{"id":209868,"date":"2026-05-20T15:32:57","date_gmt":"2026-05-20T13:32:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=209868"},"modified":"2026-07-04T10:06:33","modified_gmt":"2026-07-04T08:06:33","slug":"testard_livre_03_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_livre_03_1\/","title":{"rendered":"#livre #03 | Temple des poches"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-a3fab7f7323276e7325f96296d9507a0 wp-block-paragraph\" id=\"pontalis\"><em>le pass\u00e9 ne sera pas diff\u00e9renci\u00e9 du pr\u00e9sent<\/em><br>J.-B.&nbsp;Pontalis<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"province\">Quand on n\u2019a pas o\u00f9 aller ni pourquoi, il y a un endroit avec des livres. Avec des spots et des livres. Quand on a du temps \u00e0 attendre, tra\u00eener&nbsp;: une enseigne. Quand il y a du battement \u2014 quand on n\u2019a pas o\u00f9 entrer, o\u00f9 se mettre \u00e0 l\u2019abri quand il y a du vent. Quand on est dehors aux heures d\u2019ouverture \u2014 quand on a de la chance&nbsp;: on n\u2019est pas lundi, quand il n\u2019est pas midi \u2014 quand on vit, on a grandi en France, province fran\u00e7aise. Quand la ville est moyenne. Quand on re\u00e7oit de l\u2019argent de poche. Il y aura eu une librairie. Quand on n\u2019aime plus les bonbons. Quand on se moque des pains \u2014 et de l&rsquo;enfance \u2014 au chocolat. Il y a les magazines \u2014 au fond les rayonnages des livres. Il se trouve qu&rsquo;il y a une librairie. Il y en aura bien une. Le diable s\u2019il n\u2019y en a pas une. On peut se retrouver. Se cultiver. Distraire. On peut se nourrir dans une librairie. Maison de la presse. Se r\u00e9chauffer. Devanture, produits d\u2019appel \u2014 appel des livres ou de la for\u00eat.&nbsp;On a vu des livres on est entr\u00e9\u00b7e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\"><strong><em>LE TEMPS PERDU AUTANT<\/em><br><em>QUE CELA SOIT AVEC UN LIVRE<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"coin\">Quand on ne sait pas o\u00f9 se mettre, ou poser, comment\u2026 il y a toujours un livre, ou deux, et plus \u00e0 ouvrir, sur lesquels se caler \u2014 quand il y a des murs de livres, cloisons des livres auxquelles s&rsquo;accoter, la prise en sandwiches entre eux des livres \u2014 pause d\u00e9jeuner \u2014 au point qu&rsquo;il n\u2019y a plus de place. Quand il n&rsquo;y a pas de table libre, qu&rsquo;on n&rsquo;a pas trop le temps, ni de conversation ni d&rsquo;endroit\u2026 il y a toujours un coin o\u00f9 se rencogner, un coin lecture, c\u2019est entre les deux yeux \u2014 point de convergence&nbsp;\u2014&nbsp;qu&rsquo;il demeure un angle, rapproch\u00e9&nbsp;: les \u0153ill\u00e8res d\u2019un livre\u2026 ou un autre \u2014 encore un \u2014 dans lequel jeter un \u0153il, mettre le nez \u2014 si ce n\u2019est se plonger, diverger&nbsp;: papillonner, parcourir, balayer. Il y a l\u2019objet, il y a la main sur l\u2019objet. Et il y a ces choses que sont des livres \u2014 ces choses qui dans leur ensemble attendent des yeux \u00e0 retenir, \u00e0 faire courir, laisser filer, ricocher de surface en surface, de volume en volume et, retourn\u00e9es, de couverture en couverture \u2014 de premi\u00e8re en quatri\u00e8me. Imbrication, alv\u00e9oles des livres&nbsp;: ruche \u2014 silos \u00e0 silence. Les titres des livres. La comp\u00e9tition des titres, leur immense concours. Quand on n&rsquo;est au milieu, parmi eux qu\u2019en couverture, en trompe-l&rsquo;\u0153il, sans titre \u2014 quand si cela se trouve on n\u2019y est pas \u00e0 sa place quand chaque livre est \u00e0 la sienne, assign\u00e9e. Quand on ne pr\u00e9f\u00e9rerait que vous fassiez comme si l\u2019on \u00e9tait l\u00e0\u2026 Quand rien ne vous requiert l\u00e0 o\u00f9, d\u00e9barqu\u00e9 sans demande, l\u2019offre vous pr\u00e9c\u00e8de, elle,&nbsp; vous attend, ou comme un h\u00e9ritage vous tombe dessus\u2026 et l\u2019on a un retard \u00e9norme et ce retard aussi vous attend et vous prenez du retard chaque jour plus, et plus l\u2019on lit \u2014 plus l\u2019on acquiert \u2014, plus l\u2019on en prend\u2026 Vous sortez de votre livre et le monde a chang\u00e9\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\"><strong><em>VOTRE LECTURE&nbsp;:<\/em><\/strong><br><strong><em>SUR PLACE OU \u00c0 EMPORTER&nbsp;?<\/em><\/strong><br><strong><em>CALEZ-VOUS AVEC UN LIVRE<\/em><\/strong><br><strong><em>~LE CONSEIL DES LIBRAIRES~<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"temple\">Quand les grandes avenues drainent la population, quand la consommation r\u00e8gne, il y a les Champs. Il y a le temple des poches&nbsp;: abordables, faciles, feuilletables, feuilletonnables, plaisants, s\u00e9duisants. Quand il y a les longs soirs o\u00f9 quoi faire de soi, o\u00f9 se tra\u00eener&nbsp;: Ouvert jusqu\u2019\u00e0 minuit. Feux des rampes. Gilets rouges sans manche. Grand escalier, colonnes \u2014 marbre vein\u00e9.&nbsp;Salle des coffres, leurres des livres \u2014 dessous vibre sans fin le transport en commun. Quand on se prend la ville, quand c\u2019est la ville des villes\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\"><strong><em>ENFIN UN ENDROIT O\u00d9<\/em><\/strong><br><strong><em>LES LIVRES SONT AUSSI PERDUS<\/em><\/strong><br><strong><em>QUE VOUS<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"ville\">Quand il y a la ville \u2014 quand il y a d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment la ville, de la ville \u00e0 n\u2019en jamais finir, \u00e0 ne pas savoir par o\u00f9 commencer, la prendre\u2026 il y a une librairie quelque part. En chemin. Un commerce de livres, ou avec. Il y a toujours un livre \u00e0 qui parler, ou avec, avec lequel, ou \u00e0 travers. Un livre est une personne \u2014 est une personne comme une autre. Un livre comme personne. Comme couverture. Il n\u2019y a personne comme un livre \u00e0 qui parler. Parler comme dans un livre \u2014 crier dans un livre. Quand il y a la ville et personne d\u2019autre, \u00e0 aborder, quand il y a la travers\u00e9e du d\u00e9sert de la ville. Quand il n\u2019y a pas d\u2019endroit en ville, il y a l\u2019envers des villes, on parie qu\u2019il. Il y a l\u2019intimit\u00e9 des villes. Retourn\u00e9e. Il y a des endroits auxquels des livres tournent leurs dos, et c\u2019est \u00e0 vous, c\u2019est rien que pour vous, si vous le d\u00e9sirez, que recherchez-vous \u2014 ce sont les m\u00eames o\u00f9 des livres vous font face, font de l\u2019\u0153il, et c\u2019est entre un livre et vous, et c\u2019est entre vous et vous de r\u00e9pondre ou choisir, de prendre ou non, en charge ou non, sortir ou non&nbsp;: pas tout de suite \u2014 avec ou non. Une rencontre ou bien non. Sinon rien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\"><strong><em>DISPARAISSEZ<\/em><\/strong><br><strong><em>\u2014 AVEC UN LIVRE<\/em><\/strong><br><em>SOYEZ REMERCI\u00c9\u00b7E<\/em><\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"transit\">Quand il n&rsquo;y a personne \u2014 quand on n&rsquo;a personne \u00e0 voir. \u00c0 visiter. \u00c0 rejoindre, \u00e0 regarder\u2026 quand on est dans le d\u00e9sert, quand on y est entr\u00e9\u00b7e, dans ses formes et ses mani\u00e8res, qu&rsquo;on en est impr\u00e9gn\u00e9\u00b7e. Quand on ne cherche personne\u2026 heureusement qu&rsquo;il y a dans la ville des espaces sans tiers, heureusement qu&rsquo;elle en est tiss\u00e9e. Heureusement qu&rsquo;en self-service, l&rsquo;aide-toi-toi-m\u00eame de la ville ne rencontre presque plus aucun obstacle, aucune g\u00eane. Quand il y a o\u00f9 entrer sans entrer chez personne heureusement, sans \u00eatre accueilli\u00b7e, ni bienvenu\u00b7e, o\u00f9 l&rsquo;on entre en passant seulement, quand on est traversant, sans quitter un \u00e9tat transitoire \u2014 ni ses limbes&nbsp;\u2014 entre deux vols \u2014 ici entre deux livres&nbsp;\u2014, sans d\u00e9ranger rien, nul agencement. Quand on n&rsquo;\u00e9change plus une parole,&nbsp;plus de mots qu&rsquo;avec des livres \u2014 quand un livre sit\u00f4t termin\u00e9 on court s&rsquo;en choper, administrer un autre. Quand le bonheur est de s&rsquo;effacer dans les, d\u00e9vorer des livres, les consommer, s&rsquo;y dissoudre \u2014 s&rsquo;y r\u00e9soudre\u2026 il&nbsp;y a la grande distribution du livre&nbsp;: il y a le commerce \u00e0 la muette avec les livres. Il y a toujours et encore o\u00f9 passer inaper\u00e7u\u00b7e, faire partie du flux, s&rsquo;y ins\u00e9rer \u2014 o\u00f9 s&rsquo;oublier&nbsp;: quand entrer l\u00e0 ce n&rsquo;est pas vraiment entrer, pas vraiment quelque part, o\u00f9 le regard commer\u00e7ant \u2014 et toute sollicitude \u2014 joue l&rsquo;absent \u2014 dans un temps o\u00f9 la vid\u00e9osurveillance ne se fait pas encore sensible\u2026 heureusement l&rsquo;on a toute libert\u00e9, l&rsquo;on est tout\u00b7e aise de se sentir dehors m\u00eame dedans. Le regard en ligne de fuite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\"><strong><em>COURAGE<\/em><\/strong><br><strong><em>LISONS<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"occasion\">Quand on est perdu\u00b7e, il y a le livre. Quand on est sans mobile ni motif, d\u00e9nu\u00e9\u00b7e de cause\u2026 il y a l&rsquo;absence de raison d&rsquo;un livre. L&rsquo;acte gratuit de l&rsquo;achat d&rsquo;un livre. C&rsquo;est l&rsquo;occasion d&rsquo;un livre. Il y a toujours, il y a ici et l\u00e0 un livre \u00e0 saisir, \u00e0 emporter, embarquer avec soi \u2014 dans la vie. Quand il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire, il y a toujours lire, un livre \u00e0 adopter \u2014 ou recueillir \u2014 comme on adopte un point de vue, une attitude. Il y a l&rsquo;aubaine d&rsquo;un livre. M\u00eame jet\u00e9 comme soi dans la rue. Quand on va sans but \u2014 quand la ville a perdu toute perspective\u2026 il y a la vue, la perspective d&rsquo;un livre, de l&rsquo;ouvrir&nbsp;: ouvrir sa gueule et s&rsquo;y jeter. Quand on a perdu confiance, on peut quand m\u00eame la placer dans un livre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\"><strong><em>SAISISSEZ L&rsquo;OCCASION<\/em><\/strong><br><strong><em>SAUVEZ UN LIVRE<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"rencontre\">Quand il n&rsquo;y a pas, ou plus \u2014 quand il n&rsquo;y a jamais eu encore\u00a0: d&rsquo;amour\u2026 il y a le livre. Quand on ne l&rsquo;a pas rencontr\u00e9 \u2014 quand on en est n\u00e9. Il y a la rencontre d&rsquo;un livre. Pas d&rsquo;entr\u00e9e en librairie sans un d\u00e9sir de rencontre. D&rsquo;un livre de rencontre. Sans le d\u00e9sir de l&rsquo;occasion \u2014 m\u00eame neuf\u00a0: de la vie neuve. Site de rencontre en rayonnages. En \u00e9tals, en piles, en stock, en magasin\u2026 S&rsquo;en remettre au hasard\u00a0des livres \u2014 des flux, du march\u00e9. Quand on ne sait pas ce que c&rsquo;est \u2014 quand on ne sait pas comment faire, comment s&rsquo;y prendre, o\u00f9, vers qui se tourner, on baisse les yeux, on prend, on ouvre un livre. Quand on ne prend pas de risque. Quand il n&rsquo;y a plus d&rsquo;aventure, il y a encore celle d&rsquo;un livre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-small-font-size\"><strong><em>COUP DE C\u0152UR&nbsp;!<\/em><\/strong><br><strong><em>ON L&rsquo;A LU DE BOUT EN BOUT&nbsp;!<\/em><\/strong><br><strong><em>SANS LE SUIVRE\u2026<\/em><\/strong><br><strong><em>UN LIVRE QU&rsquo;EST-CE-QUE C&rsquo;EST&nbsp;?<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"arbres\">Quand il n&rsquo;y a nulle part o\u00f9 se rendre, plus o\u00f9 cheminer \u2014 quand on ne distingue plus de chemin\u2026 il y a encore des endroits avec des arbres. Il y a les arbres. Il y a toujours \u00e0 quoi se pendre, monter. Sur quoi se percher. \u00c0 embrasser. O\u00f9 baigner&nbsp;: ombre. Ombres, petit des arbres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-gray-color has-text-color has-link-color has-small-font-size wp-elements-5b9ffed7effb4eb307f20e648152efa5 wp-block-paragraph\" id=\"calvino\"><em>la travers\u00e9e du bois nous avait co\u00fbt\u00e9 la parole<\/em><br>I.&nbsp;Calvino<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand on n&rsquo;a pas o\u00f9 aller ni pourquoi. Quand on a du temps \u00e0 attendre, tra\u00eener. Quand on ne sait pas o\u00f9 se mettre, o\u00f9 se poser. Quand il y a la ville\u2026 Quand il y a de la ville \u00e0 n&rsquo;en jamais finir, \u00e0 ne pas savoir par o\u00f9 commencer, la prendre. 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