{"id":20954,"date":"2019-12-15T18:56:31","date_gmt":"2019-12-15T17:56:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=20954"},"modified":"2019-12-15T18:56:33","modified_gmt":"2019-12-15T17:56:33","slug":"premier-berceau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/premier-berceau\/","title":{"rendered":"Premier berceau"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br>Son visage dans son visage, un b\u00e9b\u00e9 dans son berceau, qu\u2019on regarde d\u2019en haut, on lui regarde le ventre vivre. Les poissons en bas des lignes et \u00e0 quelques centim\u00e8tres encore d\u2019\u00eatre au-dessus de l\u2019eau ont cette vigueur, de d\u00e9gager dans chacune, encore, de leurs respirations&nbsp;&nbsp;une force de naissance, ou de vrille. Et puis son visage parti. Disparu. Comme all\u00e9 dans une pi\u00e8ce toute noire, le visage tout entier debout dans la pi\u00e8ce noire, et fermer la porte, le visage comme un \u00e9norme animal puni, un oiseau qui s\u2019est engouffr\u00e9 dans la maison et on l\u2019enferme dans une seule pi\u00e8ce dont on laisse la fen\u00eatre ouverte pour lui construire une seule alternative, de cogner du mur ou de soudain trouver le ciel et la sortie. La grande sortie sans visage du ciel. Une paume bleue qui offre une paume bleue, et pas la pochette surprise de chaque visage, de promettre des choses derri\u00e8re le nez et yeux, les narines et les orbites, une \u00e2me. Avec ma langue aller comme aveugle \u00e0 canne au sol d\u00e9couvrir ton visage. L\u00e9cher et voir. Je roulerai ton visage sur un petit diable, je le pousserai de la mer, la fin de la mer la plage, jusqu\u2019au c\u0153ur de la ville chaude. Entre les murs de la ville, ton visage pos\u00e9 sur une petite table et laisser le vent agripper sa temp\u00eate \u00e0 tes joues et d\u00e9former le pr\u00e9cis de tes traits, l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de tes traits, et je n\u2019avais pas peur d\u2019aller dormir, tu existais, tu existais bien, comme les chaises restent demain les m\u00eames qu\u2019hier. Avec mes mains attraper les faces, celles importantes, comme on ne retient d\u2019un si\u00e8cle finalement que quelques dates, et savoir que ces visages-l\u00e0 comptent, qui permettent au mien d\u2019exister, d\u2019\u00eatre sur terre apr\u00e8s chaque nuit et pas laisser mon corps entier tomber dans le silence et noir de l\u2019univers d\u2019apr\u00e8s la terre, ou br\u00fbler ses cellules sur place et laisser \u00e0 peine paupi\u00e8re de cendres derri\u00e8re avoir pris feu, \u00eatre pris feu. J\u2019irai penser au visage quand le visage n\u2019est pas l\u00e0, j\u2019irai pleurer \u00e0 la pens\u00e9e d\u2019un visage, et la pens\u00e9e bien s\u00fbr est sans image, la pens\u00e9e est d\u2019odeur, comme avoir sa propre paume contre sa bouche et souffler et sentir, la pens\u00e9e est de cette petite bu\u00e9e de seul. J\u2019irai \u00e0 la nuit vivante d\u2019avoir ton visage sous cr\u00e2ne et ton visage ne ressemble plus, ton visage me fait des mots sans me rendre par contre ta ressemblance, sans la r\u00e9compense d\u2019apr\u00e8s penser : voir. J\u2019irai dans l\u2019absence de toi trouver l\u2019absence de toi. Et face \u00e0 mon alternative d\u2019oiseau: de mourir ou mourir. De vivre ou vivre. Dans le grand visage du monde qui n\u2019a que le sens qu\u2019il a.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>(J\u2019ai finalement trouv\u00e9, quel visage finalement. ) Tu es alors le visage de ma m\u00e8re. Que ma m\u00e8re aura eu. Le visage qu\u2019elle aura eu vivante et dont je devrai me souvenir. Tu es le visage de ma m\u00e8re. Que je partagerai avec les fr\u00e8res et les yeux autour qui l\u2019auront vue et les \u00e2mes qui l\u2019auront connue et qui l\u2019appelleront par son pr\u00e9nom, et entendant son pr\u00e9nom je n\u2019entendrai plus qu\u2019\u00e0 peine son visage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Son sourire chr\u00e9tien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai voulu regarder, aller voir, dans whatsap, son plus r\u00e9cent visage. Mais son plus r\u00e9cent visage est tr\u00e8s vieux. Son plus r\u00e9cent visage n\u2019est pas celui des dessins de post it que tra\u00e7ait le p\u00e8re, pendant le t\u00e9l\u00e9phone et parler, d\u2019un seul trait de profil avec longue nuque et les traits fins, et l\u2019aur\u00e9ole brune des cheveux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviendrai aussi de la mer. Et le souvenir de la mer sera tout pr\u00e8s de celui de tes dents franches, qui pr\u00e9servent le grand myst\u00e8re d\u2019\u00eatre sur terre, tes dents croient en Dieu \u00e0 cause de la beaut\u00e9 soudain du monde, et quand nous te disions, avec papa, mais cela c\u2019est laid, c\u2019est injuste et triste et ni normal ni divin c\u2019est insupportable et laid, tu avais visage \u00e9vasif, de quand m\u00eame nous sugg\u00e9rer de doucement croire, et papa t\u2019a cru, et moi je voudrais bien croire en Dieu mais je ne sais pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon laid visage. Il n\u2019est pas tr\u00e8s beau. Moins que le sien qu\u2019elle avait long, qu\u2019elle avait fin et \u00e9clair\u00e9, discret et radieux, d\u2019un radieux calme comme, dans une grande tabl\u00e9e, s\u2019adresser aux convives proches et l\u2019\u0153il quand m\u00eame sur la ronde vive des enfants autour de la nappe, et sur l\u2019arri\u00e8re grande tante faible au bout qui tremble et s\u2019endort, et la m\u00e8re partait faire la vaisselle, pendant le caf\u00e9 et les papillotes de no\u00ebl, mais je casse moi trop les assiettes. Et il y a trop la fin du monde, pour visage de dindes farcies entre peau et chair ou dans leur cavit\u00e9 m\u00eame, comme crier pour voir l\u2019echo.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon visage v\u00e9g\u00e9tarien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Visage du p\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du sien. Grumel\u00e9 et le sien lisse. Les masques de theatre, de comique ou tragique, qu\u2019on imprimait \u00e0 Word, pour les expos\u00e9s sur \u00ab&nbsp;le th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb donc.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les chapeaux qu\u2019elle essayait, pour les photos du p\u00e8re, dans les maisons de vacances, pour juste une s\u00e9rie de photos et les reposer. Les maisons de vacances \u00e9taient en France, mais les chapeaux des maisons de vacances venaient d\u2019Afrique ou d\u2019Asie ou loin, et elle est partie alors un peu au Vietnam, Indon\u00e9sie, au S\u00e9n\u00e9gal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On mettra bien s\u00fbr sur ta tombe &#8211; je ne crois pas que tu veuilles toi des cendres?- une photo. On la choisira claire. On la choisira souriante. Ou peut \u00eatre c\u2019est toi qui, avant, nous aura dit? Tu l\u2019auras choisie de maintenant ta mort ou de tes quarante ans? On l\u2019abritera. \u00c7a ne m\u2019amusera pas d\u2019arroser les plantes, ni de jouer \u00e0 \u00ab&nbsp;aller voir ma m\u00e8re au cimeti\u00e8re&nbsp;\u00bb, \u00e7a ne m\u2019amusera pas d\u2019en ville remonter vers le cimeti\u00e8re et savoir bien que je vais voir le visage tombal de ma m\u00e8re. Mais je crois que tu voudras le petit cimeti\u00e8re des hauteurs, dans le petit village \u00e0 flanc de montagne comme ch\u00e8vre ou petit clocher.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ton visage. Mes fesses. Je touche mes fesses. Avec mes mains je les touche. On est de la peau partout. On a de la peau \u00e0 tous les endroits de nous. Pas de peau entre toi et moi \u00e7a j\u2019ai compris, depuis que j\u2019ai compris j\u2019ai compris.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ton visage de Monoprix. Et le petit panier entre tes chevilles, \u00e0 pousser du pied, \u00e7a n\u2019avance pas tr\u00e8s vite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dieu, dieu s\u2019il te pla\u00eet prie pour que le visage de ma m\u00e8re reste beau longtemps, et pas le vent fig\u00e9 d\u2019un AVC.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ou alors, dieu, m\u2019apprendre \u00e0 y croire. M\u2019apprendre \u00e0, apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9e voir ma m\u00e8re, descendre \u00e0 la mer vivante devant, et la prochaine fois que j\u2019irai voir ma m\u00e8re je verrai peut-\u00eatre mieux comme ses pupilles en fait bougent, d\u2019une vague un peu plus complexe, ou d\u2019un myst\u00e8re plus simple. Il y a trop de mots dans mon visage. Il y a trop de mots et de peur dans mes mains. Et j\u2019ai du mal \u00e0 rester longtemps face \u00e0 quelqu\u2019un. Comme \u00eatre trop longtemps sous un m\u00eame bruit. Ou trop longtemps entre le silence. Il faut \u00e9gorger mes mains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son visage dans son visage, un b\u00e9b\u00e9 dans son berceau, qu\u2019on regarde d\u2019en haut, on lui regarde le ventre vivre. Les poissons en bas des lignes et \u00e0 quelques centim\u00e8tres encore d\u2019\u00eatre au-dessus de l\u2019eau ont cette vigueur, de d\u00e9gager dans chacune, encore, de leurs respirations&nbsp;&nbsp;une force de naissance, ou de vrille. Et puis son visage parti. Disparu. 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