbonville-JRqgeaT7j4Y-unsplash-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/olivier-darbonville-JRqgeaT7j4Y-unsplash-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo de <a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/@darbonville?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Olivier Darbonville<\/a> sur <a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/photos\/carte-JRqgeaT7j4Y?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Unsplash<\/a><\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019\u00e9tais un point. 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