{"id":209640,"date":"2026-05-14T20:30:20","date_gmt":"2026-05-14T18:30:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=209640"},"modified":"2026-05-18T20:13:01","modified_gmt":"2026-05-18T18:13:01","slug":"saison-3-atelier-du-mardi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/saison-3-atelier-du-mardi\/","title":{"rendered":"# Atelier du mardi 13 mai # | Hiroshima"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"848\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Josef-Szabo-848x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-209759\" style=\"aspect-ratio:0.8281428195455742;width:397px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Josef-Szabo-848x1024.jpg 848w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Josef-Szabo-348x420.jpg 348w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Josef-Szabo-768x927.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Josef-Szabo-1273x1536.jpg 1273w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Josef-Szabo-1697x2048.jpg 1697w\" sizes=\"auto, (max-width: 848px) 100vw, 848px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u00f3zsef Szab\u00f3 peintre et sculpteur hongrois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">,je les vois l\u00e0, je les regarde, j\u00b4entends leur peur, leur d\u00e9tresse, je per\u00e7ois leur peine et leur souffrance. Je les vois, je te regarde, tu portes en toi une \u00e9mouvante faiblesse. Des Bras qui embrassent, soutiennent nourrissent, lavent, habillent, entendent, soignent, reconnaissent, consolent sont absents, les enfants dont le psychisme n\u2019est pas enti\u00e8rement saccag\u00e9 demandent, r\u00e9clament douceur, \u00e9coute, chaleur, rires, explorations, d\u00e9couvertes, lecture, \u00e9criture, jeux, rires. Leurs rires dans la duret\u00e9 de leur quotidien comme une gr\u00e2ce. A la maternit\u00e9 un Nourrisson de quinze jours blanc comme un cierge de P\u00e2ques dos tourn\u00e9, en D\u00e9tresse, yeux \u00e0 peine ouverts fixent le mur, il ne se Nourrit pas, ne bouge presque pas, Respire \u00e0 peine. Tu ne dis rien, de son petit Corps secou\u00e9 d\u2019Absences, tu ne parles pas de ces nourrissons qui se laissent mourir de d\u00e9sespoir par manque d&rsquo;\u00e9changes \u00e9motionnels, l&rsquo;absence de leur m\u00e8re n&rsquo;est pas un vide, elle est une blessure qui ne se refermera pas. Je marche entre les lits superpos\u00e9s, us\u00e9s, d\u00e9faits, sans hygi\u00e8ne de cet h\u00f4pital rural. L\u00e0, un personnel aux rares intermittences, des m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes, infirmiers, auxiliaires de soins, interchangeables, sous-pay\u00e9s, peu form\u00e9s pour r\u00e9pondre aux pathologies de ces Enfants. Tu ne vois Rien, tu n\u2019entends Rien, tu ne prononces pas une seule Parole, tu notes l&rsquo;horreur de leur quotidien d\u2019un geste rigide, m\u00e9canique, tu coches, tu remplis des cases, tu mets en Cage ceux qui le sont d\u00e9j\u00e0, tu te convaincs de l&rsquo;Insignifiance de ce que tu vois, pour toi tout est normal, fluide, limpide. Dans mon carnet, leur souffrances en phrases sonores.<br><br><em>Trois couples de fran\u00e7ais vantent les bienfaits de la Hongrie, fiscalit\u00e9 avantageuse, co\u00fbt de production comp\u00e9titifs, position strat\u00e9gique dans la cha\u00eene d\u2019approvisionnement europ\u00e9enne, infrastructures de qualit\u00e9, un territoire o\u00f9 tout para\u00eet encore possible<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">,je  soudoie les gardiens pour les rencontrer, les photographier dans ce centre pr\u00e9caire isol\u00e9 aux conditions difficiles pour transmettre de ce que je per\u00e7ois de l\u2019inhumanit\u00e9 de leur Vie. Soins mat\u00e9riels minimes peu de contacts humain entrainent des d\u00e9g\u00e2ts massifs sur leur d\u00e9veloppement. Ta Voix se fige, ta voix se perd dans ce Vacarme de cris, de pleurs d\u2019enfants, de rires grin\u00e7ants en \u00e9cho des laiss\u00e9s-pour-compte. Je m\u2019extrais de cette fournaise, abyme de d\u00e9sesp\u00e9rance construite par strates compactes, la violence de leur Pauvret\u00e9 te p\u00e9trifie. Tu ne sais rien de l\u2019Esp\u00e9rance aveugle de ceux qui, trop Pauvres pour nourrir leurs enfants, trop Pauvres pour les soigner, trop Pauvres pour les \u00e9duquer, le laissent \u00e0 la Merci d\u2019autrui pour qu\u2019il Vive. \u00c0 la Maternit\u00e9 les Pr\u00e9matur\u00e9s n\u2019ont plus de Famille. D\u00e9nutris, sans hygi\u00e8ne, les enfants hurlent, certains se cognent la t\u00eate contre les murs, tu Entends leurs grondements, tu Per\u00e7ois ce qu\u2019ils disent des violences inflig\u00e9es, des viols \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, humiliations, rejets, insultes, tu crains ce face \u00e0 face avec le Silence imp\u00e9tueux de leur Vie. Eux ne savent plus, ils n\u2019ont jamais su qui ils sont? D\u2019o\u00f9 ils viennent? ni <em>Pourquoi<\/em> ils sont l\u00e0? leurs <em>Pourquoi<\/em> comme des mantras dans leurs corps fatigu\u00e9s d\u2019enfants bris\u00e9s d\u00e9sign\u00e9s par une Pl\u00e9thore de mots &#8211; fous, dingues, barjos, mabouls, gaga, d\u00e9biles, pas finis, f\u00eal\u00e9s, cingl\u00e9s, timbr\u00e9s, givr\u00e9s, perch\u00e9s, chtarb\u00e9s, d\u00e9rang\u00e9s, perturb\u00e9s, troubl\u00e9s, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s, ali\u00e9n\u00e9s, insens\u00e9s, hallucin\u00e9s, instables, d\u00e9lirants, d\u00e9ments, extravagants &#8211; quels sont les mots pour ceux qui les rendent tels? tu dis Dysfonctionnants, Perturbants? c\u2019est Insignifiant. Des murs l\u00e9preux sans Piti\u00e9 entourent leur Prison de plomb, tes yeux se plissent, Eux pleurent au fond d\u2019un ab\u00eeme effrayant,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Des amoureux de la nature en vacances d\u00e9couvrent les for\u00eats, les prairies, les chemins de terre, les rivi\u00e8res claires, observent les oiseaux dans ce paradis de l\u2019ornithologie. L\u2019\u00e9ventail touristique est ample, historique et culturel, rural et authentique, tourisme thermal, gastronomique et vinicole.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">,j\u2019\u00e9coute un discours professionnel, trop bien \u00e9crit, trop lisse sur les Transformations structurelles apport\u00e9es par le nouvel \u00c9tat, les ONG, l\u2019entr\u00e9e de la Roumanie dans l\u2019UE, des Am\u00e9liorations, des prises en charge, des Adoptions, de petites structures d\u2019Accueil, plus aucun Asile sur notre territoire mais nous manquons de sp\u00e9cialistes, psychiatres, p\u00e9dopsychiatres. Avec le temps dit-il. Je lui r\u00e9p\u00e8te qu&rsquo;il est impossible de respecter les enfants en les classifiant en psychotiques ou Abandonniques cet arbitraire ne r\u00e9glera en rien le probl\u00e8me, je, lui r\u00e9p\u00e8te qu\u2019ils souffrent de D\u00e9sordres Post-Traumatiques, j\u2019entends son exasp\u00e9ration, il ne comprend pas pourquoi je ne reconnais pas le travail parcouru, il s&rsquo;\u00e9nerve, dit avec emphase ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; <em>L\u2019Institution assume son devoir de P\u00e8re en accueillant les orphelins quels qu\u2019ils soient, les Tziganes surrepr\u00e9sent\u00e9s pour leur extr\u00eame pauvret\u00e9<\/em> par le fait des Roms pensais je,<em>les enfants handicap\u00e9s, les enfants pauvres, les b\u00e9b\u00e9s malades refus\u00e9s par leur m\u00e8re, les adolescents en rupture, les adultes vuln\u00e9rables, nous les recevons tous dans les conditions optimales qui nous sont allou\u00e9es, nous les guidons. Vous avez visit\u00e9 nos nouvelles installations d\u2019Accueil, nous consid\u00e9rons nos Avanc\u00e9es comme une r\u00e9ussite, ici le probl\u00e8me de l\u2019Abandon n\u2019est pas focalis\u00e9 sur le handicap, c\u2019est un probl\u00e8me beaucoup plus large, un probl\u00e8me social global<\/em>. Je voudrais le croire, je le rassure avec empathie, lui apporte ma sympathie, il se d\u00e9tend et me sourit. Je lui pose une derni\u00e8re question, celle des fugueurs, il r\u00e9pond s\u00e8chement, <em>nos enfants sont retrouv\u00e9s dans les premiers jours, notre police d\u00e9clenche une recherche nationale, les ONG vous le confirmeront<\/em>. Il met fin \u00e0 notre entretien. Des enfants Ukrainiens s&rsquo;arrachent de leur pays, de leur famille, traversent la fronti\u00e8re pr\u00eats \u00e0 tout affronter pour fuir la guerre. En Europe Occidentale, rien de nouveau,<br><br><em>\u00c0 pleines dents, leurs implants leur ont co\u00fbt\u00e9 2 \u00e0 4 fois moins cher qu\u2019en Europe de l\u2019Ouest. Les dentistes sont tr\u00e8s bien form\u00e9s et les cliniques ultra modernes, ils parlent extensions d\u2019usines, investissements directs, relocalisations internes aux groupes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">,je prends le m\u00e9tro direction le <em>delta urbain<\/em>, ce lieu m\u2019apaise. Je photographie machinalement des h\u00e9rons cendr\u00e9s, les pigeons bisets au corps bleu\u00e2tre, cou et poitrine parsem\u00e9s de reflets iris\u00e9s verts, violets ou rouge\u00e2tres, leurs yeux \u00e0 l\u2019iris orange dor\u00e9 cercl\u00e9 d\u2019un anneau p\u00e2le, leur peau fine presque transparente entoure leurs yeux, leur bec gris \u00e0 peine recourb\u00e9 d\u00e9voile une cire blanche, deux lignes noires bien visibles sur leurs ailes, deux barres noires sur des corps d\u2019enfants. Je re\u00e7ois un document de l\u2019Institution, <em>Questions de l\u2019accouchement sous X<\/em>? je le lis, l\u2019analyse. Pourquoi l\u2019accouchement sous X n\u2019entra\u00eene-t-il pas une baisse des infanticides? pourquoi ne met-il pas fin aux abandons clandestins? pourquoi des nourrissons sont ils toujours laiss\u00e9s dans des endroits o\u00f9 ils n\u2019ont aucune chance de survivre, poubelles, trottoirs, lieux isol\u00e9s\u202f? ta voix inaudible me froisse. Je marche jusqu\u2019au quartier juif. Les Roumains le surnomment Hiroshima, Hiroshima apr\u00e8s le largage de la Bombe Atomique. Tout a \u00e9t\u00e9 ras\u00e9 laissant un paysage de ruines et de gravats \u00e0 l\u2019exception de quelques rues encore debout, quelques synagogues, un th\u00e9\u00e2tre juif d\u2019\u00c9tat et une seule maison, la d\u00e9limitation g\u00e9ographique du surnom d\u00e9passe le quartier juif. Des quartiers entiers de Bucarest sont massivement d\u00e9truits pour faire place, construire Le <em>Palais du Peuple<\/em>. Terrains vagues et espaces vides, avenues gigantesques, sentiment d\u2019inachev\u00e9, quelque chose manque \u00e0 la vie quotidienne dans ce d\u00e9cor monumental et froid. Au centre de la destruction planifi\u00e9e existaient des milliers de maisons, d\u2019\u00e9coles, d\u2019h\u00f4pitaux, centres \u00e9ducatifs, \u00e9glises, commerces. Environ un tiers des villages roumains ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits, provoquant une d\u00e9t\u00e9rioration g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du patrimoine b\u00e2ti et la fermeture de la plupart des commerces locaux, de tout cela, de cette destruction l\u00e0, de ces cendres, tu n\u00b4en parles pas, tu n&rsquo;\u00e9cris rien sur les d\u00e9placements syst\u00e9matiques des populations de leurs implantations dans des ensembles d&rsquo;habitations standardis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;architecture stalinienne, dans des agrovilles et autres villages. Les bars ouvriers ont disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">,je te retrouve un peu plus loin dans un bar branch\u00e9, fond musical jazzy, d\u00e9cor curieusement baroque mais chaleureux, serveuses souriantes choisies pour leur plastique identique, cocktails du jour, boissons traditionnelles, les restaurants sont pleins, les touristes sortent en groupe de leurs h\u00f4tels standardis\u00e9s, les supermarch\u00e9s envahissent les rues, la gentrification avance. Le contraste est foudroyant entre le quartier neuf et le quartier pauvre, d\u2019une pauvret\u00e9 Extr\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Quatre femmes sortent d\u2019une clinique esth\u00e9tique haut de gamme, elles parlent botox, fillers, liposuccion, implants mammaires, prix attirants, rapport qualit\u00e9 prix excellent, demain est le grand jour,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">j&rsquo;inscris leurs pr\u00e9noms leur \u00e2ge au dos des photos de leurs visages, je d\u00e9cris ces enfants livr\u00e9s \u00e0 leur sort dans d\u2019anciens h\u00f4pitaux casernes d\u00e9saffect\u00e9s v\u00e9tustes r\u00e9quisitionn\u00e9s surpeupl\u00e9s dans ces villages recul\u00e9s, contraste cru\u00a0; dans les grandes villes, les avanc\u00e9es m\u00e9dicales, p\u00e9dagogiques, psychologiques, sociales sont ind\u00e9niables. Certains soignants portent en eux l&rsquo;essentiel, empathie, sinc\u00e9rit\u00e9, accueil, tendresse, ce suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me transforme le quotidien des enfants, le rend plus acceptable, plus l\u00e9ger, leur vie plus douce, ils re\u00e7oivent en partage la beaut\u00e9 de leurs sourires, une \u00e9bauche d&rsquo;espoir,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ils sont l\u00e9gions les Invisibles, les Diff\u00e9rents, les Absents, les Meurtris aux corps effract\u00e9s, trou\u00e9s de blessures invisibles, aux corps cass\u00e9s, infiniment seuls, orphelins en exil, enfants de l\u2019abandon.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u00f3zsef Szab\u00f3 peintre et sculpteur hongrois. ,je les vois l\u00e0, je les regarde, j\u00b4entends leur peur, leur d\u00e9tresse, je per\u00e7ois leur peine et leur souffrance. Je les vois, je te regarde, tu portes en toi une \u00e9mouvante faiblesse. 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