{"id":210033,"date":"2026-05-20T18:45:36","date_gmt":"2026-05-20T16:45:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=210033"},"modified":"2026-05-21T07:53:04","modified_gmt":"2026-05-21T05:53:04","slug":"livre-03-loeil-du-cacodylate","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/livre-03-loeil-du-cacodylate\/","title":{"rendered":"#livre #03 | l&rsquo;oeil du cacodylate"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Au 31 de la rue Jules Massenet, une placette rompant la rectitude de la rue s\u2019ouvre sur <em>l\u2019\u0153il du cacodylate<\/em>. Un orbite \u00e0 l\u2019iris bleu estampill\u00e9 sur le fronton de la librairie dont le nom herm\u00e9tique et po\u00e9tique, intrigue comme un monostique de Mallarm\u00e9. Mais c\u2019est \u00e0 Francis Picabia que l\u2019on doit ce casse-t\u00eate \u00e9nigmatique. Pendant l\u2019ann\u00e9e 1921, souffrant d\u2019un zona ophtalmique, il installe un \u0153il de cyclope sur ses toiles et invite ses acolytes, Man Ray, Cocteau, toute la clique du Dada \u00e0 y inscrire une phrase et leur signature. \u0152uvre collective o\u00f9 l\u2019art retourn\u00e9 m\u00e9lange lettres-peinture-auteurs. M\u00eame si le nom de la librairie est vou\u00e9 \u00e0 \u00eatre estropi\u00e9, effac\u00e9 dans une brume amn\u00e9sique ( peu importe que le cacodylate soit de l\u2019acide cacodylique utilis\u00e9 contre les asth\u00e9nies ou que le cacodyle soit une composante de l\u2019arsenic), il suffit\u00a0: \u00e7a pique, \u00e7a irrite, \u00e7a sonne comme un xylophone myxolidien. Toxique et attirant, pi\u00e8ge \u00e0 gu\u00eapes, suffisant pour aimanter vers les portes du c\u00e9nacle. La vitrine encadr\u00e9e par la fa\u00e7ade de bois peinte en orange, attire avec ses catalogues d\u2019art et ses livres bigarr\u00e9s, imprim\u00e9s sur des papiers luxes, travaill\u00e9s par des \u00e9diteurs amoureux des livres. On franchit le seuil comme on pousse les battants du portail d\u2019une \u00e9glise, confus de rompre le silence int\u00e9rieur avec le bruit de la rue et celui de la porte rabattue trop brutalement, malmen\u00e9e par une main novice des habitudes de la maison. Les libraires officiant derri\u00e8re leurs autels comptoirs, ne rel\u00e8vent pas la pr\u00e9sence, ni les salutations et les excuses bafouill\u00e9es. Ils parlent \u00e0 voix basse avec un client ou s\u2019occupent de la recherche d\u2019un ouvrage sur l\u2019\u00e9cran, ne laissant rien para\u00eetre. Ils laissent l\u2019intrus d\u00e9ambuler dans les all\u00e9es devant des tables charg\u00e9es de livres, fl\u00e2ner nez lev\u00e9 vers les hauts murs dress\u00e9s d\u2019\u00e9tag\u00e8res, tripoter les portes \u00e0 glissi\u00e8re d\u00e9couvrant des livres derri\u00e8re les livres . Il pousse l\u2019\u00e9chelle coulissante, traverse une chapelle \u00e0 po\u00e9sie, s\u2019arr\u00eate dans une abside collat\u00e9rale pleine de lithographies. Peut-\u00eatre est &#8211; ce l\u2019esprit de la rue, d\u00e9volue aux antiquaires, aux galeries et au luxe, qui pousse \u00e0 s\u2019exprimer \u00e0 voix basse. Peut- \u00eatre les initi\u00e9s venus chercher une commande pointue ou \u00e9voquant la derni\u00e8re conf\u00e9rence d\u2019un auteur venu nous font sentir profane, vaguement tol\u00e9r\u00e9, pr\u00eats \u00e0 commettre une bourde. Le temps accord\u00e9 \u00e0 musarder, un des deux libraires sort de son indiff\u00e9rence pour vous aviser. Sa t\u00eate de ch\u00e9rubin joufflu sur un grand corps massif et encombr\u00e9, a l\u2019air timide, pas du tout commer\u00e7ant. Il vous demande s\u2019il peut vous venir en aide \u00e0 son corps d\u00e9fendant. Mal \u00e0 l\u2019aise, il rougit ou blanchit entra\u00eenant son interlocuteur dans la m\u00eame confusion. Cette collision pass\u00e9e, il retrouve sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et ses conseils sont pr\u00e9cieux. Touch\u00e9 par cette sollicitude qui engage, on repart avec un livre impr\u00e9vu ou un livre \u00e0 venir rechercher. Son acolyte est plus froide. Droite, le menton haut, son amabilit\u00e9 impatiente. Une IA qui ne saisit pas bien l\u2019objet de la recherche. Sans doute la demande est mal formul\u00e9e. Elle vous emm\u00e8ne sur des chemins qui ne sont pas du tout ceux escompt\u00e9s, vers une impasse. Elle se retient de dire qu\u2019on ne sait pas ce qu\u2019on veut, qu\u2019on ne la laisse pas parler. Pour ne pas envenimer les choses, vous repartez avec un livre qui ne sera pas lu, avec quand m\u00eame un \u00ab\u00a0 bonne lecture \u00ab\u00a0.<br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au 31 de la rue Jules Massenet, une placette rompant la rectitude de la rue s\u2019ouvre sur l\u2019\u0153il du cacodylate. Un orbite \u00e0 l\u2019iris bleu estampill\u00e9 sur le fronton de la librairie dont le nom herm\u00e9tique et po\u00e9tique, intrigue comme un monostique de Mallarm\u00e9. Mais c\u2019est \u00e0 Francis Picabia que l\u2019on doit ce casse-t\u00eate \u00e9nigmatique. 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